tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

mardi, janvier 05, 2016

Actualité du manichéime



tweet art: manichéismes, 2016


"Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous" dixit un président américain irresponsable et inintelligent après le 11 septembre. Ceux qui ne sont pas des combattants farouches du prophète, fussent-ils musulmans, ne sont que de vulgaires mécréants affirment les djihadistes  de Daesh. Et ils tuent sans merci. Ils sont binaires, fondamentalistes, fanatiques, stupidement binaires.
Ce mode de pensée simpliste, si dangereux, est terriblement répandu et contagieux, de nos jours comme toujours. 
Il a été la clé de voute du manichéisme, une religion fondée par un prophète prêcheur du IIIe siècle nommé Mani qui divisait le cosmos entre deux puissances, les Ténèbres, l'empire de Satan, et la Lumière, le monde de Dieu, engagés depuis toujours dans un combat à finir, mais sans issue possible, puisque Satan y est l'égal de Dieu. L'homme lui-même est pris dans cette lutte, selon Mani, puisque son corps appartient aux Ténèbres et son esprit à la Lumière. 
Mani est l'exemple même d'un créateur de mythe. Car il imagina, conceptualisa, écrivit et prêcha un récit des origines du monde impliquant une conception de l'homme et une religion en s'inspirant des diverses croyances de l'époque et notamment du zoroastrisme, du christianisme et du bouddhisme. Le manichéisme se répandit largement avec l'appui du du pouvoir politique du monarque sassanide Shapur 1er, soucieux d'unir son peuple sous une religion identitaire. Il était lui-même très instruit, fils de famille princière. Mani prétendit avoir eu de nombreuses visions d'origine divine et il mourut supplicié. Son martyr ajouta à la puissance du mythe qu'il créa. 
Le mythe manichéen devint donc une religion puissante. Saint-Augustin lui-même fut manichéiste avant de se convertir au christianisme et de prêcher contre la théologie de Mani. 
Comme tous les mythes, il puise dans des récits antérieurs connus de son auteur. On trouve déjà dans presque toutes le religions l'opposition entre la lumière et le ténèbres. Ainsi, selon l'Ancien testament (chapitre 1), 
    "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour." Pour le bouddhisme, le nirvana conduit à se fondre dans la lumière. Et le dualisme qui identifie le bien à la lumière et le mal aux ténèbres se trouve déjà dans le zoroastrisme (prêché par Zharathoustra), lui-même issu du mazdéisme et qui remonte au 4e millénaire avant J. C. Le zoroastrisme fut la religion officielle de l'empire perse à plusieurs reprises et notamment sous les Sassanides. Mali en connaissait donc bien les termes. Le manichéisme fut donc très rigoureux dans sa théologie comme dans ses règles de vie et de pratique. Il était d'inspiration pacifiste, mais il ne se maintint pas longtemps comme religion, car il fit partout l'objet de multiples persécutions, tant au Moyen-Orient que dans l'empire romain. Mais grâce à son syncrétisme simplificateur - il se voulait une religion universelle - son influence demeura longtemps présente, à travers le christianisme, le bouddhisme et les diverses religions du Moyen-Orient, tant dans l'empire perse, que dans le monde arabe, en Europe dans l'Empire romain jusqu'en Gaule, en Afrique romaine et en Asie jusque dans la Chine des Tang et au Japon. Et nous en retrouvons aujourd'hui encore l'influence évidente dans l'islam, notamment dans le jeûne rigoureux du ramadan, dans le binarisme impitoyable de la charria, dans ses intolérances et les luttes fratricides entre ses diverses interprétations sunnite, chiite, salafiste, wahabiste, soufiste, etc., dont le chefs religieux ne cessent de s'affronter comme le font Dieu et Satan dans la doctrine manichéiste, sans jamais venir à bout les uns des autres. Nous retrouvons dans l'islam fondamentaliste cette opposition manichéenne entre "les fils de la Lumière" et "les fils des Ténèbres", dont l'interprétation guerrière du Coran inspire le djihad contre tous les mécréants, islamistes pacifistes et croyants d'autres religions confondus.Tuer les mécréants des Ténèbres ou devenir martyr en se faisant exploser pour accéder à la Lumière de Dieu, voilà l'interprétation manichéenne prêchée par Daesh. 
Et bien plus généralement que ce manichéisme qui fait des ravages dans l'intégrisme islamique actuel, nous observons son origine psychique dans le comportement ordinaire, binaire, si répandu, si structurel de l'esprit humain, qui simplifie abusivement la complexité des idées, qui nourrit "la peur de l'autre", notamment dans tous les fascismes, mais aussi dans les populismes actuels qui sévissent de plus en plus dans les pays européens, dans toutes les haines partisanes ou personnelles qui empoisonnent la vie sociale. 
Cette logique binaire, celle de Port-Royal, janséniste, qui fonde le rationalisme classique lui-même issu de la théologie, qui impose le "tiers exclu", est un mode de pensée fort répandu et qui semble éternel et universel. Il nourrit l'instinct de puissance et Thanatos. Il y a du manichéisme en chacun de nous. A est différent de B,  C est exclu de A et B. Le code binaire fondateur de l'informatique en relève tout autant. 1 ou 0, On ou Off. Le transistor laisse passer la lumière (le courant électrique) ou la bloque. Toute tierce option est exclue. Et cela donne à l'informatique toute sa puissance de calcul, un pouvoir inédit. 
Pourtant la mécanique quantique resurgit de cette forteresse rationaliste et revendique aujourd'hui l'instabilité de l'opposition entre A et B. Une particule peut être tantôt A, tantôt B, voire simultanément les deux. Le système craque sous la pression de la réalité, qui est beaucoup plus complexe que le binarisme.Et le conformisme du binarisme sexuel lui-même est remis en question. La société tolère de moins en moins mal les comportements homosexuels ou transsexuels, les revendications transgenres, l'hermaphrodisme. 
Le manichéisme est d'origine instinctive, animale. Il vient de la lutte pour la survie, pour le territoire, qui considère l'autre animal, l'autre clan, l'autre ethnie, l'autre religion, l'autre culture comme un compétiteur, un ennemi à chasser, à éliminer. Il faut ici parler d'un manichéisme ordinaire, qui est présent dans nos comportements, dans nos sociétés, et avec lequel nous apprenons à composer plus ou moins bien selon les situations sociales, les pressions démographiques, les tensions économiques. Et lorsque ce manichéisme instinctif est exacerbé par des volontés de pouvoir, il prend dimension mythique et se transforme en cosmogonie, en théologie, qui peut alors fonder des religions et susciter des intégrismes violents, barbares, tels ceux des guerres de religions en Europe encore récemment ou de Daesh aujourd'hui. Aucune négociation ne semble alors possible entre la Lumière et les Ténèbres, entre le Bien et le Mal. On ne vise plus que l'extermination. Nous observons aujourd'hui même les effets épouvantables de cette exacerbation radicale du manichéisme ordinaire.




dimanche, janvier 03, 2016

Mythanalyse de l'image


Tweet Art, 2016

Le pouvoir de l'image est tellement grand que plusieurs religions et en particulier les diverses variantes de l'islam ont interdit toute représentation de leur dieu, de son prophète et même, au-delà du monde religieux, toute figuration d'un être vivant, voire d'un objet profane. Cet rejet des icônes assimilées à des idoles existe déjà dans l'Ancien Testament (Exode XX,4): 
    "Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous-terre."
Dieu seul détient le pouvoir de créer des figures.
Le catholicisme n'a pas retenu cet interdit, usant au contraire de la gloire auréolée des images pour célébrer son dieu et ses saints, mais le protestantisme y est revenu dans le respect de son austérité opposée aux excès somptuaires de l'église vaticane.
L'islam en a renouvelé l'interdit dans le Coran : 
    "Abraham dit à son père Azar: "Prendras-tu des          idoles pour divinités?
    Je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement         manifeste." (Coran, VI,74)
Annie Vernay-Nouri, qui rappelle ce texte dans "L'image et l'islam"(*), souligne que cet aniconisme n'a certes pas été totalement respecté selon les époques et les variantes de l'islam, mais il a induit en retour un art de la calligraphie, qui a pris valeur iconique d'écriture-image.
Elle cite cependant aussi cet hâdit du prophète:
    "Les anges n'entreront pas dans une maison où il        y a un chien, ni dans celle où il y a des images." (Al-Bukhâri, LXXVII, 87)
Et cet autre:
    "Ceux qui seront punis avec le plus de sévérité au jour du jugement dernier sont: le meurtrier d'un prophète, celui qui a été mis à mort par un prophète, l'ignorant qui induit les autres en erreur et celui qui façonne des images et des statues."(**) 
Les pratiques de la magie, rituels, objets fétiches, masques et grigris, démontrent le même pouvoir des figurations dans les mains d'un sorcier.
Voilà qui ne laisse aucun doute sur le statut iconique des images en Occident. Le peintre s'arroge un pouvoir qui traditionnellement est interdit par Dieu, ou dont use la magie et la religion pour exercer sa puissance. Les images incarnent la puissance créatrice des dieux ou la présence et l'efficace des esprits. Comment ose-t-il usurper cette force sacrée? Il ne le faisait initialement que selon la demande des chamans et des chefs religieux, et selon les rituels requis. Cet art était interdit ou sacré.
Et même lorsque l'art semble aujourd'hui être devenu profane, il garde donc dans l'inconscient collectif des sociétés cette aura sacrée originelle. Cela explique sa valeur sociale fétichiste et son pouvoir de légitimation de ceux qui en possèdent des oeuvres. Cela fait comprendre la force de transgression que peut recéler encore l'image, non seulement dans les caricatures du prophète qui ont suscité des assassinats comme celui des dessinateurs de Charlie Hebdo, mais aussi dans des créations d'apparence plus profane comme "L'origine du monde" de Courbet, l'actionnisme viennois, ou le body art de Journiac ou Gina Pane. 
Cela explique encore le silence respectueux que nous imposent les musées, eux-mêmes conçus selon des architectures de temples ou de cathédrales. 
C'est en ce sens encore, que j'ai pu écrire dans L'Avenir de l'art (***) que l'art va remplacer la religion. 

Mais au-delà de ces considérations mythanalytiques sur le statut sacré de l'art, même le plus actuel, qui me conduisent à affirmer que tout art est icônique, nous devons prendre en compte aussi des données cognitives aujourd'hui bien établies.

Face à l'instabilité et à l'évanescence  de notre perception du réel, que rappelle avec beaucoup de pertinence Philippe Boissonnet, un artiste majeur de l'holographie (****), le cerveau tend à fixer des images stabilisées de nos sens, permettant d'agir efficacement pour reconnaître, saisir et transformer les objets. A l'opposé des vibrations du mouvement brownien de nos perceptions, voire de la matière, qui domine dans notre rapport au monde sous l'effet des drogues, comme l'a montré notamment Aldous Huxley, le cerveau simplifie, synthétise nos perceptions et les décodes en fonction de notre "librairie" mémorisée: ceci est un chat, une fourchette, un arbre, etc., selon les besoins de notre action, de notre survie, ou selon nos attentes et nos désirs.  C'est seulement dans le deuxième regard plus attentif, que nous portons aux choses, que nous pouvons nous offrir le luxe d'en détailler les aspects plus spécifiques. Le cerveau choisit, censure, dessine, synthétise et reconnaît les objets dont nous avons besoin ou qui constitueraient un danger. Bref, il icônise sans cesse. C'est là une fonction basique de nos facultés cognitives, sans laquelle nos perceptions seraient d'une totale confusion. 
Nous observons ainsi que cette fonction cognitive nécessaire à notre survie coexiste avec le mythe de la création qu'osent usurper les artistes. 
Ceux d'entre eux qui préfèrent le cinéma, la danse ou l'installation à une image encadrée en deux dimensions, savent bien que nous en extrayons, lorsque l'oeuvre est assez puissante pour le permettre, des images emblématiques, icôniques, qui sont celles qui suscitent notre admiration et qui demeurent dans notre mémoire.
Même la publicité la plus profane (apparemment) ne procède pas autrement. Et elle icônise ainsi des logos, des marques, des objets de consommation triviale, qu'elle sacralise et inscrit dans notre mémoire, afin que nous nous en souvenions au moment de l'achat dans les centres commerciaux. Il en est des affiches publicitaires comme des images et statues des saints catholiques que viennent prier les fidèles dans les églises lorsqu'ils ont une faveur à leur demander.
Toute perception lisible est icônique. Toute oeuvre d'art l'est aussi, L'une comme l'autre sont des décisions, des volontés, qu'elles viennent de la physiologie du cerveau ou de de la fonction originelle sacrée des magies et des religions. 
Neurosciences et mythanalyse se rejoignent ainsi.Un dessin digne de son nom est un dessein, une volonté de puissance et d'action qui se confronte au réel et lui impose une vision originale. Une peinture forte n'est pas un simulacre Impossible, pas une copie médiocre et réductrice de la réalité. Bien au-delà de la perception évanescente et incertaine que peut en avoir le peintre, comme chacun de nous, elle est une décision, une prise de pouvoir face au réel, qui prétend en fixer les traits. C'est ainsi qu'a toujours procédé la peinture, qu'elle soit primitive ou de la Renaissance, classique ou impressionniste, cubiste ou abstraite, minimaliste ou conceptuelle. L'art décide de notre vision du réel. Il en a toujours été ainsi. Ce le sera toujours. 
L'artiste n'est pas un imitateur de la création du monde par la nature ou par un dieu, mais un créateur du monde, tel qu'il en décide et qu'il nous le dévoile. C'est en ce sens qu'il incarne ambitieusement le mythe suprême de l'origine du monde. Il doit être à la mesure de notre exigence métaphysique.


(*) Voir: https://www.google.ca/webhp?sourceid=chrome-instant&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=l%27image%20de%20l%27islam
(**) Cité par Oleg Grabar, La Formation de l'art islamique, Paris, Flammarion, coll. "Champs", 2000, p. 112.
(***) L'Avenir de l'art, vlb, Montréal, 2010
(****) Philippe Boissonnet, Désir d'effet holographique et inachèvement du regard, publié dans la revue Archée: https://www.dropbox.com/home 
    

mardi, décembre 29, 2015

Mythanalyse de STAR WARS


Dark Vador

Sans doute parce que la série Star Wars est explicitement fondée sur la mythologie, et réactualise les grands mythes, incarnés au premier degré, paradoxalement tempo-localisés dans le futur, je n'ai guère été tenté jusqu'à présent d'en reconstituer le cahier des charges, ou de réinventer les notes de George Lucas, lorsqu'il a conceptualisé ses personnages et le récit qu'il redécline dans chaque nouvelle version de cette saga exceptionnelle. En fait, tout ce que je pourrais en déchiffrer a certainement déjà été écrit par George Lucas lui-même dans sa recherche préliminaire au projet.
Et cette oeuvre immense, telle un écho de l'oeuvre de Victor Hugo transposé en pleine science-fiction, qui cultive la simplification binaire entre le bien et le mal, qui réanime les masques du théâtre grec, tout en substituant  à la catharsis de la tragédie l'apaisement du happy end, nous parle, bien entendu, de l'humanité d'aujourd'hui et non de son futur, comme elle prétend nous y inviter.
Et souhaitons que l'humanité connaisse en effet un happy end, comme le veut l'optimisme pragmatique de la culture US, plutôt que la fatalité apocalyptique de la douleur grecque.
Mais il y a aussi dans la saga de George Lucas une forte présence de la vie moyenâgeuse, du bestiaire de Jérôme Bosch, des villages paysans de Brueghel l'ancien, mêlés à des carcasses de technologie futuriste, supposés représenter un fragile refuge autochtone face à l'invasion des conquérants du mal, dont le grotesque évoque la comédie humaine.
Star Wars, c'est du théâtre, du drame grandiloquent avec des décors de carton peint incrusté d'effets spéciaux de calibre exceptionnel.
La psychologie est adaptée à un public de masse sans culture littéraire, ravi qu'on lui propose une épopée grandiose, dans un style populaire, dont il pourra cultiver  les memorabilia et collectionner les produits dérivés comme les reliques d'une initiation secrète qui est devenue un culte.
Pour les fidèles de Star Wars, c'est manifestement un plaisir sophistiqué d'en détailler les caractères, de repérer les échos d'un épisode à l'autre, et de revivre la mythologie grecque dans toute sa puissance, encore amplifiée par le primitivisme d'un Moyen-âge burlesque dans lequel elle est transposée, le tout mêlé à la gadgetterie de la science fiction.
Il faut souligner que le souci de décliner avec cohérence les épisodes en fonction des premières images datant des années 1970, impose, malgré les effets spéciaux les plus sophistiqués dont l'industrie est désormais capable près de cinquante ans plus tard, un évident archaïsme des formes, des mouvements, des décors, qui donnent un sentiment passéiste par rapport à l'univers actuel de la physique et de la chimie nanotechnologiques. Bref, nous nous retrouvons avec le dernier épisode de Star Wars, tout juste sorti sur les écrans pour Noël 2015,  "Le retour de la Force", dans une science-fiction étonnamment archaïque, qui me rappelle les animations numériques des années 1980. Cela ne nuit manifestement pas au succès de cette oeuvre, tant l'imaginaire se développe plus fluidement dans le primitivisme et l'archaïsme que dans un futurisme qu'on peine à imaginer.
Contrairement à la mythologie, par nature passéiste, la mythanalyse explore les imaginaires collectifs les plus actuels. Mais l'exemple de Star Wars nous rappelle que ces imaginaires sociaux demeurent constitutivement archaïques; d'une part parce ils se sont développés dans notre psychisme selon les phases fabulatoires de chacun de nous depuis le stade foetal, et d'autre part parce que les récits que nous en devons à nos prêtres et à nos poètes se sont eux-mêmes inspirés des mythes anciens. Et parmi ces grands relayeurs des mythologies anciennes, il faut désormais compter les cinéastes parmi les plus influents, comme nous le démontre brillamment George Lucas.




jeudi, décembre 17, 2015

Mythanalyse du terrorisme



Explorer ce que pourrait être une mythanalyse du terrorisme nous semble une entreprise extrêmement difficile. Mais comment se dérober à cette tâche, alors que se multiplient partout dans le monde les actes de terrorisme religieux les plus radicaux.
Quelle fabulation collective peut être assez puissante pour conduire un esprit religieux à tuer à l'aveugle et à se faire exploser soi-même avec une ceinture d'explosifs? Au-delà des mots qui circulent dans la propagande djihadiste et qui expriment cette résolution, dans quel mythe profond s'enracine donc une motivation si radicale?
Fanatisme et terrorisme sont étroitement liés. Certes le fanatisme ne conduit pas nécessairement au passage à l'acte effrayant que constitue le terrorisme; mais les deux sont liés dans une configuration mythique primaire.
Le fanatisme déclare la supériorité absolue d'idées abstraites inscrites dans un récit imaginaire qui vient directement de Dieu ou du maître à penser. Ce texte, inscrit dans la Torah, parole d'évangile, sourate du Coran ou verset d'un catéchisme fasciste, est déclaré être La Vérité qui domine toute la réalité d'ici-bas,celle-ci ne pouvant être que dévalorisée, condamnée pour son manque de cohérence avec le credo fabulatoire, pour sa fausseté, son péché, ses valeurs fallacieuses ou dégénérées, ses souillures, et la vulgarité haïssable des êtres humains qui s'y complaisent. Cette Vérité est totalitaire et ne permet pas la moindre faille.
Le fanatisme étant binaire, il induit la perte du principe de réalité qui permet la violence transgressive de tout humanisme ou respect des autres, qu'ils soient selon les cas juifs, protestants, païens, athées, homosexuels, ou simples citoyens ignorant délibérément cette Vérité,  Et il peut conduire au génocide.
Le premier point que nous retiendrons ici est donc cette opposition fondamentaliste et radicale entre une fabulation religieuse ou politique considérée comme sacrée et la réalité ordinaire qui y contredit ostentatoirement, qualifiée de déchéance. Cette opposition inclut la séparation et le rejet du monde profane. Elle induit la violence, elle appelle à l'exécution sans pitié, sans empathie de la masse des incroyants immergés dans leur souillure. Le terroriste est fanatisé et il répand sans hésitation la mort avec le glaive, le sabre, la kalachnikov ou la ceinture d'explosif au nom de son Dieu ou de son Führer sur ce fumier abject que nous sommes, nous autres incroyants, infidèles, juifs, jouisseurs, démocrates, homosexuels, ou membres de l'autre ethnie.
Une telle évolution dans la psyché d'un homme normal fanatisé jusqu'à devenir terroriste suppose donc l'enseignement insistant d'un credo appelé La Vérité. Elle se développe comme une quête d'absolu, qui n'est possible que si cet individu est en état de grande vulnérabilité: humiliation, frustration par rapport à une réalité qui ne répond pas à ses désirs, qui ne satisfait pas ses besoins matériels, ses aspirations, et qu'il va tendre à condamner par déception totale. Bien entendu, les adolescents qui ont du mal à s'intégrer dans la société adulte, sur le marché du travail, ou qui sont déstabilisés par rapport à leur immigration dans une culture étrangère sont particulièrement fragiles et susceptibles de répondre à cette propagande, qu'ils interprètent comme une voie alternative à leur malheur.
On mesure alors la puissance du credo dans lequel se nourrit ce fondamentalisme. Il implique un reniement tellement radical de la réalité, de ses compromis et des défauts qui lui sont inhérents, et une telle exigence de perfection, d'absolu qu'il entraîne une dichotomie entre réalité condamnable et Vérité suprême. A partir de ce stade psychique la violence froide et calculée s'impose comme une solution ou du moins une nécessité appelant à un devoir sacré.
Nous en avons vu les effets dévastateurs lors des attentats terroristes qui se sont multipliés au nom du salafisme et du wahhabisme. Mais toutes les religions ont secrété tour à tour cette toxicité extrême.
Refuser la réalité parce qu'elle nous fait souffrir, nous déçoit, conduit à des dépendances qui peuvent devenir pathologiques, que ce soit celle de l'internet, de la drogue, ou du fondamentalisme religieux.
C'est la frustration par rapport au réel qui crée la fuite vers le virtuel, vers les paradis artificiels, vers le fanatisme politique ou ethnique, ou vers l'aliénation spirituelle.
La diversités des fabulations religieuses dépend des contextes culturels et des époques. Elle ne devrait pas nous dissimuler que c'est ce même processus compensatoire par rapport au réel qui opère. Il en est de même de la diversité des drogues. Et on pourra se réjouir que la dépendance vis-à-vis de l'internet demeure, en comparaison, une drogue douce et socialement acceptable. Sa puissance ne devrait pas pour autant être sous-estimée, comme je l'ai souligné dans les Lois paradoxales du Choc du numérique (édition vlb, 2002),
L'engagement dans le fondamentalisme et le terrorisme, qui en constitue le passage extrême à l'acte, ne se fonde pas dans dans un mythe, dans tel ou tel récit fabulatoire, que ce soit l'islam, le catholicisme, le judaïsme, le fascisme hitlérien ou communiste, au nom duquel on exècre les juifs, les gitans, les homosexuels ou les Tutsis, mais dans le rejet de la réalité jugée inacceptable.
Ces comportements extrêmes, les mêmes dans tous les cas, qui devraient rester anomiques, individuels et exceptionnels, s'amplifient dans les imaginaires sociaux lorsqu'ils entrent en résonance collective dans une situation socio-historique particulièrement difficile et frustrante (crise économique de l'Allemagne qui favorisa la prise de pouvoir de Hitler, humiliation des populations arabes face à l'arrogance du triomphe matérialiste occidental, domination ethnique, etc.).
Nous mettons ainsi en évidence le processus fondamental de toute fabulation mythique, qui se constitue toujours par rapport à la réalité, en réaction contre elle, pour expliquer imaginairement ce que nous ne savons pas ou ne comprenons pas, pour compenser imaginairement nos impuissances, ou pour soutenir imaginairement nos espoirs d'une réalité meilleure. Et ces mythes peuvent être bénéfiques ou toxiques, voire violents et même destructeurs, à la mesure de nos frustrations ou de nos espoirs. Nous en observons aujourd'hui le spectacle désolant.
L'idéologie nazie appelle sans détour aux horreurs. Mais bien que l'islam puisse textuellement prêter à ces dérives de violence barbare, l'immense majorité des musulmans, ceux qui rejettent la charia, ont raison de dénoncer l'amalgame qui les associe injustement au terrorisme.

lundi, décembre 14, 2015

Mythanalyse du feu de bois


Les cheminées, ou foyers au bois, sont à la mode, une mode persistante et même grandissante dans les maisons et même les appartements urbains. Les valeurs de terroir, d'authenticité, de nature sont de retour, comme un phénomène compensatoire de l'uniformisation mondialiste et de la domination technologique. Pourtant, les grandes villes, comme Montréal, prétendent en interdire l'usage pour des raisons de pollution. Au centre du chalet des Laurentides où je passe la moitié de ma vie, une belle cheminée de pierres rustiques demeure mon point d'attache psychique avec l'homme primitif qui survit en moi, comme en tout être humain, même le plus policé. Dès que le refroidissement le permet, pendant tout l'hiver qui est long au Québec, et même certaines soirées plus fraîches de la fin août, c'est un grand bonheur pour moi que de rassembler le papier journal et le petit bois qui vont me permettre d'enflammer les belles bûches que j'ai moi-même fendues à l'automne après avoir abattu et débité les arbres morts qui ne manquent pas de se présenter chaque année dans la forêt touffue entourant le chalet.
Pourquoi cette fascination, bien plus profonde que celle de l'écran de télévision, alors même que le feu, si vivant mais toujours pareil à lui-même, ne nous livre aucune information, aucune idée, ne crée aucun événement qui puissent retenir l'attention. Le feu, même s'il pétille, nous absorbe dans un temps lent, à l'opposé du temps accéléré des villes et de l'internet. Le feu nous fait régresser au cœur de nous-même, dans les replis reptiliens de nos origines.
Il réactive notre mémoire primitive d'animal humain allumant un feu au milieu de la sauvagerie hantée par les esprits menaçants, pour nous réchauffer, nous éclairer, nous protéger, pour tenir les loups à distance, pour chasser les insectes, pour cuire la viande des chasseurs d'ours ou de bison. Il exige un rituel, une technique et soudain il illumine la nuit. Il incarnait l'esprit de la magie que l'homme avait appris à maîtriser, son pouvoir sur la nature. Il était sacré.Dans les rituels religieux il avait un pouvoir spirituel collectif,  il purifiait. On le respectait aussi parce qu'il pouvait détruire, anéantir. Et pour nous aujourd'hui, il réactive cette mémoire primitive qui est demeurée en chacun de nous.
Lorsque j'allume mon feu, que j'en surveille les premières flammes, que j'en attise la vie avec mon bouffadou, que je tisonne pour assurer ses premières hésitations, que j'en réarrange les morceaux de bois à diverses reprises pour le servir, ma fascination révèle le lien animal qui m'unit à lui.  Et à travers lui, directement, sans équivoque dans cette régression physiologique, mon esprit ressent cette pulsion vitale originelle dont je suis issu. Ce feu de bois incarne le mythe de l'origine de la vie, de la victoire de la vie sur la matière. Le feu est l'un des quatre éléments premiers, mais il demeure d'une grande actualité dans notre fabulation du XXIe siècle, tant individuelle que collective. Il est la vie et l'esprit tout à la fois. C'est en ces termes que les religions le célèbrent, sans taire son ambivalence, car il est la création, mais aussi la destruction. L'une ne va pas sans l'autre.
Mon feu de bois, c'est la présence du sacré que j'active. La cheminée, c'est son autel. Et je prépare chaque automne les matériaux de ce rituel qui va symboliser ma vie au cœur de l'hiver glacial.

dimanche, décembre 13, 2015

L'archaïsme des religions


Toutes les religions sont manifestement des fabulations archaïques, non seulement par l'ancienneté de leurs origines, mais aussi par leurs credos obsolètes et leurs pratiques aliénatrices. Elles déclinent, activent et nous imposent des mythes diversement toxiques.
Nous observons que le salafisme et divers autres intégrismes islamiques se présentent aujourd'hui comme les plus néfastes de ces religions, tant ils revendiquent obstinément l'origine divine des législations sociales, qu'ils prétendent donc maintenir intransigeantes et figées, ce qui les entraîne dans le fanatisme et la violence. Comment peut-on croire encore aujourd'hui qu'en se faisant exploser et en tuant ainsi des personnes au hasard, on ira directement au paradis! Et je n'insiste même pas sur les vierges qui vous y attendent impatiemment. Comment tant de bêtise est-il encore possible? Et tant de barbarie? Comment peut-on encore appliquer la charria, refuser l'égalité des femmes, condamner la démocratie, régner par le spectacle du terrorisme! Les deux autres monothéismes, le judaïque et le chrétien, même s'ils génèrent aussi des dérives intégristes, sont devenus beaucoup plus tolérables dans la mesure où ils composent avec les valeurs de la société civile et le respect des droits de l'homme.
Il ne faut pas pour autant adopter une pensée binaire, qui opposerait schématiquement les mythes bénéfiques et les mythes toxiques. Il est incontestables qu'il y a des aspects bénéfiques dans le christianisme, le judaïsme et l'islam contemporains. Il est vrai de même que des mythes éminemment porteurs comme ceux du progrès, de la démocratie, de la diversité culturelle peuvent aussi générer des effets pervers. Mais il demeure qu'ils sont globalement infiniment plus bénéfiques pour l'évolution de l'humanité que l'archaïsme des religions, car ils reposent non pas sur l'aliénation de la raison et une fabulation fataliste, mais sur les valeurs de lucidité, de raison critique et de liberté individuelle.
La mythanalyse n'est pas tant l'exploration critique des imaginaires sociaux archaïques, que celle des mythes modernes, actuels et tournés vers le futur. Et elle ne se positionne pas comme une démarche neutre et académique: elle se veut prescriptrice. Tout en déchiffrant lucidement le mythe du progrès, dont elle prend totalement en compte la pensée fabulatoire, elle déclare croire à ce mythe et le promouvoir en raison de ses effets bénéfiques. Elle n'oppose pas fabulation et raison, ce qui serait ingénu. Elle est la première à soutenir que le rationalisme est lui aussi une fabulation humaine. Mais parmi les mythes qui nous gouvernent elle choisit ceux qui éthiquement sont les plus inspirants et efficaces. Et elle condamne sans équivoque les dérives de l'islam qui nous ramènent au pire des archaïsmes, un archaïsme qui a été déjà celui du catholicisme de triste mémoire à l'époque des croisades et de l'inquisition, mais que le catholicisme a été capable de rejeter en composant aujourd'hui avec la modernité.

mardi, novembre 03, 2015

"Magie et technologie" de Manuela de Barros


"Magie et technologie": un livre important qui vient de paraître aux éditions Supernova. Manuela de Barros y aborde  un thème d'une grande actualité. Dans "La pensée magique du Net" (édition François Bourin, Paris, 2014) j'ai traité principalement de la magie ordinaire du numérique du point de vue de la mythanalyse. Manuela de Barros s'intéresse davantage aux démarches extrêmes du numérique, où magie et technologies numériques se rejoignent manifestement aux yeux de beaucoup dans une démarche imaginaire qui réanime les vieux rêves de l'humanité:, notamment l'ubiquité et l'immortalité.
Ce livre s'inscrit dans des recherches persévérantes de Manuela de Barros sur les frontières entre biologie, philosophie et anthropologie. Elle est une bonne lectrice de Ioan Peter Couliano (Eros et magie à la naissance, 1484, Flammarion, Paris, 1984). Deux citations qu'elle place en parallèle, en exergue d'un de ses chapitres, situent directement son champ de recherche:
"Any sufficiently advanced technology is indistinguishable from mlagic" (Arthur C. Clarke).
"Any technology distinguishable from magic is insufficiently advanced" (Barry Ghems).
Et cette recherche elle-même avancée, qui devient parfois vertigineuse, notamment dans les derniers chapitres, conduit Manuela là "où fantasmes et réalité se brouillent, où le réel semble déraper dans l'imaginaire, la fiction se réaliser, le délire devenir histoire. Ici, les technologies ont largement dépassé les rêves les plus fous des magiciens les plus mystificateurs, des illusionnistes les plus fourbes, des sorciers les plus inspirés." C'est en effet un étrange phénomène d'actualité de voir notre époque si prétendument pragmatique, obsédée de réalisme, d'approches quantitatives, d'économie, dériver simultanément dans les élucubrations débridées des gourous américains. Et de voir une société aussi rationnelle que Google soutenir les recherches transhumanistes abracadabra de Ray Kurzweil et financer la "Singularity University" qui questionne le "mur du futur".
L'attention de Manuela de Barros pour le bio-numérique la conduit aussi à analyser les fantasmes qui ont produit l'idée de cyborg. Un imaginaire qui avait fasciné Dona Haraway avec son fameux Manifeste cyborg (1991) et dont elle démystifie l'imaginaire.
Pour ma part, je retiendrai de ce livre non seulement la pertinence et les références classiques (Platon, Pythagore, Al-Kindî, Paracelse, Giordano Bruno, Nicolas de Cues), mais aussi son inscription dans la littérature actuelle de science-fiction et ( Arthur C. Clark, William Gibson, Riddley Scott, Philip K. Dick).
Elle conclut en évoquant le catastrophisme de Jean Baudrillard qui dénonçait le cannibalisme des médias et des images par ordinateur. Mais c'est après avoir rappelé une exigence qui est la mienne dans ma pratique d'artiste et que j'ai maintes fois soulignée:
" Pour ma part, je considère que le pire, c'est de laisser la science aux seuls scientifiques. Les artistes, comme les penseurs de tous genres ont, non seulement le droit, mais aussi le devoir de s'emparer de l'univers que la science prétend créer pour nous tous. Et s'il advient que des stupidités soient dites, des manquements commis, ils ne sont pas acceptables seulement dans le champ de l'expérimentation scientifique où l'on en voit beaucoup."
Un livre qui mérite une grande audience auprès des scientifiques, des philosophes et des artistes. Un livre de référence pour la mythanalyse du numérique .
Hervé Fischer

dimanche, novembre 01, 2015

Dieu et la nature




J'ai souvent écrit que la nature est Dieu. Mais comme tous les dieux, la nature a beaucoup de défauts, invisibles,visibles et spectaculaires. Tremblements de terre, cyclones, tsunamis, mais aussi mongolisme, frères siamois, handicaps de naissance en attestent. La liste serait longue!
Cela nous rappelle que la nature n'est qu'un système énergie/matière sans conscience. Son génie que nous révèle les lois de la nature et sa foisonnante et fascinante créativité ne doivent pas nous dévoyer de la pensée matérialiste qui en rend compte.
Certes notre conscience humaine n'est constituée que d'énergie et d'éléments premiers du tableau de Mendeleïev. La nature crée donc de la conscience chez les êtres vivants à des degrés divers, qui vont des végétaux aux humains en passant par le règne animal. Mais on ne saurait dire pour autant qu'elle a conscience d'elle même, ce qui est le premier critère définissant l'état de conscience.
Lorsque Spinoza dit que la nature est Dieu, c'est une manière cachée de dire son athéisme matérialiste. Son panthéisme, que je partage, n'est aucunement une religion. Ce sont les hommes qui sont en quête de dieux, c'est à-dire de l'accomplissement d'eux-mêmes. Un rêve.

dimanche, octobre 25, 2015

Pourquoi je suis matérialiste

Tweet Art, 2015

Bien que la nature n'ait aucun lien individualiste avec aucun de nous, qu'elle demeure absolument indifférente envers chacun de nous, je me lie à elle intimement dans le détail des arbres, des roches, de la rivière, du lac, des plantes, des animaux, des ciels que j'y côtoie quotidiennement.
Et je deviens de plus en plus admiratif de son énergie immense et incessante, de son vitalisme créateur,de son audace, du foisonnement et de la diversité de ses  cheminements bio-écologiques, de l'intelligence globale et de détail des lois physiques et chimiques qu'elle a créées, qu'elle nous montre en toutes occasions, qu'elle incarne dans son déploiement millénaire. Elle nous montre même les traces de son évolution dans la géologie, dans la physiologie du corps humain. Elle se donne à lire. Elle est le livre de l'univers et de la vie.Ses lois sont d'une intelligence, d'une complexité, d'une inventivité incommensurables. Elle crée sans cesse et livre généreusement aux êtres vivants tout ce dont ils ont besoin pour se développer.
Cela me suffit pour me sentir chez moi dans la nature, en harmonie avec elle, quasiment en symbiose spirituelle lorsqu'elle apparaît comme une sorte de paradis de beauté et d’ingéniosité prodigieuse.
C'est pour cela que je ne crois pas en Dieu, qui m'apparaît comme un fantasme infantile et bancale et pervers C'est pour cela que je n'ai aucune religion - elles me semblent toutes débiles. C'est pour cela que je suis matérialiste convaincu et heureux de l'être, émerveillé par l'intelligence de la matière et de l'énergie dont nous sommes faits.
Au-delà de ce constat d'un observateur attentif de la nature, tout n'est à mes yeux que fantasme individuel et collectif. Tout n'est que mythe: notre interprétation imaginaire de l'univers. Et non moins passionnant à déchiffrer que ne l'est la nature elle-même. Les lois scientifiques nous parlent de la puissance de la nature. Les mythes nous parlent des faiblesses et des désirs des hommes.

samedi, octobre 17, 2015

C'est la nature qui a créé Dieu




La Bible nous dit que Dieu a passé une semaine moins un jour 
à créer l’univers et y a mis l'homme. 
Mais, c'est plutôt l'inverse qui est advenu : 
le sixième jour la nature a créé les hommes qui ont imaginé Dieu. 
C'est la nature qui a créé finalement cette chimère. 
Le génie de la nature est immense, incommensurable,
au-delà des lois physiques et chimiques,
 jusque dans les plus étranges fabulations humaines. 

vendredi, septembre 18, 2015

Qu'est-ce que la Nature?



Pour les sociétés premières, la Nature était TOUT. Les hommes ressentaient vis-à-vis d'elle une crainte immense et la célébraient religieusement en conséquence. Les esprits étaient la Nature elle-même. Nous, les modernes jugeons cette relation de l'homme à la nature comme une superstition, une aliénation primitive.
Aujourd'hui, pour les croyants, la nature est devenue un agrégat de matière et d'énergie. Ils s'y réfèrent comme à un décor, une réserve dans laquelle il faut puiser prudemment, par calcul et non par respect religieux.
Et désormais nous en construisons une interprétation scientifique, comme si nous étions d'une autre substance que la nature, parce que nous nous sommes attribuées des âmes que nous opposons à la matière triviale.
Pourtant, les athées, dont je suis, dans leur interprétation matérialiste, estiment que nous n'avons pas d'âme et que nous sommes de la matière et de l'énergie, animées par le vitalisme de la nature. Nous sommes désaliénés de la religion, mais nous redécouvrons que l'Homme est une production de la nature. Nous nous rapprochons donc de la conception des sociétés premières, l'aliénation en moins, car c'est l'Homme, que nous célébrons - nous-mêmes - notre liberté créatrice, bien qu'elle soit un attribut de la nature elle-même. A y bien penser, les matérialistes considèrent la nature comme des panthéistes, dans une posture intellectuelle rationnelle qui peut devenir spiritualiste. Mais nous ne lui attribuons plus d'esprits ou des intentions particulières vis-à-vis de nous. Plus de providence. Ni davantage de fatalisme. La nature EST. Nous SOMMES.
Ces affirmations nous expliquent-elles quelque chose? Non. Elles ne sont que l'expression de notre désaliénation religieuse, que nous appelons le matérialisme. C'est déjà beaucoup! C'est la conquête de notre lucidité, de notre liberté, de nous-mêmes. Reste à donner un sens humain à l'EXISTENCE. Un sens éthique. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir dans cette quête de SAGESSE.

mercredi, septembre 16, 2015

mardi, septembre 15, 2015

Pharmacie mythanalytique

             Tweetart, 2012

L'artiste pharmacien fait cause commune avec le philosophe pharmacien dans sa démarche de thérapie sociologique. 

mardi, août 11, 2015

El mito digital


Salvador Dalí pintaba relojes blandos: el tiempo se volvía elástico 
y la materia fluida. Ahora, tenemos imágenes “liquidas”. 
La rapidez deshace la permanencia de las imágenes
pero también a los propios objetos. ¿Cree esta nueva “estética de la
desaparición” evocar a Paul Virilio? Vemos cómo se multiplican las
prácticas extremas, las visiones apocalípticas o post-apocalípticas,
así como también las concepciones del hombre post-biológicas,
post-historias, post-nacionales, post-humanas, etc. ¿Y por qué no
hablar de la post-realidad? Un sentimiento del fin del mundo se impone,
a menudo asociado a un deseo contrario de exploración de
una “nueva frontera” de la vida donde nos volvemos los creadores
del mundo, incluidos nosotros. Las dos posturas coexisten.
Cuando la imagen del mundo parece deshacerse, es porque
una nueva imagen está en proceso de elaboración, se hace eco de
las nuevas estructuras sociales, de los cambios ideológicos y tecnocientíficos,
de los cuales los contemporáneos aún no tienen idea.
Ese fue el caso con el surgimiento del Renacimiento, el clasismo, el
barroco, el impresionismo, el fauvismo, el cubismo, el futurismo y
el constructivismo, el surrealismo, el arte abstracta, etc. Entonces,
¿cómo no preguntarse cuál es la nueva cosmogonía de la que se
habla en la actualidad? Los artistas, una vez más, ¿serán los descubridores
e incluso, los creadores? ¿O le dejarán ese rol de pioneros
a los científicos? ¿Deberemos admitir, por primera vez, que una
imagen coherente del mundo no es posible? ¿En qué universo vamos
a cambiar? ¿Seremos confrontados a una ruptura antropológica,
a una imagen del mundo radicalmente nueva?

Esta dimensión digital de la vida solamente concierne a una
minoría de los adultos. Ya esta  omnipresentel y banal para las nuevas generaciones.
Además, parece que pronto ya no será necesario recordar
que vivimos en un ambiente digital. Hablamos del aire
que respiramos únicamente cuando está excepcionalmente puro o
contaminado. O cuando nos hace falta. Ya tenemos el cielo y las
nueves digitales, la ecología digital. Pronto deberemos admitir la

banalidad de la digitalización.

lundi, juillet 27, 2015

Écosystème intime

Un écosystème centré sur mes seules
sensations panthéistes en immersion dans la nature et mes excitations conceptuelles.

lundi, juillet 06, 2015

La nature est Dieu - hommage à Spinoza




Spinoza disait que Dieu est la matière elle-même, c'est-à-dire la nature. Il refondait ainsi sans l'admettre publiquement le matérialisme de Démocrite. Il est pour cela l'un des trois philosophes que j'admire le plus, avec Confucius et Nietzsche.
Alors, je dirai, en plein cohérence avec Spinoza: La nature est dieu. La nature est Dieu. Et j'ajouterai: mon jardin est mon église. Je le soigne, j'y mets des fleurs, je l'honore, j'y mets de l'humanité. De l'humanité, à ma petite échelle, dans l'immensité de la nature. Dans l'immensité de dieu. Et je parle aux arbres, aux roches, à l'eau, je contemple la nature, le ciel, je regarde les animaux qui viennent de la forêt, je les écoute, comme on écouterait Dieu. J'y fais retraite et j'y travaille avec une immense conviction. C'est là que je ressens la puissance de la spiritualité.
Il n'y a pas d'esprits dans les arbres, les montagnes, les rivières ou la lune, comme le croient beaucoup de populations autochtones. Mais l'esprit est dans la matière, la matière est dans l'esprit. La matière est esprit, l'esprit est matière. Il n'y a pas de solution de continuité entre l'esprit et la matière, entre la vie et la matière. J'espère être capable de me rappeler dans l'instant d'apaisement qui précédera ma mort.
Il a fallu que je vive dans la nature "intégrale" du Québec pour en devenir conscient. Spinoza, qui vivait à Amsterdam, a su le découvrir dans son cheminement intégral, sans guère de contact sensible avec la nature. Cette prise de conscience est venue de la rigueur de son esprit, sans passer par la sensibilité dont j'ai fait l'expérience originelle.

vendredi, juin 26, 2015

Qu'est-ce que cette chose, l'univers?




Regarder dans le kaléidoscope astrophysique

On en parle beaucoup de cette chose, l'univers, que nous regardons comme un objet devant nous. Nous en avons en effet vu tant de photos et d'images d'artistes sous tous les angles, immenses et de détail! Nous oublions que nous en sommes une partie infiniment petite qui le dévisageons au-delà de nos pieds et de notre nez.
Un objet qui nous est devenu familier, tant il est proche. Une chose très étrange que cet univers lorsque nous scrutons les étoiles, la lune ou des écrans d'astrophysique.
Une vaste fabulation systémique technoscientifique assez rigoureuse avec toutes sortes de détails imaginairement chargé de superstitions, de mythologies, d'angoisses et d'inaccessibilités que les films de science fiction mélodramatisent dans des guerres sidérales entre les bons et les méchants.
Quelle incroyable affaire, que cet univers où nous avons semé des dieux, des titans, des extraterrestres, des conquérants en objets volants non identifiés, le plus souvent menaçants et même un paradis. C'est notre psyché que nous projetons sur ces nébuleuses de gaz incandescents, dans ces trous noirs, dans ces chevauchées galactiques.
"Maîtres et possesseurs de l'univers" disait  de nous Descartes bien étrangement! Comment pouvait-il croire à un tel fantasme, lui, un si grand philosophe du rationalisme classique ?
Qu'est-ce que cet objet, l'univers, qui flotte dans l'impensable que sont l'infini et l'éternité, et que pourtant nous mesurons. Quelle étrangeté que l'impensable! Avant l'univers: l'impensable. Autour de l'univers: l'impensable. Après l'univers: l'impensable. Et quelquepart, dans un trou noir ou bleu - là nous le savons: le paradis et l'enfer. Fabulation! Dans notre nanoparticule terrestre : la pensée moderne, qui croit avoir mis fin aux superstitions en élaborant un rationalisme exigeant et décrypteur de vérité. Un oasis dans cette étrangeté? Ou bien est-ce tout l'univers qui serait rationnel, comme le pensait Einstein, lui l'agnostique déclaré qui soutenait que Dieu ne joue pas aux dés. Entre Descartes et Einstein notre esprit dérive délicieusement. Et c'est là que se joue notre destin tragique. Ou c'est là que nous bâtissons notre avenir prométhéen.
Regarder dans le kaléidoscope astrophysique; quel enchantement pour l’œil! Mais lorsque je regarde le ciel nocturne, les étoiles me dépriment. Notre esprit fabulateur rationalise objectivement l'étrangeté du monde.

dimanche, juin 07, 2015

L'innovation n'est plus une spécialisation



Arnaud Pottier Rossi insiste, toujours sur Twitter - et je termine la phrase qu'il a aimé:  "...et nous sommes encore loin de nous-mêmes."

C'est bien la conclusion de ce livre sur l'évolution par la divergence.



"L'innovation n'est plus 1 spécialisation !" Hervé Fischer ds La divergence du Futur


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Une bonne photo de vacances


Aujourd'hui ce tweet d'un bon lecteur de mon livre, Arnaud Pottier Rossi (@APottierRossi),
 venu au Forum Netexplo à Paris à l'UNESCO en février dernier. J'apprécie. Voilà d'excellentes conditions de lecture! Et le livre n'est pas mouillé...

samedi, mai 30, 2015

La science de la nature

Nous parlons couramment des sciences de la nature, que nous élaborons. Mais c'est en fait la nature qui détient cette science universelle, complexe et puissante; ce n'est pas nous. Nous tentons seulement de la déchiffrer selon les limites de nos fabulations.
Ontologiquement la nature est immensément savante, plus que tous nos chercheurs réunis ne le seront jamais. La nature est un puits infini de science. La nature est savante.  Elle a non seulement la science infuse, mais elle dispose d'un pouvoir programmatique, créatif et de modélisation fascinant, dynamique, expérimental, foisonnant et fascinant inépuisable, couplé avec une énergie vitaliste  infatigable. Comme si elle était la science en acte. Et la beauté en temps réel.

Elle est tout l'univers. Elle est chacun de nous. Elle est la conscience que j'ai de moi et du monde. Je n'ai pas d'être en soi que je puisse saisir, objectiver. Seulement une conscience externe de moi. Je me regarde aller de l’extérieur de moi-même. Je m'observe, m'écoute, me plains ou me congratule, m'abaisse ou m'élève de l'extérieur de moi-même, comme si j'étais un simulacre. Celui-ci qui m'apparaît et prétend être moi, avec lequel je suis devenu familier a une sorte de permanence qui m'assure de notre lien, mais pas d'immanence.

jeudi, mai 28, 2015

Homo fabulator


Toute notre interprétation de la nature est fabulatoire, de a à z. Toute notre pensée est subjective, ego- et ethnocentrée, fabulatoire. Cela ne signifie pas que l'homo faber est déconnecté de la réalité, inefficient, et finalement déjanté. Bien au contraire, la phénoménologie le souligne, toute notre pensée est intentionnelle et donc adaptée à l'action, à nos besoins matériels, biologiques et psychiques. Rien de plus réel.
Même la science infuse de la nature que nous déchiffrons humblement nous apparaît selon les questions que nous posons, les méthodologies et les instruments quantitatifs que nous élaborons, les besoins que nous avons, les structures psychiques, neuronales, logiques qui sont les nôtres, différentes de celles des autres espèces vivantes.
Le fictionnel ne s'oppose pas au réel, pas même au factuel. Pas plus que le rationnel ne s'oppose au réel. Lorsque celui-ci le dément, le rationnel se réajuste en conséquence, quitte à renier la vérité scientifique d'hier. Mais il demeure que la raison est fabulatoire. En ce sens, la voyance que célébrait Rimbaud, l'imagination poétique sont autant d'approches fabulatoires de la complexité du réel, qui dépasse de loin nos capacités neuronales , de sorte qu'elle demeure insaisissable. Nous le fragmentons, nous le zoomons, nous le sélectionnons, ni l'ignorons en fonction de nos capacités et besoin humains. Que toute notre connaissance soit fabulatoire ne signifie pas que notre interprétation du réel soit fausse, mais seulement qu'elle ne nous en livre qu'un angle de vue, selon un verre grossissant, filtrant et déformant. Elle est "objectivement" déformée. Dans les deux cas il s'agit de déclinaisons de ce que nous devons appeler un "réalisme magique".
Les indiens Guarani ne la voient pas comme nos professeurs au Collège de France. Pour toutes les raisons que nous venons de mentionner. Et les interprétations des uns et des autres sont, du point de vue humain, également vraies et fabulatoires, selon les différences de nos cultures. Nous pouvons mythanalyser la démocratie tout autant que la magie totémique.
Le récit des origines varie de même selon la culture des Guaranis et celle de nos professeurs au Collège de France. Et ces deux cultures tendent à en créer des récits différents, mais déclarés atemporels, achroniques, ou inscrits dans un perpétuel présent: une fabulation évidente dans les deux cas. L'achronie est une fabulation niée par l'évolution, dont nous avons une interprétation tout autant fabulatoire.
Faut-il désespérer? Aucunement. Ce serait sur la base d'une autre fabulation, celle de la vérité en soi. La fabulation n'est pas une erreur, ni un mensonge, mais une condition existentielle. On pourrait l'appeler une pratique partagée, qui tend à la poésie partagée ou à l'instrumentalisation partagée selon la diversité de ses pôles. Mieux: il faut célébrer la vertu cognitive de la fabulation. Dieu est une fabulation dont l'interprétation de sa création ne peut être, elle-même qu'un fabulation mégalomaniaque bien intentionnée. C'est la lumière divine que nous diffusons dans la photographie. Rien de plus réel qu'un cliché photographique. Et pourtant, nous le savons, rien de plus imaginaire. La photographie n'est que l'art de la lumière, ce qui est immense et minuscule tout à la fois.

mercredi, mai 27, 2015

La SmartChurch numérique



Avec un téléphone intelligent, avec un laptop, on se croirait à la messe. Sonneries rituelles et régulières pour nous annoncer l'entrée d'un courriel ou d'un texto comme si c'était le saint-esprit qui se manifestait ou lors de l'élévation à la messe qui nous convoque. On lève les yeux au ciel, on baisse la tête, mais on reste assis. Et on est prêt pour recevoir le message de l'ange Saint-Michel. Clocherie numérique: ainsi se manifeste à nous la divine présence. Ne parlons plus du désenchantement du monde : Le numérique l'a réenchanté religieusement. Nous sommes ses fidèles paroissiens, toujours fidèles à l'office, sauf lorsque nous nous endormons du sommeil du juste. Mais au réveil, le numérique nous appelle avant même le café pour nous remettre en communication avec l'église intelligente: la smartchurch où flottent nos âmes en état de grâce.
Je crois en toi, Numérique tout puissant, Intelligence suprême à laquelle rien n'échappe, SmartGod qui règne sur le ciel comme sur la terre et pour toujours.