tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

lundi, mars 24, 2014

L'archaïsme du langage



 L’étymologie est l'un des outils privilégiés de la mythanalyse, car au-delà du travail historique des linguistes, elle déclare l'imaginaire qui est l'origine des mots. Cet imaginaire est métaphorique, biologique, mythique. Même lorsque les linguistes au moment de la Renaissance, travaillant à établir l'écriture officielle de la langue vulgaire, le français, encore orale le plus souvent, ont fait des erreurs d'étymologie, les orthographes qu'ils ont faussement corrigées révélaient souvent aussi l'actualité de leur imaginaire, en décalage éventuel avec l'imaginaire originel. En ce sens, le langage est toujours archaïque: son étymologie métaphorique plonge ses racines dans l'inconscient collectif.

Ainsi, comprendre l’inné de l’enfant, c’est mettre ensemble ce qui s’est constitué lors de la naissance dans la psyché et le cerveau de celui qui ne parle pas. Il faut certes se méfier de ce petit jeu, qui peut nous entraîner dans d’autres fabulations, celles de notre propre inconscient. Mais Lacan soulignait déjà que l’inconscient est dans le langage et dans les jeux de mots, pas dans la cave freudienne. Et Heidegger nous a appris à penser les mots dans leur imaginaire philosophique. 

L'origine des émotions



Chacun a eu l'occasion de le ressentir: les émotions sont des mouvements de la psyché qui remontent à la surface de la conscience et nous submergent malgré nous. Et ils sont si forts que nous ne pouvons les retenir, les cacher. Ils nous projettent sur la scène sociale et nous révèlent à l'autre. Ce sont des é-motions, qui sortent de nous, au point de nous déstabiliser dans nos structures psychologiques autoprotectrices. Comment expliquer la puissance des émotions? Par le ressort dynamique de leur origine, qui se situe dans des moments forts de notre existence, à commencer par notre naissance et à continuer par les rebondissements des liens hypersensibles de notre naissance: la mort ou la mise en danger de mort du père, de la mère, d'un acteur important du carré parental, oncle, frère, sœur, proche. Ce peut être aussi la répétition d'émotions originelles, telles que l'impuissance corporelle du nouveau-né, le manque d'affection ou l'excès d'amour, la faim, les peurs (de mort) et désirs (de vie), anxiétés et satisfactions des débuts de la vie intra et extra utérine. Autrement dit, c'est des expériences de vie  in-nées que viennent les é-motions. L'expression paraît évidemment paradoxale, mais elle dit vrai: l'émotionnel, c'est l'actualisation puissante de l'inné.