tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

jeudi, juin 26, 2014

Sociogenèse des mythes


Ce sont les poètes, les historiens, les artistes, les cinéastes qui inventent, mettent en scène ou transforment les mythes. Ce sont eux et aussi les chefs militaires, religieux, politiques qui conçoivent les récits sur les quels nous fondons nos imaginaires collectifs. Ils gardent la mémoire ou ils redessinent l'existence des figures mythiques qui ont animé la construction du monde lorsque le nouveau-né fabule pour maîtriser le monde et le corps qui viennent à lui avec l'accouchement. Dès les premières émotions, craintes ou désirs qui envahissent la psyché du nouveau-né, sa conscience des acteurs du carré parental, mère, père et soi-même est déterminée par l'Autre (le contexte socio-historique) qui est présent aussi et qui lie ces premiers sentiments biologiques à la culture de la société où naissent conjointement le nouveau-né et le nouveau-monde.
La sociogenèse des mythes est ainsi marquée dès la naissance  par la forte influence de l'Autre dans le carré parental. Elle s'inscrit émotionnellement et durablement dans les circuits synaptiques encore plastiques du cerveau du nouveau-né. Elle fonde la logique des drames mythiques fondateurs de l'enfant qui tente d'interpréter le monde qui vient vers lui. Elle détermine la syntaxe des relations premières entre acteurs, actions et conséquences pour l'individu en gestation. Et c'est cette même appartenance culturelle et sociale qui déterminera sans interruption la psyché de chaque  être humain tout au long de sa vie, et qu'on retrouve dans les récits qu'en proposent les poètes et autres créateurs «professionnels» de mythes, les peintres, les écrivains qui en fixent les grands récits qu'adoptent et institutionnalisent les groupes sociaux.
Il n'y a donc pas d'invariants dans les imaginaires sociaux ou ce qu’on appelle les inconscients collectifs des sociétés. Il n’y a que la mémoire des récits mythiques, qui perdure, varie, est contredite ou rejetée et l'invention de nouveaux mythes en résonance avec l'évolution sociale. Ce qui peut créer l’illusion encore si répandue de ces invariants, qu'ils soient idéalistes (les archétypes de Jung) ou mathématiques (l’anthropologie structurale de Lévi-Strauss), c’est seulement la répétition biologique de la naissance du nouveau-né et du nouveau-monde dans le carré familial. Une constante biologique qui est soumise au jeu des variations historiques et sociologiques dans ses représentations sociales.

Boko Haram: le nouvel enlèvement des Sabines


Sans doute le sunnite Boko Haram,qui sévit dans le nord-est du Nigéria, n'a pas lu Tite-Live et ne s'inspire pas de son récit célèbre qui décrit l'enlèvement des Sabines par les premiers Romains, avec à leur tête Romulus, en quête de femmes pour ses hommes afin de pérenniser la fondation de Rome. Mais il n'en actualise pas moins le mythe, pour donner des femmes à ses guerriers et renforcer la prédication et le djihad. Tite-Live ne traitait pas les premiers Romains de terroristes, puisqu'il célébrait la fondation de Rome et il manquera sans doute à Boko Haram un grand écrivain et historien pour légitimer et célébrer ses tristes exploits. Il est vrai que «Boko Haram» signifierait, selon les spécialistes: «l'éducation occidentale est un péché». Le mythe traverse les cultures et les religions.

Les nouveaux Titans sont les cyborgs

                                   



                                                 Cyborg anthropométrie, acrylique sur toile, 153 x 92 cm, 2014

Empowered figures of human beings.

Le cyborg,  icône de l'âge du numérique, de l'imaginaire des jeux vidéo,  de la technoscience, de l'empowerment (l'homme augmenté), prend la relève du nu féminin, si présent dans la peinture occidentale depuis la Renaissance, qui incarnait le désir incestueux de la mère. C'est le mythe de la puissance de l'homme, le fils du père, qui l'emporte sur celui de la mère, que célébraient encore les papiers gouachés en bleu et découpés de Matisse et les anthropométries bleues (les «pinceaux vivants» d'Yves Klein. Le cyborg a tué père et mère, Dieu et le nu féminin que décriaient déjà les peintres futuristes.  Sous la figure de l'homme hybride, le robot anthropoïde, le cyborg, emblématique du XXIe siècle, incarne le fils triomphant, les nouveaux Titans de notre temps. Le nu féminin n’apparaît plus  que sous les traits caricaturaux d'une poupée synthétique érotisée, un objet-jouet soumis aux caprices et  fantasme du cyborg. 
Matisse et Yves Klein ne peindraient plus aujourd’hui des nus féminins, mais des cyborgs post-humains.