tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

samedi, novembre 29, 2014

Qu'est-ce que les mythes ?



Le stade de l'ourson, acrylique sur toile, 92 x 122 cm, 2014

les mythes sont les récits métaphoriques selon lesquels à l’âge adulte nous fabulons  infantilement l’étrangeté du monde – passé present, futur - , comme nous n’avons cessé de l’imaginer, faute de pouvoir le saisir, dès le stade foetal puis dans le carré parental

vendredi, novembre 28, 2014

Le sommeil onirique






Le sommeil de l'agneau-loup, acrylique sur toile, 122 x 92 cm, 2013

Dans le sommeil nous retournons à l’état fœtal et réactivons 
oniriquement les circuits synaptiques de la mémoire psychique, de nos émotions, désirs et peurs, mais dans le désordre ou selon les seules logiques de l'inconscient, parce que libérés du contrôle rationnel et réducteur de l’état de veille.

jeudi, novembre 27, 2014

Le carré parental et la fabulation mythique


La dynamique du carré parental, acrylique sur toile, 92 x 153 cm, 2014

J'ai maintes fois souligné que le développement de la fabulation mythique de l'infans est déterminé par la structure du carré parental: la mère, le père, l'infans et l'autre (la société). Cette schématisation est à coup sûr trop géométrique et son équilibre  - ou son déséquilibre - dépend de la dynamique sous tension des imagos et des rôles des acteurs. 
J'ai donc tenté ici d'exprimer cette dynamique en montrant que le lien avec la mère demeure fondamental, tandis que le nouveau monde naissant prend le devant et que le père esquisse son imago, sous influence de l'autre - la société - qui s'imposera de plus en plus, mais qui demeure latérale au début par rapport aux déterminants biologiques.

Le stade du chaos, qui émerge avec l'accouchement, trouble cette belle organisation à coup sûr et ne sera jamais complètement dépassé, même au stade adulte. Moi-même, né en octobre 1941 à Paris sous l'occupation nazie, je garde certainement dans ma mémoire inconsciente une inscription profonde non seulement de mes propres émotions face au chaos biologique spécifique de l'accouchement et de l'arrachement du corps maternel, mais aussi des angoisses parentales face au chaos de la Seconde guerre mondiale. Je les ai marquées ici en saturant l'espace du carré parental de noirceurs chaotiques. D'autres cas sont bien sûr moins dramatiques.

mercredi, novembre 26, 2014

父母方块的动态


父母方块的动态布面丙烯,95 x 153cm,2014 

我曾多次强调指出infans拉丁语婴儿神话虚构的发展是由父母方块的结构确定的母亲父亲infans和其他。这种简化肯定是过于像几何图像了它的平衡 或者它的不平衡 取决于各个角色意象和角色在压力之下的动态。
因此我在这里尝试表达这些动态展示出母亲的角色保持着关键而初生的新世界占据了上风父亲勾勒其意象的轮廓两个都是在其他 社会 - 的影响之下而这个其他变得越来越重要但在一开始相对于生物的决定因素保持着边缘性。
伴随分娩出现的混沌阶段肯定扰乱了这种美好的组织形式它永远不会被完全超越即使是在成人阶段。

我本人194110月出生在纳粹占领下的巴黎在我无意识的记忆里我不仅保留了我自己面对分娩和从母体拔出的特殊生理混乱时的各种情绪的深刻印记还有我父母面对第二次世界大战的混乱时的恐慌的印记。在这里我通过让父母方块的空间充满混乱的各种黑色来表示。其他的情况当然没有这么戏剧化。

mardi, novembre 25, 2014

Séminaire Éthiques de la création



Maison des Sciences de l'Homme Paris Nord, 4 rue de la Croix Faron, La Plaine Saint Denis 93

Les séances du séminaire Éthiques & Mythes de la Création se dérouleront de 14h00 à 17h00 à la
Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (MSH Paris Nord) et peuvent également se dérouler hors les murs.
La liste des interventions n’est pas close. Ce séminaire sera relayé sur les sites de la Société Internationale de Mythanalyse et de l’Institut Charles Cros et travaillé dans la continuité, en
relation avec les publications de la revue M@gm@ et de la collection Éthiques de la Création (Institut Charles Cros/Harmattan).

La création, comme l'innovation, sont des valeurs qui construisent l'architecture de l'avenir et embellissent le présent par des sauts qualitatifs. Ces expériences sont également des relations imaginaires construites à partir de récits collectifs, dont les arts de l’enregistrement ont démultiplié les fenêtres expressives.
Cette démarche épistémologique se rattache au programme de recherche international Éthiques de la Création qui, piloté par l’Institut Charles Cros en partenariats scientifiques multiples, particulièrement le Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC-UVSQ), explore les thèmes relatifs à la création contemporaine et aux créativités
collectives, dans un espace mondialisé par les technologies de l’information. L’originalité de ce programme interdisciplinaire, réside dans la démultiplication des espaces de validation heuristique, en relation avec des chercheurs francophones d’origines disciplinaires et nationales différentes. Ce programme a été qualifié lors du premier Colloque des Maisons des Sciences de l’Homme en décembre 2012. 
De 2009 à 2011, le séminaire Éthiques et mythes de la Création (EMC) a questionné sur sept journées d'études annualisées, l'éthique comme la ressource secrète de la création. Le désir éthique révèle en effet, par sa résistance, la diversité du vivant, dans une révélation d'interfaces insolites et de synergies complexes. Ce séminaire a cédé la place en 2012 à un autre étape internationale, «  savoirs créatifs, savoirs migrateurs  » qui explorait, à travers sept thèmes refondus par des collectifs heuristiques, les axes mutants des savoirs contemporains. Ces thèmes ont donné lieu à des publications spécifiques (Institut Charles Cros/Harmattan, collection Éthiques de la Création), telles que, La Création, définitions et défis contemporains (2009),  Les territoires du sentiment océanique (2011), Savoirs de frontières  (2012), Éthiques du Goût (2014), Handicaps Créateurs (2014) et bientôt, Ressources de la Créativité (2015). En 2014-2015, le séminaire Éthiques & Mythes de la Création s’associe à la Société Internationale de Mythanalyse fondée au Québec en juin 2014, pour
revisiter quelques thèmes sociétaux. Cette démarche sera également déclinée sur sept à neuf thèmes qui vont refondre les questionnements collectifs menés depuis 2008 au travers des séminaires précédents.
Ces sessions doivent conjuguer différents points de vue de la recherche, dans une relation attentive aux récits qui les portent. Comme les précédents dispositifs, ce séminaire est le traducteur attentif des
expériences des chercheurs, artistes et témoins des mutations de la société civile. Au delà des résurgences qu’ils révèlent et des disciplines qu’ils convoquent, ces dialogues cherchent à reformuler ce qui se passe dans les récits du présent. EMC 2015 offre donc un espace contemporain traversé de trames subtiles, conçues pour des équilibres citoyens, loin des les drames, violences et autres affrontements binaires qui président à la surenchère des conflits.
La force heuristique des mythes contemporains s’appuie sur des discours, mais aussi sur des correspondances d’images, des sons, des organisations sensibles et concrètes qui tissent
analogiquement leurs imaginaires sur des objets, des lieux et des enfances. Les mythes ont forgé les outils du « développement durable » des cultures… Les sociétés avancent avec leurs récits en bandoulière, chargées ou légères, selon celui qui les porte. La caractéristique de notre XXIe siècle est d’accueillir et de susciter, par la démultiplication de l’information véhiculée par internet, une efflorescence mythique. C'est cet enchevêtrement qu’il convient d’analyser.

5 DÉCEMBRE 2014
L’accueil des doctorants  et des invités s’effectue dès 14 heures. La séance inaugurale débute à 15 heures.

La Mythanalyse ou  la société en/au miroir brisé
Méthodologie et approches de la mythanalyse, mythologie, mythocritique…
Séance en la présence du philosophe Hervé Fischer (Montréal), président de la Société Internationale de Mythanalyse et Luc Dellisse, Christian Gatard, Georges Lewi 
Sylvie Dallet : Ouverture du séminaire Éthiques et mythes de la Création
Hervé Fischer : Construire une théorie de la mythanalyse
Christian Gatard : Instruments de navigation du mythologue contemporain
Luc Delisse : L’écrivain et ses mythes
Georges Lewi : Le nouveau bovarysme
La séance inaugurale sera suivie d’un pot mythique et créatif.

7 JANVIER 2015
Parentés animales de la pensée humaine
Le retour des forces spirituelles associées : animaux de pouvoir, en captivité, en soin.
Séance en la présence du biologiste Georges Chapouthier (CNRS), Wei Liu (doctorante Arts
CHCSC), Lorenzo Soccavo (chercheur indépendant, auteur) et Emile Noël (Institut Charles Cros)…

4 FÉVRIER 2015
Imaginaires du progrès
Créativités discrètes, « sociétés en panne » et innovations désirées.
Séance en la présence d’Albert David (PR Paris Dauphine), Didier Mulnet (MDC Blaise Pascal,
Clermont-Ferrand), Frédéric Lambert (PR Université Paris 2), Anne-Marie Petitjean (MDC Angers), Hervé Fischer…

4 MARS
2015 Prospectives et impensés de l’innovation
La science fiction, le risque et les scénarios catastrophes associés.
Séance en la présence de Christian Gatard (Agence Gatard & Associés), Georges Lewi (CELSA), Philippe Bihouix (ingénieur, chercheur Institut Monumentum)…

23-25 AVRIL 2015
Puissance symbolique et fabulation mythique dans les imaginaires sociaux
Rencontre internationale de Montréal organisée sous la responsabilité de Hervé Fischer et Pierre Ouellet (Université du Québec à Montréal, Canada)…

6 MAI
 2015
Terre mère : acupunctures forestières et récits environnementaux,
panthéismes contemporains, espaces refuges et matières ressources (Programme en construction)
Séance en la présence de Bernard Boisson (auteur, photographe), Grégory Quenet (PR Fondation UVSQ, sous réserve), Hélène Hibou (Land art, plasticienne), Les arts ForeZtiers…

3 JUIN 2015
Les arts au chaudron des mythes
Cette séance traite particulièrement aux récits mythiques dans les arts d’Asie.
Séance en la présence des sinologues Emmanuel Lincot (MdC HDR Institut Catholique),
Catherine Champeyrol (DQVTM) et Ziqi Peng (galeriste et doctorante CHCSC-UVSQ)…

7 OCTOBRE 2015
Les figures littéraires et cinématographiques à l’oeuvre dans les révolutions (Programme en construction)
Séance en la présence de Gilbert Schoon (Musée Histoire vivante), Marc Rolland (PR université Cote d’Opale), Antoine de Baecque (PR ENS sous réserve), Michel Serceau…

4 NOVEMBRE 2015
Ancrer les transformations: épistémologie des objets magiques
Les expériences de Gilbert Simondon et de Pierre Schaeffer. Ponctuations cybernétiques :
pierres, tambours, machines, multimédia.
Séance en la présence de Frédéric Pascal (ENS Ulm), Vincent Bontemps (Ateliers Simondon ENS Ulm), Valentine Letendre (vidéaste, projet interactif international Shaman)…

2 DÉCEMBRE 2015
Mythanalyses sensibles et vagabondes…
Retours d’expériences
Séance en la présence d’Orazio Maria Valastro (Docteur de recherche en sociologie, Université
Paul Valéry Montpellier), Directeur scientifique de M@gm@ (Revue internationale en sciences
humaines et sociales)…
PROGRAMME EMC 2015

lundi, novembre 24, 2014

Das elterliche Quadrat und die mytische Einbildungskraft


Die Dynamik des elterlichen Quadrats, acrylic über Leinwand, 95 x 192 cm, 2014

Mehrmals habe ich schon unterstrichen, dass die Entwickelung der mythischen Einbildungskraft des infans bei der Strukturierung des elterlichen Quadrats bestimmt wird: die Mutter, der Vater, das infans und der andere (die Gesellschaft). Diese Darstellung scheint sicher zu geometrisch und simplifizierend, da sein Gleichgewicht – oder Ungleichgewicht – von der Dynamik und Spannung der imagos und Rollen des Aktoren abhängig wird.
Ich habe deswegen in diesem Gemälde versucht, diese Dynamik auszudrücken, und zu zeigen, dass die Verbindung des infans mit der Mutter stets fundamental bleibt, während die neu geborene Welt zum Kind kommt, und es beherrscht. Der Vater erscheint auch bei der Seite unter Beeinflussung des anderen (die Gesellschaft), die mit der Zeit wirksamer sein wird, die aber am Anfang im Vergleich mit den biologischen Faktoren lateral bleibt.

Die chaotische Phase, die mit der Geburt ausbricht, stört sofort diese schöne Ordnung, und wird nie, sogar im adulten Stadium, völlig verschwinden. Ich selbst, da ich in Oktober 1941 in zurzeit von den Nazis besetzten Paris geboren wurde, behalte ich sicherlich in meinem unbewussten Gedächtnis eine tiefe Einschreibung, nicht nur von meinen eigenen Emotionen dem biologischen Chaos entgegen, das mit dem Reißen aus dem mütterlichen Körper hervorkommt, sondern auch von den Ängsten meiner Eltern der Drohungen des zweiten Weltkrieges entgegen. Ich habe sie hier mit schwarzen unordentlichen Formen dargestellt, die den elterlichen Raum erfüllen. Andere Fälle sind sicher weniger dramatisch

dimanche, novembre 23, 2014

The parental square of mythic fabulations


The dynamic of the parental square, acrylic painting on canvas, 95 x 153 cm, 2014

The development of the infans’ mythic fabulations is determined inside the frame of the parental square by the mother, the father, the baby and the other (the society). This mapping is of course too geometrical and its equilibrium – or unbalance – depends on the dynamic and tensions between the imagos and roles of the actors.
I tried therefore to express here these dynamics showing that the mother maintains her intense link with the baby, but that the new born world takes the lead, meanwhile the father appears aside, under the influence of the other, which will gain prominence, but keeps a lateral power at the beginning in comparison with the biological determinants.

The chaotic stage which emerges with the birth starts immediately troubling this nice matrix, and will for sure never fully disappear, even in the adult stage. Myself being born in October 1941 in Paris occupied by the Nazis, l for sure keep in my unconscious memory a deep inscription not only from my own emotions due to the biological chaos which overwhelmed me at the time of my birth, but also of my parents scared by the Second world war. I marked them by saturating the rectangle of the canvas with black disordering threatening shapes. Other parental squares may look much less dramatic. 

samedi, novembre 22, 2014

De l'origine biologique à l'institution sociale des mythes


Les fabulations infantiles de l'interprétation du monde que chacun de nous garde inconsciemment dans sa mémoire et développe aux stades successifs de sa croissance jusqu'à l'âge adulte trouvent leur expression élaborée dans les récits mythiques inventés par les créateurs - poètes, artistes, philosophes, scientifiques, etc. - et institués par la société. Elles leur donnent la résonance puissante qui anime notre inconscient collectif.

vendredi, novembre 21, 2014

Nous sommes des animaux parmi les autres

Je dis: nous sommes des animaux parmi les autres. Cela me donne un nouveau regard, plus pénétrant sur l'humanité, et réveille ma curiosité. Certes, nous avons inventé l'éthique, notre plus grande divergence. Mais nous ne serons pas des dieux tant que nous ne la respecterons pas et qu'elle ne sera pas devenue planétaire.
Nous fabulons le monde, mais je ne doute pas que les autres animaux le fassent aussi, car l'origine des mythes est biologique, infantile, animale.

jeudi, novembre 20, 2014

El cuadro parental de fabulación mítica


La dinámica del cuadro parental, pintura acrilioca sobre tela, 92 x 153 cm, 2014

Subrayé varias veces que el desarrollo de la fabulación mítica del infans (el niño) está determinado por la estructura del cuadro parental: la madre, el padre, el niño y el otro (la sociedad). Por supuesto esa esquematización parece demasiado geométrica y simplificadora, pues su equilibrio – o desequilibrio – depende de la dinámica y tensión entre las imagos y los rollos de los actores.
Intenté entonces expresar aquí esas dinámicas mostrando la importancia del vínculo mantenido entre la madre y el infans, mientras que el  nuevo mundo nasció al niño y crece y el padre aparece. Esa matriz se volverá más y más determinada por el otro, pero en el inicio son los determinantes biológicos que se imponen principalmente.

La fase emergente del chaos perturba por cierto desde el parto  esa estructura parental, y nunca desaparecerá totalmente hasta en la fase adulta. Ío mismo, nascido en Octubre 1941 en Paris ocupado por los Nazis, tengo sin duda presente in mi memoria inconsciente la huella profunda no solamente de mis propias emociones frente al chaos biológico nascido con el arrancamiento del cuerpo maternal, pero también de las ansiedades de mis  padres frente a la Segunda guerra mundial. Así se satura el espacio natal de la matriz parental con formas negras desorganizadas y amenazadoras. Otros casos están por cierto menos dramáticos.

mercredi, novembre 19, 2014

混沌阶段



混沌阶段布面丙烯92 x 61 cm2014


在研究过神话起源的几个相继发生的阶段之后,让我们回到世界的诞生,当它出现在孩子面前的时候。分娩之时,胎儿在一种痛苦的脱离中离开子宫,这种痛苦的脱离可以让人联想到被赶出伊甸园。这就是我所谓的混沌阶段的开端:世界用一种混乱而可怕的体验淹没了胎儿,似乎在威胁他的生命。他服从于一些极度焦虑的情感,他按照一些恐惧的情感虚构来解释这些情感,而这些虚构将会一直铭刻在他对于世界诞生的初始记忆中。

mardi, novembre 18, 2014

La fase caótica en la fabulación mítica


La fase caóticaacrílica  sobre tela, 92 x 61 cm, 2014



Hemos tratado de les fases sucesivas de fabulación de los mitos. Deseo volver ahora al origen del mundo, cuando el viene al niño después del parto. El feto salga del útero maternal en una extracción dolorosa evocadora de la expulsión del paraíso terrenal. Es el inicio de la fase que llamo caótica: el mundo asalta al feto en una luz cegadora con sensaciones confusas y formidables amaneciendo su propia vida. El niño interpreta inevitablemente esas ansiedades intensivas con emociones según fabulaciones interpretativas de pavor que se inscribirán en su memoria original inconsciente. Esa fase caótica se encontró en casi todos los mitos del nacimiento del mundo. 

Das chaotische Stadium: Mythos - Kunst




Das chaotische Stadium, acrylische Malerei, 92 x 61 cm, 2014

Wir haben die aufeinanderfolgenden Stadien der mythischen Schaffung  erwähnt, und nun möchten wir auf die Geburt der Welt zurückkehren, das heißt, wenn die Welt dem Fötus erscheint, sobald es aus dem mütterlichen Uterus ausgerissen ist. Es erlebt eine Vertreibung, die an die Ausweisung aus dem irdischen Paradies erwähnt. Dann fängt das chaotische Stadium an: die Welt stürzt auf das Fötus in einem blendenden Licht, und unterwirft es unverständlichen und ängstlichen Gefühlen, die sein Leben zu drohen  scheinen. Es bilde sich dann unvermeidlicher Weise von diesen intensiven Ängste und heftigen Gefühlsverwirrungen imaginäre Interpretationen vor, die sich ihm ins 

lundi, novembre 17, 2014

Le stade chaotique



Le stade chaotique, acrylique sur toile, 92 x 61 cm, 2014


 Après avoir évoqué les stades successifs de l’origine des mythes, revenons à la naissance du monde lorsqu’il vient à l’enfant lors de l’accouchement. Le fœtus quitte alors l'utérus maternel dans un arrachement douloureux qui évoque l'expulsion du paradis terrestre. C'est le début de ce que j'appelle le stade chaotique : le monde assaille le fœtus dans une lumière aveuglante et le soumettent à des sensations confuses et redoutables qui semblent menacer sa vie. Il interprète inévitablement ces anxiétés intenses selon des fabulations émotives de frayeur qui demeureront inscrites dans sa mémoire originelle. C’est aussi ce qu’évoquent la plupart des mythes de la naissance du monde. 

samedi, novembre 15, 2014

The chaotic stage of mythical fabulation


The chaotic stage, acrylic on canvas, 92 x 61 cm, 2014


After having presented the successive stages of the origin of myths, let’s come back to the birth of the world which comes to the foetus who is expelled from the mother’s uterus. He experiences a painful stripping and distortion which evocate the expulsion of the garden of heaven. I call it the chaotic stage. A new world assaults the foetus in a blinding light into a stream of confuse and fearful experiences, which he inevitably interprets with intense fabulations of fear definitively recorded in his unconscious memory. Most of the myths mention this chaotic stage of the birth of the world. 

vendredi, novembre 14, 2014

Le stade foetal


Le stade fœtal, acrylique sur toile, 91 x 91 cm, 2014


Après avoir évoqué tous les stades successifs de création fabulatoire de l’interprétation du monde depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte, il convient de revenir aux deux plus importants, ceux qui initient ce processus de création mythique  entre ordre et désordre, bonheur et malheur: le stade fœtal, puis le stade chaotique.

Du stade fœtal nous ne pouvons qu’imaginer la psyché. Nous l’interprétons comme un état larvaire de quiétude, dans la chaleur sécuritaire de l’utérus maternel. C’est un stade important de première structuration psychique et synaptique de l’enfant à naître. Il se peut que cette période de développement physiologique soit beaucoup plus dramatique, voire douloureuse pour le fœtus, et qu’il en subsiste une mémoire inconsciente moins euphorique qu’on ne se plait à l’imaginer, voire des traumatismes profonds et durables dans la relation biologique et psychique partagée avec la mère génitrice. Plusieurs cas d’analyse psychanalytique semblent le démontrer. Toujours est-il que notre imagination en fait un paradis terrestre originel dont nous avons été chassés douloureusement lors de l’accouchement. Et cette image demeurera un pôle nostalgique de notre interprétation mythique du monde, qui met au premier rang la figure maternelle dans la création mythique, la figure paternelle n’apparaissant qu’après l’accouchement, dans le stade chaotique.


After having mentioned the successive stages of the child developing his imaginary interpretation of the world, since its appearance until entering the adult age, we need to come back to the most determining first stages, which initiate this process of mythical creation switching between order and disorder, felicity and suffering: the foetal and the chaotic stages.
The psychic experience of the foetal stage may only be imagined a posteriori by adults. We believe it to be a larval stage, characterised by the quiet and safe warmth of the mothers’ uterus. Still it is a decisive stage for the original formation of the psyche and for the synaptic building of the brain to be born. This stage of physiological development may also be much more dramatic and less euphoric than we believe, even painful for the embryo, and create in our unconscious memory profound and lasting traumas linked to the biological and psychic relationship shared with the mother. Many cases of psychoanalysis suggest it. However our adult’s phantasm is to believe the foetal stage to have been a heaven on earth from which we were painfully expelled by our birth. This representation will last long as a nostalgic pole of our mythic representation of the world, which create the mythic predominance of the mother’s figure, since the father will not appear before the chaotic stage.

Después de haber indicado las fases sucesivas de interpretación imaginaria del mundo desde su aparición hasta la edad adulta, necesitamos volver a las dos más importantes fases de interpretación, las que inician ese proceso de creación mítica entre orden y desorden, felicidad y dolor: la fase fetal y la fase caótica.
De la experiencia psíquica de la fase fetal no podemos decir mucho sino imaginar como adultos un  estado larvario de tibieza, quietud y seguridad física en el útero materno. Hay que destacar la importancia de esa fase inicial como primera estructuración de la psiquis y de  la red sináptica del cerebro del embrión. Es posible que esa fase de desarrollo fisiológico sea mucho más dramática y menos eufórica, sino dolorosa, con traumas profundos y persistentes en la relación biológica y psíquica compartida con la madre, que nos gusta imaginarla. Varios casos de estudios psicoanalíticos lo sugieren.  No obstante imaginamos esa primera fase como un paraíso original en la tierra, de lo cual fuimos expulsados dolorosamente en el parto. Ese imago permanecerá como un polo nostálgico de nuestra interpretación mítica del mundo, creando la predominancia de la figura mítica de la madre, pues la del padre aparecerá solamente con la fase siguiente del caos.     

Nachdem wir die aufeinanderfolgenden Phasen der mythischen Interpretationen der Welt ab der Geburt bis zum Erwachsenenalter erwähnt haben, wird es nötig zu den zwei ersten und wichtigsten Stadien zurück zu kommen, die dieses Prozess mythischer Vorstellungen zwischen Ordnung und Chaos, Glück und Schmerz initiieren, und zwar die Fetalphase und die Chaosphase.  
Das psychische Erlebnis der Fetalphase dürfen wir nur hypothetische Vorstellungen haben. Wir stellen uns ein Larvenstadium vor, das der  beruhigenden Sanftheit und Sicherheit der Gebärmutter genießt. Es ist eine entscheidende Phase der originellen psychischen Bildung des Embryos und synaptischen Strukturierung des Gehirns. Es ist auch möglich, dass diese  erste Phase der psychischen Entwickelung  viel dramatischer und weniger euphorisch sei, als wir es gerne denken. Es ist sogar denkbar, dass tiefe Trauma von diesem  biologischen und psychischen Zusammenhang mit der Mutter entstehen, die sich dauerhaft im unbewussten  Gedächtnis festsetzen werden. Mehrere psychoanalytische Studien darauf hinweisen. Im allgemeinen  sehen wir als Erwachsene diese Phase als ein Paradies auf Erden aus dem wir  durch die Geburt vertrieben wurden. Dieses Bild wirkt dann dauerhaft als ein nostalgischer Pol unserer mythischen Weltanschauung, und verstärkt die mythische Vorherrschaft der Figur der Mutter, da die des Vaters erst mit der nächsten chaotischen Phase erscheinen wird.


胎儿阶段


在研究过从诞生直到成年对世界的解读的虚构创作的各个阶段之后,应该回顾两个更加重要的阶段,开启这个在秩序与混乱、幸福与不幸之间的创作过程的两个阶段:胎儿阶段,然后是混乱阶段。我们只能想象胎儿阶段的心理。我们将之诠释为在母亲子宫安全的温暖中一种萌芽的平静状态。这是即将诞生的孩子最早心理和神经突触构成的一个重要阶段。有可能这个心理发展的时期是更加戏剧性的,对于胎儿甚至是痛苦的,从中留下了一份我们不会乐意想象的不那么惬意的无意识记忆,甚至是与亲生母亲的生理与心理关系中深刻而持久的创伤。几个精神分析的案例似乎证明了这一点。我们的想象一直把它当成一个最初的尘世天堂,我们在分娩时被痛苦地从中赶了出来。这幅画面会是我们对于世界的神话解读的一个忧伤的中心点。


mercredi, novembre 12, 2014

Le divan, le chevalet et la mythanalyse.


Le plaisir, acrylique sur toile, 91 x 152 cm, 2014

Dans les années 1970, la mode était de soumettre les œuvres d'artistes et d'écrivains à des psychanalyses qui expliqueraient l'essentiel de chaque création. On donnait l'exemple du surréalisme, on citait «Un souvenir d'enfance» de Léonard de Vinci, avec lequel Freud fit école. Sublimation, légère narcose, traumatisme infantile: un appareillage de concepts théoriques se constituait. Georg Groddeck avec «La maladie, l'art et le symbole», Sarah Kofman avec «L'enfance de l'art», parmi tant d'autres psychanalystes, ont approfondi la recherche. Ainsi, «L'enfance aux cygnes» de Paul Valéry devait nous révéler le nec plus ultra de l'inconscient poétique de l'auteur.
Comment douter que chaque créateur ait une biographie, un inconscient, voire des souvenirs traumatisants, une quête d'absolu symptomatique (Balzac), et que cela ait pu les influencer, voire les conduire à un cheminement de créateur ! Mais la psychanalyse ne réduira pas le génie à un symptôme, à une pathologie de l'inconscient. J'irai plutôt en chercher le processus du côté de la divergence mentale dont le créateur est capable et y voir non pas un symptôme mais une puissance psychique et intellectuelle hors du commun. 
Ce tableau, «Le plaisir», révélera-t-il la cruauté de son auteur en quête de plaisir, ses pulsions d'ogre jouisseur? Et cela rendra-t-il compte du tableau, de son propos et de son esthétique? Faut-il que le peintre s'allonge sur le divan et qu'un psychanalyste réussisse à le faire parler de son enfance désespérante ou transgressive ? A-t-il été battu, abusé ? A-t-il été pervers? Les malheurs de l'enfance de Niki de Saint-Phalle, violée par son père à l'âge de onze ans, explicités au début de l'exposition qui lui est actuellement consacrée au Grand Palais à Paris, ont évidemment contribué à déterminer son féminisme et plusieurs de ses œuvres. Mais toutes les petites filles et tous les petits garçons abusés ne deviennent pas des génies. La raison et l'aboutissement de l'oeuvre sont ailleurs, dans la volonté et la capacité de divergence de l'artiste. 
La psychanalyse de l'art est certes intéressante et pénétrante au niveau individuel de l'artiste, mais la reconnaissance sociale de l'oeuvre, qui fait que nous admirons Léonard de Vinci, Valéry ou Niki de Saint-Phalle, est à chercher du côté de sa résonance avec l'inconscient collectif, qui lui, n'a pas de biographie individuelle et ne relève pas de la psychanalyse, mais de la mythanalyse. Ces œuvres réactivent, animent des mythes anciens, en créent de nouveaux qui font vibrer notre psyché dans la mesure où nous sommes individuellement partie prenante de l'inconscient collectif.

dimanche, novembre 09, 2014

Hommage à Pascal Quignard

 
Pascal Quignard

Il faut lire  Pascal Quignard, et en particulier les livres successifs de son œuvre Dernier royaume. Le plus récent, Mourir de penser, qui est paru en 2014, toujours chez Grasset, rejoint beaucoup des considérations que je développe en mythanalyse sur les étapes de la fabulation chez celui qui ne parle pas, l'infans, dans les stades successifs fœtal, chaotique, etc..
Dans Mourir de penser, il écrit: «Le premier cri s'élève dans l'abandon du corps hôte. Tout ce qu'on dit en poussant son souffle est d'abord un adieu. Aussi tout ce qu'on pourra dire dans la langue qu'on apprendra dans la lumières signifiera-t-il d'abord cet adieu à un royaume antérieur, sonore mais non parlant, interne, replié, secret, non lumineux, solitaire. Chromos dévore aussitôt ceux qu'il engendre dès l'instant où ils sont expulsés dans la lumière... » Est-ce pour cela qu'il est passé lui-même par de longues et fréquentes périodes de mutisme? Par nostalgie du stade fœtal auquel la naissance l'a arraché? Est-ce pour cela qu'enfant il s'est enveloppé dans son propre corps, souffrant d'obésité?
Contrairement à ceux que j'appelle les «textuellistes» et autres «grammatologues» qui affirment que tout est langage, qu'on ne peut penser sans langage, comme Derrida, Guignard affirme l'antériorité de la conscience vitale:  « Dire que nous sommes des êtres de langage, comme le fait la société, est profondément faux. […] Nous ne sommes pas des êtres parlants, nous le devenons. Le langage est un acquis précaire, qui n'est ni à l'origine ni même à la fin car souvent la parole erre et se perd avant même que la vie cesse. » C'est là une observation fondamentale, que je partage avec Pascal Quignard, et qui relégitime en partie la psychanalyse des profondeurs, certes confuse, par rapport à celle du langage et de sa surface sociale qu'a conçue Lacan, influencé par une époque où la linguistique structuraliste nous a imposé ses excès pervers. Il faut revenir au biologique, et à sa conscience fabulatoire, irrationnelle mais génitrice, qu'on a trop refoulé dans des efforts rationalistes modernistes des années 1960-90. 
A partir de la chute dans le monde désordonné et cruel de la lumière - j'insiste sur les mots -, que j'appelle le stade chaotique, l'infans tentera de formuler avec des mots  qui ne sont jamais que des métaphores hésitantes et confuses une interprétation du monde qui naît à lui. «je retrouve ici aussi Pascal Quignard, avec cette « tentative de pensée (...) du regard animal et vital sur n'importe quelle anomalie qui désordonne le champ». 
Il a l’intuition que c’est le monde qui naît à l’enfant et non l’inverse que décrit la formule courante, lorsqu’il dit du langage qu’il tente «d’engendrer en détail le naissant sans fin».
Pascal Quignard a manifestement tiré de son expérience vitale traumatisante d’infans, toutes ces intuitions si justes et pourtant rares qui inspirent sa méditation philosophique et son écriture romanesque. Et il recherche dans la naissance de la philosophie grecque – et du monde qui est apparu avec elle – des points communs avec sa propre expérience vitale, préconceptuelle qui lui permet de redécouvrir dans les mots les images la naissance du monde. Cette naissance qui est l'origine des mythes


samedi, novembre 08, 2014

Le stade fabulatoire adulte



Le stade adulte – Nuage informatique et papillons modifiés génétiquement, acrylique sur toile, 122 x 183 cm, 2013


Comme des papillons modifiés génétiquement qui rejoignent le nuage informatique, chacun de nous est soumis au moment d’intégrer la société adulte à l’une ou l’autre des grandes figures mythiques, parfois divergentes, qui ont déterminé son interprétation du monde depuis le stade fœtal, et qui régentera l’accomplissement imaginaire de sa vie face au principe de réalité supposé gouverner les hommes. 

The adulthood. Alike genetically modified butterflies who enter into the iCloud, each of us, when it comes to integrate the adult society, is govern by the main sometimes divergent mythical figures, who have determined his or her interpretation of the world since its birth and will run the imaginary achievement of our life in front of the principle of reality which seems wrongly to govern humanity.

La edad adulta. Así como mariposas genéticamente modificadas, cuando se unan a la nube informática, cada uno de nosotros en el momento de entrar en la sociedad adulta está sometido a una u otra figura mítica imponente, unas veces divergentes, que fijaron su interpretación del mundo desde su nacimiento y van a seguir determinando el cumplimiento de su vida frente al principio de realidad que pretende gobernarnos.

Der Erwachsenenalter. Wie genetisch geänderte Schmetterlinge, die zum Cloud Computing anfliegen, jeder von uns wird, wenn die Zeit kommt, in die Erwachsene Gesellschaft sich zu integrieren, einer oder anderen mythischen Hauptfiguren unterworfen, die seit seiner fötalen Entwicklung seine Weltanschauungen hervorgerufen haben,  und die die imaginäre Erfüllung seines Lebens dem Realitätsprinzip entgegen bestimmen werden, der angeblich uns regieren behauptet.


成人阶段 - 话分析。信息云和转基因蝴蝶,布面丙烯,122 X 183 cm2013

来到“成人阶段”,每个人在重要的神话人物之间犹豫,这些人物,有时候是有分歧的,自他降生以来决定了他对世界的解读。从现在开始,面对似乎支配着人们的现实原则,他要选出那个将会支配其人生的假想成就的人物。

就像是这些转基因蝴蝶加入信息云,我们每个人在融入成人社会的时刻都服从于重要神话人物中的某一个。这些神话人物有时候是不一致的,从胎儿阶段开始决定了他对世界的解读,并面对被认为是统治着人们的现实原则支配着他人生的想象成功。

vendredi, novembre 07, 2014

Matrice ou carré parental?


Je parle du «carré parental» dans lequel se forme l'activité fabulatoire de l'infans. Ne devrais-je pas plutôt parler de la «matrice parentale» ? Le concept de «matrice» a une connotation génitrice intéressante, alors que celui de «carré» renvoie à une schématisation trop géométrique pour évoquer les liens que l'infans crée avec la mère, le père et l'autre, lorsque le monde vient à l'enfant.
Et c'est seulement d'une matrice qu'on peut parler au stade fœtal, lorsque la relation que nous pouvons imaginer entre la mère et le fœtus ne compte que deux acteurs. A fortiori, dans le stade chaotique, toute évocation géométrique est à bannir.
Mais le concept de «matrice» ne conviendrait pas davantage, puisque ce qui caractérise le stade chaotique, c'est précisément l'irruption déchirante du chaos, de l'absence de toute forme référentielle et sécuritaire.
En outre, il est évident que dans la succession des stades fabulatoires peuvent intervenir d'autres acteurs déterminants, de la parenté, immédiate, d'une nourrice, etc. Le terme de «matrice» donc, parce qu'il n'est pas géométrique et de ce fait plus englobant de la diversité des situations possibles, semblerait mieux convenir.
Je tends cependant à maintenir le concept de carré pour souligner la polarisation de ce contexte fabulatoire qui devient précisément structurant de la psyché et des réseaux synaptiques de l'infans par des liens distinctifs. La notion de matrice est circulaire, alors qu'il semble qu'on puisse insister sans exagération sur la triangulation active des liens polarisés entre l'infans, la mère et le père, tandis que «l'autre» (la société) est à coup sûr englobant et non ponctuel: il détermine les comportements de la mère et du père, les rituels alimentaires, gestuels, langagiers, vestimentaires, etc.
Aucune métaphore, bien sûr, ne pourra prétendre désigner clairement et complètement de tels contextes de développement de l'infans. Mais toute pensée est métaphorique, consciemment ou non, toute théorie est une fiction et il faut tenter de choisir les images les plus actives et pertinentes par rapport aux relations que l'on décrut et théorise.
Ce questionnement était nécessaire, pour préciser ce que l'on évoque, mais le concept de «carré parental» se semble devoir demeurer comme le le plus opératoire jusqu'à nouvel ordre.

jeudi, novembre 06, 2014

Luc Dellisse : entretien virtuel avec le pêcheur de mythes*

Luc Dellisse



Entretien Hervé Fischer- Luc Dellisse

(6 novembre 2014)

HF : Je vous lancerai sans détour ce mot : l’absolu. Il me semble que vous y aspirez, existentiellement, textuellement, dans votre poésie, dans votre vie.

LD : J’ai un peu peur, quand il s’agit d’un tel mot, dont le sens n’est pas garanti par l’expérience, de dire des choses disproportionnées. On va donc y aller sur la pointe des pieds.

Il y a deux formes d’absolu auxquelles j’ai affaire consciemment, et auxquelles je ramène tous les autres actes de ma vie : la poésie et le temps.

En réalité, ces deux éléments, l’un littéraire, l’autre épistémologique, se recoupent entièrement.

La poésie est directement connectée sur le  temps. Son affaire, c’est le temps. Elle travaille sur les étagements du souvenir, le feuilletage des impressions sensibles, la présence de différents moments du passé dans le présent. Le temps est au cœur de toute aventure littéraire, et c’est lui, justement, qui donne à la littérature cette perspective d’absolu.

J’appelle temps, non pas la perception qu’on peut avoir de l’avancée biologique de notre existence vers son point de fléchissement, puis son arrêt brutal. Le temps que j’évoque ici m’apparaît comme le domaine souverain de la mémoire, enchaînement d’impressions successives, contradictoires, éprouvées à divers moments de notre vie, certaines enfouies, mais la plupart conscientes et terriblement aiguës. Le temps peut émousser nos émotions (par exemple le souvenir d’un amour perdu, d’un être aimé et absent) mais il n’ôte rien à la vision des moments écoulés. Non seulement il ne leur ôte rien, mais il leur ajoute, au contraire. Le temps met tout ce qu’on capte en perspective avec la durée du monde, et lui donne sa quatrième dimension.

J’ai le sentiment aigu que la mémoire est un instrument, non pas de reconnaissance, mais de création du présent : par le biais d’expérience nouvelles, nourries par le courant souterrains des souvenirs, j’accède à la vraie mesure de la vie, à son absolu relatif, qui est la poésie.

Le temps n’a jamais été pour moi une souffrance, mais une promesse, une perspective. La mémoire n’est pas source de regret, mais de recommencement.

Je circule ainsi dans ma mémoire comme dans un roman que j’écrirais au fur et à mesure que la réalité vécue défile, avec un léger décalage. De ce décalage je tire tout mon plaisir, toutes mes raisons d’espérer.

Bien entendu, quand on pense à l’horreur du monde, dont l’ombre portée est à tout moment dans notre vie, l’absolu n’apparaît pas comme une transcendance : tout au plus comme un vertige. Le terme d’absolu que nous employons est donc un peu décalé – et terrifiant.

HF : J’admets que la question était radicale et la réponse impossible. Avec vous, cela aurait pu être ma seule question. Mais je vais récidiver. Vous avez décidé de jouer votre vie dans l’écriture. Est-ce possible?

LD : Je suppose que c’est impossible; mais je ne m’en suis pas rendu compte en m’engageant dans cette aventure aux dimensions d’une vie; j’ai cru que c’était possible et quand je me suis rendu compte que c’était impossible, c’était devenu ma façon d’exister, d’avancer, de durer et j’ai donc pris le parti de ne pas tirer de conséquence pratique de l’impossibilité dans laquelle je m’étais engagé. Et puisque cela continuait malgré l’impossibilité, il fallait croire que l’impossible était possible quelque part. La difficulté, c’est de savoir « où ».

Au vrai,  je ne dirai pas que j’ai tout misé sur l’écriture, mais plutôt que j’ai tout misé sur la littérature.  Il y a une dimension spirituelle dans la littérature, dans la poésie, qui est une tentative d’approche transcendante des réalités de l’existence. Cela ne se résume pas à lire et à écrire. Cela passe par le corps, par le regard, par la respiration. C’est un rapport au monde, un point de vue global.

Écrire sa vie en la vivant, et faire des livres en redistribuant des événements de son vécu selon une trame nouvelle et resserrée, sont les deux pôles de la même expérience littéraire.

HF : Je partage votre jugement radical sur André Gide (dans Le Tombeau d’une amitié) dont la platitude m’a toujours ennuyé, comme vous. Cela m’encourage à vous soumettre cette troisième question : jusqu’à quel point diriez-vous que la vie est imaginaire ? D’essence romanesque ?

LD : J’adopte le terme de platitude, qui est très juste, s’agissant de Gide, en ajoutant que c’est une platitude ornée, enjolivée d’une manière « artiste », visant à la subtilité et à la joliesse, dénuée de nécessité, de vérité, de vitesse et d’épaisseur.

Mais inutile de tirer sur André Gide, il s’en est chargé lui-même : son œuvre est sa  propre balle dans le pied.

Pour la question centrale, plus importante,  il me semble qu’il faut distinguer entre  « vie imaginaire » et « vie d’essence romanesque. »

La notion de vie romanesque ne pose pas de vraie difficulté d’interprétation, c’est une question d’état d’esprit. La suite de romans que j’ai commencé à publier depuis 2004 appartiennent ainsi à ce que j’appelle une autobiographie imaginaire : à partir de situations souvent issues de la réalité et de l’expérience (les aventures de la vie!), je tire les fils un par un, le plus loin possible, je leur invente un avenir virtuel, et je les connecte entre eux.

La vie imaginaire est plus profondément inscrite dans mon parcours, elle est une façon d’être, une certaine manière de m’adapter au monde, tout en remplaçant en douceur un certain nombre de paramètres quotidiens par des solutions fictives, des mondes rêvés.

Tout cela remonte à mes dix-sept ans. C’est à ce moment là que j’ai fait le choix de ma vie – l’âge habituel, je suppose. C’était quelques années après mai 68, Woodstock, le retour à la nature. On avait l’impression de se retrouver dans un camp de vacances à vie, les adultes avaient une tête de  gentils organisateurs, le ravissement était la loi. Vous avez connu les années 70, vous savez sous le nom de liberté, c’étaient des années de chaîne. Je ne m’en souviens pas comme d’un terreau favorable pour grandir, mais comme d’une époque intermédiaire, assez creuse, un simple trottoir roulant entre deux époques, entre la fin de l’âge classique et l’âge nouveau qui s’annonçait, qui n’avait pas encore de visage, mais que le ravissement préparait : la transformation des relations psychologiques entre les gens en relations commerciales. En voyant s’agiter chacun avec une certaine frénésie, notamment sexuelle, on avait l’impression qu’ils savaient tous ce qui les attendait, qu’ils étaient libres pour la dernière fois.

J’ai alors eu l’idée, ou l’envie, de ne pas rester coincé uniquement dans mon époque, de vivre en même temps dans d’autres temporalités, d’autres réalités, contigües à celle que où je me trouvais et qui ne me tentait pas. L’Antiquité romaine, le siècle de Louis XVI, la fin de la Belle-Époque, ainsi que des utopies plus marquées encore et relevant de la science-fiction, sont devenus mes royaumes parallèles; je passais de l’un à l’autre, selon l’humeur, et à l’insu de tous. Mon temps imaginaire était très compartimenté.

Quand je faisais l’amour, c’état avec un esclave grecque, une fille de poète symboliste, une aventurière nubienne, une courtisane d’Alpha du Centaure, qui venaient prendre la place de la petite complice néo-beatnik du moment, avec ses beaux yeux fatigués et sa douceur sans espoir. J’ai aimé d’un amour joyeux et violent les femmes de Fragonard et les femmes de Renoir, les étrangères et les voyageuses, Geneviève Mallarmé et Marie de Heredia, tout en passant auprès de mes proches pour quelqu’un d’assez vague et d’assez froid : évidemment, j’étais ailleurs.

Tout cela a duré longtemps, très longtemps, de 17 à 30 ans environ. Ce n’est qu’à trente ans, quand est vraiment venu l’écriture, c’est à dire l’encre mêlée avec le sang, que j’ai cessé de nourrir des mondes fictifs où habiter, et que j’ai repris pied, tant bien que mal, dans mon époque d’origine. Alors, l’élaboration d’objets poétiques et romanesques a pris la relève de mes fantasmagories.

Voici ma quatrième question : qu’entendez-vous lorsque le poète que vous êtes affirme que «le monde visible est l’antidote du monde réel» ?

J’ai tendance à croire que l’objet de la poésie est le monde tel qu’il se donne à nous quand nous le regardons du point de vue du bonheur.

« A mes yeux », la poésie réside dans la netteté de l’image et non dans son flou; dans le visible plutôt que dans l’invisible. Les choses cachées sont cachées par notre regard et non par leur apparence. L’opération poétique dans laquelle je me suis engagé est semblable à un immense réglage rétinien qui accommode le monde visible à ce double rêvé (héraldique dirait Lawrence Durrel)

C’est dans la représentation physique imaginaire de l’acte de voir, que se joue le passage de la vue à la vision.

Puis-je vous demander pour terminer (provisoirement) si vous êtes d’accord avec moi, lorsque je dis que le monde est mythique? Que même la raison est fabulatoire?

Il me semble qu’on peut distinguer fabulation et affabulation, la première qualifiant l’élaboration d’une fable présentée comme réelle, mais dont la signification tient à la cohérence de ses parties entre elles et au décalque de la vie; la seconde étant l’habitude ou la manie d’inventer des faits et constituant une sorte de mythomanie active.

Cette distinction faite, je vous donne raison : sans doute, la vie est fabulatoire, puisque le prisme par lequel elle passe est un système subjectif de captation, de représentation et d’informations que rien ne pourrait rendre assez factuel, constant et convivial pour le distinguer d’une illusion suivie.

La question de savoir si le monde est mythique en soi, ou si le reconnaître pour tel est une hypothèse de travail féconde et un projet de vie qui coïncide avec la « réalité effective du réel », ne me paraît pas d’ordre antinomique. C’est au contraire cette coexistence du virtuel et du réel qui donne sa vérité et sa beauté à notre exploration du mythe.

Je rêve ainsi d’une mythologie moderne dont le moteur ne serait pas le symbole mais la réalité renversée…

* Le titre ironico-affectueux de cet entretien a été donné par Luc lui-même.