tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

vendredi, octobre 31, 2014

Même la modernité est un mythe


La modernité est fille de la Révolution française. Elle s'inspire du Siècle des lumières en instaurant les idéaux de la Raison, de l'Histoire,  de la Démocratie et de la Justice égalitaires, de l'éducation pour tous, de la technologie et de la science. Elle dévalorise donc le passé, jugé obsolète et obscurantiste en faveur du futur qui en accomplira les espérances.
Cette modernité renie donc les temps anciens des mythes et des superstitions. Au nom de la Raison elle condamne l'irrationnel.  Elle revendique la lucidité démystificatrice et célèbre le Progrès. Dans une société moderne, on aurait donc dépassé le temps des mythes. Non seulement on renvoie dans les superstitions passéistes les mythologies, mais il ne saurait exister de mythes modernes. La modernité est le temps des non-mythes. Il n'y a plus de mythes. On s'en et enfin débarrassé et le rationalisme scientifique est désormais en charge d'expliquer tout.
Bref on oppose mythes et modernité.
Pourtant, nous avons appris à reconsidérer l'Homme, le Progrès, l'Histoire, et même la Raison comme des mythes, du moins au sens populaire de "grandes illusions". Et la mythanalyse les considère comme des mythes nouveaux, des mythes modernes, qui ont remplacé le mythes plus ancien de Dieu, et la trilogie plotinienne du Beau, du Vrai, et du  Bien. Plus encore, nous sommes allés avec Auguste Comte jusqu'au bout de ce chemin en instituant l'Humanité, avec sa religion, et le Positivisme. La modernité est donc constituée d'un bouquet de mythes modernes. Je dis bien "modernes" et actuels, qui jouent un rôle déterminant dans nos idéologies, nos valeurs sociales, nos stratégies politiques et économiques.
La démystification des mythes de la modernité par la postmodernité était donc légitime et nécessaire. Elle a été très efficace d'ailleurs, nous replongeant dans un flou total célébrant les seules subjectivités individuelles et collectives. C'est à partir de cette crise que la mythanalyse se précise, non seulement en affirmant que toute théorie, toute interprétation du monde, toute pensée, toute sentimentalité, toute émotion est mythique. Mais en soulignant aussi qu'on ne peut rester longtemps dans ce "relativisme absolu"socialement périlleux, qui va contre toute éthique collective, et justifie finalement le cynisme ludique et le nihilisme.
La mythanalyse nous invite à distinguer les bons mythes porteurs d'espoirs (et d'illusions proactives)  et les mythes toxiques, intelligents mais destructeurs. La lucidité mythanalytique fait ses choix et assume la dimension fabulatoire ou mythique de ses choix. Un exemple: je crois à la nécessité de construire le progrès - non pas tant technoscientifique, qui se fait dans tous les cas pour le meilleur et pour le pire - que le progrès moral de l'éthique planétaire (le respect des droits de l'homme). C'est là une illusion, un mythe inaccessible, une naïveté, une faute de l'intelligence lucide et critique? Oui. Mais c'est beaucoup plus que tout cela: c'est une décision volontariste, la seule qui donne espoir à l'humanité de progresser cahin-caha vers un état meilleur. Ne pas y croire, c'est être intelligent, mais défaitiste, fataliste, en perte de sens (de direction), c'est faire le jeu des obscurantismes, des fascismes. Le fatalisme aussi est un mythe, notamment célébré par l'islam. Est-ce vraiment intelligent. Je préfère l'intelligence de la volonté optimiste, prométhéenne à celle de la résignation doloriste chrétienne ou à la lucidité pessimiste et finalement destructrice.
Oui, la modernité est un mythe. Un excellent mythe qu'il ne faut pas jeter à la poubelle de l'Histoire, mais dont il faut comme Sisyphe, remettre constamment la charge sur nos épaules.
A condition de ne pas oublier que c'est un mythe que nous choisissons, et finalement que c'est une facette précieuse du mythe de l'Homme. Je ne dirai pas comme le théologiquement correct Leibniz que "nous vivons dans le meilleur des mondes possibles", ce qui est un acte de foi contre l'évidence, mais que nous vivons dans le monde que créent les hommes. Et qu'il ne faut nous en prendre qu'à nous-mêmes si nous n'en sommes pas satisfaits. C'est à nous de le changer. Et nous savons très bien en quoi : imposer le respect des droits humains fondamentaux. Le principe en est universel. Il n'y a que ce concept-là sur Terre qui soit universel.

jeudi, octobre 30, 2014

Le stade du homard


Le stade du homard - mythanalyse (le seigneur du jeu vidéo), acrylique sur toile, 122 x 183 cm, 2013

Avec la crise de l’adolescence vient le stade du homard. C’est la revanche du stade de la tortue sur le dos.  L’enfant affirme sa force et son individualisme. Il fabule plus que jamais face au monde adulte auquel il se confronte, ou dont il s’évade dans les médias sociaux et les jeux vidéo. Éros et Prométhée, l’instinct de puissance, le gouvernent.

The beginning of the adolescence crisis launches the stage of the lobster. It sounds like a revenge on the stage of the turtle on its back. The adolescent wants to affirm his strength and personality. He develops more imagination than ever confronting the adult world or escaping from it into social media and video games. Eros and Prometheus rule him. 

Mit der Adoleszenz fängt die Phase des Hummers.  Es scheint ihm,  als wäre es eine Revanche für die Phase der Schildkröte auf dem Rücken. Der junge beweist seine neue Kraft und Eigenart. Er fabuliert der Erwachsenenwelt entgegen wie niemals zuvor, konfrontiert sich oder entflieht in die sozialen Medien und  Videogames. Eros und Prometheus beherrschen ihn.

Cuando viene la adolescencia el niño entra en la fase del bogavante, aquella le parece como una revancha sobre la fase de la tortuga en posición de espalda. El adolescente afirma su nueva fuerza y su individualismo.  El fantasea más que nunca confrontándose al mundo adulto, o escapándose en los medios sociales y videojuegos. Eros y Prometeo lo dominan. 

龙虾阶段 - 神话分析,布面丙烯,122 X 183 cm2013

随着青春期的危机到来的是龙虾阶段。这是背上的乌龟阶段的回报。孩子确立自己的力量和个人自由。他与成人世界发生对立,或者借助社交媒体和电子游戏来逃避,面对成人世界,他比以往任何时候进行更多的虚构。生之本能(eros)和权力的本能(普罗米修斯)支配着他。

mardi, octobre 14, 2014

Les mythes entre confusionnisme théorique et bêtisier populaire


La mythanalyse est encore confrontée tant au bêtisier populaire qui traite de mythe tout ce qui est faux et un confusionnisme théorique sidérant de la part de beaucoup d'intellectuels et écrivains académiques. On peut certes le déplorer. Mais j'y vois plutôt un domaine de réflexion vivant et significatif de ce qui circule dans les imaginaires sociaux.
Les façons de parler populaires ne devraient pas nous étonner. Le rationalisme ordinaire se prétend moderne et se moque donc de la naïveté infantile des mythologies anciennes. En outre, le rationalisme moderne nie évidemment, contre toute évidence, qu'il puisse exister aujourd'hui encore en Occident des mythes actuels qui surplomberaient nos imaginaires collectifs. Pour lui, le temps des mythes est terminé; celui de la science est commencé. Ces esprits démystifiés ne sauraient imaginer que nous soyons aujourd'hui sous l'influence d'autant de mythes, sans le savoir, que l'étaient les Égyptiens, les Grecs ou les Germains anciens. Or c'est bien cela qu'observe la mythanalyse!
Quand aux spécialistes, en général des historiens érudits des mythologies anciennes, aucun d'entre eux n'a jamais proposé aucune théorie articulée de l'origine des mythes. Pour eux, les mythes remontent à des temps obscurs, pour lesquels nous n'avons plus de documents, ou flottent dans les airs comme des archétypes ahistoriques et universels, ou ils nous viennent d'une peur  fort répandue de la mort. Nous les avons inventés jadis pour nous expliquer l'origine et la destinée du monde, parce que nous nous interrogions confusément sur ces questions sans avoir de réponse. Mais, au-delà de citer Hésiode ou Homère, aucun de ces spécialistes ne tente d'expliquer pourquoi ces poètes les ont formulés ainsi, sauf à invoquer de vieilles traditions orales. Et certes l'érudition de ces mythologues ou mythographes, souvent admirable, tient lieu de science, permet des typologies, établit des liens, des ensembles, des filiations, des diversités entre plusieurs versions, voire croit pouvoir y déceler des structures linguistiques ou anthropologiques. Mais cela s'arrête là. L'origine ancienne des mythologies leur cache l'actualité de l'origine des mythes, qui est biologique et non pas historique; toujours renouvelée dans l'actualité et non pas un trésor hérité d'un lointain passé.  C'est là précisément que situe la différence selon laquelle se constitue la théorie de la mythanalyse. En tout temps les hommes ont développé une pensée magique fondée sur les mythes en autorité dans leurs sociétés. Aujourd'hui comme hier. La modernité elle-même est un mythe.

lundi, octobre 13, 2014

Mythes et magies


Toute magie relève de la pensée magique et toute pensée magique se fonde sur des mythes auxquels on adhère consciemment, ou inconsciemment.
Cette observation, aussi basique qu'elle puisse apparaître, est peu reconnue, rarement explicitée et le plus souvent demeure inaccessible, dans les replis de l'inconscient collectif.
J.ai souvent noté qu'il n'y a guère de différence entre pratique religieuse et pratique magique: mêmes mythes, mêmes rituels, mêmes initiations, mêmes communautés, mêmes types d'officiants, chamans et prêtres. Mêmes buts aussi de recherche d'accomplissements en faveur de soi ou de ses proches. Seule la magie noire en semble s'exclure, encore que les excommunications et rituels de dépossession diabolique, voire les messes noires doivent ici être pris en compte.
La mythanalyse lie étroitement  l'analyse des mythes, des religions et de la pensée magique et des pratiques magiques. C'est au niveau de l'évolution historique et sociale des institutions dans lesquelles elles s'incarnent que réside les différences apparentes.

dimanche, octobre 12, 2014

Le stade du papillon




Le stade du papillon- mythanalyse, acrylique sur toile, 122 x 92 cm, 2014

Avec la mutation biologique de la puberté l’enfant arrive au stade du papillon, caractérisé par l’esquisse d’une personnalité en fonction de ses chromosomes et de ses premières fabulations. Il papillonne et imagine dans l’irréalité de ses désirs un monde à venir dans lequel il veut voler de ses propres ailes.

Through the organic mutation of puberty the child enters the stage of the butterfly, characterized by the sketch design of diverse personalities according to his chromosomes and first fabulations. Flitting about the unrealism of his desires he imagines worlds where he wants to fly with his own wings.

Cuando el niño enfrenta  la mutación biológica de la pubertad, el va a atravesar la fase de la mariposa, caracterizada por sus intentos de esbozar una personalidad según sus cromosomas y sus interpretaciones fabulosas acumuladas desde el inicio de su vida. El mariposea imaginando en la irrealidad de sus deseos diversos mundos en donde el espera volar con sus propias alas.

Mit Beginn der biologischen Mutation der Pubertät erreicht das Kind die Phase des Schmetterlings, die durch Persönlichkeit Skizze charakterisiert ist, die es nach seinen Chromosomen und imaginären aufeinanderfolgenden Weltanschauungen gestaltet. Er gaukelt, und stellt sich Welte vor, wo er nach seinen irrealen Wünschen mit eigenen Flügeln fliegen will.

蝴蝶阶段 - 话分析布面丙烯122 X 92 cm2014

随着青春期的生理变化孩子来到了蝴蝶阶段这个阶段的特征是建立在染色体和早期虚构之上的人格的初步形成。他像蝴蝶似的飞来飞去,在自己各种欲望的不真实中想象一个即将到来的世界,在这个世界中,他想要展开自己的双翅飞翔。

lundi, octobre 06, 2014

Le stade du pingouin


Le stade du pingouin – mythanalyse, acrylique sur toile, 92 x 122 cm, 2014


Lorsque l’enfant enfin se redresse en position verticale et fait ses premiers pas, il accède au stade du pingouin et pénètre le monde. Son interprétation fabulatoire du monde va évoluer avec la hauteur du regard et la mobilité des jambes. Les personnes et les objets sont conquis au fur et à mesure qu’il les atteint et les saisit. Il les déchiffre et commence à les nommer.
As soon as the child finally manages to stand up vertically and makes his first steps, he attains the stage of the penguin and enters the world. His imaginary interpretation of the world changes according to the height of his eyes and the mobility of his legs. Reaching and griping persons and objects, he begins to decipher and name them.
Cuando el niño al fin crece hasta ponerse de pie y dar el primer paso, el alcanza la fase del pingüino y  entra en el mundo. Su interpretación fabulosa del mundo cambia según la altura de su mirada y la movilidad de sus piernas. Alcanzando y agarrando personas y objetos, el empieza descifrar y nombrarlos. 

Wenn das Kind endlich auf seine Beine steht, und seine ersten Schritte macht, erreicht er die Phase des Pinguins, und tritt in die Welt ein. Seine imaginäre Weltanschauung ändert sich nach seiner Beweglichkeit und nach der Höhe seiner Augen. Er erobert die Personen und Objekte die er erreichen und greifen kann, und fängt an, sie zu dechiffrieren, und mit Wörtern zu benennen.