mercredi, décembre 26, 2012

Le peintre mythanalyste


Pulsions roses, peinture cathodique, 2012

Guerre et sexe semblent se mêler quotidiennement dans les guerres moyen-orientales et africaines de notre époque plus que jamais. Ces pulsions agressives de vie et de mort résistent à l'idéal de la modernité, donnant raison à Michel Maffesoli, comme si le fond archaïque du ça social revenait à la surface de notre fatalité postmoderne *.
Abordant en 2012 les codes de couleur saturée de la société actuelle dans une série de peintures que j'ai appelées "chromos",  je peux m'aventurer maintenant dans un déchiffrage plus diversifié des imaginaires sociaux que je ne l'ai fait jusqu'à présent, alors que je peignais les icônes du numérique. Cette peinture mythanalytique va explorer nos mythes actuels et, bien entendu, leur résonance dans l'inconscient individuel. La peinture offre des voies de révélation intuitives qui s'arriment à l'analyse conceptuelle, l'élargissent, la nourrissent et en renforcent la vertu thérapeutique que j'attribue à la mythanalyse, et qui passe non pas par le divan, mais par la toile.
C'est pour moi une nouvelle étape dans un cheminement qui a pris cinq dizaines d'années, qui est passé, depuis 1970, par la déchirure et l'hygiène de l'art, l'art sociologique, les signalisations imaginaires, la Pharmacie Fischer, le bureau d'identité imaginaire, le développement du concept de mythanalyse, abordé dans le dernier chapitre de "L'Histoire de l'art est terminée".
Une réflexion théorique publiée en 2000: "Mythanalyse du futur" et poursuivie dans une série de livres portant sur l'imaginaire du numérique : "Le choc du numérique", "CyberProméthée", "La planète hyper", élargie avec "Nous serons des dieux", "La société sur le divan", "Québec imaginaire et Canada réel". D'autres livres vont paraître, qui attendent chez l'éditeur.
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* Michel Maffesoli, Homo eroticus, CNRS éditions, 2012

vendredi, octobre 12, 2012

Toute société a besoin d'un père ou d'une mère


Toute société a besoin d'un chef de famille, de clan, de tribu, ou des masses. Dans les démocraties on sacrifie aussi à cette apparente nécessité. La différence est qu'on l'élit pour un mandat" Mais une fois élu, il se comporte comme un monarque, qu'il s'agisse de présidents comme Mitterrand, Hollande, Obama ou Chavez ou de premiers ministres comme Harper, Kirchner, etc.
On n'imagine pas qu'une démocratie puisse en être vraiment une, basée sur l'autogestion par le peuple, ou ne serait-ce que dirigée par un directoire ou un conseil. On soutient même que l'assemblée nationale doit contrôler l'exécutif, mais ne saurait diriger pas le pays, sous peine de tomber dans les imbroglios, les magouilles et l'impuissance d'un régime parlementaire tel que la IVe république française.
Ce constat met en évidence une sorte de loi biologique. Le pouvoir est délégué ou concédé au chef de clan, qui a l'autorité d'un père de famille - ou d'une mère de famille. Quelles que soient les subtilités du droit constitutionnel qui met en oeuvre les énoncé de ce mécanisme, sa légitimité et son fonctionnement, le principe biologique de l'autorité familiale est généralisé. Et il tend inévitablement à mettre en oeuvre un clientélisme.
Faute de quoi on adopterait les fondements de l'anarchisme, qui a été tant et plus théorisé, mais dont l'échec et les dérives semblent inévitables, et bien pires que les abus de pouvoir des monarques démocratiquement élus. Et il est nécessaire, apparemment, pour qu'une société fonctionne correctement, que ce père social ait une légitimité, une autorité et le goût du pouvoir. Y compris une légère tendance à l'arbitraire, faute de quoi on le juge faible et incompétent.
Le carré parental, que nous considérons comme la structure élémentaire de nos imaginaires sociaux, est aussi le modèle sur lequel se construit la pensée politique.

mercredi, octobre 10, 2012

La pathologie des sociétés civilisées.


Dans Malaise dans la civilisation (1929), Freud conclut: En dépit de toutes ces difficultés, on peut s'attendre à ce qu'un jour quelqu'un s'enhardisse à entreprendre dans ce sens la pathologie des sociétés civilisées. 
Suis-je l'un de ceux-là? Oui et non. Et surtout non, car je ne crois pas comme Freud que tous les individus soient des cas pathologiques, ni que toutes les civilisations ou toutes les sociétés soient dévastées par des névroses collectives. Cette noirceur de la vision qui voit des pathologies partout, c'est sans doute celle du thérapeute que ne consultaient que des patients gravement atteints. Mais il y a aussi dans les individus et dans les sociétés des énergies vitales et positives, qui cherchent le progrès et le bonheur, qui sont engagés en faveur d'une éthique individuelle et planétaire qui donne un sens satisfaisant et un équilibre sain à leur vie.
Ce pessimisme profond de Freud peut s'expliquer par sa pratique médicale assidue, par sa culture juive et par les horreurs de la guerre de 1914-18. La  montée du nazisme et la Seconde guerre mondiale semblent lui avoir donné raison. Mais nous misons plutôt sur la normalité que sur la pathologie. Nous sommes plus optimiste que pessimiste. Et la mythanalyse contribue à plus de lucidité démystificatrice, qui nous aide à nous libérer de nos peurs et de nos illusions dangereuses. Elle n'est pas orientée comme la psychanalyse freudienne vers toutes les dépravations et toutes les faiblesses de nos imaginaires sociaux. Elle croit qu'il y a des mythes constructifs autant que des destructifs et qu'il faut savoir choisir son mythe. En ce sens, elle déchiffre les mythes sociaux, dénonce les mythes pervers et expose la valeur positive des mythes sur lesquels nous pouvons construire notre vie collective et notre futur.La psychanalyse freudienne est morbide. La mythanalyse que j'explore est vitale.
(Illustration: Les deux croix, tweetart, 2012).

lundi, octobre 08, 2012

Mythanalyse de la consommation


La consommation masculine satisfait l'Eros. Le sexe, c'est aussi le cordon ombilical? Trois femmes, comme trois parfums de glace, trois saveurs, trois couleurs suaves.

dimanche, octobre 07, 2012

Structure pulsionnelle élémentaire


La mythanalyse repose sur la compréhension du carré parental comme structure élémentaire de l'imaginaire et à sa généralisation comme mode d'"explication de nos comportements individuels et collectifs.
Lorsque nous abordons la théorie des instincts et mettons en scène Eros, Thanatos et Prométhée, nous organisons notre interprétation des comportements humains selon une structure pulsionnelle élémentaire triangulaire. Il ne faut voir, bien sûr, dans ce recours aux métaphores du carré et du triangle qu'une commodité mentale qui repose sur le mode spatial de nos raisonnements.
La question ne se pose pas moins pour autant de comprendre pourquoi nous pensons les relations de cause à effet comme des récits chronologiques qui s'inscrivent dans le temps, et pourquoi nous les structurons dans des relations spatiales. Toute notre pensée est-elle spatio-temporelle? Les structures de l'imaginaire et de l'inconscient le sont-elles aussi? Une analyse à reprendre et "approfondir" (sic).

samedi, octobre 06, 2012

Le robot arraignée

Nos peurs des araignées, des souris, des serpents, des vers... Et la puissance que nous tentons d'obtenir en imitant dans nos robots les habiletés des araignées, des mouches, des rats. Les vers qui dévorent nos disques durs comme des cadavres. Des peurs de la bête. De la bête qui est en nous, de celle qui incarne le mal, de celle où se loge l'esprit de nos morts. Mythanalyse des animaux. Mythanalyse de la bestialité. Mythanalyse des monstres qui nous attendent dans les enfers.

jeudi, octobre 04, 2012

Les superstitions aberrantes de Carl Gustav Jung



Lorsqu'on lit dans le célèbre livre Métamorphoses de l'âme et ses symboles de Jung: Les archétypes sont des éléments structuraux de caractère divin de la psyché; ils possèdent une certaine indépendance et une énergie spécifique grâce à laquelle ils peuvent attirer les contenus de la conscience qui leur conviennent. (page 386, édition de 1967, Librairie de l'université Georg et Cie S.A., Genève), on tombe de sa chaise. Comment un réputé psychanalyste, explorateur de l'inconscient, démystificateur de notre irrationnel collectif, peut-il prétendre que son invention fabulatoire de l'existence d'archétypes qui gouverneraient nos inconscients sont de caractère divin!
Ce genre de théorisation idéaliste et religieuse, qu'on retrouve souvent dans les écrits de Jung, décrédibilisent immédiatement le sérieux de ses recherches. Je préfère la théorisation matérialiste et biologique de Freud, même si son travers à lui a été de vouloir expliquer tout par le sexe et seulement par le sexe. (Il faut bien admettre que le cerveau n'est pas un zizi. Il est même plus gros, il n'est pas totalement et exclusivement obsédé par le sexe...) Chacun son truc. Mais je préfère les explications par le sexe à celles par Dieu.

mercredi, octobre 03, 2012

Mythanalyse du racisme: le bio-imaginaire, ou imaginaire instinctif


Explorer les mécanismes bio-imaginaires du racisme. La peur, la haine de l'autre, parce qu'il a une autre couleur de peau. Il est d'une autre horde. Donc il est dangereux. Un fondement biologique qui déclenche un imaginaire instinctif. L'imaginaire domine le rationnel, comme  toujours. Et comment y remédier dans le cas du racisme.
Quels sont les liens entre biologie et imaginaire? Quelle est la part de l'instinct dans l'imaginaire? Evidemment très grande dans le cas des peurs, qui sont gonflées par des représentations imaginaires. Le racisme est à la fois individuel et social. Comment se développe-t-il, s’institutionnalise-t-il dans les lieux communs de l'imaginaire collectif? Thème de recherche à inscrire en mythanalyse.

mardi, octobre 02, 2012

Mythanalyse de l'érotisme


Un magnifique domaine de recherche et d'écriture. Pour un de ces jours.

lundi, octobre 01, 2012

Mythanalyse de la nourriture


Le plaisir de déguster de belles saveurs. L'importance des fantasmes et des rites dans l'alimentation. Téter le cornet de crème glacée.  Un thème de recherche à explorer, en relation avec le placenta et le cordon ombilical où le fétus puise la vie.  Un instinct fondamental de la vie.

dimanche, septembre 30, 2012

Plaisir pour tous





Toutes les couleurs ont leurs raisons, même celles qui déraisonnent. L.image du monde de la société numérique de consommation nage dans la crème glacée. Cette gamme de couleurs alimentaires suavement saturées appelle au plaisir de la consommation. Couleur chaude de la crème, couleur rafraîchissante du cornet. Couleurs sucrées, couleurs euphorisantes, qui font saliver, couleurs d'un paradis alimentaire qui se mange, qui se suce, qui rafraîchit et fait jouir les papilles. Couleurs fondantes dans la bouche, pas chères, accessibles à tous. Couleurs de la classe moyenne, celle qui dépense beaucoup pour la bouffe, couleurs pas chères populaires, couleurs kitsch qui flattent le mauvais goût.
Couleurs artificielles, celles des colorants chimiques de synthèse, couleurs simulacres (goût de fraise, goût de cerise, saveur de framboise).
Couleurs à profusion de l'abondance de tous les fruits du paradis terrestre.
Et pour ajouter la cerise sur le sunday, oui comme un jour de soleil, couleurs de cornets de crème glacée de forme phallique, qui se sucent délicieusement.

vendredi, septembre 21, 2012

Mythanalyse des couleurs


La mode chromatique actuelle, c'est celle du marchand de glace, de ses alignements de bacs de crème de toutes les couleurs, y compris bigarrées. Nous aimons les couleurs saturées qui se mangent en crème glacée. Nous choisissons les couleurs que nous voulons sucer. Comme les bébés portent à leur bouche les hochets de couleur pour les téter. Les couleurs des bonbons nous attirent aussi. Nous aimons les colorants artificiels saturés et sucrés qui se mâchonnent comme des tétines. La victoire de l'estomac sur les yeux. Le monde se mange. Nous sommes immergés dans la société de consommation.

lundi, septembre 17, 2012

jeudi, septembre 13, 2012

Le mythe antarctique


Pôle Sud, point géométrique, conceptuel, lien imaginaire avec le cosmos, avec notre origine et notre mort. Vide blanc, silencieux de création et de mort.
(Conférence de septembre 2012 sur La Antartida, Buenos Aires).

jeudi, août 30, 2012

Mitoanalisis polar



Pensar de los polos es tomar conciencia de nuestro vinculo con el cosmos. Los polos son puntos geométricos y simétricos del globo Tierra, y también son cargados de energía magnética en relación con el sistema-mundo. Los polos son conceptuales e imaginarios como el arte mismo y por eso también se relacionan con el mito de la creatividad análogo en la cosmogonía y en la creación artística. 
Los polos y las zonas del Ártico y del Antártico son espacios hostiles evocando el cosmos frio deshumanizado antes del origen del mundo o del fin del mundo. Símbolos fuertes  de los mitos de nacimiento y de muerte. Nos otros entonces deseamos humanizarlos a través de la conquista militar, de la exploración científica o de la intervención artística. En ese último caso de creación en un espacio vacío, blanco y sagrado como el marco de la tela o como la pantalla del museo, el artista inscribe un gesto como de pintura o de corografía, o una performance en relación con el infinito del cosmos. Es una conquista artística, una apropiación del vacío, como de un artista quien pone el pié sobre el suelo de la Luna. 
Los polos y las zonas de hielo son un espacio mítico entre real y virtual, entre origen y fin, entre el vacio y el lleno, en breve un espacio de nacimiento del mundo y del ser humano. Un espacio de toma de consciencia mítica aguda, cuasi existencial. 
Daré una ponencia sobre el tema en la IV Conferencia Arte y Cultura del Antártico en Buenos Aires 55-9 Septiembre 2012 organizada por Andrea Juan.


dimanche, août 12, 2012

Connaissez-vous le drapeau de l'imaginaire?


Qu’est-ce que le virtuel ?


Dans la peinture romane, la troisième dimension était l'ailleurs divin qu’évoquaient les auréoles dorées des icônes et la lumière bleutée des vitraux. Il ne s'agissait que d'une convention théologico-picturale, mais qui avait acquis un pouvoir évident de suggestion. C’est l’ailleurs qui nous fascinait et nous détournait de la vie matérielle.
Avec la Renaissance, l’humanité occidentale revient ici-bas et invente en même temps le réalisme, l'humanisme et le rationalisme. À partir du Quattrocento, c'est par la perspective euclidienne, que les artistes expriment la profondeur de l'espace terrestre, que désormais les autorités religieuses leur demandent d’évoquer pour humaniser la religion. Cette convention optique géométrique, tout aussi artificielle que la précédente, est complétée par une tendance progressive au réalisme des visages et des objets, par l'invention des ombres (antérieurement l'ombre n'existait pas dans la peinture, si ce n'est pour évoquer le mal et le diable), par la couleur locale (antérieurement les couleurs répondaient à un strict code religieux symbolique), par la dynamique perceptive des couleurs chaudes (qui rapprochent) et froides (qui éloignent), par le bleuté plus flou des lointains (à cause de "l'épaisseur de l’air", disait Leonard de Vinci). 
Aujourd'hui, c'est avec des logiciels que les infographistes construisent l’espace en trois dimensions. Les designers recourent en outre, comme les peintres de la Renaissance, à des astuces, telles que la dynamique de la lumière et des couleurs, les damiers ou les chemins frontaux qui rétrécissent avec l'éloignement. Comme la perspective euclidienne, ce 3D numérique est géométrique et simpliste. L'image demeure frontale et plate sur l'écran, et c’est le maniement de la souris ou de la console - ou sur l'écran tactile directement le doigt – qui augmente fortement notre sensation de manipulation physique de l'espace écranique. Autrement dit, le réalisme de ce 3D est manuel. Il doit autant à notre dynamique musculaire qu’aux algorithmes et au mouvement des polygones. Il est programmatiquement complexe et prétend nous étonner, mais demeure perceptivement pauvre : il ne fait qu’imiter les perceptions ordinaires de nos vies. Il n'y a rien là qu'une tentative banale de réalisme, et même la performance technique ne nous étonnera bientôt plus. Elle se réduira à une convention et à une utilité, comme dans les simulateurs de vol pour la formation des pilotes, dans l'enseignement de la chirurgie, dans la modélisation architecturale ou urbaine des professionnels, etc. On y perd le pouvoir évocateur de l’image, qui relève avant tout de l’imaginaire. Même la peinture à l’huile du cubisme de Gris, Braque ou Picasso suggérait plus que ces logiciels, car elle prenait en compte les paramètres psychologiques essentiels du regard, que souligne aussi la phénoménologie de la perception : l'intention, la mémoire, le désir, la peur, l'attente ou le projet. Nous voyons ce que nous recherchons et ne voyons pas ce qui nous est inutile ou indifférent. Ce qui est puissant dans la représentation de la troisième dimension, c'est ce dont nous avons besoin, ce que nous désirons ou dont nous avons peur.
Le virtuel est beaucoup plus que cet espace en 3D des logiciels, qui demeure trivial dans son imitation du réalisme ou dans sa performance utilitaire. Ce que nous recherchons aujourd'hui dans le virtuel comme jadis dans la religion, c’est moins une augmentation du réalisme que l'accès à un ailleurs, à un imaginaire, qu'il soit magique, religieux ou numérique. En fait, le 3D du numérique réside beaucoup plus dans la lumière bleutée des écrans cathodiques que dans la complexité des logiciels.  Ce 3D est un ailleurs imaginaire, comme celui de la religion, qui nous attire, nous rassure ou nous donne l'illusion d'obtenir des gratifications. Le virtuel est une nouvelle déclinaison numérique de la foi religieuse et de l'idéalisme platonicien.

vendredi, août 10, 2012

Mythanalyse du numérique (2)



Nous allons donc tenter d’explorer les imaginaires sociaux de cet âge du numérique émergent. Nous pensions qu’il s’agissait d’une révolution technologique et scientifique. Mais nous y  redécouvrons les croyances ingénues, les espoirs, les peurs et les émotions des vieux mythes des origines et du futur, que réactive spectaculairement le numérique. Il est paradoxal qu’un code binaire élémentaire, ait réveillé ces vieux mythes de l’humanité, que nous croyions dépassés, ceux de la lumière, de l'unité universelle, de la puissance créatrice humaine (CyberProméthée), ou ceux, aussi futuristes et spirituels, de la noosphère teilhardienne et de son point Omega d'achèvement de notre évolution.
La mythanalyse embrasse bien sûr beaucoup plus que le numérique, mais le numérique s'offre à nous comme un champ d'analyse étonnamment significatif et démonstratif de notre thèse. Nous nous croyons « modernes » et libérés des « superstitions et autres mythes infantiles ». Nous pensons que le rationalisme nous a permis de nous « démystifier ». Pourtant, nous adhérons aujourd’hui encore, à l’âge du numérique, de la technoscience, et des nanotechnologies, à autant de mythes que les Égyptiens ou les Grecs, et qui demeurent le plus souvent de nouvelles déclinaisons des mêmes croyances archaïques, car les mythes sont d'origine biologique, quelles qu’en soient leurs variations sociales. Mais pas plus que les Égyptiens ou les Grecs nous ne savons que nos croyances actuelles sont mythiques, sans doute parce qu'elles s'expriment autrement, moins selon les figures anthropomorphiques des mythologies anciennes (des dieux et des déesses), mais davantage en puissances abstraites, tels que le Progrès, l’Histoire, la Raison, le Travail, le Futur qui nous ont dominés depuis le XIXe siècle, puis dans les grands acteurs de notre imaginaire technoscientifique, économique et écologique, et plus précisément aujourd’hui dans notre dépendance aux prodiges du numérique.
Et il est tout aussi étonnant que le numérique ait réactivé la pensée magique, ses rituels, des malins génies et des démons, qui semblent réveiller des sorcelleries primitives.

jeudi, juillet 05, 2012

Les nouveaux médias gazéifiés et sucrés comme le coca-cola


Le matérialisme et l’individualisme ne sont pas à la portée de toutes les âmes démunies. On ne sait pas encore apprécier la richesse humaine du matérialisme athée. On lui préfère l’aliénation et les illusions de la pensée irrationnelle, les promesses des religions, la réactivation des mythes archaïques. L’effet de balancier s’est donc fait sentir et nous assistons  à un retour compensatoire vers un psychisme collectif qu’on croyait avoir démystifié définitivement.
L’âge du numérique se prête à cette réactivation de l’élan social pour l’immatériel, l’irrationnel, le primitif, la religion, le communautarisme, le tribalisme, les croyances dans des ailleurs plus gratifiants. Le numérique décline toutes les facettes de l’empire du psychisme, et notamment cet agglutinement humain des masses sur les réseaux sociaux. On aime les nouveaux médias gazéifiés et sucrés comme le coca-cola, qui nous réintègrent à la masse. Notre époque ne délaisse pas les plaisirs de la consommation matérielle, mais elle est désormais attirée tout autant par les douceurs d’un psychisme de masse qui nous donne l’illusion d’échapper aux résistances du réel  pour nous retrouver ensemble dans un ailleurs euphorisant.

mercredi, juillet 04, 2012

cyber néo primitif




L’homme du numérique ne frotte plus deux cailloux pour faire jaillir une étincelle et allumer un feu. Il a en main un silex intelligent dont jaillit l’information. Avec cet ordinateur miniaturisé, il téléphone, il se connecte à l’internet, gère et joue. En un mot, nous sommes passés de l’âge du feu à l’âge du numérique.
Étions-nous à ce point blasés de la grande épopée de l’énergie, du vent, de l’eau, du feu, du soleil, de l’électricité, du nucléaire ? Comment cette révolution anthropologique a-t-elle pu être tout à la fois si douce, si subite et si puissante ? Notre évolution humaine, une fois de plus, a basculé vers de nouvelles idées, de nouveaux projets, de nouvelles aventures. Nous migrons vers un ailleurs virtuel. L’Âge du numérique met un terme à la crise de la postmodernité et ouvre la voie à une nouvelle aventure de l’humanité, sous le signe de la divergence et de la création, avec les enjeux fabuleux, les excitations et les risques qu’implique cette liberté. Mais ce qui explique le succès quasi immédiat du numérique, c’est qu’il réactive en fait nos mythes les plus archaïques et répond à notre irrépressible fascination pour la pensée magique.

dimanche, juillet 01, 2012

Notre prochain grand mythe fondateur

Notre prochain grand mythe fondateur, le réel nouveau qui s’imposera à nous, qui va nous revenir en plein visage après que nous ayons laissé aller notre planète à un scandale moral permanent, sera celui de l’éthique planétaire. Nous en percevons déjà les signes avant-coureurs dans la conscience émergeante de beaucoup d’hommes de diverses cultures. Et malgré les ironies que cette idée  suscite aujourd’hui de la part des réalistes durs et linéaires, malgré son caractère aujourd’hui encore utopique, et l’aveuglement qu’elle rencontre, je crois que sa logique, sa puissance d’évidence et notre nouvelle sensibilité humaine reconfigureront en ce sens notre vouloir-monde. Un sens hyperhumaniste. Hyper pour plus d’humanisme, et pour les hyperliens humains qui, malgré tous les obstacles, tisseront le futur. Sisyphe réussira à donner la plénitude de son sens humain à l’aventure hasardeuse de Prométhée.

samedi, juin 30, 2012

mythanalyse de la divergence (2)


Mythanalyse et divergence: deux concepts sur lesquels je travaille intensivement. J'ai déjà abordé leur articulation, mais Il faudra bien que je développe davantage cette analyse. Bien sûr, la mythanalyse est une divergence par rapport à la psychanalyse et à la sociologie. Mais que serait une mythanalyse de cette rébellion, de cette rupture, de ce projet alternatif qu'est la divergence? Une réflexion à mener, pour moi incontournable.Qu'est-ce que ce rejet de l'autorité? Comment la comparer avec la dialectique? La divergence est une brisure de la pensée linéaire. Comment la rapprocher de la pensée en arabesque? 

vendredi, juin 29, 2012

mythanalyse du numérique (2)




Nous allons donc tenter d’explorer les imaginaires sociaux de cet âge du numérique émergent. Nous pensions qu’il s’agissait d’une révolution technologique et scientifique. Mais nous y  redécouvrons les croyances ingénues, les espoirs, les peurs et les émotions des vieux mythes des origines et du futur, que réactive spectaculairement le numérique. Il est paradoxal qu’un code binaire élémentaire, ait réveillé ces vieux mythes de l’humanité, que nous croyions dépassés, ceux de la lumière, de l'unité universelle, de la puissance créatrice humaine (CyberProméthée), ou ceux, aussi futuristes et spirituels, de la noosphère teilhardienne et de son point Omega d'achèvement de notre évolution.
La mythanalyse embrasse bien sûr beaucoup plus que le numérique, mais le numérique s'offre à nous comme un champ d'analyse étonnamment significatif et démonstratif de notre thèse. Nous nous croyons « modernes » et libérés des « superstitions et autres mythes infantiles ». Nous pensons que le rationalisme nous a permis de nous « démystifier ». Pourtant, nous adhérons aujourd’hui encore, à l’âge du numérique, de la technoscience, et des nanotechnologies, à autant de mythes que les Égyptiens ou les Grecs, et qui demeurent le plus souvent de nouvelles déclinaisons des mêmes croyances archaïques, car les mythes sont d'origine biologique, quelles qu’en soient leurs variations sociales. Mais pas plus que les Égyptiens ou les Grecs nous ne savons que nos croyances actuelles sont mythiques, sans doute parce qu'elles s'expriment autrement, moins selon les figures anthropomorphiques des mythologies anciennes (des dieux et des déesses), mais davantage en puissances abstraites, tels que le Progrès, l’Histoire, la Raison, le Travail, le Futur qui nous ont dominés depuis le XIXe siècle, puis dans les grands acteurs de notre imaginaire technoscientifique, économique et écologique, et plus précisément aujourd’hui dans notre dépendance aux prodiges du numérique.
Et il est tout aussi étonnant que le numérique ait réactivé la pensée magique, ses rituels. des malins génies et des démons, qui semblent réveiller des sorcelleries primitives.

mardi, juin 26, 2012

La mythanalyse thérapeutique


Devenir conscient que Dieu est un mythe actuel, comme jadis Zeus ou Wotan et opter pour l'athéisme, c'est se libérer personnellement d'un mythologie toxique, aliénatrice, et récupérer sa dynamique vitale.

lundi, juin 25, 2012

Une thérapie mythanalytique est-elle pensable?


Peut-on user de la mythanalyse comme de la psychanalyse ou de la psychologie dans un but de thérapie individuelle? Ou la mythanalyse se limite-t-elle à une science humaine des imaginaires sociaux, une sorte de sociologie théorique des imaginaires collectifs?
A priori la mythanalyse traite des inconscients sociaux et n'a ni compétence, ni méthode, ni expérience dont se prévaloir au niveau individuel. D'ailleurs on rappellera que cela ne s'est jamais fait. La mythanalyse, objectera-t-on encore, à supposer même que ce soit une science humaine, ce que la plupart contestent, ignorant même son existence, ne saurait être une thérapie, pas plus que la sociologie. Ce serait seulement une science d'observation et d'interprétation. 
Pourtant, j'en ai usé pour moi-même et en apprécie aujourd'hui les excellents résultats. Faut-il s'étonner que la mythanalyse puisse avoir un impact individuel alors qu'inversement la théorie psychanalytique met en scène des figures collectives, tels que totem, tabou ou archétypes et en use dans les analyses individuelles? Personne ne soutiendra que l'inconscient personnel est sans relation avec l'inconscient collectif, et réciproquement. Et il serait difficile de nier l'impact des grands mythes, comme Dieu ou le Progrès, et des imaginaires sociaux sur chacun de nous. Cette dimension sociale des inconscients individuels est une évidence que les lacaniens ou les ethnopsychanalystes nous ont appris à prendre en compte. 
Repérer les mythes actuels les plus déterminants d'une société, c'est ce que fait la mythanalyse, et elle intensifie ainsi la conscience sociale des imaginaires sociaux qui nous influencent.. Mais elle ne se limite pas à ce constat. J'ai toujours insisté sur la possibilité supplémentaire qu'elle nous donne d'évaluer les mythes en fonction de leurs effets positifs ou destructeurs. Ainsi, une société postmoderne accuse un grave déficit de croyance en elle-même, qui peut devenir dévastateur collectivement tout aussi bien qu'individuellement. On sait d'expérience qu'une société colonisée ou vaincue tend à s'autodétruire. Elle cultive alors les figures inconscientes de l'échec, de la faiblesse. Cela est arrivé fréquemment et j'en ai encore la mémoire lors des deux échecs référendaires québécois. De même, tout parti politique en fait l'expérience lorsqu'il doit encaisser une cuisante défaite électorale.
La mythanalyse ne peut allonger la société sur le divan, mais elle peut elle aussi créer une prise de conscience salvatrice des forces et des faiblesses de son imaginaire et de ses mythes, voire donner des avertissements ou des conseils d'orientation. Tout le monde le fait tous les jours, notamment en politique et dans tous les débats sociaux. On demandera alors selon quelles valeurs la mythanalyse mènera-t-elle son évaluation et son diagnostic ? La question vaut aussi pour les psychanalystes ou les psychologues. Conformisme, esprit libertaire? Un débat s'impose, certes, mais qui n'est pas plus rédhibitoire pour la mythanalyse que pour la psychanalyse. Toutes deux visent à faire cesser la souffrance et à rétablir un processus vital dynamique. 
Alors quelle méthode adopter en mythanalyse? Le principe d'une thérapie mythanalytique consiste à mener un dialogue avec le patient qui lui fasse prendre conscience des principaux mythes auxquels croit, selon lui, la société avec laquelle il s'identifie - par exemple dieu, ou le futur, la loi du plus fort, le progrès, le libéralisme, le socialisme, le conservatisme, l'amour, la justice, le destin, la fatalité, le travail, la nature, etc. Et pour compléter cette prise de conscience, le mythanalyste lui demandera aussi de nommer les valeurs, mythes ou projets auxquels sa société, selon lui, ne croit pas, par exemple le néolibéraslisme, l'athéisme, la justice sociale, l'indépendance, le sport, le racisme, la guerre, etc. Cette première partie de l'analyse peut être longue et demande de la finesse pour repérer les déclinaisons fines de ces grandes figures mythiques et de leurs attributs.
Dans une deuxième étape, le mythanalyste invitera le patient à évaluer ces mythes, pour les classer comme positifs ou négatifs, porteurs ou destructeurs. Et à se demander en quoi telle ou telle valeur est positive ou négative; par exemple peut-on être réaliste et optimiste à la fois. Le pacifisme implique-t-il une tolérance extrême? Le dialogue aboutira à préciser et évaluer des configurations mythiques meilleures ou périlleuses et à analyser leurs articulations et leurs effets.
La troisième étape visera à faire évaluer par le patient quels sont les mythes collectifs de sa société d'appartenance auxquels il croit lui-même et ceux qu'il rejette. Nous aurons alors un portrait de l'impact de l'inconscient collectif sur l'inconscient individuel du patient.
A partir de ce stade, la thérapie consiste à dialoguer avec le patient pour lui faire prendre conscience de son équation mythanalytique individuelle (identifications et écarts avec les mythes dominants de sa société). Nous découvrirons avec lui quels sont les liens entre ses attitudes personnelles, optimiste, volontariste, défaitiste, fataliste, rebelle, conviviale, etc. et les figures mythiques de sa société d'appartenance. 
En bout de course, le dialogue consistera à faire prendre conscience par le patient du fait qu'il est "sous influence" des mythes identitaires de sa société ou en réaction contre eux . De sorte qu'il lui appartiendra de désigner les mythes qui lui ont fait du mal et ceux qui pourraient lui redonner les énergies vitales dont il a besoin pour restaurer sa volonté-monde positive. 
C'est en apprenant à devenir lui-même mythanalyste que le patient acquiert la capacité de se libérer de mythes toxiques et à adopter des mythes bénéfiques. Bref, le patient élucide des façons de penser et les valeurs sociales qu'elles véhiculent, pour repenser et reconstruire ses valeurs propres. 
Ce n'est ici qu'une première esquisse du cheminement d'une thérapie mythanalytique, telle que j'en ai ai fait l'apprentissage dans ma propre vie pour me libérer de ma névrose d'enfance, individuelle certes, mais surtout familiale et sociale, qui était liée aux imaginaires sociaux dans lesquels je baignais, celui de la guerre, car je suis né à Paris en 1941, mais aussi le dolorisme chrétien de ma mère, le stoïcisme de mon père, la peur du malheur et de la mort qui nous menace sans cesse  comme une épée de Damoclès terriblement présente (du fait d'une grande mortalité dans ma famille). De cette morbidité, je me suis libéré en me confrontant au réel, à mes peurs dans la pratique de l'art sociologique, en consacrant mes efforts de sociologue à développer une compréhension des mythes collectifs, en construisant une théorie de la mythanalyse, et finalement en reniant les mythes qui m'avaient pesé, pour en adopter d'autres, qui me permettaient de me réconcilier avec le monde et avec moi-même. 
Sur ce dernier point, il ne s'agit là aussi que d'une esquisse. Mais je sais que le vouloir-vivre qui était en moi m'a permis de découvrir cette volonté-monde dont je fais aujourd'hui le grand mythe porteur de mon interprétation de l' univers. J'en espère, moi qui étais suicidaire dans mon enfance, de nombreuses années encore à vivre avec le meilleur de ma force vitale Quel retournement! Et je sais maintenant pourquoi j'ai quitté la névrose endémique de la société française à quarante ans pour émigrer au Québec. Je pensais y chercher, comme artiste et sociologue, un autre scénario sociologique, capable de me questionner et de renouveler mes intérêts théoriques. Mais ce que je suis venu surtout y chercher inconsciemment, ce que j'ai trouvé en Amérique du Nord , c'est une autre configuration mythique qui m'a libéré du mal français et m'a permis d'adopter la croyance collective au progrès et au bonheur possibles.
La difficulté d'une analyse, qu'elle soit psychanalytique ou mythanalytique, c'est qu'une partie de la solution consisterait à changer de scénario de vie, celui qui a à l'origine du mal. Si le patient ne change pas de milieu familial ou de configuration mythique, il risque fort de ne pas pouvoir se libérer des causes qui entretiennent son malaise, même s'il en a pris conscience.
Une thérapie mythanalytique est-elle possible?. Une voie me paraît s'ouvrir au niveau théorique et lorsque j'analyse mon propre cheminement, qui ne devrait rien avoir d'exceptionnel.

samedi, juin 23, 2012

Multiplicité des Tours de Babel



Il y a autant de Tours de Babel sur la planète Terre que de centres périphériques. Chacun est une Tour de Babel de nos socialités humaines. Chaque village, chaque bourgade, chaque quartier, chaque ville, chaque capitale, chaque métropole, qu'elle soit de Bolivie ou de Serbie, de Côte d'Ivoire ou d'Ethiopie, d'une province chinoise ou de Birmanie, de New York ou de Paris et de chaque hameau perdu au bout d'un chemin de terre. Un immense réseau de Babel qui devient numérique, connecté en temps réel. Sans centre et sans circonférence. Théoriquement un rhizome. Mais il y a de Tours plus hautes que d'autres, plus cosmopolites que d'autres, plus puissantes que d'autres.

vendredi, juin 22, 2012

Diversité artistique


Le mythe de la Tour de Babel est le mythe fondateur de notre société de l'information et de la diversité linguistique et cultuelle que nous célébrons aujourd'hui dans notre ère post-colonialiste. Cette posture nouvelle, qui nous aide à nous affranchir des impérialismes successivement grec, romain, arabe, européen et américain, vaut aussi pour la diversité des arts. La grande époque de New-York, qui nous a imposé le pop art et l'art conceptuel des années 1960-1970 est terminée. Elle aura duré cinquante ans.
Il nous faut donc aujourd'hui célébrer et consolider le vieux mythe de la Tour de Babel, plus actuel que jamais, et dont l'impérialisme du Vatican  nous a imposé pendant des siècles une interprétation faussée par sa volonté d'hégémonie.

jeudi, juin 21, 2012

mythanalyse interrogative



La mythanalyse n'est pas un système de concepts, mais une pratique de questionnement. Nous ne voulons plus nous limiter à une approche sociologique comme à l'époque où j'avais fondé l'Ecole sociologique interrogative avec le collectif d'art sociologique dans ma cave à Paris. Bien sûr, la sociologie demeure une dimension fondamentale de notre pratique, mais il faut l'élargir aujourd'hui au questionnement philosophique et mythanalytique. Et je sors de ma cave. Je conçois aujourd'hui une école interrogative en ligne.

vendredi, juin 15, 2012

Photographie d'une âme monothéiste

On notera la persistance de la structure résiduelle des acides polynucléiques, qui donne à penser que le monothéisme maintient autour de Dieu une présence familiale, comme dans la mythologie grecoromaine autour de Zeus/Jupiter (Vénus, des fils et filles, des dieux, demi-dieux et héros, de la Pythie, des Gorgones et notamment de Méduse, qu'on retrouve dans le catholicisme sous les figures de la Vierge Marie, du Christ fils de Dieu, du Saint-Esprit, des anges et archanges, des Saints, Saintes et Bienheureux, et même du Diable et des démons pour régner sur les enfers.

jeudi, juin 14, 2012

photographie d'une âme


Qu'est-ce que l'âme? Un fantasme? Une réalité supérieure? Pour répondre à cette question, voici enfin la première photographie connue d'une âme, captée dans un accélérateur mental, au 1/ 000 000e. (Le fichier est numérique et affiché ici en fausses couleurs pour une meilleure visibilité.)
Il s'agit, comme on peut le voir, d'une âme polythéiste. Nous présenterons demain la photographie d'une âme monothéiste.

mardi, juin 12, 2012

Technoscience et évolution



La technoscience est-elle devenue le moteur de l'évolution humaine? 
cosmogonie animiste, cosmogonie polythéiste, cosmogonie monothéiste, cosmogonie réaliste, cosmogonie numérique.
Conférence au Carrefour des sciences  - Initiative science citoyenne de Rimouski le 23 mai 2012.

mardi, avril 10, 2012

Même Dieu n'est pas parfait


Ce n'est qu'une invention humaine, et de loin pas la meilleure.

lundi, mars 05, 2012

Mythanalyse des nanoparticules



Les nanotechnologies explorent la matière à une échelle infinitésimale (le milliardième de mètre) et renvoient à la mécanique quantique. Elles détectent, modélisent, exploitent des objets qu’on pourrait appeler techno-phénoménaux, parce qu’ils sont produits par des technologies dont on observe ou plus exactement dont on interprète les procédures. Celles-ci résultent directement de nos outils. Leurs caractéristiques sont inséparables de celles de nos instruments, principalement des instruments de spectroscopie, tels que le microscope à effet tunnel, le STM ou Scanning Tunneling Microscope ou le microspoce à force atomique AFM, décrit comme un nano-palpeur. On sait que toute matière, même apparemment la plus solide et dense, est parcourue par des tourbillons d’atomes en constante réorganisation, qui comportent donc aussi des trous, ou lacunes, surtout en surface. Dans le cas du STM, on parvient à induire avec sa pointe, de la taille d’un atome, un courant qui traverse cette soupe atomique (effet tunnel) et dont on déduit qu’une nanoparticule a pénétré. Ne devrait-on pas se limiter à dire que ces effets résultent de l’impact de nos nano-instruments dans la matière? Est-ce que ce sont des objets technologiques imaginaires ? En tout cas des objets fantômes, peut-être seulement des traces. Ils ne sont pas analogiques; nous ne pouvons pas les voir à l’œil nu, ni même avec de puissants microscopes, puisqu’ils sont plus petits que la longueur d’onde de la lumière. Ce sont des images numériques, construites, modélisées, procédurières.
Lorsque nous créons par lithographie des nano-électrodes en or pour capter une nanoparticule invisible et en observer le comportement, nous sommes dans l’artifice et le flou, presque dans un récit fabuleux. L’invisibilité de ces nano-effets donne lieu à de nombreuses métaphores pseudo-descriptives, dont la confusion, la diversité et les contradictions métaphysiques sont significatives de notre difficulté même à les conceptualiser, à les imaginer, et encore plus à les représenter. On construit des images indicielles, c’est-à-dire des images qui visualisent une mesure. On parle aussi d’interactions, d’images conceptuelles, d'expériences de pensée, d’occurrences (traces événementielles), de dispositifs, d’imag’actions, d’objets transmodaux, d’un mélange d’images expérimentales (réelles) et d’images de synthèse (imaginaires), auxquelles on reconnaît un pouvoir d’évocation. Plus l’horizon de la matière recule devant nos instruments, moins nous voyons, plus nous conceptualisons et imaginons. Nous observons qu’à cette limythe la théorie de la lumière qui repose sur la dualité onde-corpuscule et qui a inspiré la théorie de la mécanique quantique, semble devenir universelle et que selon les cas, nous penchons pour des représentations de particules ou d’ondes. Elles sont « à mi-chemin entre le voir et le savoir » soulignent la sociologue de la connaissance Anne Sauvageot et les physiciens Xavier Bouju et Xavier Marie dans la préface des actes consacrés à un colloque sur le sujet Images & mirages @ nanosciences (Hermann, 2011)*, sauf que nous ne voyons pas ces particules et ne savons pas ce qu’elles sont, puisqu’elles « transgressent les frontières entre le réel et le fictif », comme ils le rappellent aussi. Nous atteignons manifestement avec les nanotechnologies un far west scientifique, en ce sens que ces territoires d’une nouvelle frontière de la matière-énergie que nous explorons, ne sont plus soumis à aucune des lois que nous connaissons, telles que les trois dimensions. La science rejoint l’affabulation. C’est cela qui l’intéresse et en même temps c’est la limythe avec laquelle elle doit composer, comme lorsqu’elle aborde les questions de l’éternité ou des particules plus rapides que la lumière.
Ce qui donne de la crédibilité à ces images-signes, c’est évidemment notre connaissance de l’échelle infinitésimale de la matière, qu’elle soit vivante ou non. Nous savons que l’échelle atomique n’est qu’un horizon qui reculera indéfiniment dans la lunette de nos microscopes électroniques et spectroscopiques. Nous avons besoin de les visualiser pour les imaginer, pour y croire, pour les penser, même scientifiquement. Et nous devons inventer des formes et des couleurs pour l’invisible, comme si nous étions capables d’accommoder notre vision jusqu’à percevoir ces objets nanotechnologiques. Nous tentons de nous représenter ces particules avec des images d’artistes en fausses couleurs, en les grossissant. Même s’ils sont en mouvement incessant, nous les imaginons à une échelle de visibilité, en décidant d’arrêts sur images, que nous plaçons dans un espace qui semble dynamique, en utilisant les codes visuels stéréotypés des graphes quantitatifs. Nous jonglons avec l’irreprésentable. Nous adoptons des contrastes de couleur qui assurent leur lisibilité sans enlever à leur mystère. Bref, même s’ils relèvent de paramètres indiciels, nous les iconisons dans l’espace visible comme des nano-objets, selon les codes symboliques de notre culture. Plus ils sont invisibles, plus nous fabriquons de fausses images qui prétendent à la crédibilité, inévitablement arrangées selon nos codes culturels d’imagerie scientifique.
Il faut souligner ici, de façon plus générale, que l’imagerie scientifique, qui prétend à l’objectivité d'une" interprétation a-culturelle, a-historique et non subjective, est inévitablement soumise à notre culture, à notre idéologie, à notre époque, à notre subjectivité, et généralement revêt un aspect kitsch bonbon. D’ailleurs, la preuve en est que rien ne vieillit plus vite que l’imagerie scientifique.
Les nano-images ne sont pas des mirages, car les mirages semblent très réels, à moins qu’il ne s’agisse de « mirages quantiques », donc imperceptibles! Ce sont des imaginaires technologiques auxquels nous attribuons une puissance d’autant plus grande qu’elle est invisible et mystérieuse. Si nous persistons dans ces recherches incertaines, ce n’est pas seulement par désir de connaissance. Nous en espérons de nouveaux pouvoirs. Et cette hypothèse inquiète autant qu’elle promet. Les nanotechnologies, aussi scientifiques qu’elles prétendent objectivement être, tendent inévitablement à la magie. Elles ont comparables à notre imaginaire alchimique, qui croyait aux affinités entre les esprits de la matière. Et les alchimistes pensaient pouvoir ainsi produire de l’or.
Ainsi, selon les relevés industriels, on utilise déjà des nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc dans des crèmes solaires et dans des cosmétiques, dans des enduits extérieurs, des peintures et des vernis d’ameublement. Il semblerait aussi qu’on ajoute des nanoparticules d’oxyde de cérium (une terre rare qui accélère l’oxydation) comme un catalyseur du carburant pour les automobiles. Et nous commençons à concevoir des nanomoteurs, capables de pénétrer dans les tissus les plus subtils de nos organes vivants pour y déposer des médicaments nanométriques. Nous pensons aussi pouvoir modifier des structures atomiques, y introduire des particules retraçables ou capables de durcir un métal, ou de le fragiliser, et ces possibilités encore difficiles à contrôler sont sujettes à des débats de société qui pourraient être aussi importants que ceux qui concernent les OGM. Plusieurs associations militent déjà activement contre l’utilisation des nanoparticules. Elles déclarent craindre que les nanomatériaux se révèlent toxiques pour les tissus humains. Elles diffusent des études qui mentionnent le risque de causer des mutations de l’ADN et d'induire des changements de la structure cellulaire pouvant conduire à la mort de la cellule, comme un empoisonnement au mercure. Nous élaborons une nanotoxicologie qui étudie, suivant l’exemple des enquêtes sur le danger de cancer qui serait relié à la saturation de notre environnement par les ondes courtes, notamment du fait de l’utilisation grandissante des téléphones portables, les risques potentiels d’une dissémination à large échelle de nanoparticules dans l'environnement. La revue Nanotoxicology a été créée en 2007. Et même dès 1986 Eric Drexler, dans son livre sur les nanotechnologies, Engines of Creation, après avoir insisté sur les possibilités extraordinaires que nous pouvons espérer des nanoparticules, se fait dramatique. Il redoute que ces particules, si on les introduit dans des tissus vivants, ne les corrompent et ne créent des cellules dangereuses autoreproductibles, entraînant des catastrophes biologiques. On peut craindre aussi que ces nanomanipulations de la matière et de l’énergie permettent un jour de créer des armes de destruction massive, telles que des bombes au graphite nanochargées, qui seraient capables de détruire les ondes courtes des réseaux de communication, voire de déstabiliser les structures atomiques du métal ou du béton. On évoque même une « gelée grise », qui serait un amas de nanoparticules susceptible de se répandre et de détruire tous les objets solides inertes ou vivants, et jusqu’à la croute terrestre elle-même.
Pourtant, le portail français officiel des nanosciences et des nanotechnologies le souligne : « les scientifiques ne sont pas unanimes quant à la définition de nanoscience et de nanotechnologie ». Et en France une commission créée par le CNRS en 2004 a renoncé en 2007 à poursuivre ses enquêtes sur les dangers possibles des nanoparticules, faute de pouvoir se mettre d’accord sur la définition de celles-ci, ni davantage sur la détection de leurs effets potentiels. Il est donc permis de se demander comment des particules invisibles dont l’existence est si insaisissable qu’elles relèvent encore de la spéculation, peuvent être ainsi manipulées et traitées industriellement en grande quantité pour être ajoutées à des crèmes, des peintures ou des médicaments. Il y a dans cette conviction, que ce soit celle de groupes militants, de manufacturiers ou d’agences de publicité, de la pensée magique, qu’elle soit pour ou contre. Ces grands espoirs ou ces grandes peurs, qui évoquent des pouvoirs gigantesques, extraordinaires ou épouvantables de ces particules fantomatiques, font penser aux esprits bienfaisants et malfaisants du Moyen-âge. On les conjure ou on prétend les asservir, on a pour cela des procédures, des formules, des discours. Et tant qu’on n’aura pas démontré l’existence bien réelle de ces esprits de la matière, tant qu’on ne sera pas capable de les observer et de les mesurer, il sera permis de n’y voir que des affabulations comparables à celles de la vieille magie. Cela fait penser au breuvage mêlé de poudre d’or que buvait la duchesse d’Angoulême quotidiennement pour augmenter l’éclat de son teint, qui était naturellement fort beau; mais elle fut gravement intoxiquée par cette mixture précieuse. On ne doutera pas que ces fabricants de crèmes et de peintures tentent d’ajouter des molécules d’oxyde de zinc ou de titane dans leurs mélanges, mais il ne s’agit que de micromolécules, et en aucun cas de nanoparticules. Cet abus de déclarations faisant référence aux nanosciences et aux vertus de l’infiniment petit donne un air de surpouvoir scientifique à ces produits et donc permet d’en justifier les prix de vente élevés, ce qui est courant notamment en cosmétique. Mais ce ne sont que des invocations à des pouvoirs magiques. En fait d’innovation, un retour à la vieille alchimie. Et beaucoup de gens y croient.
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* Cette publication fait suite à un remarquable colloque organisé en 2010 à l'Université de Toulouse Le Mirail. Un cederom accompagne le livre et montre un choix d'images scientifiques et de nanoart qui illustrent les propos des intervenants.

mardi, février 28, 2012

Closed for ever


De son vivant, Dieu était fort affairé. Ouvrant son bureau aux aurores, le fermant à la tombée de la nuit, il ne cessait de devoir répondre à des milliards de prières, d'inscrire sur ses fiches individuelles des milliards de péchés et pas mal de bonnes actions. Ses registres devenaient si épais qu'il ne parvenait plus à faire face à toutes ces activités humaines qu'il se devait de tenir à jour sur ses listes. Il n'avait même plus le temps de se pencher sur les urgences de ceux qui lui adressaient sans répit des suppliques, mettaient des cierges dans les églises, se confessaient, demandaient des grâces et des sacrements. Et c'était sans compter les procédures d'accueil et de sélection des arrivants, toujours plus nombreux, à la porte de Saint-Pierre, dont il fallait chaque fois vérifier les états de service dans les registres, avant de les envoyer aux Enfers, au Purgatoire ou de choisir leur rang au Ciel. L'augmentation démographique était devenue telle, que Dieu ne trouvait plus assez de volontaires parmi les morts placés au Purgatoire, pour consacrer leurs journées à ce travail bureaucratique ennuyeux, répétitif et souvent stressant. Pour l'an 2000 après Jésus-Christ, Dieu décida donc de numériser tous ses registres, mais c'était une gigantesque tâche, et un énorme budget. En outre, il ne trouva pas d'algorithme assez subtil pour bien discriminer les âmes pieuses, évaluer les valeurs religieuses et les arrières pensées des morts, et pour garantir une qualité absolue de tri et d'évaluation.
Il devenait incapable de gérer tous les fichiers en temps réel et avait de plus en plus mauvaise conscience de son retard, qui augmentait tous les jours et créait des embouteillages et d'interminables queues aux guichets. Les plaintes et les réclamations aussi, qui s'en suivaient, devenaient ingérables dans un délai raisonnable.
Devant son incapacité à répondre correctement et équitablement à tous, sachant que l'humanité allait grossir encore de quelques milliards d'individus, il décida de fermer son bureau et de prendre sa retraite. Il y avait droit depuis longtemps, étant donné son âge. Et après cette décision difficile mais nécessaire, il put enfin se détendre et être heureux.
Maintenant, il repose en paix. Amen.
Si seulement les humains n'avaient pas imaginé que Dieu veille sur chacun d'eux, les espionne sans cesse, enregistre toutes leurs pensées et leurs actes, et fait le bilan comptable lors de leur mort pour décider de leur éternité, Dieu n'aurait pas été pris dans cette logique infernale et serait resté le dieu inaccessible qu'il avait voulu être depuis toujours. Le Diable est dans les détails.
L'imaginaire humain est rarement cohérent, pour ne pas dire toujours ambivalent, contradictoire, dès qu'on l'examine attentivement, comme nos rêves. Ce sont aussi ces incohérences et ces absurdités qui le rendent si étonnant et significatif pour le mythanalyste.

jeudi, février 23, 2012

Pensée binaire


Pourquoi la pensée binaire occupe-t-elle et structure-t-elle tant notre esprit? Pourquoi lui avons-nous accordé un statut de vérité et une telle puissance logique de raisonnement? Pourquoi avons-nous aujourd'hui, à l'âge du numérique, fondé notre évolution humaine sur les technologies associées à un code binaire, 1 ou 0, qui est devenu l'alpha et l’oméga de tous nos algorithmes, de l'informatique?
Cette tendance humaine remonte loin dans le temps, dans les oppositions asiatiques du yin et du yang, religieuses du bien et du mal, aussi bien que dans la fondation du rationalisme grec. Socrate est le champion déclaré de ce mode de pensée binaire supposé accoucher de la vérité.
- Si ce n'est pas vrai, alors peut-on dire que c'est faux? demande Socrate à l'esclave.
- Oui assurément, répond l'esclave, cela ne peut être que faux.
- Alors tu es d'accord avec moi que c'est faux, demande Socrate.
- Oui, assurément, cela est faux, dit l'esclave.
La logique classique, dite de Port-Royal, identitaire et du tiers exclu, le rappelle avec la plus grande vigueur: A est A, A ne peut pas être B.
Le rationalisme classique correspond à la généralisation de l'individualisme et de la famille conjugale fondée sur l'union durable d'un seul père et d'une seule mère, à l'opposé des sociétés antérieures basées sur les familles indivises et sur la magie.
C'est la mythanalyse qui explique cette domination de la pensée binaire par la théorie du carré parental associant le biologique binaire (un père et une mère) et le déterminisme de l'autre (la société), qui institue la famille individualisée, le monothéisme, le rôle paternaliste du roi, du prince, de l'État, et maternel de notre mère l'Église catholique. Nous avions antérieurement la domination de la logique participative, celle de la magie, de l'alchimie, de l’irrationalisme, en même temps que la structure sociale de la famille indivise, communautaire associant le nouveau-né aux mères et aux pères du groupe (l'oncle maternel ayant plus de pouvoir que le père biologique), et le polythéisme - plusieurs dieux, ayant chacun sa rationalité et son pouvoir.
Mais pourquoi ce fondement biologique et social de la pensée binaire, qui aboutit aujourd'hui au code binaire de l'informatique et à sa célébration urbi et orbi, connaît-il un tel succès au moment précisément où la rigidité de la famille conjugale éclate? Au moment où des pratiques de transexualité s'affirment ainsi que les mariages homosexuels? Au moment où le principe de non détermination en science, les logiques floues, les systèmes complexes, les lois du chaos, la physique quantique remettent en cause le rationalisme classique binaire?
Voilà une grande question, à laquelle il nous faudra répondre.

vendredi, février 17, 2012

mythanalyse du numérique 2


Nous abordons souvent le questionnement mythanalytique du numérique, qui repose sur un code binaire élémentaire, mais qui a réactivé des croyances mythiques parmi les plus archaïques et les plus importantes. Celle de l'unité universelle, celle de la puissance créatrice humaine (CyberProméthée), celle de la lumière, celle de la noosphère teilhardienne et de son point Omega d'achèvement de notre évolution. Avec ces croyances mythiques et à leur appui, nous avons réinventé les délices et les affres d'une magie archaïque, elle aussi, mais qui se traduit par une efficacité technique dont nos plus puissants chamans n'auraient pas osé rêver il y a à peine une génération.
Voilà un domaine de recherche qui nous accapare avec passion. La mythanalyse embrasse bien sûr beaucoup plus que le numérique, mais le numérique s'offre à nous comme un champ d'analyse étonnamment significatif et démontre sans équivoque notre thèse: nous avons autant de mythes que les Grecs, le plus souvent les mêmes, car les mythes sont d'origine biologique autant que sociale, et nous ne le savons pas, parce qu'ils s'expriment autrement, moins selon des figures anthropomorphiques que dans les mythologies anciennes (des dieux et des déesses), mais davantage dans notre imaginaire technoscientifique, économique et écologique.

jeudi, février 16, 2012

Solitude et dépendance

Nous pouvons adopter le tweet/sec ou TPS - tweet par seconde - comme unité de l'intensité numérique. Ainsi nous observons l'augmentation rapide de cette intensité:
- 6939 TPS le 31 décembre 2010 à minuit au Japon pour la nouvelle année 2011
- 500 TPS le 2 mai 2011 lors de la capture de Bin Laden
- 7,064 TPS le 25 août 2011 lors de la démission de Steve Jobs
- 8,860 TPS le 28 août 2011 lors des MTV Video Music Awards
- 25,088 TPS le 9 décembre 2011 lors du Castle in the Sky airs au Japon.
- 9,420 TPS le 8 janvier 2012 lors d'un évènement sportif, le Denver Broncos quarterback
Tim Tebow’s 80-yard overtime touchdown
- 12,233 TPS le 5 février 2012 lors du Super Bowl

Le Japon accumule évidemment les records de TPS quotidiens.
D'une façon plus sensitive, nous avons distingué les petites sensations, le frémissement, le frisson et l'orgasme numérique dans la e-sensibilité.
Jusqu'à quels records irons-nous dans cette pulsion et cette dépendance au numérique? Soyons clairs: le numérique est un catalyseur, une drogue, mais l'intensité que nous mesurons en TPS, c'est en fait celle de la demande de lien social, d'affection avec le corps social, qui exprime positivement le manque symptomatique de solidarité et l'angoisse de la solitude qui étreignent les individus au sein de la masse sociale. Les TPS mesurent un manque, une frustration autant qu'un désir et une dépendance compensatoire.

mercredi, février 15, 2012

Les mythes ne sont pas des bêtises


On entend tous les jours dire que telle ou telle idée, tel ou tel fait est un mythe. Dans le langage courant, un mythe est une fausseté que beaucoup croient vraie par naïveté. Ce serait un mythe que l'alcool fait vivre vieux, que l'âme-soeur se rencontre sur l'internet, que la poudre de corne de rhinocéros est aphrodisiaque, etc. La télépathie est un mythe,etc. Nous entretenons ainsi beaucoup de mythes, que tout esprit rationaliste, c'est-à-dire moderne, s'empressera de démystifier. Et c'est vrai que les humains croient à beaucoup de faussetés. Mais cette confusion d'esprit nous aveugle lorsque nous ne voulons pas admettre que Dieu, le rationalisme, le progrès, l'Histoire, la vérité, la nature, la modernité sont eux des mythes fondateurs de notre civilisation occidentale, voire de notre prétendue lucidité. Il faudrait mettre une majuscule à tous ces mots, parce qu'ils désignent de fait des croyances, c'est-à-dire des récits fondateurs de notre vision de l'origine et de la finalité du monde. Et dans ce cas, il ne s'agit pas de bêtises! Ces mythes architecturent nos imaginaires sociaux, structurent nos valeurs, déterminent nos comportements. Ce sont des imaginaires, mais dont on ne pourra nier le sérieux, ni la réalité sociale.
C'est au nom de ces mythes que nous démystifions la bêtise de nos superstitions quotidiennes. C'est au nom de la modernité et de la lucidité (le mythe de la lumière) que nous nous moquons de ces bêtises d'usage courant.
Rien n'y fait: les hommes mettent confusément les mythes et les faussetés dans le même sac. Ils ne sont pas encore prêts à reconnaître l'importance et l'actualité de ces mythes fondateurs de nos civilisations et à cesser d'appeler mythes nos bêtises. Je constate tous les jours la difficulté, l'incapacité qu'ils ont à prendre conscience de l'importance de la mythanalyse. Sans doute justement parce qu'ils se croient modernes! Et qu'ils croient qu'ils ont Raison. Et lorsque je dénonce cet aveuglement, cet obscurantisme, c'est encore aux mythes de la lumière et de l'ombre que je fais référence pour justifier mon énervement. Nous voilà enfermés dans un cercle vicieux de l'esprit humain. Oui, les grands mythes sont eux-aussi des faussetés, mais de ceux-là nous ne pouvons pas nous passer, même pour dénoncer des stupidités. Tout notre langage et notre pensée sont métaphoriques. Ils véhiculent des images et des références mythiques inconscientes pour raisonner, interpréter et agir. Mais il y a de bons et de mauvais mythes, des mythes utiles et des mythes pervers, de grands mythes et des bêtises banales. Il ne faut quand même pas confondre Dieu et le chocolat.

lundi, février 13, 2012

Pleinement vôtre


Nous tendons à conquérir et à occuper le cyberespace au moins autant que l'espace réel. La nature a horreur du vide, Nous aussi. Le vide angoisse. Nous remplissons l'espace numérique de liens, d'images, de documents, de musique, de tout. Nous remplissons nos disques durs, pourtant de plus en plus immenses. Nous remplissons les fonds océanique de la toile sans répit. C'est devenu un vrai capharnaüm où les robots de nos moteurs de recherche circulent comme des hordes innombrables de harponneurs. Toujours plus plein. Et nous n'en sommes qu'aux premières années de cette cyberbulle qui gonfle cesse. Pourquoi? Avons nous tant de choses à dire, à trouver, à enmagasiner, à archiver, à consommer, à jeter? Faisant le plein de nos espaces, réels, imaginaires ou numériques, nous nous donnons une illusion plus grande d'exister. Le plein, c'est nous, notre projection; nous qui prenons plus d'espace et donc d'existence. Il y a dans ce mot d'existence la particule ex, qui renvoie à l'extérieur. Depuis que nous avons été expulsé de l’utérus maternel et mis au monde, nous avons grandi, grossi, accumulé, conquis. La multiplication cellulaire est le processus même de la vie. La famille grandit. L'espèce humaine aussi se gonfle de milliards d'individus. Et il nous faut marquer nos territoires pour assurer notre sécurité.
Diminuer de volume, rétrécir comme une peau de chagrin - l'expression le dit bien -, c'est une tristesse, une perte d'existence, le début d'une disparition. L'annonce de la mort et l'anxiété qui l'accompagne.
Etre, c'est prendre de l'espace. Exister, c'est prendre de l'espace à l'extérieur. De la hauteur, de la largeur, de la profondeur, de l'espace en trois et quatre dimensions. Les métaphores du langage autant que nos désirs et nos usages individuels et sociaux le rappellent sans cesse.L'espace c'est nous. L'imaginaire mythique de cette plénitude, de cet épanouissement, de ce développement, de cette croissance, de cet enrichissement, de cette grossesse, de cette conquête, de cette mondialisation est tout simplement biologique.

dimanche, février 12, 2012

mythanalyse du tweet


Allumer une cigarette et aspirer la fumée, c'est le symptôme d'une demande d'affection, d'un désir d'emplissement, de lien, de sécurité et d'apaisement, qui réactive le tétage du nouveau-né au sein maternel. Le désir de twitter, d'envoyer un court message aux autres, même lorsqu'on a rien à dire, à peine un prétexte, le plus souvent anecdotique, c'est un substitut au désir d'allumer une cigarette, qui lui aussi ne comporte pas de message, si ce n'est le désir de lien virtuel au sein maternel qu'on éprouve. La bouche demande un apaisement et emplit les poumons, comme le lait maternel emplissait l'estomac du nouveau-né, pour assurer son existence. La fumée est le corps virtuel de la société. Elle euphorise, comme le lien du tweet. Elle érotise, comme le tweet (désir d'amour).
La pulsion qui nous faisait allumer une cigarette s'exprime désormais par le tweet. L'envie nous en prend plus ou moins souvent, éventuellement de plus en plus en cas de dépendance.
L'avantage du tweet sur la cigarette, ce n'est pas seulement qu'il ne nous infligera pas un cancer des poumons, ce n'est pas seulement non plus qu'il coûte moins cher que les paquets de cigarettes, c'est surtout qu'il socialise beaucoup plus, du moins virtuellement, que la cigarette. Il ne se contente pas d'aspirer: il exprime. Il envoie un volute qui est un message à distance, adressé à nos abonnés, à nos amis sur twitter. Le tweet que nous exprimons sera virtuellement lu par quelques centaines ou milliers d'abonnés. Peu importe que personne ne prête beaucoup d'attention aux tweets des autres. En réalité, on twitte pour soi.
Le tweet répond à une pulsion numérique. Il relève d'une dépendance existentielle que nous avons développée vis-à-vis du corps virtuel de la société, du besoin d'y impulser une vibration individuelle. Il exprime le besoin d'exister, de se lier aux autres internautes pour qu'ils aient conscience de notre existence. Nous avons besoin de cette conscience extérieure qui reconnait et confirme la nôtre. Le tweet est un message qui semble réel, que d'autres liront. Le tweet, c'est la fumée de la cigarette qu'on allumait, quasiment tout aussi éphémère et volatile que la fumée, mais qui nous donne l'illusion de l'être beaucoup moins et de concrétiser réellement notre lien au corps social (maternel), d'appeler à un échange de messages avec les autres qui le prendront en compte.
Durkheim parlait du lien organique de l'individu au corps social comme d'une nécessité. Il lui opposait l'anomie des désordres sociaux et de la solitude propice au suicide. Nous investissons beaucoup dans ce lien à la société qui est l'extension du lien au corps maternel. Le mythe de l'unité, de la solidarité, des liens sociaux, des hyperliens numériques a un fondement biologique, celui de l'unité originelle du fœtus avec le corps maternel. Nous en gardons adultes la nostalgie, nous en éprouvons la nécessité vitale, symbolique, économique, culturelle. Nous devons assumer adultes la séparation, sa nécessité, mais nous en compensons le manque de toutes sortes de manières, individuelles et institutionnelles. Les religions et les Eglises en sont les modalités les plus répandues. De même, aujourd'hui, les médias sociaux tels que Facebook en tirent des milliards. La cigarette et le tweet en sont des variantes laïques gestuelles, quasiment rituelles.

samedi, février 11, 2012