tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

mercredi, juin 25, 2014

Le stade de la tortue sur le dos




Les mythes sont des drames, heureux ou malheureux, souvent tragiques, comme la vie des humains.Pandore, lorsqu'elle ouvre la boîte de tous les maux malgré les avertissements, ne nous condamne pas qu'au pire, car elle referme le couvercle à temps pour n'en pas laisser échapper l'espérance.
Lorsque le nouveau-né fabule en commençant à interpréter le monde qui est né à lui au moment de l'accouchement, il est réduit à l'impuissance, comme une tortue sur le dos, dépendant malgré tous ses efforts du bon vouloir de ceux qui l'entourent dans le carré familial. Réduit à gesticuler vainement, à crier, à hurler par moments pour se faire entendre et parvenir à ses fins, il est pris dans le drame, la crainte et l'espérance. Ce stade de la tortue sur le dos va durer plusieurs mois, entre sourire de séduction et cris de réclamation, animés par l'instinct de vie. Il lui faudra attendre longtemps pour acquérir un peu d'autonomie gestuelle et sortir de son impuissance passive. Il en tirera un désir de revanche et de puissance à la mesure de sa frustration et de son exaspération infantile, cet instinct de puissance que j'ai appelé Prométhée et attaché aux deux instincts freudiens, Éros et Thanatos.
Ce stade de la tortue sur le dos, exceptionnel dans le règne des mammifères, sera déterminant pour sa vie d'adulte. Il est partie constituante à l'origine des mythes.

Dramatisation mythique

                                 Anthropométrie d'un Titan, peinture électronique sur écran, 2014

La plupart des mythes, si non tous sont des récits dramatiques, qui éventuellement tournent même à la tragédie, lorsqu'ils nous annoncent, par exemple, la fin du monde, ou une malédiction fatale. Ainsi Orphée perd-il Eurydice, ainsi Adam et Ève sont-ils chassés du paradis. Ainsi va mourir Hector dans un combat avec Achille lors de la guerre de Troie. Mais Achille a aussi été averti qu'il mourra peu après avoir tué Hector. Ainsi Prométhée est-il condamné à la torture par Zeus furieux de s'être fait dérober le feu. De cette tonalité dramatique sombre et souvent fataliste, Gilbert Durand avait cru pouvoir déduire que les mythes sont des récits que les hommes inventent parce qu'ils se savent condamnés à mourir et en cherchent la raison. Mais il faut aussi souligner que beaucoup de mythes évoquent la création et le bonheur.
Dans le Bible, le Paradis terrestre est d'abord le mythe paradisiaque. Dans la mythologie grecque, Venus est le bonheur au féminin. L'amour est aussi célébrée par Psyché et Aphrodite. Et Éros est au rendez-vous. Sans compter Bacchus, les trois Grâces et la muse du poète. On compte sept divinités du bonheur dans la mythologie japonaise. En Chine, on célèbre les trois étoiles du bonheur, de la prospérité et de la longévité. Même l'époque moderne, qui naît en plein drame, celui de la Révolution française institue le mythe Progrès, qu'inscriront dans leur constitution les États-Unis et le Brésil.
Et le bonheur est devenu le mythe axial de la société occidentale actuelle de consommation, qui nous vend le bonheur sous toutes ses formes et élude la souffrance et la mort.