tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

mardi, septembre 23, 2014

Pensée conceptuelle et pensée artistique

L'agneau-loup, acrylique sur toile, 92 x 122 cm, 2013

Cette théorie mythanalytique que j'expose ainsi de blog en blog, je la construis conceptuellement, mais aussi avec ma démarche artistique. Mon expérience est celle du recours à la pensée artistique, un expression rarement employée et qui se présente même comme un oxymore, du fait de l'idéologie dominante qui lie art et irrationnel, mais qui correspond bien réellement  à la réalité du processus de création.
Les images que je peins m'obligent à questionner avec plus d'acuité les concepts pour lesquels j'opte. Mes décisions de peintre, la composition, les choix de couleurs, la touche picturale, les postures sont autant de décisions théoriques, qu'elles confirment ou requestionnent au fil de la recherche-peinture. Chaque jour, je fais l'expérience de la fécondité méthodologique de cette double démarche conceptuelle et artistique, et j'y découvre un plaisir, une motivation et une dynamique puissants, dans ma quête de lucidité.  Les problèmes picturaux auxquels je suis confronté sont aussi des problèmes théoriques et cette double approche m'aide à les résoudre - ou à les trancher.

lundi, septembre 22, 2014

Le bestiaire animalier de l'inconscient




L'agneau-loup, acrylique sur toile, 9 x 122 cm, 2013

J'ai choisi, pour désigner les stades successifs du développement de l'infans dans sa fabulation mythique, des métaphores animales spécifiques. Ce bestiaire mythique n'est pas sans signification, car nous recourons très souvent aux figures animales dans nos fabulations, celles des contes pour enfants, mais aussi celle des adultes. Nous sommes très attachés dans notre inconscient au règne animal, dont nous sommes une espèce parmi d'autres. Notre goût pour les animaux domestiques, chiens, chats, oiseaux, poissons - et j'en passe ! -, notre usage des animaux de travail, notre attirance pour la chasse, la pêche, les animaux de la ferme, les réserves naturelles, les safaris, les aquariums, les zoos, autant que nos contes et légendes, notre littérature, en particulier les fables, nos bandes dessinées et nos films d'animation, genre Walt Disney, en témoignent surabondamment. Certes, ce langage métaphorique que j'ai adopté correspond à des stades biologiques du développement de l'infans, du point de vue de l'observation courante et avec une part d'imagination personnelle que je reconnais d'autant plus volontiers, que j'en ai fait le choix méthodologique.  Mais il correspond aussi à la nature animale de ces fabulations mythiques, présente dans tous les mythes d'origine des diverses sociétés humaines. J'aurais pu évoquer d'autres métaphores animales, le serpent, le poisson, l'oiseau. Nous avons tendance nous-mêmes, en Occident, à valoriser par exemple l'ourson (en peluche), le petit canard, le petit cochon et nos animaux domestiques, chien et chat. Dans d'autres cultures, il en sera différemment.
Ce bestiaire animalier varie, mais aucune culture, donc aucun inconscient collectif  ne se passe de ces métaphores. Les récits sont multiples, empreints de magie, de fantastique, évoquent des merveilles ou des frayeurs (loups-garous, dragons, oiseaux de malheur), mais aussi des symboles (la colombe du Saint-Esprit ou de la paix, le coq gaulois, l'aigle impérial, l'écureuil ou la fourmi qui épargnent, le paon, etc.) L'astrologie a institué un bestiaire compliqué, comme aussi la civilisation chinoise, qui attribue chaque nouvelle année à un cycle de figures animales qui sont chaque fois célébrées.
Il est donc permis au mythanalyste d'inventer à son tour un bestiaire pour caractériser les phases successives du développement de l'inconscient et de la fabulation mythique. On peut y voir un jeu gratuit, une ironie, mais aussi une invention qui tente de rendre compte avec pertinence de l'évolution biologique, musculaire et psychique de l'infans.
Et dans la peinture qui accompagne ce texte, la figure de l'agneau-loup, comme je l'ai déjà mentionné dans un blogue précédent, évoque l'ambivalence des mythes et le confusionnisme dramatique de beaucoup de nos rêves, qui virent tantôt au désir, tantôt à la frayeur.

dimanche, septembre 21, 2014

Le "stade de l'ourson"

Le stade de l'ourson - mythanalyse, 幼熊阶段 - 神话分析,布面丙烯酸, acrylique sur toile, 122 x 92 cm, 2014

在"背上的乌龟"阶段之后是幼熊阶段,这时儿童能够坐着,通过爬行四下移动。面对这个他刚刚开始与之互动的外部世界,他意识到自己身体的自主性。他的各种虚构随着他的各种发现发展变化。(神话分析)
Après le stade de la tortue sur le dos, l'enfant va prendre conscience d'une certaine autonomie de son corps face au monde. Il va devenir capable de s'asseoir, puis d'acquérir une mobilité à quatre pattes. Commence alors ce que j'appelle le stade de l'ourson. La séparation de sa conscience de lui-même et de celle de "l'extérieur" va entraîner des changements majeurs dans sa fabulation du monde. Il fait l'expérience nouvelle d'un face à face et d'un pouvoir de manipulation avec ses jambes et ses bras-mains, alors qu'il était au stade précédent principalement dans un développement oral, usant de sa bouche pour connaître les objets qui s'approchaient de lui. Il acquiert la conscience de la profondeur de l'espace et de sa capacité à s'y déplacer, près du sol, certes, et cela change son angle de vue et ses sensations d'appréhension. Il découvre son pouvoir d'interactivité avec le monde dans une sorte de corps à corps musculaire. Il peut ramper vers sa mère, lancer ou aller chercher des objets, s'éloigner de sa position assise, dans toutes les directions. Son regard s'active autant que ses muscles. Il part à la découverte, fait des expériences, ludiques ou douloureuses, et veut en savoir plus sur ce nouveau monde qui se dresse face à lui comme un défi, mais aussi comme un magma désirable, où il va apprendre de plus en plus à faire des distinctions, à contourner ou à saisir. Il n'est plus victime passive, immobilisée, mais il devient un être pro-actif. Il exerce et renforce ses trois instincts, de plaisir, de pouvoir et de destruction: Eros, Prométhée et Thanatos. Ses aventures suscitent de nouvelles logiques, de nouveaux buts, de nouveau désirs, de nouvelles frayeurs, de nouveaux pouvoirs, donc de nouveaux récits: toute une nouvelle fabulation dans son interprétation du monde.

Ainsi, d'un stade à un autre, celui du chaos originel, celui de la tortue sur le dos, puis maintenant celui de l'ourson, assis ou rampant, les mythes fondateurs de son rapport au monde évoluent, se consolident ou s'effacent dans sa conscience, mais non pas dans sa mémoire inconsciente, où ils demeureront actifs. Et il crée surtout de nouveaux mythes correspondant à ce nouvel état.

Dans cette peinture, dont la reproduction accompagne ce texte, j'ai tenté de mettre en évidence l'expérience du face à face de l'infans et du monde, qui est à son échelle, encore confus ou chaotique, mais qui commence à se structurer au rythme de ses interactions.

mardi, septembre 16, 2014

Les inconscients collectifs, ce sont les cultures



La mythanalyse tente de découvrir et de déchiffrer l'inconscient collectif de chaque société et plus minutieusement de chaque groupe social, comme la psychanalyse tente d'élucider les paramètres de chaque biographie individuelle. L'une et l'autre ont des objectifs théoriques et thérapeutiques. On objecte souvent, que le mythanalyste ne peut allonger la société sur le divan pour l'écouter se raconter. Mais l'objection est nulle, car le mythanalyse a plus de matière à étude que le psychanalyste, et plus qu'il n'en peut analyser. C'est la culture de chaque société que le mythanalyste étudie. Toutes les cultures sont, dans leur diversités, l'expression même des inconscients collectifs de toutes les sociétés selon leur diversité. Bien sûr, il faut entendre le concept de culture au sens anthropologique, qui désigne non seulement la littérature, la musique, l'architecture, le cinéma, bref les grands arts, mais aussi les usages alimentaires, les modes de socialisation, les idéologies, les pratiques économiques et financières, l'éducation, la médecine, le temps social, etc.
Certaines oeuvres culturelles deviennent emblématiques et méritent notre grande attention, mais la vie quotidienne, ordinaire, les superstitions, les crises, les modes d'individualisation, de compétition, etc., toutes ces facettes multiples de chaque culture ont une signification identitaire distinctive incontournable. J'en ai moi-même fait l'expérience en décidant à l'âge de 40 ans d'émigrer d'un inconscient collectif dans un autre, en l'occurrence de France au Québec. Je voulais changer de scénario sociologique. Et cela m'a permis de mieux percevoir les traits distinctifs des cultures et des inconscients collectifs français en m'en séparant, mais aussi d'apprendre à découvrir ceux du Québec en m'y intégrant. Et la difficulté de l'expérience m'a démontré la puissance distinctive de chaque identité culturelle. Plus encore, en devenant québécois, j'ai pris la mesure de la différence considérable qui subsiste après plusieurs siècles entre la culture, l'identité et l'inconscient collectif québécois, d'une part, et celles du reste du Canada, d'autre part. Des différences si importantes, non seulement de langue, mais aussi d'idéologie, de valeurs, de sensibilité, de références mythiques, de projets collectifs, qu'elles semblent irréductibles et fondent durablement l'indépendantisme québécois.
L'inconscient collectif, c'est la culture. L'inconscient collectif qui est au coeur de chaque culture fonde et légitime sa différence identitaire, ses mythes et donc ses valeurs et sa sensibilité.
La mythanalyse s'impose comme une nouvelle science humaine incontournable. On s'étonne même qu'elle n'existe pas depuis toujours.

mercredi, septembre 10, 2014

Video: Collective Kick "Art Postal" Crowd Painting by Hervé Fischer (Deutsch)




Ich lade sie ein, an der Schaffung eines kollektiven Gemälde teilzunehmen. Das Thema dieses neuartigen Projektes wird unser gemeinsamer Engagement in die kulturelle Schöpfung sein. Jeder Mensch kann ein Künstler sein. Ich schlage ihnen vor, diese Malerei mit ihrem persönlichen Zeichen zu verwirklichen. Ich werde während der 30 nächsten Tagen ihr Mahler sein, und die Steigerung der Anzahl der Teilnehmer und Beiträgen in der Art der Anzeiger der Wirtschaft und Finanzspekulation darstellen.

Die Kultur kann wichtiger als die Wirtschaft  sein. Wir können es zusammen zeigen. Ich danke ihnen im voraus für ihrem Beitrag, und am Ende der 30 nächsten Tagen werden wir nicht nur ein außerordentliches Erlebnis geteilt, sondern auch ein emblematisches Kunstwerk gemeinsam geschaffen haben.


http://bit.ly/hervefischer

mardi, septembre 09, 2014

Symbolique de la nuit


La contrainte du sommeil nous apparaît souvent comme un désordre, une contrainte qui perturbe notre vie quotidienne, à laquelle on ne peut biologiquement se soustraire, mais qui constitue une sorte de dysfonction. On pourrait de même s'interroger sur le cycle des jours et des nuits, que nous expliquons maintenant par la rotation de la Terre sur elle-même  : un phénomène purement astrophysique, mais qui devait paraître jadis comme une étrange volonté des dieux. A croire que le dieu Soleil ait lui aussi besoin de se coucher et de dormir comme un simple mortel, et que la lune et les étoiles soient comme des oiseaux nocturnes.
De même, du sommeil, nous avons aujourd'hui toutes les explications biologiques requises. Il est un temps de récupération physiologique, de renforcement de notre système immunitaire, etc. La preuve: nous ne pouvons survivre sans sommeil. Mais il donne encore aujourd'hui lieu à toutes sortes d'interprétations irrationnelles. Le sommeil, comme la nuit, suscitent une ambiguïté d'interprétation qui est celle de beaucoup de mythes: en bien et en mal. Et comme la nuit, il détient communément une forte symbolique.
La nuit est identifiée à la peur, à l'insécurité, aux démons; mais les poètes romantiques l'ont aussi chantée et exaltée pour son pouvoir onirique. Et le ciel étoilé invite à une spiritualité empreinte de sérénité.  Le sommeil, de même, apaise et inquiète. Temps bien mérité de la relaxation, qui nous permet d'échapper pour un moment à toutes les angoisses quotidiennes et de retrouver le contact physique avec l'être aimé, il est aussi une petite mort qui nous livre sans défense aux dangers de la nuit et aux cauchemars. Ces interprétations ont certes un fondement physique et biologique, mais la symbolique de la nuit et du sommeil demeure puissante. Ils nous rappelle l'étrangeté de notre condition humaine. Ils sont chargés de mémoire et d'interprétation mythiques.
Cette symbolique qui nous ouvre la voie vers un autre monde irrationnel se présente comme l'opposé de l'action, de la compétition, du pragmatisme, du réalisme, de l'effort et du travail, de la démystification lucide, qui sont les attributs de l'état de veille. Cette symbolique est celle de l'autre face de la réalité et de la vie, le domaine de la pensée magique, du sentiment religieux, de l'ailleurs. comme si nous avions les pieds sur terre et la psyché dans un au-delà.
Voilà bien la condition binaire de l'homme, qui a un corps et imagine avoir aussi une âme, des bras pour agir et une antenne vers l'irrationalité. Pour les esprits les plus  matérialistes, serait-il pensable de réduire cet espace onirique aux seuls processus de la physiologie ? Certes, nous observons que les animaux aussi rêvent. Mais nous résistons, comme par instinct, à une telle question, qui nous semble trop réductrice. Et pourtant, à moins de verser dans la psychanalyse jungienne, qui valorise cet ailleurs de l'inconscient, comme une transcendance, il nous faut postuler que la psyché relève seulement de la biologie et de la sociologie. Formatée dans la matrice familiale, elle est l'objet d'étude de la mythanalyse, qui se veut une démarche démystificatrice matérialiste.
Pour autant, la mythanalyse ne nie en rien la force symbolique de la nuit et du sommeil. Bien au contraire, elle s'y intéresse vivement, comme à toutes les manifestations de notre activité fabulatoire. Le poète Hölderlin écrivait: «c'est poétiquement que l'homme habite», Il avait perçu cette évidence: la condition humaine est mythique. L'interprétation que nous concevons du monde et de nous-mêmes est mythique. La pensée aussi bien que l'imagination, les affirmations rationnelles aussi bien que nos dérives irrationnelles sont de nature mythique, chargées les une comme les autres de connotations symboliques qui renvoient à l'origine mythique de la formation de notre conscience.


dimanche, septembre 07, 2014

L'activation nocturne des mythes


L'agneau-loup, the lamm-wolf, el cordero-lobo, der Lamb-Wolf, acrylic on canvas, 91 x 122 cm, 2013

Lorsque l’enfant vient au monde, c’est en réalité le monde qui vient dramatiquement à lui, tel un chaos biologique qu’il interprète anxieusement dans ses premières fabulations. De là naissent les mythes qui vont formater durablement son psychisme et que raconteront les poètes (mythanalyse).

When a child is born, in reality for him the world is born, dramatically, as a biological chaos, those first anxious interpretations will sharply be imprinted in his unconscious memory and give origin to the myths, which poets will narrate (mythanalysis).

Wenn ein Kind geboren wird, erlebt es in Wirklichkeit die dramatische Geburt der Welt selbst, die ihm als ein biologisches Chaos erscheint, das es ängstlich versucht zu interpretieren. Aus diesen ersten Fabeln, die sich nachhaltig in seinem unbewussten Gedächtnis einprägen, entstehen die Mythen, die der Dichter uns erzählt (mythoanalysis).

Cuando nace un niño, nace en realidad dramáticamente en su consciencia el mundo mismo, como un caos biológico. Sus interpretaciones ansiosas se inscriben para siempre en su memoria inconsciente de donde nacen los mitos que nos cuenta el poeta (mitoanálisis).



samedi, septembre 06, 2014

Tout langage est métaphorique. Toute logique est familiale.


Le stade infantile de la tortue sur le dos, peinture électronique, 2014

Il faut prêter attention aux images que véhicule le langage courant. Le langage est constamment une construction métaphorique. C'est pourquoi la mythanalyse lui donne une si grande attention. Nous imaginons le monde. Toute rationalité est une construction métaphorique construite sur structure syntaxique issue d'une logique familiale.
Ainsi, lorsque je dis que l'enfant après la naissance poursuit son développement fœtal au "sein" de la "matrice" familiale, je dis en fait qu'il était encore inachevé au moment de sa naissance. Il va encore passer par le stade de la tortue sur le dos, puis de la conquête d'autonomie à quatre pattes avant d'être capable de se tenir debout. Tout autre mammifère - il est vrai, sur quatre pattes - est capable de se tenir debout dans les minutes qui vont suivre sa naissance et de trouver les mamelles auxquelles s'alimenter.
Cette dépendance prolongée est décisive dans la structuration de la psyché humaine, qui en gardera définitivement les images et la logique familiale.

vendredi, septembre 05, 2014

Le sommeil, comme régression fœtale (2)


Le talon d'Achille de Jung

Se coucher pour dormir incite la plupart d'entre nous à adopter une position quasi-fœtale du corps, susceptible de détendre le corps et de favoriser le sommeil: bras regroupés contre le haut de la poitrine et cuisses repliées vers le ventre. On peut aussi se coucher sur le ventre. Mais on garde rarement une position allongée sur le dos, comme si, on était debout-couché. Le corps répugne à la raideur et se courbe.
Se coucher, c'est aussi se blottir nu dans la tiédeur des draps qui nous protègent, qui nous recouvrent, y compris la tête, sauf à garder une libre respiration nasale, dans le silence et l'obscurité. On dort très difficilement dans le froid.
Nous ne saurions apporter ici de preuve scientifique, mais chacun reconnaîtra, en pensant à ses habitudes de sommeil, que ces postures du corps tendent à évoquer celle du fœtus dans sa vie utérine.
Ce retour quotidien lors du sommeil à une posture qui tend à rappeler l'apaisement de la vie fœtale ne saurait être sans signification pour la mythanalyse. Il est permis de formuler une hypothèse épistémologique importante. Ce sommeil qui évoque une régression fœtale régulière permet aussi une réactivation nocturne régulière d'une activité psychique fabulatoire donnant libre cours aux structures dramatiques qui se sont inscrites durablement dans notre inconscient lors des premiers temps de notre vie de fœtus puis d'infans. Nous l'avons déjà souligné: les exigences réalistes et rationnelles de la vie diurne perdant leur puissance dans le sommeil, la psyché fonctionne à vide, selon ses connexions originelles fortement imprimées dans notre psychisme (*). Ou plus exactement, la psyché - que nous appellerons tout aussi bien et plus modestement "la mémoire inconsciente" fonctionne en constituant des récits qui empruntent éventuellement aux faits marquants de notre vie diurne, mais de façon chaotique. Et elle formate ces narrations que constituent nos rêves et nos cauchemars selon une dramaturgie émotive, incarnant des désirs et des peurs, qui évoque celle même de nos premières fabulations mythiques, lorsque le monde et venu à nous et que nous avons anxieusement tenté d'en interpréter les perceptions physiologiques confuses. C'est ce chaos biologique originel qui trouve à nouveau à s'exprimer dans les récits obsessionnels ou loufoques de nos rêves et cauchemars.
Chaque nuit, ce sont donc nos premières fabulations mythiques, d'origine biologique, que le sommeil réactive dans notre inconscient. Et cette réactivation quotidienne de nos mythes originels durera toute notre vie, alimentant notre inconscient individuel et nos imaginaires collectifs dans lesquels ils trouvent aussi une seconde résonance qui renforce leur puissance inconsciente.
Cette hypothèse est fondamentale en mythanalyse, car elle explique de façon biologique et vraisemblable le mécanisme psychique individuel de perpétuation de nos mythes originels (non pas universels, mais ceux de la naissance du monde qui vient à la conscience de l'infans) dans notre inconscient individuels, et, par le biais de la création culturelle propre à chaque groupe social, des inconscients collectifs.
Le fait que c'est ce même processus biologique qui se retrouve chez tout être humain lorsqu'il est accouché, dans la matrice dramatique du carré familial, a donné lieu à l'illusion si répandue et affirmée notamment avec tant d'autorité par Jung et ses disciples, que nous étions face à des archétypes et à un inconscient collectif archaïque (remontant à la nuit des temps) qui serait universel. Ce qui n'était cependant jamais expliqué, c'est non seulement quand et comment se serait formé cet inconscient déclaré archaïque; ni pourquoi il demeure si puissant. En affirmant au contraire que cet inconscient n'est ni archaïque, ni universel, mais qu'il se constitue et se répète, avec des variations sociohistoriques et culturelles importantes, lors de chaque naissance humaine, nous formulons une hypothèse beaucoup plus modeste (sociobiologique), beaucoup plus claire et beaucoup plus pertinente.  C'est en ce sens que ce que nous appellerons ironiquement "le talon d'Achille" de Jung est fatal à sa théorie de l'inconscient collectif universel, quelle qu'ait pu en être, par ailleurs, la fascinante érudition, qui ne saurait tenir lieu de théorie.
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* J.ai déjà abordé cette question plusieurs fois, notamment dans mon blog La dynamique constructive des rêves: http://mythanalyse.blogspot.ca/2009/04/la-dynamique-constructive-des-reves.html
et dans mon blog Rêves et cauchemars.

lundi, septembre 01, 2014

Dieu est-il misanthrope?


Il aurait souvent de bonnes raisons. 
Mais, quant à moi, 
que Dieu me garde 
d'une telle tentation !