tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

mercredi, février 27, 2013

La conscience augmentée - débat



            Clavardage, 2013, peinture acrylique sur toile, 132x180cm

On m'oppose que le concept de «conscience augmentée» serait un concept imprécis, ne désignant qu'une simple perception. Or c'est un concept-image, aussi légitime que ceux de réalité augmentée ou d'intelligence connective, ou d'espace virtuel. La conscience augmentée est générée par l'augmentation des informations que nous recevons et notre appartenance à des réseaux sociaux planétaires. Elle augmente avec la quantité, la simultanéité, la diversité des hyperliens au carrefour desquels nous nous situons désormais. Il n'est plus possible d'ignorer ce qui se passe sur la planète de bien et de mal, l'écologie, l'économie, la culture, la politique. Nous ne sommes plus des silos, des monades sans porte ni fenêtre, comme disait Leibniz. Nous partageons la conscience de l'Humanité, comme l'écologie devient globale et dépend de modifications mondiales.

mardi, février 26, 2013

Icônes de notre temps

                                           Code-barre qui se fait ou se défait, 2010, peinture acrylique sur toile,

Il y a plus de codes-barres aujourd'hui en une seule seconde sur la planète qu'il n'y a eu de crucifix et autres croix religieuses depuis bientôt 2000 ans.
Nous avons changé d'image du monde, de valeurs et de mythes.

jeudi, février 21, 2013

Le mythomane


   Prométhée, le Diable et le mythomane, peinture acrylique sur toile, 2013, 130 x182cm

Pianoter pour évoquer la rencontre gréco-biblique de Prométhée agitant la boîte de Pandore et du Serpent ondulant pour présenter la pomme diabolique. Les deux mythes fondateurs et opposés de l'Occident. Nous voilà au coeur de cette peinture mythanalytique que j'entends explorer. J'y songe depuis le tournant des années 1980. J'avais déjà abordé le thème des liens entre art et mythanalyse en conclusion de mon livre L'Histoire de l'art est terminée (1981, Balland, Paris).

mardi, février 19, 2013

mythes actuels



Il y a plus de temples aujourd'hui - églises, synagogues, mosquées, etc. - qu'il n'y  en avait à l'époque des Grecs ou des Romains.

lundi, février 18, 2013

Conscience augmentée (2)

Quel que soit l’impact fulgurant de la nouvelle technoscience sur notre évolution récente, je dirai que notre avenir ne dépend plus tellement de nos futures innovations technologiques : nous sommes assurés qu’il y en aura beaucoup, des spectaculaires, quasiment magiques, qui changeront nos vie quotidiennes. Mais pour garder le contrôle sur notre avenir, face à une technologie instrumentale qui progresse exponentiellement et dépasse les capacités de notre conscience actuelle, ou de notre sagesse humaine, qui, elle, n’a guère progressé depuis le néolithique jusqu’à aujourd’hui, pour ne pas hâter le pas vers notre propre autodestruction, avec nos moyens technologiques inédits, il va être nécessaire, une fois de plus, de nous engager davantage dans cette grande divergence de l’éthique que j’ai déjà soulignée. C’est la plus difficile, certainement, de toutes les divergences que nous avons inventées. Mais le progrès de notre éthique planétaire sera fondamentalement beaucoup plus déterminant que celui de nos technologies. C’est d’elle que dépendra désormais principalement notre évolution, et même sans doute notre survie.
Le paradoxe, c'est que cette technologie numérique que nous avons inventée et que nous développons tous les jours selon un rythme effréné n'est plus une technologie comme les précédentes. Elle n’est basée que sur un code binaire trivial – 1/0, et pourtant elle implique aussi une révolution cérébrale, une mutation éthique de l'être humain, afin que nous soyons capables d'assumer raisonnablement notre nouveau pouvoir exorbitant sans nous détruire nous-mêmes et avec nous la planète. Cette technologie numérique exige une responsabilité numérique, celle de l'hyperhumanisme. Pour que l'anthropocène numérique ne soit pas la dernière période de notre évolution terrestre, il va falloir que notre cerveau se transforme. La technologie nous oblige à instaurer une éthique à proprement parler planétaire.
Serons-nous capables d’évoluer dans ce sens ? Par quelle mutation de notre cerveau reptilien y parviendrons-nous ? L’« intelligence connective » que développe le numérique au niveau planétaire y contribuera certainement : plus d’information, en temps réel, crée plus de conscience, plus d’exigence, plus de sens de nos responsabilités. Mais la dysfonction actuelle évidente entre notre cerveau et notre pouvoir instrumental de création et de destruction constitue le grand défi de l’Âge du numérique. Et il faudra que cette conscience grandissante ait le pouvoir de changer nos connections neuronales.  Il faudra que nos idées modifient notre propre physiologie humaine. Ce ne sera pas la première fois, certes, à en juger par la rapidité et la divergence de l’évolution de notre espèce en comparaison des autres. Et nous savons aujourd’hui que contrairement à ce que nous avons longtemps cru, les cellules neuronales continuent à se renouveler pendant toute notre vie. Nous avons découvert que le cerveau est étonnamment plastique, et que ses cellules sont beaucoup plus polyvalentes que ce qu’on affirmait. Elles peuvent s’adapter et prendre la relève des fonctions d’autres cellules détruites par un accident. Bref, le cerveau est capable d’évoluer rapidement. Déjà les neurologues admettent que la quantité de matière grise est influencée par des processus sociaux. En outre, selon un article de la revue Neuron publié en 2012, Ernst Fehr et des chercheurs de l’Université de Zürich ont démontré qu’il existe un lien statistique évident entre l’altruisme et l’anatomie du cerveau humain. Il s’agit d’une zone du cerveau située entre le lobe pariétal et le lobe temporal qui deviendrait très active au moment d’un geste altruiste et dont le volume serait plus important chez les sujets qui y sont enclins. Autrement dit, l’altruisme serait lié à une augmentation de l’intelligence, qui se traduirait anatomiquement par le volume de cette zone cérébrale spécifiquement liée à l’empathie. On voudrait que la bosse de l’empathie se répande plus chez l’être humain que la bosse des maths !


dimanche, février 17, 2013

La conscience augmentée (1)


Le numérique, comme Janus, a deux visages : celui de la puissance, mais aussi celui de la solidarité humaine Nous vivons de plus en plus sur une planète hyper. De même que nous parlons de «réalité augmentée» pour désigner les médias enrichis qui lient grâce aux réseaux numériques des images ou la captation de sites touristiques à des informations historiques, biographiques, scientifiques, etc., de même nous pouvons appeler «conscience augmentée» cette connaissance de plus en plus englobante et immédiate que nous donne l’information planétaire sur le web. C’est ainsi que nous nous engageons dans des campagnes en faveur des équilibres écologiques à respecter de l’autre côté de la planète tout autant que dans notre cour. Cette globalisation de la conscience, c’est aussi celle de l’économie et de la spéculation financière ; c’est celle du commerce international, de la santé publique, de la sécurité alimentaire,  de l’aventure scientifique et spatiale. Et la conscience que nous avons sans cesse, de tous les évènements qui bousculent les sociétés, de tous les scandales qui surgissent sans cesse sur notre globe terrestre, créent en nous une exigence éthique de dénoncer les criminels, de sanctionner, de légiférer, d’intervenir pour secourir les hommes qui souffrent de calamités naturelles, de désastres des guerres, de violences. Nous avons créé les agences des Nations Unies, une cour de justice internationale, nous oeuvrons pour la coopération Nord-Sud, Sud-Sud, des organisations humanitaires «sans frontières». Cette conscience augmentée, c’est celle des liens, celle de notre appartenance non plus seulement à une famille, à un groupe social, à une nation, mais de façon inclusive à l’humanité, à l’humanité entière, par-delà les diversités, les conflits, les déchirements, les violences. Nous allons redécouvrir de plus en plus l’importance fondamentale, fondatrice, des liens de solidarité, comme une morale qui prend pouvoir de contrepoison politique face à l’anonymat dangereux des masses, aux manipulations et aux fascismes qui peuvent en résulter, comme l’histoire récente et l’expérience quotidienne nous le démontrent. Nous allons redécouvrir le sens de la morale confucéenne, celle des liens sociaux, qui fait écho aux liens des idéogrammes. Nous prendrons ainsi conscience de la nécessité d’une éthique planétaire. Une éthique qui est la base de l’hyperhumanisme auquel nous aspirons et qui deviendra plus importante que la technoscience elle-même comme moteur d’évolution de notre espèce – et sans doute même pour sauver notre planète et notre espèce de l’autodestruction. Je n’ai pas de doute que la technoscience va poursuivre glorieusement son accélération, selon sa propre logique de compétition intellectuelle, commerciale et politique. Je n’ai donc pas d’inquiétude pour elle et il n’y a pas lieu de la défendre. Il n’en est pas de même de la morale planétaire, qui a tant de mal à s’imposer dans les esprits. Et si nous avons appris l’importance de contrôler démocratiquement et de contester les abus de pouvoir de ceux qui nous gouvernent, nous prenons aussi conscience de la nécessité de soutenir des institutions planétaires, notamment celles des Nations-Unies, qui peuvent nous permettre d’établir une meilleure gouvernance internationale. Nous appuierons de plus en plus vigoureusement les organismes humanitaires qui mettent en œuvre nos exigences de solidarité. Bref, nous militerons de plus en plus activement pour une éthique planétaire qui cible notre salut collectif par le respect des liens qui nous unissent chacun à chacun, par-delà les différences culturelles et identitaires. L’internet est un puissant outil de réseautage planétaire, d’éducation, et de développement. Il a permis aux organisations humanitaires d’augmenter spectaculairement leur capacité à promouvoir les droits de l’homme, à dénoncer les violences humaines, à sauver des vies face à la barbarie de certaines coutumes et gouvernements. L’internet joue un rôle stratégique en faveur de l’information internationale, qui est une condition essentielle d’un meilleur respect mutuel. Ce fut une vertu de Wikileaks de permettre la démystification des hypocrisies gouvernementales. En ce sens, le web n’est pas qu’un instrument, ni seulement une métaphore pour penser le monde. Il devient aussi un laboratoire populaire, partagé, d’informations, d’échanges, de solidarités, de conscience et d’innovation. La planète devient un hypertexte. Les technologies numériques resserrent nos liens mutuels, favorisent nos compréhensions réciproques. En évoquant une planète hyper, je dis hyper tout à la fois pour souligner l’augmentation de la conscience humaniste dont nous avons besoin et pour reconnaître l’importance des hyperliens comme structures mentales, psychiques, cognitives et sociales de notre espèce.
L’internet fait émerger de nouveaux comportements humains. Il favorise la diversité culturelle, les échanges interculturels, l’accès aux bibliothèques publiques et à la culture. Bien sûr, il y a aussi des usages humains criminels de l’internet. Mais globalement le numérique est un outil stratégique de progrès humain et de paix. Voilà une technologie binaire, qu’on pourrait qualifier de triviale, et qui constitue pourtant une divergence majeure en soi ; plus encore : constitutive de notre «conscience augmentée», que nous partageons comme membres de la même humanité, elle devient un outil de progrès humain et finalement d’hyperhumanisme. En ce sens, e-Confucius devient le symbole de notre e-planète, notre hyperplanète.