mythanalyse

tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

mardi, décembre 18, 2018

Ma vie


Toute ma vie professionnelle s'est construite autour de cette question, qui résumait mes quêtes antérieures, que j'ai formulée à l'âge de 30 ans exactement, en octobre 1971, sur un panneau de signalisation en tôle émaillée: 


ART - AVEZ-VOUS QUELQUE CHSE À DÉCLARER?

Ma question était à la fois sociologique et mythanalytique. Sociologique parce que ce panneau de "douane culturelle" renvoyait à des clivages sociologiques au moment où émergeait en force l'avant-gardisme élitiste que je critiquais. Mythanalytique, parce que le mythe de l'art était alors déjà pour moi le mythe le plus significatif de notre rapport au monde du point de vue de la création et de l'interprétation que nous en construisons. 
Depuis, j'ai travaillé à construire une théorie et une pratique de l'art sociologique qui sont devenues aussi une pratique mythanalytique, comme en témoignent mes innombrables performances sociologiques successives dans divers groupes sociaux, grâce aux quelles j'ai pu maîtriser ma névrose d'enfant et sur la base des quelles j'ai pu construire la théorie de la mythanalyse que je propose de plus en plus publiquement. 
Je n'avais pas en tête un projet aussi clair que le compte rendu que j'en formule aujourd'hui. J'étais plutôt confronté à mes incertitudes, ma solitude, mes angoisses existentielles et je progressais sans en avoir vraiment conscience. Je ne savais pas bien comment assumer cette double activité théorique et pratique, que ni le milieu artistique, ni le milieu intellectuel, encore moins universitaire, n'étaient disposés à reconnaître. C'était par moment  - à de nombreuses et longues reprises, décourageant; parfois un petit signal de reconnaissance me relançait dans mon activisme incessant. J'ai essayé dans les années 1980-90 d'en faire mon deuil, en vain. J'y ai finalement consacré ma vie. 
Mais avec le recul du temps, aujourd'hui, à 77 ans, 47 ans plus tard, je prends pleinement conscience de l'unité de cette démarche. L'art sociologique a été ma pratique artistique, mais aussi mon analyse mythanalytique. Et la théorie de la mythanalyse que j'ai ainsi construite, était donc inséparable de ma démarche artistique. L'une a été la base de l'autre et réciproquement. J'ai passé ma vie à répondre à ma question originelle sur l'art : ces quelques mots sur tôle émaillée!
Cette question inscrite sur ce panneau de signalisation routière a donc été la plus fondamentale, la plus importante, la plus persistante de ma vie. Elle embrassait toutes les autres. Elle exigeait réponse. Il est étonnant pour moi de découvrir si tardivement qu'elle résumait ma question existentielle individuelle, sociale, théorique et pratique. Elle a commandé toutes mes questions secondaires. Elle a commandé ma vie. 
Bien sûr, il est impensable que j'y réponde pleinement. Mais je sais qu'elle a constitué l'unité de ma vie, de ma démarche artistique et théorique, l'une appelant l'autre, nourrissant l'autre et réciproquement. Au moins, cela est-il aujourd'hui devenu clair pour moi.
Et j'ai même eu le bonheur d'y fonder mon exigence éthique dans l'utopie de l'hyperhumanisme et de l'éthique planétaire qui en résulte. J'ai donc le sentiment d'avoir complété l'édifice. Mon essai sur l'hyper humanisme est aujourd'hui écrit et attend une réponse d'éditeur. 
Reste à aboutir dans la rédaction de ma théorie de la mythanalyse. Ce travail commencé lui aussi dans les années 1970 est très avancé, mais il progresse encore chaque jour et je ne sais pas le temps qu'il me faudra encore pour le juger suffisamment abouti et le soumette à un éditeur. Cela fera sans doute alors quelque cinquante ans que j'y réfléchis et que je le rédige selon diverses séquences. Je veux juste espérer que je pourrai vivre encore suffisamment d'années pour le compléter.

dimanche, décembre 16, 2018

Mythanalyse et sexualité freudienne




Freud a considéré que le moteur de l'inconscient est la sexualité. Adler a préféré attribuer ce rôle central à l'agressivité, Jung aux archétypes et René Girard à la violence (encore que Girard ne se positionne autrement, pas tant en psychanalyste que d'une certaine manière en mythanalyste.
De Freud nous retenons aussi qu'il a distingué des stades dans le développement de la sexualité: le stade de la sexualité orale, puis le stade oral tardif, le stade sadique-anal, le stade du complexe d'Oedipe, la période de latence, la puberté auto-érotisante, etc.
La mythanalyse, telle que je l'ai développée, a retenu ces séquences de stades, que j'ai empruntés à Piaget, mais certainement aussi à Freud. Cependant, le moteur que j'ai mis en scène n'est aucun de ceux choisis par les analystes que j'évoquais précédemment. La mythanalyse ne repose pas sur le développement de la sexualité, ni des pulsions d'agressivité ou de violence, mais sur notre rapport fabulatoire au monde, qui évolue selon notre développement biologique.
Ce développement inclue évidemment des pulsions sexuelles, agressives, des stades d'impuissance, de latence, de rébellion, d'intégration au corps social, de violence, etc. Mais aucun de ces moteurs ne prend durablement le dessus, aucun n'a de pouvoir dominant ou exclusif.
Autrement dit, la mythanalyse n'exclue pas plus la sexualité, dont le rôle majeur est indéniable, que la rébellion du homard ou l'intégration du papillon au corps social, mais ne retient aucun facteur dominant.
Il serait cependant intéressant d'examiner de plus près le rôle de la sexualité dans les stades successifs que considère la mythanalyse. Je devrai donc y revenir.


jeudi, décembre 13, 2018








« En quête de mythanalyse », colloque international d'étude autour de la théorie mythanalytique qui a eu lieu le 23 octobre 2017 à l'Université Paris Descartes, c'est aussi le titre d'un numéro électronique et d'un volume de la collection des cahiers de la revue M@GM@, publiés sous la direction d'Hervé Fischer[1]. Dans le cadre de l'anniversaire des 15 ans de M@GM@ nous avons programmé une série de colloques et séminaires[2], dont les actes publiés dans ce numéro de la revue, et dans les numéros à venir, sont une manière de célébrer cet anniversaire reliant tous ces événements, les associés et les collaborateurs de la revue, les chercheurs universitaires et indépendants de différents pays et disciplines, autour d'un champ d'étude commun.

Le titre que nous avons adopté pour ce numéro de la revue M@GM@ publiant les actes du colloque international de Paris, « L'exigence d'actualité de la mythanalyse », est celui de l'article d'ouverture d'Hervé Fischer. Nous retrouvons dans cet article les motivations de fond qui ont présidé aux choix du thème du colloque, réfléchir sur l'exigence sociologique d'un engagement envers les valeurs humains et ses défis au sein de la société. J'ai une profonde estime pour Hervé Fischer, ayant intégré dans sa pensée et dans sa pratique une conception de la mythanalyse allant à l'encontre de cette exigence d'engagement. Et j'ai le sentiment que nous partageons tous, depuis cette rencontre générative d'échanges d'énergies créatives, à différents niveaux, la responsabilité de ne pas voir ou montrer la société telle qu'elle est, mais de s'engager à examiner l'actualité des valeurs favorables ou nuisibles à la vie et à l'existence humaine, pour concevoir la société telle que pourrait être.

Dans mon article je m'interroge sur l'exigence d'actualité de la mythanalyse à partir de mes activités de chercheur indépendant, formateur et consultant autobiographique[3], apportant un regard adogmatique sur la pratique contemporaine de l'écriture autobiographique, sur l'imaginaire dans l'écriture de soi, l'imaginaire de la mémoire collective et du patrimoine culturel immatériel, étudiés et pratiqués comme expression privilégiées pour comprendre les relations humaines et la société. L'art en train de se faire, l'art scripturaire en tant qu'écriture autobiographique contemporaine, c'est après tout la possibilité de pratiquer l'art d'aimer la vie, sollicités par l'exigence de se mettre en quête de soi et de sens, par le désir de fabuler notre présence et raconter le monde qui nous entoure.

L'écriture autobiographique au fil du temps et de l'espace
Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
(Charles Baudelaire, L'ennemi, Les Fleurs du mal)

Et les sirènes racontent... la traversée des mers et des océans

Écrire son autobiographie c'est s'enfanter soi-même. L'écriture est une mère bienveillante, de par sa fonction générative : en sortant de son ventre elle nous met au monde, et par le biais de son nouveau regard sur nous-mêmes, nous nous reconnaissons comme des êtres accouchés une deuxième fois dans le monde. Une nouvelle naissance sous le signe d'une métanoïa ponctuée par la recherche d'un temps subjectif, résistant au temps horizontal et objectif des événements de notre histoire de vie, et d'un temps impersonnel, une perte de soi moyennant un dépassement d’état d’esprit.

Renaître à soi et au monde par l'écriture en tant que corps autobiographique, sollicite une herméneutique du monde qui vient à nous, qu'il se donne à nous et il nous est donné. Le mystère de la naissance regagne soudain le temps que nous avons vécu et le temps que nous avons à vivre, étayant une mélancolie source de l’écriture par le sentiment d’incomplétude de soi et le désir de s'épanouir dans une nouvelle présence poétique avec soi-même, les autres et le monde.

L'imagination fabulatrice activée par le mystère du naître pour mourir, le temps dévore la vie comme le dieu Saturne dévore ses enfants venus au monde, et le désir de comprendre le monde tout en récréant son étrangeté, foisonne une multiplicité de télémachies contemporaines, des récits de soi en quête de narrations pour raconter le monde qui nous invitent à vivre. Les narrations mythiques ne sont plus focalisées sur un temps des origines, dans l'espace de l'écriture autobiographique engagent un temps du destin collectif, du devenir commun.

Nous n'assistons pas à l'engloutissement de la faculté de fabuler des femmes et des hommes, dans la prolifération de l'écriture des histoires de vie s'accomplit une pensée sensible, inoculant sensibilité à la pensée et sens au sensible, pour raconter l'expérience humaine quotidienne et le monde qui l'entoure. L'écriture autobiographique organise la mise en récit d'un temps personnel et un temps impersonnel, par rapport à un espace intérieur et un espace cosmique. L'élan à retrouver soi-même et le sens de la relation avec nous-mêmes, les autres et le monde, et la vocation de la fonction de l'imaginaire de relier les êtres et les mondes, anime une nouvelle sacralité du temps et de l'espace humain.

Ces fabulations humaines ne sont pas simplement, en dernier ressort, des représentation dressée contre le temps, et dans l’insubordination aux souffrances humaines nous pouvons y déceler une dissidence poétique sacrée, incontestablement contradictoire et inéluctablement désavouée, néanmoins porteuse d'espérances dans la narration d'un monde reliant les uns et les autres au sens d'un devenir enfanté par une infidélité nécessaire au vécu, dans l'espoir de raconter une  nouvelle présence de soi dans le monde.

Nous sommes de nombreuses petites îles capables de construire des ponts, de traverser les mers et les océans qui nous séparent, parfois on réussit à regarder avec les yeux d'une sirène au delà de nous-mêmes, et raconter avec ses mots un monde indépendant de valeurs nocives à notre devenir, héraut de valeurs bénéfiques à notre humanité.

Du floutage de la finitude du temps... au sein des espaces enveloppes

C'est quand le sens d'une vie, le sens du tout et de la vie, devient l'objet de notre pensée, que nous sommes placés dans une sorte de distanciation, condition indispensable pour soutenir un processus de compréhension en tant que séparation temporelle entre les processus mentaux et leur reconnaissance, entre la genèse de la pensée et le travail réflexif de l'esprit. À partir de la reconnaissance de cette distanciation nous pouvons voyager en dehors du flux de l'existence, et choisir de nous plonger dans un temps et un espace données ou radicalement nouveaux de notre histoire de vie.

La narration de soi n'est pas inéluctable soumise aux nécessités causales du temps, à sa finitude étayant l'incomplétude de la condition humaine, et c'est dans la spatialisation du temps qu'elle découvre la forme à priori de la créativité de l'esprit et de la connaissance du monde. L'expérience de l'espace est ainsi vécue comme une sorte d'enveloppe qui nous entoure, et nous accorde une conscience profonde de la discontinuité et du changement que nous éprouvons au fil du temps. Ces enveloppes ce sont ceux dans lesquels l'expérience de la vie a été faite à des moments différents.

Ce que la narration de soi raconte et représente, ce sont ainsi des morceaux épars de soi et des autres, des agissements différents réalisés dans des espaces différents, exhortant à générer un changement de conscience soutenu par le désir de se réunifier. Ce sentiment est soutenu par la création dans l'écriture de soi, fonction unificatrice de ces états de l'âme dont nous faisons l'expérience et qui nous caractérisent comme étant des êtres relationnels, en relation avec les autres et les choses du monde. Nous sommes des femmes et des hommes en relation avec tout ce qu'entourent nos enveloppes au sein desquels nous aimerions être atteints.

Le temps qui passe génère de l'oubli et la mémoire est sollicitée par cette présence à l'écart de notre conscience, sauvegardée dans des méandres dérobés, s'essayant à l'évoquer par la pensée sous forme d'images. Au fil du temps les enveloppes dans lesquelles s'inscrit notre parcours biographique vont produire aussi de l'engorgement dans la mémoire, évoqué par le contraste avec lequel notre vécu expérientiel prend forme, par ce que nous avons déjà vu, fait et souffert, et ce que nous n'avons pas encore vu, fait et souffert. Cette dynamique entre l'ici et ce qui n'est pas encore, entre ce que nous avons souffert et nous devons encore éprouver, entre un ici et un ailleurs, sape le flux chronologique de temps.

Des multiples temporalités en jeu... plonger dans un magma poétique

L'expérience de l'écriture autobiographique nous révèle des moments d'épiphanie façonnant un espace herméneutique, esquissant un parcours d'interprétation du sens pas encore exploré de notre histoire de vie. Chaque plongée dans une partie de notre histoire biographique nous permet de vivre l'expérience du temps d'une manière différente, d'accéder au bon moment avec le dieu Kaïros, cet espace propice qui permet à quelque chose de spécial de se produire.

Conciliant l'opposition entre un temps linéaire et irréversible, celui du dieu Chronos, et un temps éternel et cosmique, celui du dieu Aïon, nous allons découvrir une nouvelle dimension spatio-temporelle dans laquelle se produit un événement extraordinaire. Dans cette suspension intentionnelle de la conscience, quittant la conscience ordinaire de l'existence, s'étaye une possibilité créatrice et l’origine d’une intuition sans précédent, l’origine et le début d’un processus de réflexion sur soi de l’être humain.

Par ce tissage depuis l'extérieur du flux de la vie, de l'histoire d'une vie pénétrée par les autres et le monde, nous fabulons la co-émergence de soi et du monde dans l'intuition et la compréhension d'un chemin de vie, dans une nouvelle présence de soi à soi-même, aux autres et aux choses du monde.

Temporalités de la mémoire collective... un processus cyclique existentiel

Nous pouvons repenser et élaborer de manière critique l'expérience contemporaine de l'écriture autobiographique, sectionner ces mémoires collectives en successions temporelles et de sens, les structurer et classifier, mais l'expérience vive n'est pas rationnellement et scientifiquement régie par le principe de la continuité historique. Continuité historique et existentielle ne sont pas équivalentes. D'autre part, les souvenirs apportent avec eux la mémoire et l'oubli, la reconnaissance et la négation, et sont socialement reconstruit et recomposés de manière consciente, en les reliant aux besoins du présent pour garantir l’harmonie et l’identité existentielle.

Notre mémoire collective elle n'est pas, à la lumière de tout cela, le produit d'un processus cumulatif mais plutôt le produit d'un processus cyclique, en mutation permanente et constante, qui se déroule dans l'interaction entre les individus et la collectivité. Les sociétés occidentales étant engagées dans un processus dynamique d’élaboration de la richesse immatérielle et fragile du patrimoine culturel, reliant nécessairement les générations passées, présentes et futures, et il faut de ce fait repenser la valeur des écritures autobiographique contemporaines en tant que mémoire collective.

Tout en reconnaissant la valeur des vies et de l'humanité qu'elles représentent, ces mémoires collectives sont une hérédité significative, actuelle et vivante, nous racontant le monde qui nous entoure. Il est certain aussi que la séduction de l'autre comme forme de plaisir et la nécessité de bâtir une image personnelle attractive, nous surplombent et nous éloignent de l'opportunité de faire l'expérience d'une écoute sensible de soi et de l'autre par l'écriture autobiographique. La multiplicité d'écritures témoignent, toutefois, d'un travail de nature esthétique et éthique, balisant des dimensions hétérogènes, sociales et culturelles, interpersonnelles et intrapsychiques, et d'un effort considérable de raconter le monde et la vie par une nouvelle présence poétique souffrante de l'impermanence de l'existence se transformant sans cesse en joie de vivre.

Comment allons-nous raconter le monde aux générations futures? Ces mémoires collectives sont notre patrimoine culturel immatériel, un héritage mémoriel et symbolique que nous allons sauvegarder étayant un imaginaire soumis ou émancipé aux mythes, aux représentations et valeurs néfastes ou bienfaisant, sombres ou plein d'espoir pour les relations humaines. Nous sommes ainsi des sentinelles mythanalytiques, guettant un patrimoine culturel vital se constituant en tant que mémoire de toute une société, dépositaire de ses valeurs culturelles, pouvant enrayer les cauchemars de notre histoire.





[1] « En quête de mythanalyse » a été publié sous la direction d'Hervé Fischer en version électronique à accès libre (M@GM@ Revue Internationale en Sciences Humaines et Sociales, vol.12, n.3, septembre-décembre 2014, Lien Internet) et dans la collection Les Cahiers de M@GM@ (vol.8, Rome, Aracne Editrice, 2017, Lien Internet).
C'est le 23 octobre 2017 qui a eu lieu à Paris, à l'Université Paris Descartes, « En quête de mythanalyse », le Colloque international d'étude autour de la théorie mythanalytique, sous la direction d'Hervé Fischer et Orazio Maria Valastro, organisé par le Séminaire Franco Brésilien - Laboratoire d'éthique Médicale et Médecine Légale - Université Paris Descartes, M@GM@ Revue Internationale en Sciences Humaines et Sociales, et la Société Internationale de Mythanalyse - Montréal (Québec), en collaboration avec l'Institut Charles Cros - Création Formation Recherche - Paris.
[2] « Sociologie, mythe et imaginaire » Séminaire d'étude sous la direction de Luigi Caramiello et Orazio Maria Valastro, Département de Sciences Sociales, Université des Études de Naple Frédéric II, M@GM@ Revue Internationale en Sciences Humaines et Sociales, 17 novembre 2017.
« Mythanalyse de l'insularité » Colloque International en Sciences Humaines et Sociales sous la direction d'Orazio Maria Valastro et Hervé Fischer. Organisé par M@GM@ Revue internationale en sciences humaines et sociales, Société Internationale de Mythanalyse - Montréal (Québec), Thrinakìa - Prix international d’écritures autobiographiques, biographiques et poétiques dédiées à la Sicile, OdV Les étoiles en poche. Avec le parrainage de l’Université des Études de Catane. En collaboration avec le Département de Sciences Humanistes - Université des Études de Catane, l'Assessorat pour la Culture de la ville de Catane, les Bibliothèques Réunies Civique et A. Ursino Recupero, l'Institut Français de Palerme - Ambassade de France en Italie, l'Alliance Française de la ville de Catane, le Lycée Artistique d’État Emilio Greco. Département de Sciences Humanistes - Université des Études de Catane, 21-22 mai 2018.
[3] J'ai fondée en 2005 l'Organisation de Volontariat Les étoiles dans la poche (Le Stelle in Tasca, Catane, Lien Internet) et je dirige les Ateliers de l'imaginaire autobiographique, un projet d’animation sociale et culturelle conjuguant une pédagogie de la mémoire et de l’imaginaire, et une éthique de l’écoute sensible de soi et de l’autre. Depuis, j'accompagne chaque année des groupes de personnes à faire l'expérience de la narration et de l'écriture de soi, avec le soutient de volontaires autobiographes et la collaboration d'institutions publiques et éducatives. Plusieurs éditions annuelles d'ateliers expérientiels sont proposés (Laboratoire citoyen d'écritures autobiographiques, L'imaginaire dans l'écriture de soi, Chercheurs de mémoires), réalisant aussi des rencontres de lecture de textes autobiographiques (Nautilus, rencontre d'écoute et lecture de soi et de l'autre). En 2012 j'ai crée Thrinakìa, un prix international d'écritures autobiographiques, biographiques et poétiques dédiées à la Sicile. Le patrimoine culturel immatériel de l'OdV Les étoiles dans la poche, réuni aujourd'hui les écritures autobiographiques au sein de l'Archive de la mémoire et de l'imaginaire sicilien, et il est associé à l'EDAC - European Diary Archives and Collections - Lien Internet, le réseau européen d'archives d'écritures autobiographiques.

lundi, décembre 10, 2018

L'exigence d'actualité de la mythanalyse


Bonjour
Je suis heureux de vous annoncer la publication de notre numéro.
Le sommaire et les articles à lire à partir du lien suivant.
http://www.magma.analisiqualitativa.com/1602/index.fr.htm 

Salutations depuis la Sicile, Orazio Maria Valastro
--
Orazio Maria Valastro
Direttore Scientifico
M @ G M @ Rivista internazionale di scienze umane e sociali


jeudi, décembre 06, 2018

structure narrative du bestiaire mythanalytique




La structure narrative du bestiaire mythanalytique que j'ai développée à partir de mes observations, mettant en évidence dix stades du développement de nos facultés fabulatoires, en m'inspirant de la psychologie génétique de Piaget, peut s'accorder avec les analyses morphologiques du conte selon Vladimir Propp et surtout avec la structure narrative relevée par Tzvetan Todorov.

Cela donne le schéma suivant du cycle ou de la courbe de la vie selon le schéma quinaire exposé par Todorov:

phase 1: la situation initiale ou préparatoire:

              le stade fœtal
              équilibre, stabilité, unité biologique du fœtus avec sa mère dans la poche utérine

phase 2: élément perturbateur :
             le stade du chaos
             l'accouchement, rupture dramatique de l'équilibre initial, surgissement du chaos lorsque le
             monde naît à l'enfant. Douleur.
             le carré parental
             mise en scène des acteurs du drame : la nostalgie de la mère, le surgissement du monde,
             l'apparition du père et de l'autre (la société)

phase 3: l'action, les épreuves:
             le stade de la tortue sur le dos: impuissance biologique de l'in-fans qui est réduit à imaginer
             le stade de l'ourson: le nouveau né apprend à distinguer son corps et son je du monde
             extérieur
             le stade du pingouin: l'enfant se met debout et explore le monde extérieur. Il commence à                   en conceptualiser les éléments avec des mots
             le stade du homard: l'enfant affirme sa différence individuelle, se révolte contre le monde et
             veut le changer selon son imagination

phase 4: l'événement de résolution:
             le stade du papillon: l'adolescent  se déploie, devient narcissique et commence à butiner
             dans le monde. Il mue (sa voix aussi) et devient pubère
             le stade adulte: l'enfant prend son vol et rejoint le monde adulte où il prend progressivement
             sa place

phase 5: la résolution finale:
             le stade de la conscience augmentée:
             l'adulte en vieillissant mature, revient à la stabilité ou l'équilibre originel. Il prend de plus en
             plus en compte sa conscience augmentée, planétaire et impliquant l'éthique planétaire. Il
             prend conscience aussi après la dynamique linéaire des phases précédentes, du cycle de la vie
            qui va de la naissance à la mort et cultive une sérénité si possible joyeuse. Il sait que le cercle
            biologique de son voyage dans la vie va se refermer, ou, que la courbe de son énergie vitale
            redescend vers la mort.

Certes, comme sociologue, je n'attribuerai pas comme Todorov une portée universelle à ce schéma narratif, dont la structure est nécessairement liée à celle de la société occidentale. En outre, il est probablement facile d'ajuster une narration complexe à cette structure en en redécoupant diversement les étapes et modifiant les interprétations. Il n'y a dans mon insertion du schéma mythanalytique aucune certitude objective. Mais j'admets que la fiction fictionne bien.

De la morphologie du conte de Vladimir Propp, je retiendrai surtout mon recours à un bestiaire et à un héros. L'Homme dans les phases de sa vie peut être identifié à des animaux imaginaires successifs, qu'on pourrait identifier aux animaux des contes de fées, lutins, malins génies, dragons, sorcières, etc. de l'imaginaire du conte. J'ai choisi la tortue, l'ourson, le pingouin, le papillon, plutôt que le loup, l'oiseau ou le serpent. Autrement dit, nous pensons par références à des images d'esprits des animaux, nous fabulons des états animaliers, parce que le développement de nos facultés fabulatoires dépendent du développement de notre corps, de nos sens, de nos émotions et peurs seulement (stade de l'in-fans), puis en symbiose avec nos constructions conceptuelles à partir du stade du pingouin (qui commence à parler).
Pour le reste - le principal - de l'interprétation morphologique proposée par Propp, je vois moins comment y insérer le bestiaire mythanalytique, tant mon interprétation mythanalytique de la vie me semble éloignée du merveilleux du conte russe à multiples éléments et événements qu'il met en scène. Je n'exclue pas cependant d'y revenir après plus de réflexion. Peut-être cela tient-il à une spécificité de l'imaginaire slave par rapport à l'esprit français.

Le temps est un récit

Nous pourrions en rester à ce point. Mais il est insuffisant. Si nous observons que le récit du bestiaire mythanalytique s'inscrit - comme par chance - dans la structure narrative de Todorov, ne faut-il pas se demander d'ou vient cette constante structurelle. Et la réponse pourrait précisément être mythanalytique. C'est très possiblement l'universalité de cette gestation biologique de nos facultés fabulatoires que nous retrouvons dans tous les récits qu'a analysés Todorov et donc dans sa théorie. 
Et la question difficile qu'il nous faut alors nous poser est celle de cette universalité biologique. Dans quelle mesure est-elle relative? Dans quelle mesure l'interprétation de son récit est-elle soumise à la structure et à l'idéologie de la société où elle se constitue (l'autre, que nous prenons en compte dans le carré parental)? La sociologie nous impose de le postuler. Reste à mener une analyse comparative. Nous ne doutons pas que nous découvrirons une déclinaison sociologique du récit, et sans doute aussi un redécoupage des séquences qui se décline sociologiquement. 
Il faut en conclusion l'admettre, et même le souligner: la mythanalyse est une théorie occidentale, une fiction sociologiquement déclinée d'un même processus biologique, marquée par ma culture propre. Et ce n'est pas nous, immergé dans la culture occidentale, qui serai le mieux placé pour mener cette analyse du différentiel narratif entre l'Orient, l'Afrique et l'Occident dans toutes ses nuances. 



mardi, septembre 11, 2018

Le postulat romantique de Novalis




"De l'imagination productrice doivent être déduites toutes les facultés, toutes les activités du monde intérieur et du monde extérieur" écrivait le poète allemand Novalis, que nous devons donc considérer comme un fondateur de la mythanalyse.