tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel

mercredi, mars 25, 2015

Adam et Ève s'ennuyaient tellement...


Prométhée, le Diable et le mythomane, peinture acrylique sur toile, détail, 2013

lundi, mars 23, 2015

L'artiste est un chamane


L'art a pris la relève de la magie, puis de la religion dans nos sociétés athées. L'artiste est un créateur de cosmogonie et en devient l'intercesseur, celui qui ouvre un pont entre l'univers et l'homme, L'art est une seule voie à la métaphysique du monde où nous vivons. Il dessine ses structures, sa composition, ses hiérarchies, sa lumière, sa matière, et les émotions qu'elles génèrent. Quand la religion et la raison positive perdent leur crédibilité, c'est l'art qui écrit encore ses grands récits fabulatoires; lui seul et la science hasardeuse.
Je l'écrivais dans L'Avenir de l'art (vlb,2010): 
Au fur et à mesure qu’on enterrera les dieux, l’art remplacera la religion et deviendra laïc.
L’éthique se développera paradoxalement avec le progrès de la technologie.
L’éthique inspirera l’esthétique. 

samedi, mars 21, 2015

L'origine des mythes de l'air


Après les distorsions, pressions, doulours et anxiétés que subit le fœtus lors de son accouchement, la lumière vive et l'air se précipitent sur lui, l'assaillent sans merci. Le monde est d'abord lumière et souffle.
Ce souffle/monde qui force sa bouche et ses poumons, va envahir son corps, presser son ventre, ses entrailles. C'est dans un effroi total que le fœtus va donc commencer à respirer le monde, selon un rythme d'abord harcelant, omniprésent dans ses organes vitaux. Cet excès, cet engoufrement du monde qui force ses voies respiratoires ne pourra jamais être oublié. Il s'inscrit profondément dans la mémoire inconsciente de chaque homme, qui l'identifie à l'origine du monde.
Il ne faut pas s'étonner que ce traumatisme initial, originel, soit présent selon d'innombrables déclinaisons dans toutes les mythologies. Non pas que ce soit un «invariant» ou un «archétype», mais seulement en raison de son origine physiologique universelle. Ainsi, dans la mythologie égyptienne ancienne, c'est la lumière, Atoum, le dieu du soleil, qui engendre Chou, le dieu du souffle. Le premier verset de la Bible nous dit qu'à l'origine de la création «le souffle de Dieu planait à la surface des eaux». Et en hébreu le mot ruah signifiait à la fois le souffle et l'esprit de Dieu, son plus puissant attribut. Puis, toujours dans la Bible, «Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut» (Gn 1,3). Le souffle apparaît avant la lumière.
Le souffle, c'est la vie. Il en est le symbole et le signe essentiel. Il est le lien permanent entre le monde et le corps qu'il envahit à un rythme régulier. Il assure cet échange intime et pénétrant entre le corps de l'infans et le monde avec lequel sa conscience se confond encore.  Je respirerai le monde toute ma vie. Le monde me respirera toute ma vie. Lorsque ce lien cessera, ce sera la mort.
Il faut donc prendre conscience de cet échange originel, créateur et durable entre le corps de l'infans et le monde qui naît à lui en pénétrant ses entrailles de son souffle.

vendredi, mars 20, 2015

le nouveau monde organique: le corps confus



Lorsque le nouveau monde vient au fœtus accouché - on nous pourrions même dire lorsque le nouveau monde est accouché - l'indistinction est totale dans la conscience de l'infans entre ce monde qui naît et son propre corps. Ses yeux ne lui donnent au début qu'une vision confuse, sans profondeur de champ. Il est le monde naissant. Sa conscience n'est que de sensations et d'émotions qui s'inscrivent dans son cerveau. Ce monde n'est pas à portée de sa main, ni de sa bouche. Ce monde est main, est bouche. La rythmique de ce monde est celle de la respiration, de l'agitation musculaire, de la tétée. Elle est organique. Il n'a que des instincts, pas encore de concept qui lui permette de distinguer le soi animalier et le monde extérieur, de nommer les choses pour les distinguer, pour les séparer dans la confusion où elles se mêlent. Il ne peut pas encore même dire, comme Descartes «je pense, donc je suis». Il est infans. Moins il peut penser, plus il imagine. Moins il peut distinguer, moins il peut nommer, plus il fabule, en ce sens qu'il ne cultive pas consciemment une imagination, mais projette les émotions, les désirs et les peurs qu'il incarne sur ce magma confus dans lequel il est partie prenante, piégé, absorbé, dilué, mélangé indistinctement.
 Il est les fabulations de son corps/monde. Il fabule  ses sensations plus qu'il ne pense. Ce nouveau monde qui naît avec lui est organique. Il est la conscience de proximité intime, organique de ses sensations, qui ne s'élargiront au-delà de ses propres organes et de sa peau que progressivement, avec le temps. Cette immédiateté confuse rappelle ce qu'écrivait Condillac en imaginant une statue à laquelle il donnait d'abord l'odorat et qui déclarait: «je suis odeur de rose».(Traité des sensations, 1754). L'infans est d'abord la lumière qui le fait souffrir, l'air qui emplit ses poumons, l'odeur de sa mère,  du lait, le sein qu'il tète, autant que la crampe de son estomac, puis les premiers objets qu'il perçoit: ses mains, ses jambes, le visage de sa mère, de son père, un hochet rouge, etc., au fur et à mesure que sa conscience propre va s'éveiller.
C'est pendant cette première période du corps confus agrégeant celui de l'infans que les synapses de son cerveau s'organisent en réseaux originels qui vont structurer son activité fabulatoire pour longtemps, sinon pour toujours.

jeudi, mars 19, 2015

cosmogénèse et sociogénèse


L'interprétation du monde naissant par l'infans dans la matrice du carré parental est structureé par les imagos de la mère, du père, du monde nouveau et de l'autre. Elle constitue le fondement infantile de la cosmogénèse qui sera déclinée par les créateurs de la société adulte. Cette cosmogénèse variera en fonction de l'autre, ce pôle du carré parental à qui l'on doit la sociogénèse de cette première cosmogonie : l'influence déterminante de la société, de ses structures, de sa culture, de ses valeurs sur le carré parental et donc sur les fabulations mythiques de l'infans, qui seront précisées, recrées, déclinées, modifiées en forme de récits mythiques, de religions, d'images, de monuments, d'urbanisme, de films, de musique, etc. par les chamans, prêtres et créateurs de la société adulte dans laquelle cet enfant est né, 

mercredi, mars 18, 2015

C'est le monde qui naît à l'enfant et non l'inverse



La naissance du monde, qui est l'objet de tant de mythes, se répète diversement à la naissance de chaque humain. Cette expérience physiologique, dont nous faisons tous l'expérience intime et traumatisante est beaucoup plus déterminante de nos imaginaires que toutes les hypothèses de la science astrophysique. C'est dans cette naissance individuelle du monde qui vient à l'infans qu'il faut chercher l'origine biologique, infantile ds mythes de la naissance du monde.

mardi, mars 17, 2015

La naissance du monde et les organes fabulateurs de l'infans





Le nouveau-né au début de sa vie extra-utérine ne fait pas de distinction entre son corps et le nouveau monde qui naît à lui. C'est à travers son corps qu'il perçoit un magma confus, ce sont les ouverture les plus actives de son corps aux sensations de ce nouveau monde qui sont les organes d'interprétation de toutes ses perceptions. C'est d'abord par les yeux, les oreilles, la bouche qu'il commence à interpréter ce monde naissant. Ce sont ses premiers organes fabulateurs, animaliers, dont demeurera une tendance fondamentale persistance plus tard à fabuler le monde selon un mode anthropomorphique. D'autres organes y contribuent aussi, qui sont les plus sensiblement actifs pour lui: l'estomac, l'anus, la vessie. Freud a certainement eu raison de souligner l'importance du stade anal dans les relations entre le nouveau-né et les parents. Mais il ne faut pas sous-estimer pour autant l'importance tout aussi déterminante de la bouche, des yeux, de l'estomac. Ce sont des paramètres structurants des premières interprétations fabulatoires de la naissance du monde, qui comptent au nombre des «structures anthropologiques de l'imaginaire», si je reprends ici l'expression de Gilbert Durand.

samedi, mars 14, 2015

La dimension anthropoÏètique de la mythanalyse


Pierre Ouellet

Certes, dans le carré parental, l'autre (la société), ce que Pierre Ouellet appelle la dimension anthropoïètique de la fabulation mythique, qui détermine des variations évidentes de l'inconscient collectif selon les sociétés.  Il n'existe pas d'invariants dans les mythes. C'est là une fabulation qui relève du mythe de l'unité fusionnelle. Je m'oppose radicalement à Jung et à tant d'autres mythographes qui ont recherché inlassablement à nous imposer cette vision qui leur donnait l'impression de construire une science universelle de l'imaginaire. Certes, les imagos du père et de la mère sont présentes dans toutes les cultures, car elles sont biologiquement actives dans toutes les naissances humaines. Mais là encore, leurs interprétations varient tellement selon les sociétés, qu'elles ne sauraient constituer des «archétypes» invariants ou, comme ils disent, universels.

vendredi, mars 13, 2015

L’alchimie du market art


Tweet monnaie


A force de suivre la fièvre de l’art market, c’est donc aujourd’hui du « market art » qu’il faut parler, tant l’alchimie qui s’est imposée entre l’art et l’argent a transformé la fonction de l’art dans la société. Le temps est-il révolu de l’art qu’on admirait pour sa poésie, son esthétique, ses thèmes, son style ? Oui, ce qui nous fascine désormais dans l’art semble être plus que tout sa cote sur le marché international de l’art.
Faut-il le regretter ? Peut-être, mais c’est loin d’être sûr. Faut-il s’en indigner ? Oui, si l’on s’indigne des excès du capitalisme. Faut-il l’accepter comme un fait de société que l’on observe objectivement ? Oui, si l’on est sociologue. Oui et non si l’on est mythanalyste. Faut-il s’en réjouir ? Malgré les effets pervers, j’affirme que oui, si l’on croit à l’importance fondamentale de l’art dans les sociétés humaines. Rien ne peut davantage confirmer l’importance du mythe de l’art que cette valeur financière que nous lui reconnaissons aujourd’hui, dans notre monde actuel où l’argent a pris la relève de la religion et est devenu l’être suprême. La magie de l’art rivalise avec la sorcellerie des vieux chamans. Elle est même plus efficace. Et la légitimité que le capitalisme prétend obtenir avec la célébration de l’art vaut bien celle qu’y recherchait jadis les rois, les papes, les chefs de guerre. Elle est même beaucoup plus acceptable, beaucoup moins aliénatrice. Et mis à part la volatilité inévitable des cotes boursières de plusieurs de nos artistes actuels, on lui doit aussi la reconnaissance publique de l’immense valeur des œuvres d’artistes maudits, méprisés de leur vivant, morts dans la misère comme Van Gogh ou Gauguin. Lorsque c’est Jean-Michel Basquiat, le marginal d’origine haïtienne de New York mort dans la détresse à 30 ans qui est devenu dans les années 2010-2011 l’artiste le plus coté au monde, qui reprochera au market art de compenser la misère qu’a connu un artiste avant son « quinze secondes de gloire »..
Cette alchimie actuelle de l’art en argent et vice-versa vaut mieux que celle de jadis qui prétendait changer le plomb en or. Elle transforme le génie humain d’immenses créateurs que nous n’avions pas toujours su reconnaître de leur vivant en millions de dollars. Cette issue matérielle est-elle détestable, en comparaison de la gloire de Dieu et de puissants auquel on identifiait jadis l’art ? Disons que cette alchimie est beaucoup plus humaine, lucide – et équitable.
Que ce soient de grands capitalistes qui en profitent est finalement secondaire, voire anecdotique par rapport à cette célébration contemporaine du mythe de l’art. Que ces grands capitalistes s’en servent de placement et les mettent dans des coffre forts ou dans des ports francs, voire qu’ils s’en servent pour échapper au fisc ou pour le blanchiment d’argent demeure anecdotique en comparaison de cette reconnaissance incroyable de la valeur humaine de l’art. De toute façon, ils donneront finalement à des musées ces œuvres dans lesquelles ils ont investi tant d’argent, voire ils construiront des musées pour donner accès à tous à ces œuvres qu’ils ont eu le pouvoir d’acheter.

Que plusieurs mauvais artistes, mais plein de talent entrepreneurial s’inscrivent eux aussi au sommet de ce palmarès capitaliste demeure tout autant anecdotique. Ce sont les riches collectionneurs qui les ont achetés, ni vous, ni moi. Et la postérité saura faire ses choix. Quand nous reprochons aujourd’hui à de grands musées publics de dépenser l’argent des contribuables pour acheter des œuvres qui ne vaudront plus grand-chose dans un futur proche, nous oublions que ce genre d’erreur a toujours été monnaie courante par le passé. Les entrepôts de nos musées  ne regorgent-ils pas d’œuvres aujourd’hui jugées insignifiantes d’artistes très prisés et célébrés de leur vivant par les institutions et les collectionneurs ? Il faut ici faire la part inévitable des choses faute du recul que seul pourra donner le temps. L’Académie française ne fait pas mieux avec le choix de ses écrivains.

jeudi, mars 12, 2015

La mythanalyse se conjugue au futur antérieur



En publiant Mythanalyse du futur sur le Net en 2000 (www.hervefischer.net), je souhaitais insister sur la différence entre les recherches des mythographes qui interprètent les mythologies du passé et le choix délibéré que je me proposais d'étudier les mythes actuels. Christian Gatard a retenu la même option dans son livre intitulé Mythologies du futur (L'archipel, Paris, 2014). Selon moi, l’origine des mythes se trouve dans le futur antérieur, en ce sens que leurs récits se structureront et s’écriront à l’âge adulte à partir de l’expérience fabulatoire de l’infans dans le carré parental avec la mémoire des imagos et selon la syntaxe synaptique inscrite dans la mémoire inconsciente des fabulations fondatrices de l’infans. L'origine biologique infantile des structures de la fabulation mythique constitue le postulat déterminant d'une mythanalyse athée et matérialiste. C'est la différence radicale qui m'oppose à la théorie jungienne. 
Cette antériorité biologique, infantile de la fonction et des structures fabulatoires de l’homme, qui s’inscrit durablement dans son psychisme, dans ses réseaux synaptiques déterminera tous les récits mythiques à venir. 

mercredi, mars 11, 2015

L'art et l'argent


Tweet money 

L'art et l'argent constituent une configuration mythique aujourd'hui triomphante. L'art a toujours été lié au pouvoir, à sa légitimation ou, dans les moments de rébellion, à sa contestation. Les rois, les papes, les chefs de guerre, les marchands et aujourd'hui les  spéculateurs n'ont cessé d'utiliser l'art pour asseoir leur pouvoir. Le capitalisme a pris la relève des grands systèmes de pouvoir précédents. Il est devenu l'algorithme des relations sociales, leur structure même et leur mode opératoire. On peut le déplorer, mais ce système est moins détestable que ne le furent les pouvoirs sans limites des religions et des dictatures armées. 
Il est logique que les collectionneurs les plus puissants se construisent à eux-mêmes des musées pour y exposer leurs icônes, comme jadis les religions construisaient des temples à leurs dieux et appelaient les meilleurs artistes à les embellir. Certes l'art actuel de ces nouveaux musées privés qui se multiplient n'a plus la valeur pédagogique des vitraux et des peintures de jadis, qui illustraient le catéchisme pour le peuple analphabète. Compréhensible aux seuls initiés, l'art d'avant-garde apparaît au grand public comme un mystère qui renforce l'aura des grands prêtres du capitalisme. 
Rien de bien nouveau donc, en termes de mythanalyse des rapports entre l'art et le pouvoir. Il en a toujours été ainsi. Leur déclinaison actuelle, nous l'appelons le "market art", un art créé par des artistes experts en marketing, capables de concevoir des produits ajustés aux exigences du marché spéculatif de l'art. Le market art se renforce en s'appropriant aussi à coups de dizaines de millions des œuvres d'artistes antérieurs, jadis célèbres ou, mieux encore, misérables comme Gauguin ou Van Gogh mais dont le capitalisme triomphant reconnaît la valeur avec des records d'enchères. Jeff Koons achète des peintures anciennes avec les millions de la vente de ses inflatable rabbits and dogs (une judicieuse assurance  pour l'avenir de sa fortune personnelle).
Cette alchimie contemporaine qui permet allègrement de changer l'art en argent et vice-versa n'est-elle pas plus rationnelle et plus productive que l'ancienne alchimie qui s'entêtait à transmuter le plomb en or? 
Ceux qui s'en offusquent et qui dénoncent ce market art devraient plutôt se réjouir de voir aujourd'hui le capitalisme qu'ils déclarent honnir rendre un tel hommage à l'art qu'ils veulent eux aussi adorer? Dans tous les systèmes sociaux l'art a joué un rôle fondamental, à la mesure du puissant mythe de la création qu'il incarne. Le capitalisme lui aussi n'est-il pas devenu "créateur"? La Banque Fischer en atteste et bat monnaie en son nom. 

mardi, mars 10, 2015

Lancement du site www.mythanalyse.org


Le site de la Société internationale de mythanalyse a été mis en ligne. Vous trouvez donc désormais en haut de ce blog, à droite, un lien qui renvoie à la page d'accueil du site.
Bonne lecture. Et n'hésitez pas à nous contacter.