samedi, mars 21, 2015

L'origine des mythes de l'air


Après les distorsions, pressions, doulours et anxiétés que subit le fœtus lors de son accouchement, la lumière vive et l'air se précipitent sur lui, l'assaillent sans merci. Le monde est d'abord lumière et souffle.
Ce souffle/monde qui force sa bouche et ses poumons, va envahir son corps, presser son ventre, ses entrailles. C'est dans un effroi total que le fœtus va donc commencer à respirer le monde, selon un rythme d'abord harcelant, omniprésent dans ses organes vitaux. Cet excès, cet engoufrement du monde qui force ses voies respiratoires ne pourra jamais être oublié. Il s'inscrit profondément dans la mémoire inconsciente de chaque homme, qui l'identifie à l'origine du monde.
Il ne faut pas s'étonner que ce traumatisme initial, originel, soit présent selon d'innombrables déclinaisons dans toutes les mythologies. Non pas que ce soit un «invariant» ou un «archétype», mais seulement en raison de son origine physiologique universelle. Ainsi, dans la mythologie égyptienne ancienne, c'est la lumière, Atoum, le dieu du soleil, qui engendre Chou, le dieu du souffle. Le premier verset de la Bible nous dit qu'à l'origine de la création «le souffle de Dieu planait à la surface des eaux». Et en hébreu le mot ruah signifiait à la fois le souffle et l'esprit de Dieu, son plus puissant attribut. Puis, toujours dans la Bible, «Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut» (Gn 1,3). Le souffle apparaît avant la lumière.
Le souffle, c'est la vie. Il en est le symbole et le signe essentiel. Il est le lien permanent entre le monde et le corps qu'il envahit à un rythme régulier. Il assure cet échange intime et pénétrant entre le corps de l'infans et le monde avec lequel sa conscience se confond encore.  Je respirerai le monde toute ma vie. Le monde me respirera toute ma vie. Lorsque ce lien cessera, ce sera la mort.
Il faut donc prendre conscience de cet échange originel, créateur et durable entre le corps de l'infans et le monde qui naît à lui en pénétrant ses entrailles de son souffle.

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