tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

samedi, novembre 02, 2019

Mythocritique ou mythanalyse des textes africains ? Enjeux, théorie, parcours et perspectives (Maroua, Cameroun)


jeudi, octobre 31, 2019

mardi, août 06, 2019

Le prix Chimère d'argent remis à Orazio Maria Valastro


Prix international Chimère d'Argent au sociologue Orazio Maria Valastro
Aux Ateliers de l'imaginaire autobiographique, le projet d'animation sociale et culturelle crée et dirigé par le sociologue Orazio Maria Valastro, a été remis le prestigieux prix international Chimère d'Argent 2019.
L'Académie d'Art Étrusque, en collaboration avec la présidence du conseil municipal de la ville de Catane, a décerné les prix de la dix-neuvième édition le 12 juillet dans la salle du Conseil du Palais des Éléphants.
Après les salutations de Salvo Pogliese, maire de Catane, Giuseppe Castiglione, président du conseil municipal, et Carmen Arena, présidente de l'Académie d'Arts Étrusque, ont été remis les renommés prix. Giuseppe Adernò, doyen et journaliste, a introduit la remise des prix. Marraine de l'événement Barbara Mirabella, assesseur à l'éducation et à l'égalité des chances de la municipalité de Catane. Anastasia Di Stefano a dirigé la cérémonie sous la coordination technique d'Anna Maria Mio.
Parmi les lauréats dans la section associations le sociologue Orazio Maria Valastro, président de l’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche », pour avoir conjugué engagement civil et bénévole en donnant vie aux Ateliers de l’imaginaire autobiographique qui tendent à évoquer la mémoire et l’imaginaire sicilien tout en valorisant le patrimoine culturel immatériel.
Un extrait de l'intervention du sociologue Orazio Maria Valastro lors de la remise du prix : « Ce prix, et votre attention, nous encouragent à poursuivre nos activités pour concrétiser le rêve et les valeurs à l'origine de notre engagement. La chimère, symbole de force et de créativité, est cette figure mythique qui rend possible la rencontre des contraires, et je redécouvre ici la valeur d’un chemin pédagogique, comparée aux contrastes qui nous divisent, dans la possibilité de créer des espaces de rencontre entretenant la capacité de faire preuve de compréhension et relation. De plus, l'argent, symbole alchimique de sagesse intérieure et conscience, étaye l'image de l'alchimiste des mots, car c'est à travers les mots justes qu'il est possible d’élaborer une pensée sensible qui donne un sens à l'expérience vive des femmes et des hommes, pour l'accueillir et reconnaître les valeurs bénéfiques pour les relations humaines et notre humanité ».
L’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche »
Fondée en 2005 par le Sociologue Orazio Maria Valastro, inscrite au registre général des organisations de volontariat de la région sicilienne dans la section socioculturelle-éducative.
Le partage d'une pédagogie de la mémoire et de l'imaginaire, et d'une éthique de l'écoute sensible de soi et de l'autre, constituent les valeurs fondatrices de l’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche ». Les Ateliers de l'imaginaire autobiographique sont structurés en différentes activités éducatives complémentaires : les éditions annuelles des ateliers d'écriture autobiographique et biographique ; les rencontres thématiques de lectures autobiographiques consacrées à l'écoute sensible de soi et des autres ; conférences, séminaires d'études et formation.
Thrinakìa, le prix international d'écritures autobiographiques, biographiques et poétiques, dédiées à la Sicile, désormais à sa cinquième édition, présente cinq sections. 1) Autobiographies : le récit d'une vie vécue en Sicile. 2) Récits autobiographiques : le récit d'une expérience de vie significative vécue en Sicile. 3) Journaux de voyage : la narration d'une expérience de voyage en Sicile. 4) Biographies : le récit de l'histoire de vie d'une personne ayant vécu en Sicile. 5) Poésies : une composition en vers ayant pour titre «L'Île», dédiée à Thrinakìa.
Enfin, à partir des activités de l’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche » sont nées les Archives de la mémoire et de l’imaginaire sicilien, ayant pour vocation devenir des archives vivantes, le cœur d'un patrimoine culturel immatériel associé au réseau européen de collections d’archives et de journaux intimes EDAC - European Diary Archives and Collection.
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Premio internazionale Chimera d’Argento al Sociologo Orazio Maria Valastro
Gli Ateliers dell’immaginario autobiografico, il progetto di animazione sociale e culturale creato e diretto dal sociologo Orazio Maria Valastro, hanno ricevuto il prestigioso riconoscimento del Premio Internazionale Chimera d’Argento 2019.
L’Accademia d’Arte Etrusca, in collaborazione con la Presidenza del Consiglio Comunale della Città di Catania, ha assegnato i riconoscimenti della XIX edizione del premio venerdì 12 luglio, presso l’Aula Consiliare del Palazzo degli Elefanti in Piazza Duomo.
Dopo i saluti del dott. Salvo Pogliese, Sindaco di Catania, del dott. Giuseppe Castiglione, Presidente del Consiglio Comunale, e di Carmen Arena, Presidente dell’Accademia d’Arte Etrusca, sono stati assegnati i prestigiosi riconoscimenti. Ha introdotto la premiazione il prof. Giuseppe Adernò, preside e giornalista. Madrina della manifestazione la dott.ssa Barbara Mirabella, Assessore alla Pubblica Istruzione e alle Pari Opportunità del Comune di Catania. La cerimonia è stata condotta dalla dott.ssa Anastasia Di Stefano, con il coordinamento tecnico della dott.ssa Anna Maria Mio.
Tra i premiati il sociologo Orazio Maria Valastro, presidente dell’OdV Le Stelle in Tasca, nella sezione associazioni, per aver coniugato impegno civile e volontariato dando vita agli Ateliers dell’immaginario autobiografico che tendono al recupero della memoria e dell’immaginario siciliano, valorizzando il patrimonio culturale immateriale.
«Questo premio e la vostra attenzione ci incoraggiano a proseguire le nostre attività per rendere concreti il sogno e i valori che sono all'origine del nostro impegno. La chimera simbolo di forza e creatività, è quella figura mitica che rende possibile l’incontro degli opposti, e qui ritrovo la valenza di un percorso pedagogico che rispetto alla contrapposizione che divide e ci divide, possa invece creare degli spazi d’incontro che alimentino la capacità di dimostrare comprensione e relazione. L’argento, inoltre, simbolo alchemico della saggezza interiore e della consapevolezza, enfatizza l’immagine dell’alchimista della parola, perché è attraverso le parole giuste che è possibile elaborare un pensiero sensibile che dia senso all’esperienza viva delle donne e degli uomini, per accoglierla e riconoscere quei valori che sono benefici alle relazioni umane e alla nostra stessa umanità» (Orazio Maria Valastro).
L'Organizzazione di Volontariato Le Stelle in Tasca
L’OdV Le Stelle in Tasca è stata fondata nel 2005 ed è iscritta nel Registro generale OdV della Regione Siciliana nella sezione socio culturale educativa.
La condivisione di una pedagogia della memoria e dell’immaginario, e un’etica dell’ascolto sensibile di sé e dell’altro, costituiscono i valori fondativi dell’OdV Le Stelle in Tasca. Gli Ateliers dell’immaginario autobiografico sono strutturati in differenti attività educative complementari: le edizioni annuali dei laboratori di scrittura autobiografica e biografica; gli incontri tematici di letture autobiografiche dedicate all’ascolto sensibile di sé e dell’altro; convegni, seminari di studio e formazione.
Thrinakìa, il nostro premio internazionale di scritture autobiografiche, biografiche e poetiche dedicate alla Sicilia, giunto alla quinta edizione, è articolato in cinque sezioni: 1) Autobiografie – la narrazione della propria vita trascorsa in Sicilia; 2) Racconti autobiografici – il racconto di un’esperienza significativa di vita vissuta in Sicilia; 3) Diari di viaggio – la narrazione di un’esperienza di viaggio in Sicilia; 4) Biografie – il racconto della storia di vita di una persona vissuta in Sicilia; 5) Poesie – un componimento in versi dal titolo “L’Isola”, dedicato a Thrinakìa.
Dalle attività dell’OdV Le Stelle in Tasca è infine nato l’Archivio della memoria e dell’immaginario siciliano, con la vocazione di diventare un archivio vivente, cuore pulsante del nostro patrimonio culturale immateriale, associato alla rete europea di archivi e collezioni di diari EDAC – European Diary Archives and Collection.

"intelligence collective augmentée"


lundi, août 05, 2019

L'importance des explorations mytyhanalytiques d'Orazio Maria Valastro

Qui est Orazio Maria Valastro ?



Sociologue, chercheur indépendant, formateur et consultant en autobiographie, spécialisé dans l'imaginaire de l'écriture autobiographique, il est né à Catane en 1962, où il réside actuellement, après avoir vécu en France pendant plusieurs années. Il a étudié la sociologie en France, a obtenu son diplôme de maîtrise à la Sorbonne, à l'Université Paris Descartes, et son doctorat de recherche à l'Université Paul Valéry. Il s'est perfectionné en Théorie et analyse qualitative dans la recherche sociale, à l’Université La Sapienza de Rome. Il a fondé et dirige en qualité de directeur scientifique M@GM@ Revue internationale en Sciences Humaines et Sociales, et les Cahiers de M@GM@ édités par Aracne de Rome. Dirige les Ateliers de l'Imaginaire Autobiographique de l'Organisation de Volontariat Les Étoiles dans la poche, et il a crée Thrinakìa, le prix international d'écritures autobiographiques, biographiques et poétiques, dédiées à la Sicile. Affilié à la Société Internationale de Mythanalyse (Montréal, Québec-Canada), ses recherches portent principalement sur la pratique contemporaine de l'écriture autobiographique, sur l'imaginaire dans l'écriture de soi, et l'imaginaire de la mémoire collective et des patrimoines culturels immatériels, étudiés comme expression privilégiée pour comprendre les relations humaines et la société.
Vous pouvez le joindre à: presidente@analisiqualitativa.com


Orazio Maria Valastro vient de publier les Actes du colloque Mythanalyse de l'insularité qu'il avait organisé en mai, 2018 à Catane, Sicile: 

Le sommaire et les articles sont en ligne dans la version électronique de la revue au lien suivant.

Je lui adresse mes félicitations et sincères remerciements.

dimanche, juillet 28, 2019

Hygiène de la philosophie










https://artphilosophique.blogspot.com/2019/07/pour-une-table-rase-philosophique.html

mercredi, juillet 17, 2019

Pour une table rase philosophique


Il est difficile de prétendre ignorer l'histoire et les grands textes de la philosophie pour s'y engager à son tour comme sur un terrain à défricher. Je n'aurais pas cette naïveté. Mais j'ai fait aussi l'expérience assidue de centaines de lectures considérées comme majeures parmi lesquelles tout nouveau philosophe se trouve inéluctablement appelé à choisir les fondements de sa propre voie. La pression est si grande qu'elle semble naturelle. Et de fait, chacun se constitue un panier de quelques idées fondamentales, marxistes, structuralistes, phénoménologiques ou autres, comme des pierres qu'il mêle au mur de base de sa propre construction, s'il y prétend. 
J'ai moi-même ainsi retenu des lectures choisies de Confucius, Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche, Sartre dont le granit m'a semblé consistant. 
Mais force est aussi de constater que ce patchwork philosophique avec lequel on s'arrange pour concevoir une tourelle, un couloir, un étage, quelques salles où se sentir en bon accord, ne permettent pas d'échapper au malaise philosophique. Ce sont des arrangements dont on se réclame, non sans un certain plaisir de lucidité, mais en gardant pleinement conscience du non aboutissement de l'élan de liberté de penser qui nous habite. Tous ces charabias subtils, ces jeux de langage érudits, dans lesquels se perdre comme dans des sables mouvants, qui ont souvent constitué les systèmes sophistiqués de pièges de ces grands philosophes, ont certes généré de savantes thèses, des vocations et des carrières universitaires. Ils ont été aussi des enjeux de pouvoir institutionnels et éditoriaux, auxquels les esprits libres ont rarement eu la force de résister. Je me suis senti bien seul à Normale Sup pour rejeter les terrorismes d'Althusser, Derrida, Lacan, le pouvoir des structuralistes et des linguistes qui m'auraient les uns comme les autres castré. Et cela m'a valu d'être mis à la porte de cette grande institution, dont Jean Giraudoux écrivit un jour: "Si l'École Normale Supérieure est une des rares écoles de l'État dont les élèves soient en civil, elle passe cependant pour leur donner un uniforme à vie, qui est l'esprit normalien."*
Claude Monet rêvait de pouvoir fermer les yeux sur le réel,  pour les réouvrir innocemment, dans un état premier, libéré de toute habitude visuelle et pression culturelle, et ainsi retrouver une vision originelle de la nature.
Je n'éprouve pas d'autre désir que lui du point de vue philosophique. Toute idée de réunir à ma manière les idées connues auxquelles j'adhère le moins mal,  pour ajouter mes propres éléments de maçonnerie, me semble médiocre, comme un pis-aller, sans conviction profonde. 
Et de même que j'ai ressenti au début des années 1970 la nécessité d'une "hygiène de l'art"  qui s'est traduite par "la déchirure des oeuvres d'art" pour instaurer ma propre liberté de pensée et de création, de même, aujourd'hui, j'éprouve la nécessité de refonder ma liberté philosophique, libre des idées qui mont précédé, pour penser notre rapport au monde sur de nouvelles bases, qui me semblent n'avoir jamais été considérées avec détermination par mes prédécesseurs. 
Repoussant toute approche idéaliste, matérialiste, structuraliste ou autre, je choisis mes pierres de fondation, que j'appelle mes postulats d'évidence personnelle:

Tout ce qui est réel est fabulatrice. Tout ce qui est fabulatoire est réel.
Le monde n'est pas une représentation, mais une fabulation.
La gestation de cette fabulation est biologique.
Je ne peux cependant nier la réalité du monde dans lequel je suis immergé: la souffrance et l'éthique planétaire m'obligent à en constater la dure réalité et à m'y engager, non pas comme un rêveur, mais comme un homme d'action. 

Je ne dis pas que je ne retrouve pas sur mon chemin des idées de Confucius, de Spinoza, de Schopenhauer, de Nietzsche, qui m'ont séduit par le passé, mais ce sont des rencontres transversales qui me rassurent. Je ne marche pas dans leurs pas. Eux-mêmes n'ont-ils pas été des philosophes conscients de leur lucidité? 
Comment oser philosopher sans cette liberté, aussi naïve puisse-t-elle être, aussi illusoire que le voeu de Monet, ou que ma déclaration d'hygiène de l'art de 1971, mais qui me permit d'avancer dans ma propre création?
C'est bien ainsi que j'ai été capable de prétendre peu à peu, depuis 50 ans maintenant, avec trop de timidité intellectuelle face à l'indifférence ou au rejet des institutions universitaires et éditoriales, je me le reproche aujourd'hui, que la mythanalyse serait mon chemin, aussi naïf qu'il ait pu paraître aux autres et évident à moi-même.
Le temps est donc venu, avec l'âge, de parachever cet édifice lentement construit et d'en charpenter la toiture. Après la publication de L'Âge de l'humanisme, qui va en exposer la morale planétaire - son engagement le plus important - je dois donc m'y consacrer le plus obstinément, c'est à dire avec mon énergie la plus résolue.

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* Jean Giraudoux, Oeuvres littéraires diverses, Grasset, 1958, p.537.

Pour une table rase philosophique

Il est difficile de prétendre ignorer l'histoire et les grands textes de la philosophie pour s'y engager à son tour comme sur un terrain à défricher. Je n'aurais pas cette naïveté. Mais j'ai fait aussi l'expérience assidue de centaines de lectures considérées comme majeures parmi lesquelles tout nouveau philosophe se trouve inéluctablement appelé à choisir les fondements de sa propre voie. La pression est si grande qu'elle semble naturelle. Et de fait, chacun se constitue un panier de quelques idées fondamentales, marxistes, structuralistes, phénoménologiques ou autres, comme des pierres qu'il mêle au mur de base de sa propre construction, s'il y prétend. 
J'ai moi-même ainsi retenu des lectures choisies de Confucius, Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche, Sartre dont le granit m'a semblé consistant. 
Mais force est aussi de constater que ce patchwork philosophique avec lequel on s'arrange pour concevoir une tourelle, un couloir, un étage, quelques salles où se sentir en bon accord, ne permettent pas d'échapper au malaise philosophique. Ce sont des arrangements dont on se réclame, non sans un certain plaisir de lucidité, mais en gardant pleinement conscience du non aboutissement de l'élan de liberté de penser qui nous habite. Tous ces charabias subtils, ces jeux de langage érudits, dans lesquels se perdre comme dans des sables mouvants, qui ont souvent constitué les systèmes sophistiqués de pièges de ces grands philosophes, ont certes généré de savantes thèses, des vocations et des carrières universitaires. Ils ont été aussi des enjeux de pouvoir institutionnels et éditoriaux, auxquels les esprits libres ont rarement eu la force de résister. Je me suis senti bien seul à Normale Sup pour rejeter les terrorismes d'Althusser, Derrida, Lacan, le pouvoir des structuralistes et des linguistes qui m'auraient les uns comme les autres castré. Et cela m'a valu d'être mis à la porte de cette grande institution, dont Jean Giraudoux écrivit un jour: "Si l'École Normale Supérieure est une des rares écoles de l'État dont les élèves soient en civil, elle passe cependant pour leur donner un uniforme à vie, qui est l'esprit normalien."*
Claude Monet rêvait de pouvoir fermer les yeux sur le réel,  pour les réouvrir innocemment, dans un état premier, libéré de toute habitude visuelle et pression culturelle, et ainsi retrouver une vision originelle de la nature.
Je n'éprouve pas d'autre désir que lui du point de vue philosophique. Toute idée de réunir à ma manière les idées connues auxquelles j'adhère le moins mal,  pour ajouter mes propres éléments de maçonnerie, me semble médiocre, comme un pis-aller, sans conviction profonde. 
Et de même que j'ai ressenti au début des années 1970 la nécessité d'une "hygiène de l'art"  qui s'est traduite par "la déchirure des oeuvres d'art" pour instaurer ma propre liberté de pensée et de création, de même, aujourd'hui, j'éprouve la nécessité de refonder ma liberté philosophique, libre des idées qui mont précédé, pour penser notre rapport au monde sur de nouvelles bases, qui me semblent n'avoir jamais été considérées avec détermination par mes prédécesseurs. 
Repoussant toute approche idéaliste, matérialiste, structuraliste ou autre, je choisis mes pierres de fondation, que j'appelle mes postulats d'évidence personnelle:

Tout ce qui est réel est fabulatrice. Tout ce qui est fabulatoire est réel.
Le monde n'est pas une représentation, mais une fabulation.
La gestation de cette fabulation est biologique.
Je ne peux cependant nier la réalité du monde dans lequel je suis immergé: la souffrance et l'éthique planétaire m'obligent à en constater la dure réalité et à m'y engager, non pas comme un rêveur, mais comme un homme d'action. 

Je ne dis pas que je ne retrouve pas sur mon chemin des idées de Confucius, de Spinoza, de Schopenhauer, de Nietzsche, qui m'ont séduit par le passé, mais ce sont des rencontres transversales qui me rassurent. Je ne marche pas dans leurs pas. Eux-mêmes n'ont-ils pas été des philosophes conscients de leur lucidité? 
Comment oser philosopher sans cette liberté, aussi naïve puisse-t-elle être, aussi illusoire que le voeu de Monet, ou que ma déclaration d'hygiène de l'art de 1971, mais qui me permit d'avancer dans ma propre création?
C'est bien ainsi que j'ai été capable de prétendre peu à peu, depuis 50 ans maintenant, avec trop de timidité intellectuelle face à l'indifférence ou au rejet des institutions universitaires et éditoriales, je me le reproche aujourd'hui, que la mythanalyse serait mon chemin, aussi naïf qu'il ait pu paraître aux autres et évident à moi-même.
Le temps est donc venu, avec l'âge, de parachever cet édifice lentement construit et d'en charpenter la toiture. Après la publication de L'Âge de l'humanisme, qui va en exposer la morale planétaire - son engagement le plus important - je dois donc m'y consacrer le plus obstinément, c'est à dire avec mon énergie la plus résolue.

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* Jean Giraudoux, Oeuvres littéraires diverses, Grasset, 1958, p.537.

mardi, juin 04, 2019

Le langage est fabulatoire - diversité des langues et des cultures



Même si les dictionnaires de langues étrangères nous rendent la vie plus facile, force est d'admettre que les mêmes mots dans les différentes langues, même s'il désignent les mêmes objets, les mêmes jours de la semaine, les mêmes animaux, ne renvoient pas aux mêmes idées, aux mêmes actions, aux mêmes imaginaires. D'ailleurs, ce ne sont pas les mêmes mots. Leur prononciation varie grandement d'une culture à une autre, leur étymologie fait image diversement. Et cela est vrai non seulement pour la diversité des langues et des cultures, mais aussi, comme la phénoménologie le montre, pour la diversité des individus. 
Pourquoi? Parce que notre rapport au monde est toujours imaginaire, ou, comme j'aime le dire en mythanalyse, fabulatoire. Le langage parle de nous autant que du monde que nous disons extérieur, et qui ne l'est pas vraiment. 

lundi, juin 03, 2019

Et pourquoi pas la pensée post-planétaire, tant qu'à oser conceptualiser!

La pensée post-planétaire






Tandis que la préhistoire hante de plus en plus notre culture actuelle,* on nous parle aussi beaucoup ces temps-ci de trans- et de posthumanisme, de post-histoire, de post-rationalisme, de post-vérité, de post-démocratie... et en effet la science-fiction nous accoutume à cet environnement cinématographique. Nous envoyons des sondes spatiales vers les autres planètes du système solaire,  nous préparons très concrètement des expéditions sur Mars. Nous découvrons des exo-planètes. Alors pourquoi pas voir émerger aussi une pensée post-planétaire. Et pourquoi pas, tant qu'à faire, une pensée exo-planétaire. 
Mais, ce qui nous fait encore le plus défaut, c'est manifestement de penser ce que deviendra la planète Terre lorsque nous serons tous devenus (au moins les riches nantis) des transhumains et des post humains. Quelle sera la relation que développeront ces anthropoïdes d'un nouveau genre avec la vieille nature naturelle, avec les animaux, les végétaux de notre planète, puis avec les minéraux des autres planètes sans vie. 
Sur Terre, sans doute, à supposer que notre planète survive aux entreprises humaines, n'y-aura-t-il alors plus d'oiseaux, ni de fleurs pour poser des questions métaphysiques aux cyborgs. Le problème sera réglé. D'autant plus qu'il n'y aura plus de pensée humaine. Seulement l'intelligence artificielle, qui saura résoudre toutes ces questions hypothétiques et créer des décors agréables aux circuits électroniques et aux humains quantiques que nous serons devenus. 
Quant aux humanoïdes qui auront migré sur Mars et autres planètes plus attirantes que la Terre, ils auront assurément fort à faire pour ne pas tomber en panne et n'auront de pensée post-planétaire que strictement technologique. 
La Terre est peut-être une vallée de larmes obsolète, mais la pensée post-planétaire risque fort d'être tout simplement cauchemado-pragmatique. Bel avenir post-planétaire en perspective, qui mériterait une pensée philosophique aigüe. La "pensée post-planétaire": un beau titre de livre aux éditions Vrin, librairie philosophie, Paris, qui auront alors déménagé leur siège social de La place de la Sorbonne au Square postsolaire de la Silicon Valley. 


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* Voir l'exposition "Préhistoire: une énigme moderne" au Centre Pompidou, mai-septembre 32019.

vendredi, mai 10, 2019

"L'intelligence collective" n'existe pas.





Les gourous du numérique  vantent à satiété "l'intelligence collective", comme si nous nous branchions sur un nuage intelligent, une sorte d'atmosphère entourant la Terre où s'hybrideraient nos réseaux neuronaux et les réseaux numériques. Ils sont nombreux, ces hyper-intelligents à décliner cette bêtise.   
Je ne doute pas que la bêtise collective existe. Cependant, au-delà de cette formule ordinaire, quand on parle d’intelligences, le propos est plus ambitieux et exigeant. Le mieux serait d’écrire au pluriel : intelligences partagées ou intelligences connectées.

mardi, mai 07, 2019

Stanislas Dehaene: la plasticité du cerveau

Stanislas Dehaene, Apprendre, éd. Odile Jacob, 2018.

Stanislas Dehaene étudie ce qu'il appelle "l'encodage" du cerveau.
"Lorsque l'apprentissage se prolonge, l'anatomie même du cerveau finit par s'altérer." (p.1444)
- La plasticité du cerveau diminue avec l'âge et "c'est parce que nos circuits se figent que nous gardons toute notre vie une trace synaptique inconsciente de certains apprentissages précoces." (p.164). 
Il parle négativement d'altérations des circuits synaptiques, alors que ce qui est en jeu, c'est la gestation normale, que ce soit celle des circuits qui s'adaptent en fonction de la vie quotidienne (ce qu'il appelle l'apprentissage du "cerveau statistique") ou  des expériences "sensibles", bonnes ou traumatisantes. Mieux dit: c'est la gestation des circuits synaptiques fabulatoires du nouveau-né, alors qu'il ne peut qu'imaginer sans concept son propre corps et le monde dans lequel il est immergé, en fonction de ses sensations et émotions.