mardi, octobre 14, 2014

Les mythes entre confusionnisme théorique et bêtisier populaire


La mythanalyse est encore confrontée tant au bêtisier populaire qui traite de mythe tout ce qui est faux et un confusionnisme théorique sidérant de la part de beaucoup d'intellectuels et écrivains académiques. On peut certes le déplorer. Mais j'y vois plutôt un domaine de réflexion vivant et significatif de ce qui circule dans les imaginaires sociaux.
Les façons de parler populaires ne devraient pas nous étonner. Le rationalisme ordinaire se prétend moderne et se moque donc de la naïveté infantile des mythologies anciennes. En outre, le rationalisme moderne nie évidemment, contre toute évidence, qu'il puisse exister aujourd'hui encore en Occident des mythes actuels qui surplomberaient nos imaginaires collectifs. Pour lui, le temps des mythes est terminé; celui de la science est commencé. Ces esprits démystifiés ne sauraient imaginer que nous soyons aujourd'hui sous l'influence d'autant de mythes, sans le savoir, que l'étaient les Égyptiens, les Grecs ou les Germains anciens. Or c'est bien cela qu'observe la mythanalyse!
Quand aux spécialistes, en général des historiens érudits des mythologies anciennes, aucun d'entre eux n'a jamais proposé aucune théorie articulée de l'origine des mythes. Pour eux, les mythes remontent à des temps obscurs, pour lesquels nous n'avons plus de documents, ou flottent dans les airs comme des archétypes ahistoriques et universels, ou ils nous viennent d'une peur  fort répandue de la mort. Nous les avons inventés jadis pour nous expliquer l'origine et la destinée du monde, parce que nous nous interrogions confusément sur ces questions sans avoir de réponse. Mais, au-delà de citer Hésiode ou Homère, aucun de ces spécialistes ne tente d'expliquer pourquoi ces poètes les ont formulés ainsi, sauf à invoquer de vieilles traditions orales. Et certes l'érudition de ces mythologues ou mythographes, souvent admirable, tient lieu de science, permet des typologies, établit des liens, des ensembles, des filiations, des diversités entre plusieurs versions, voire croit pouvoir y déceler des structures linguistiques ou anthropologiques. Mais cela s'arrête là. L'origine ancienne des mythologies leur cache l'actualité de l'origine des mythes, qui est biologique et non pas historique; toujours renouvelée dans l'actualité et non pas un trésor hérité d'un lointain passé.  C'est là précisément que situe la différence selon laquelle se constitue la théorie de la mythanalyse. En tout temps les hommes ont développé une pensée magique fondée sur les mythes en autorité dans leurs sociétés. Aujourd'hui comme hier. La modernité elle-même est un mythe.

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