mercredi, novembre 12, 2014

Le divan, le chevalet et la mythanalyse.


Le plaisir, acrylique sur toile, 91 x 152 cm, 2014

Dans les années 1970, la mode était de soumettre les œuvres d'artistes et d'écrivains à des psychanalyses qui expliqueraient l'essentiel de chaque création. On donnait l'exemple du surréalisme, on citait «Un souvenir d'enfance» de Léonard de Vinci, avec lequel Freud fit école. Sublimation, légère narcose, traumatisme infantile: un appareillage de concepts théoriques se constituait. Georg Groddeck avec «La maladie, l'art et le symbole», Sarah Kofman avec «L'enfance de l'art», parmi tant d'autres psychanalystes, ont approfondi la recherche. Ainsi, «L'enfance aux cygnes» de Paul Valéry devait nous révéler le nec plus ultra de l'inconscient poétique de l'auteur.
Comment douter que chaque créateur ait une biographie, un inconscient, voire des souvenirs traumatisants, une quête d'absolu symptomatique (Balzac), et que cela ait pu les influencer, voire les conduire à un cheminement de créateur ! Mais la psychanalyse ne réduira pas le génie à un symptôme, à une pathologie de l'inconscient. J'irai plutôt en chercher le processus du côté de la divergence mentale dont le créateur est capable et y voir non pas un symptôme mais une puissance psychique et intellectuelle hors du commun. 
Ce tableau, «Le plaisir», révélera-t-il la cruauté de son auteur en quête de plaisir, ses pulsions d'ogre jouisseur? Et cela rendra-t-il compte du tableau, de son propos et de son esthétique? Faut-il que le peintre s'allonge sur le divan et qu'un psychanalyste réussisse à le faire parler de son enfance désespérante ou transgressive ? A-t-il été battu, abusé ? A-t-il été pervers? Les malheurs de l'enfance de Niki de Saint-Phalle, violée par son père à l'âge de onze ans, explicités au début de l'exposition qui lui est actuellement consacrée au Grand Palais à Paris, ont évidemment contribué à déterminer son féminisme et plusieurs de ses œuvres. Mais toutes les petites filles et tous les petits garçons abusés ne deviennent pas des génies. La raison et l'aboutissement de l'oeuvre sont ailleurs, dans la volonté et la capacité de divergence de l'artiste. 
La psychanalyse de l'art est certes intéressante et pénétrante au niveau individuel de l'artiste, mais la reconnaissance sociale de l'oeuvre, qui fait que nous admirons Léonard de Vinci, Valéry ou Niki de Saint-Phalle, est à chercher du côté de sa résonance avec l'inconscient collectif, qui lui, n'a pas de biographie individuelle et ne relève pas de la psychanalyse, mais de la mythanalyse. Ces œuvres réactivent, animent des mythes anciens, en créent de nouveaux qui font vibrer notre psyché dans la mesure où nous sommes individuellement partie prenante de l'inconscient collectif.

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