tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

lundi, novembre 17, 2014

Le stade chaotique



Le stade chaotique, acrylique sur toile, 92 x 61 cm, 2014


 Après avoir évoqué les stades successifs de l’origine des mythes, revenons à la naissance du monde lorsqu’il vient à l’enfant lors de l’accouchement. Le fœtus quitte alors l'utérus maternel dans un arrachement douloureux qui évoque l'expulsion du paradis terrestre. C'est le début de ce que j'appelle le stade chaotique : le monde assaille le fœtus dans une lumière aveuglante et le soumettent à des sensations confuses et redoutables qui semblent menacer sa vie. Il interprète inévitablement ces anxiétés intenses selon des fabulations émotives de frayeur qui demeureront inscrites dans sa mémoire originelle. C’est aussi ce qu’évoquent la plupart des mythes de la naissance du monde. 

samedi, novembre 15, 2014

The chaotic stage of mythical fabulation


The chaotic stage, acrylic on canvas, 92 x 61 cm, 2014


After having presented the successive stages of the origin of myths, let’s come back to the birth of the world which comes to the foetus who is expelled from the mother’s uterus. He experiences a painful stripping and distortion which evocate the expulsion of the garden of heaven. I call it the chaotic stage. A new world assaults the foetus in a blinding light into a stream of confuse and fearful experiences, which he inevitably interprets with intense fabulations of fear definitively recorded in his unconscious memory. Most of the myths mention this chaotic stage of the birth of the world. 

vendredi, novembre 14, 2014

Le stade foetal


Le stade fœtal, acrylique sur toile, 91 x 91 cm, 2014


Après avoir évoqué tous les stades successifs de création fabulatoire de l’interprétation du monde depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte, il convient de revenir aux deux plus importants, ceux qui initient ce processus de création mythique  entre ordre et désordre, bonheur et malheur: le stade fœtal, puis le stade chaotique.

Du stade fœtal nous ne pouvons qu’imaginer la psyché. Nous l’interprétons comme un état larvaire de quiétude, dans la chaleur sécuritaire de l’utérus maternel. C’est un stade important de première structuration psychique et synaptique de l’enfant à naître. Il se peut que cette période de développement physiologique soit beaucoup plus dramatique, voire douloureuse pour le fœtus, et qu’il en subsiste une mémoire inconsciente moins euphorique qu’on ne se plait à l’imaginer, voire des traumatismes profonds et durables dans la relation biologique et psychique partagée avec la mère génitrice. Plusieurs cas d’analyse psychanalytique semblent le démontrer. Toujours est-il que notre imagination en fait un paradis terrestre originel dont nous avons été chassés douloureusement lors de l’accouchement. Et cette image demeurera un pôle nostalgique de notre interprétation mythique du monde, qui met au premier rang la figure maternelle dans la création mythique, la figure paternelle n’apparaissant qu’après l’accouchement, dans le stade chaotique.


After having mentioned the successive stages of the child developing his imaginary interpretation of the world, since its appearance until entering the adult age, we need to come back to the most determining first stages, which initiate this process of mythical creation switching between order and disorder, felicity and suffering: the foetal and the chaotic stages.
The psychic experience of the foetal stage may only be imagined a posteriori by adults. We believe it to be a larval stage, characterised by the quiet and safe warmth of the mothers’ uterus. Still it is a decisive stage for the original formation of the psyche and for the synaptic building of the brain to be born. This stage of physiological development may also be much more dramatic and less euphoric than we believe, even painful for the embryo, and create in our unconscious memory profound and lasting traumas linked to the biological and psychic relationship shared with the mother. Many cases of psychoanalysis suggest it. However our adult’s phantasm is to believe the foetal stage to have been a heaven on earth from which we were painfully expelled by our birth. This representation will last long as a nostalgic pole of our mythic representation of the world, which create the mythic predominance of the mother’s figure, since the father will not appear before the chaotic stage.

Después de haber indicado las fases sucesivas de interpretación imaginaria del mundo desde su aparición hasta la edad adulta, necesitamos volver a las dos más importantes fases de interpretación, las que inician ese proceso de creación mítica entre orden y desorden, felicidad y dolor: la fase fetal y la fase caótica.
De la experiencia psíquica de la fase fetal no podemos decir mucho sino imaginar como adultos un  estado larvario de tibieza, quietud y seguridad física en el útero materno. Hay que destacar la importancia de esa fase inicial como primera estructuración de la psiquis y de  la red sináptica del cerebro del embrión. Es posible que esa fase de desarrollo fisiológico sea mucho más dramática y menos eufórica, sino dolorosa, con traumas profundos y persistentes en la relación biológica y psíquica compartida con la madre, que nos gusta imaginarla. Varios casos de estudios psicoanalíticos lo sugieren.  No obstante imaginamos esa primera fase como un paraíso original en la tierra, de lo cual fuimos expulsados dolorosamente en el parto. Ese imago permanecerá como un polo nostálgico de nuestra interpretación mítica del mundo, creando la predominancia de la figura mítica de la madre, pues la del padre aparecerá solamente con la fase siguiente del caos.     

Nachdem wir die aufeinanderfolgenden Phasen der mythischen Interpretationen der Welt ab der Geburt bis zum Erwachsenenalter erwähnt haben, wird es nötig zu den zwei ersten und wichtigsten Stadien zurück zu kommen, die dieses Prozess mythischer Vorstellungen zwischen Ordnung und Chaos, Glück und Schmerz initiieren, und zwar die Fetalphase und die Chaosphase.  
Das psychische Erlebnis der Fetalphase dürfen wir nur hypothetische Vorstellungen haben. Wir stellen uns ein Larvenstadium vor, das der  beruhigenden Sanftheit und Sicherheit der Gebärmutter genießt. Es ist eine entscheidende Phase der originellen psychischen Bildung des Embryos und synaptischen Strukturierung des Gehirns. Es ist auch möglich, dass diese  erste Phase der psychischen Entwickelung  viel dramatischer und weniger euphorisch sei, als wir es gerne denken. Es ist sogar denkbar, dass tiefe Trauma von diesem  biologischen und psychischen Zusammenhang mit der Mutter entstehen, die sich dauerhaft im unbewussten  Gedächtnis festsetzen werden. Mehrere psychoanalytische Studien darauf hinweisen. Im allgemeinen  sehen wir als Erwachsene diese Phase als ein Paradies auf Erden aus dem wir  durch die Geburt vertrieben wurden. Dieses Bild wirkt dann dauerhaft als ein nostalgischer Pol unserer mythischen Weltanschauung, und verstärkt die mythische Vorherrschaft der Figur der Mutter, da die des Vaters erst mit der nächsten chaotischen Phase erscheinen wird.


胎儿阶段


在研究过从诞生直到成年对世界的解读的虚构创作的各个阶段之后,应该回顾两个更加重要的阶段,开启这个在秩序与混乱、幸福与不幸之间的创作过程的两个阶段:胎儿阶段,然后是混乱阶段。我们只能想象胎儿阶段的心理。我们将之诠释为在母亲子宫安全的温暖中一种萌芽的平静状态。这是即将诞生的孩子最早心理和神经突触构成的一个重要阶段。有可能这个心理发展的时期是更加戏剧性的,对于胎儿甚至是痛苦的,从中留下了一份我们不会乐意想象的不那么惬意的无意识记忆,甚至是与亲生母亲的生理与心理关系中深刻而持久的创伤。几个精神分析的案例似乎证明了这一点。我们的想象一直把它当成一个最初的尘世天堂,我们在分娩时被痛苦地从中赶了出来。这幅画面会是我们对于世界的神话解读的一个忧伤的中心点。


mercredi, novembre 12, 2014

Le divan, le chevalet et la mythanalyse.


Le plaisir, acrylique sur toile, 91 x 152 cm, 2014

Dans les années 1970, la mode était de soumettre les œuvres d'artistes et d'écrivains à des psychanalyses qui expliqueraient l'essentiel de chaque création. On donnait l'exemple du surréalisme, on citait «Un souvenir d'enfance» de Léonard de Vinci, avec lequel Freud fit école. Sublimation, légère narcose, traumatisme infantile: un appareillage de concepts théoriques se constituait. Georg Groddeck avec «La maladie, l'art et le symbole», Sarah Kofman avec «L'enfance de l'art», parmi tant d'autres psychanalystes, ont approfondi la recherche. Ainsi, «L'enfance aux cygnes» de Paul Valéry devait nous révéler le nec plus ultra de l'inconscient poétique de l'auteur.
Comment douter que chaque créateur ait une biographie, un inconscient, voire des souvenirs traumatisants, une quête d'absolu symptomatique (Balzac), et que cela ait pu les influencer, voire les conduire à un cheminement de créateur ! Mais la psychanalyse ne réduira pas le génie à un symptôme, à une pathologie de l'inconscient. J'irai plutôt en chercher le processus du côté de la divergence mentale dont le créateur est capable et y voir non pas un symptôme mais une puissance psychique et intellectuelle hors du commun. 
Ce tableau, «Le plaisir», révélera-t-il la cruauté de son auteur en quête de plaisir, ses pulsions d'ogre jouisseur? Et cela rendra-t-il compte du tableau, de son propos et de son esthétique? Faut-il que le peintre s'allonge sur le divan et qu'un psychanalyste réussisse à le faire parler de son enfance désespérante ou transgressive ? A-t-il été battu, abusé ? A-t-il été pervers? Les malheurs de l'enfance de Niki de Saint-Phalle, violée par son père à l'âge de onze ans, explicités au début de l'exposition qui lui est actuellement consacrée au Grand Palais à Paris, ont évidemment contribué à déterminer son féminisme et plusieurs de ses œuvres. Mais toutes les petites filles et tous les petits garçons abusés ne deviennent pas des génies. La raison et l'aboutissement de l'oeuvre sont ailleurs, dans la volonté et la capacité de divergence de l'artiste. 
La psychanalyse de l'art est certes intéressante et pénétrante au niveau individuel de l'artiste, mais la reconnaissance sociale de l'oeuvre, qui fait que nous admirons Léonard de Vinci, Valéry ou Niki de Saint-Phalle, est à chercher du côté de sa résonance avec l'inconscient collectif, qui lui, n'a pas de biographie individuelle et ne relève pas de la psychanalyse, mais de la mythanalyse. Ces œuvres réactivent, animent des mythes anciens, en créent de nouveaux qui font vibrer notre psyché dans la mesure où nous sommes individuellement partie prenante de l'inconscient collectif.

dimanche, novembre 09, 2014

Hommage à Pascal Quignard

 
Pascal Quignard

Il faut lire  Pascal Quignard, et en particulier les livres successifs de son œuvre Dernier royaume. Le plus récent, Mourir de penser, qui est paru en 2014, toujours chez Grasset, rejoint beaucoup des considérations que je développe en mythanalyse sur les étapes de la fabulation chez celui qui ne parle pas, l'infans, dans les stades successifs fœtal, chaotique, etc..
Dans Mourir de penser, il écrit: «Le premier cri s'élève dans l'abandon du corps hôte. Tout ce qu'on dit en poussant son souffle est d'abord un adieu. Aussi tout ce qu'on pourra dire dans la langue qu'on apprendra dans la lumières signifiera-t-il d'abord cet adieu à un royaume antérieur, sonore mais non parlant, interne, replié, secret, non lumineux, solitaire. Chromos dévore aussitôt ceux qu'il engendre dès l'instant où ils sont expulsés dans la lumière... » Est-ce pour cela qu'il est passé lui-même par de longues et fréquentes périodes de mutisme? Par nostalgie du stade fœtal auquel la naissance l'a arraché? Est-ce pour cela qu'enfant il s'est enveloppé dans son propre corps, souffrant d'obésité?
Contrairement à ceux que j'appelle les «textuellistes» et autres «grammatologues» qui affirment que tout est langage, qu'on ne peut penser sans langage, comme Derrida, Guignard affirme l'antériorité de la conscience vitale:  « Dire que nous sommes des êtres de langage, comme le fait la société, est profondément faux. […] Nous ne sommes pas des êtres parlants, nous le devenons. Le langage est un acquis précaire, qui n'est ni à l'origine ni même à la fin car souvent la parole erre et se perd avant même que la vie cesse. » C'est là une observation fondamentale, que je partage avec Pascal Quignard, et qui relégitime en partie la psychanalyse des profondeurs, certes confuse, par rapport à celle du langage et de sa surface sociale qu'a conçue Lacan, influencé par une époque où la linguistique structuraliste nous a imposé ses excès pervers. Il faut revenir au biologique, et à sa conscience fabulatoire, irrationnelle mais génitrice, qu'on a trop refoulé dans des efforts rationalistes modernistes des années 1960-90. 
A partir de la chute dans le monde désordonné et cruel de la lumière - j'insiste sur les mots -, que j'appelle le stade chaotique, l'infans tentera de formuler avec des mots  qui ne sont jamais que des métaphores hésitantes et confuses une interprétation du monde qui naît à lui. «je retrouve ici aussi Pascal Quignard, avec cette « tentative de pensée (...) du regard animal et vital sur n'importe quelle anomalie qui désordonne le champ». 
Il a l’intuition que c’est le monde qui naît à l’enfant et non l’inverse que décrit la formule courante, lorsqu’il dit du langage qu’il tente «d’engendrer en détail le naissant sans fin».
Pascal Quignard a manifestement tiré de son expérience vitale traumatisante d’infans, toutes ces intuitions si justes et pourtant rares qui inspirent sa méditation philosophique et son écriture romanesque. Et il recherche dans la naissance de la philosophie grecque – et du monde qui est apparu avec elle – des points communs avec sa propre expérience vitale, préconceptuelle qui lui permet de redécouvrir dans les mots les images la naissance du monde. Cette naissance qui est l'origine des mythes


samedi, novembre 08, 2014

Le stade fabulatoire adulte



Le stade adulte – Nuage informatique et papillons modifiés génétiquement, acrylique sur toile, 122 x 183 cm, 2013


Comme des papillons modifiés génétiquement qui rejoignent le nuage informatique, chacun de nous est soumis au moment d’intégrer la société adulte à l’une ou l’autre des grandes figures mythiques, parfois divergentes, qui ont déterminé son interprétation du monde depuis le stade fœtal, et qui régentera l’accomplissement imaginaire de sa vie face au principe de réalité supposé gouverner les hommes. 

The adulthood. Alike genetically modified butterflies who enter into the iCloud, each of us, when it comes to integrate the adult society, is govern by the main sometimes divergent mythical figures, who have determined his or her interpretation of the world since its birth and will run the imaginary achievement of our life in front of the principle of reality which seems wrongly to govern humanity.

La edad adulta. Así como mariposas genéticamente modificadas, cuando se unan a la nube informática, cada uno de nosotros en el momento de entrar en la sociedad adulta está sometido a una u otra figura mítica imponente, unas veces divergentes, que fijaron su interpretación del mundo desde su nacimiento y van a seguir determinando el cumplimiento de su vida frente al principio de realidad que pretende gobernarnos.

Der Erwachsenenalter. Wie genetisch geänderte Schmetterlinge, die zum Cloud Computing anfliegen, jeder von uns wird, wenn die Zeit kommt, in die Erwachsene Gesellschaft sich zu integrieren, einer oder anderen mythischen Hauptfiguren unterworfen, die seit seiner fötalen Entwicklung seine Weltanschauungen hervorgerufen haben,  und die die imaginäre Erfüllung seines Lebens dem Realitätsprinzip entgegen bestimmen werden, der angeblich uns regieren behauptet.


成人阶段 - 话分析。信息云和转基因蝴蝶,布面丙烯,122 X 183 cm2013

来到“成人阶段”,每个人在重要的神话人物之间犹豫,这些人物,有时候是有分歧的,自他降生以来决定了他对世界的解读。从现在开始,面对似乎支配着人们的现实原则,他要选出那个将会支配其人生的假想成就的人物。

就像是这些转基因蝴蝶加入信息云,我们每个人在融入成人社会的时刻都服从于重要神话人物中的某一个。这些神话人物有时候是不一致的,从胎儿阶段开始决定了他对世界的解读,并面对被认为是统治着人们的现实原则支配着他人生的想象成功。

vendredi, novembre 07, 2014

Matrice ou carré parental?


Je parle du «carré parental» dans lequel se forme l'activité fabulatoire de l'infans. Ne devrais-je pas plutôt parler de la «matrice parentale» ? Le concept de «matrice» a une connotation génitrice intéressante, alors que celui de «carré» renvoie à une schématisation trop géométrique pour évoquer les liens que l'infans crée avec la mère, le père et l'autre, lorsque le monde vient à l'enfant.
Et c'est seulement d'une matrice qu'on peut parler au stade fœtal, lorsque la relation que nous pouvons imaginer entre la mère et le fœtus ne compte que deux acteurs. A fortiori, dans le stade chaotique, toute évocation géométrique est à bannir.
Mais le concept de «matrice» ne conviendrait pas davantage, puisque ce qui caractérise le stade chaotique, c'est précisément l'irruption déchirante du chaos, de l'absence de toute forme référentielle et sécuritaire.
En outre, il est évident que dans la succession des stades fabulatoires peuvent intervenir d'autres acteurs déterminants, de la parenté, immédiate, d'une nourrice, etc. Le terme de «matrice» donc, parce qu'il n'est pas géométrique et de ce fait plus englobant de la diversité des situations possibles, semblerait mieux convenir.
Je tends cependant à maintenir le concept de carré pour souligner la polarisation de ce contexte fabulatoire qui devient précisément structurant de la psyché et des réseaux synaptiques de l'infans par des liens distinctifs. La notion de matrice est circulaire, alors qu'il semble qu'on puisse insister sans exagération sur la triangulation active des liens polarisés entre l'infans, la mère et le père, tandis que «l'autre» (la société) est à coup sûr englobant et non ponctuel: il détermine les comportements de la mère et du père, les rituels alimentaires, gestuels, langagiers, vestimentaires, etc.
Aucune métaphore, bien sûr, ne pourra prétendre désigner clairement et complètement de tels contextes de développement de l'infans. Mais toute pensée est métaphorique, consciemment ou non, toute théorie est une fiction et il faut tenter de choisir les images les plus actives et pertinentes par rapport aux relations que l'on décrut et théorise.
Ce questionnement était nécessaire, pour préciser ce que l'on évoque, mais le concept de «carré parental» se semble devoir demeurer comme le le plus opératoire jusqu'à nouvel ordre.

jeudi, novembre 06, 2014

Luc Dellisse : entretien virtuel avec le pêcheur de mythes*

Luc Dellisse



Entretien Hervé Fischer- Luc Dellisse

(6 novembre 2014)

HF : Je vous lancerai sans détour ce mot : l’absolu. Il me semble que vous y aspirez, existentiellement, textuellement, dans votre poésie, dans votre vie.

LD : J’ai un peu peur, quand il s’agit d’un tel mot, dont le sens n’est pas garanti par l’expérience, de dire des choses disproportionnées. On va donc y aller sur la pointe des pieds.

Il y a deux formes d’absolu auxquelles j’ai affaire consciemment, et auxquelles je ramène tous les autres actes de ma vie : la poésie et le temps.

En réalité, ces deux éléments, l’un littéraire, l’autre épistémologique, se recoupent entièrement.

La poésie est directement connectée sur le  temps. Son affaire, c’est le temps. Elle travaille sur les étagements du souvenir, le feuilletage des impressions sensibles, la présence de différents moments du passé dans le présent. Le temps est au cœur de toute aventure littéraire, et c’est lui, justement, qui donne à la littérature cette perspective d’absolu.

J’appelle temps, non pas la perception qu’on peut avoir de l’avancée biologique de notre existence vers son point de fléchissement, puis son arrêt brutal. Le temps que j’évoque ici m’apparaît comme le domaine souverain de la mémoire, enchaînement d’impressions successives, contradictoires, éprouvées à divers moments de notre vie, certaines enfouies, mais la plupart conscientes et terriblement aiguës. Le temps peut émousser nos émotions (par exemple le souvenir d’un amour perdu, d’un être aimé et absent) mais il n’ôte rien à la vision des moments écoulés. Non seulement il ne leur ôte rien, mais il leur ajoute, au contraire. Le temps met tout ce qu’on capte en perspective avec la durée du monde, et lui donne sa quatrième dimension.

J’ai le sentiment aigu que la mémoire est un instrument, non pas de reconnaissance, mais de création du présent : par le biais d’expérience nouvelles, nourries par le courant souterrains des souvenirs, j’accède à la vraie mesure de la vie, à son absolu relatif, qui est la poésie.

Le temps n’a jamais été pour moi une souffrance, mais une promesse, une perspective. La mémoire n’est pas source de regret, mais de recommencement.

Je circule ainsi dans ma mémoire comme dans un roman que j’écrirais au fur et à mesure que la réalité vécue défile, avec un léger décalage. De ce décalage je tire tout mon plaisir, toutes mes raisons d’espérer.

Bien entendu, quand on pense à l’horreur du monde, dont l’ombre portée est à tout moment dans notre vie, l’absolu n’apparaît pas comme une transcendance : tout au plus comme un vertige. Le terme d’absolu que nous employons est donc un peu décalé – et terrifiant.

HF : J’admets que la question était radicale et la réponse impossible. Avec vous, cela aurait pu être ma seule question. Mais je vais récidiver. Vous avez décidé de jouer votre vie dans l’écriture. Est-ce possible?

LD : Je suppose que c’est impossible; mais je ne m’en suis pas rendu compte en m’engageant dans cette aventure aux dimensions d’une vie; j’ai cru que c’était possible et quand je me suis rendu compte que c’était impossible, c’était devenu ma façon d’exister, d’avancer, de durer et j’ai donc pris le parti de ne pas tirer de conséquence pratique de l’impossibilité dans laquelle je m’étais engagé. Et puisque cela continuait malgré l’impossibilité, il fallait croire que l’impossible était possible quelque part. La difficulté, c’est de savoir « où ».

Au vrai,  je ne dirai pas que j’ai tout misé sur l’écriture, mais plutôt que j’ai tout misé sur la littérature.  Il y a une dimension spirituelle dans la littérature, dans la poésie, qui est une tentative d’approche transcendante des réalités de l’existence. Cela ne se résume pas à lire et à écrire. Cela passe par le corps, par le regard, par la respiration. C’est un rapport au monde, un point de vue global.

Écrire sa vie en la vivant, et faire des livres en redistribuant des événements de son vécu selon une trame nouvelle et resserrée, sont les deux pôles de la même expérience littéraire.

HF : Je partage votre jugement radical sur André Gide (dans Le Tombeau d’une amitié) dont la platitude m’a toujours ennuyé, comme vous. Cela m’encourage à vous soumettre cette troisième question : jusqu’à quel point diriez-vous que la vie est imaginaire ? D’essence romanesque ?

LD : J’adopte le terme de platitude, qui est très juste, s’agissant de Gide, en ajoutant que c’est une platitude ornée, enjolivée d’une manière « artiste », visant à la subtilité et à la joliesse, dénuée de nécessité, de vérité, de vitesse et d’épaisseur.

Mais inutile de tirer sur André Gide, il s’en est chargé lui-même : son œuvre est sa  propre balle dans le pied.

Pour la question centrale, plus importante,  il me semble qu’il faut distinguer entre  « vie imaginaire » et « vie d’essence romanesque. »

La notion de vie romanesque ne pose pas de vraie difficulté d’interprétation, c’est une question d’état d’esprit. La suite de romans que j’ai commencé à publier depuis 2004 appartiennent ainsi à ce que j’appelle une autobiographie imaginaire : à partir de situations souvent issues de la réalité et de l’expérience (les aventures de la vie!), je tire les fils un par un, le plus loin possible, je leur invente un avenir virtuel, et je les connecte entre eux.

La vie imaginaire est plus profondément inscrite dans mon parcours, elle est une façon d’être, une certaine manière de m’adapter au monde, tout en remplaçant en douceur un certain nombre de paramètres quotidiens par des solutions fictives, des mondes rêvés.

Tout cela remonte à mes dix-sept ans. C’est à ce moment là que j’ai fait le choix de ma vie – l’âge habituel, je suppose. C’était quelques années après mai 68, Woodstock, le retour à la nature. On avait l’impression de se retrouver dans un camp de vacances à vie, les adultes avaient une tête de  gentils organisateurs, le ravissement était la loi. Vous avez connu les années 70, vous savez sous le nom de liberté, c’étaient des années de chaîne. Je ne m’en souviens pas comme d’un terreau favorable pour grandir, mais comme d’une époque intermédiaire, assez creuse, un simple trottoir roulant entre deux époques, entre la fin de l’âge classique et l’âge nouveau qui s’annonçait, qui n’avait pas encore de visage, mais que le ravissement préparait : la transformation des relations psychologiques entre les gens en relations commerciales. En voyant s’agiter chacun avec une certaine frénésie, notamment sexuelle, on avait l’impression qu’ils savaient tous ce qui les attendait, qu’ils étaient libres pour la dernière fois.

J’ai alors eu l’idée, ou l’envie, de ne pas rester coincé uniquement dans mon époque, de vivre en même temps dans d’autres temporalités, d’autres réalités, contigües à celle que où je me trouvais et qui ne me tentait pas. L’Antiquité romaine, le siècle de Louis XVI, la fin de la Belle-Époque, ainsi que des utopies plus marquées encore et relevant de la science-fiction, sont devenus mes royaumes parallèles; je passais de l’un à l’autre, selon l’humeur, et à l’insu de tous. Mon temps imaginaire était très compartimenté.

Quand je faisais l’amour, c’état avec un esclave grecque, une fille de poète symboliste, une aventurière nubienne, une courtisane d’Alpha du Centaure, qui venaient prendre la place de la petite complice néo-beatnik du moment, avec ses beaux yeux fatigués et sa douceur sans espoir. J’ai aimé d’un amour joyeux et violent les femmes de Fragonard et les femmes de Renoir, les étrangères et les voyageuses, Geneviève Mallarmé et Marie de Heredia, tout en passant auprès de mes proches pour quelqu’un d’assez vague et d’assez froid : évidemment, j’étais ailleurs.

Tout cela a duré longtemps, très longtemps, de 17 à 30 ans environ. Ce n’est qu’à trente ans, quand est vraiment venu l’écriture, c’est à dire l’encre mêlée avec le sang, que j’ai cessé de nourrir des mondes fictifs où habiter, et que j’ai repris pied, tant bien que mal, dans mon époque d’origine. Alors, l’élaboration d’objets poétiques et romanesques a pris la relève de mes fantasmagories.

Voici ma quatrième question : qu’entendez-vous lorsque le poète que vous êtes affirme que «le monde visible est l’antidote du monde réel» ?

J’ai tendance à croire que l’objet de la poésie est le monde tel qu’il se donne à nous quand nous le regardons du point de vue du bonheur.

« A mes yeux », la poésie réside dans la netteté de l’image et non dans son flou; dans le visible plutôt que dans l’invisible. Les choses cachées sont cachées par notre regard et non par leur apparence. L’opération poétique dans laquelle je me suis engagé est semblable à un immense réglage rétinien qui accommode le monde visible à ce double rêvé (héraldique dirait Lawrence Durrel)

C’est dans la représentation physique imaginaire de l’acte de voir, que se joue le passage de la vue à la vision.

Puis-je vous demander pour terminer (provisoirement) si vous êtes d’accord avec moi, lorsque je dis que le monde est mythique? Que même la raison est fabulatoire?

Il me semble qu’on peut distinguer fabulation et affabulation, la première qualifiant l’élaboration d’une fable présentée comme réelle, mais dont la signification tient à la cohérence de ses parties entre elles et au décalque de la vie; la seconde étant l’habitude ou la manie d’inventer des faits et constituant une sorte de mythomanie active.

Cette distinction faite, je vous donne raison : sans doute, la vie est fabulatoire, puisque le prisme par lequel elle passe est un système subjectif de captation, de représentation et d’informations que rien ne pourrait rendre assez factuel, constant et convivial pour le distinguer d’une illusion suivie.

La question de savoir si le monde est mythique en soi, ou si le reconnaître pour tel est une hypothèse de travail féconde et un projet de vie qui coïncide avec la « réalité effective du réel », ne me paraît pas d’ordre antinomique. C’est au contraire cette coexistence du virtuel et du réel qui donne sa vérité et sa beauté à notre exploration du mythe.

Je rêve ainsi d’une mythologie moderne dont le moteur ne serait pas le symbole mais la réalité renversée…

* Le titre ironico-affectueux de cet entretien a été donné par Luc lui-même.

mercredi, novembre 05, 2014

Logo de la Société internationale de mythanalyse



Voici donc le logo «institutionnel» de la SIM, qui évoque l'origine biologique des mythes au stade de l'infans, celui qui ne parle pas encore mais qui fabule déjà dans son berceau sur le monde qui vient à lui et dont il prend conscience.

Voici, pour archivage, le logo que nous avons mis en haut de page de ce blog depuis son début et qui évoquait plutôt le thème de La société sur le divan (vlb, 2006): 


mardi, novembre 04, 2014

La pensée magique du Net


Ce livre, qui sort en librairie en France en ce début de novembre, tente de mettre en évidence les mythes et l'effervescence magique de l'âge du numérique.

Ma poche couine, ma main sonne, la table vibre, mon oreille résonne : ce sont les messages et les courriels, les alarmes et les tweets qui rentrent, qui me rejoignent, m'excitent, me stimulent ou me harcèlent et m'obsèdent constamment. Mon style de vie a changé depuis que j'ai un téléphone intelligent. L’âge du numérique qui émerge est plus puissant que l’âge du feu. Mais aussi plus humain. Il réactive nos mythes  archaïques les plus puissants et nous aspire par sa nouvelle magie dans des mondes virtuels. 
Face à la vieille réalité, sommes-nous des cyberprimitifs heureux ? L'auteur propose une mythanalyse de nos emballements numériques et de ce qu'ils modifient en profondeur dans la société et dans nos manières de penser. Une exploration envoûtante. 

samedi, novembre 01, 2014

Mythe et pensée magique




Le mythe est un récit. La pensée magique est l'interprétation du mythe du monde actuel qui en découle et qui en fait espérer des résultats concrets qui se révéleront irréalistes. La magie est la technique qui en convoque le pouvoir.
Jean Piaget, à qui il faut rendre hommage pour la sagacité de sa vision autant que pour la qualité de ses observations cliniques sur le développement psychique de l'enfant, nous aide à comprendre que la pensée de l'enfant est avant tout magique. Son épistémologie génétique est un monument aujourd'hui trop négligé. Je ne reviendrai pas ici sur les différentes étapes de la construction de la pensée chez l'enfant, qu'il a cru pouvoir établir en suivant de près l'évolution de ses trois enfants. Ce qui me paraît le plus intéressant chez Piaget, c'est son idée selon laquelle l'enfant développe avant tout une pensée magique. Et contrairement à lui, j'observe à quel point la pensée magique qui se constitue pendant la "période sensorimotrice" (0 à 2 ans), demeure dominante pendant la "période préopératoire" (2 à 6 ans), pendant la "période opératoire" (6 à 12 ans) et bien au-delà, au cœur même de l'âge adulte. Certes, l'enfant construit une logique, une symbolique, des stratégies pratiques, qui assurent son adaptation pragmatique. Mais il ne cesse aussi d'imaginer le monde qui se présente à lui sans mode d'emploi préétabli. Il le fabule, l'anime de forces amies ou ennemies, d'esprits. dans ses jeux, il imagine que son ourson, sa poupée, ses voitures, sont vivants et ont des sensations et des pensées. Il projette ses émotions et ses sentiments sur tous les objets qui l'entourent; il fait voler son avion en le tenant dans sa main, lance ses soldats dans la bataille en les déplaçant lui-même, les fait tomber pour les tuer; il joue à cache-cache derrière ses mains. Il vit et agit dans un monde magique dont il invente et applique les règles avec la plus totale conviction. Ce n'est que peu à peu qu'il introduira le principe de réalité, la logique de l'identité ( un objet ne peut pas être pris pour un autre), et rationalisera plus objectivement, "refroidira" l'imaginaire qui faisait palpiter magiquement tout ce petit cosmos.
Cette domination de la pensée magique que note Piaget dans les premières périodes de la croissance mentale de l'enfant, c'est bien, dit en d'autres termes, si je passe de l'épistémologie génétique à la mythanalyse, ce que j'appelle les stades successifs de la fabulation mythique du monde. Née avec le principe de désir, elle s'hybride peu à peu avec le principe de réalité, certes, mais la pensée magique ne disparaît pas pour autant: elle se transforme, invente de nouvelles forces avec lesquelles composer, qu'il faut s'allier ou combattre. Elle trouve dans les jeux et notamment dans les jeux vidéo de nouveaux champs d'expression et de conquête. La pensée magique, la fabulation mythique ne cessera jamais, même dans la vie sociale adulte, professionnelle, dans les loisirs, dans la vie familiale, dans l'économie, la guerre, l'amour, le sexe, la consommation et jusque face à la mort.
Jean Piaget était un épistémologue suisse et sérieux, dédié à ses activités cliniques, académiques, institutionnelles. Il a limité à l'enfance l'âge de la pensée magique et n'a pas voulu penser que cette pensée magique développée dans les premières étapes de l'enfance se prolongerait dans un âge adulte qu'il voulait adapté: opératoire et rationnel, en rupture avec l'enfance. Il n'a pas pensé non plus que cette pensée magique ne se limitait pas à la saisie des objets, dans une période d'apprentissage sensorimoteur  puis opérationnelle. Elle est en fait l'expression de proximité d'interprétations mythiques beaucoup plus larges de la totalité du monde qui naît à l'infans. La magie est toujours une technique fondée sur une cosmogonie qu'on veut comprendre, s'approprier, maîtriser et qu'on interprète selon des récits qui expriment les mythes fondateurs de l'univers.
Il faut reconnaître la perspicacité de Jean Piaget, la qualité de ses intuitions et de ses observations cliniques. Il était encore un homme du rationalisme classique. Mais il a su fonder sur la biologie en temps réel le développement de la pensée magique, comme je fonde la mythanalyse sur la biologie et non sur des grimoires moyenâgeux ou des mémoires archaïques. Ce sont précisément les périodes successives du développement de l'enfant, sensorimotrice, préopératoire, opératoire,etc. qui déterminent l'évolution de la création mythique chez l'infans. Peu importe que je les aie diminuées en nombre, car on peut toujours mener des analyses plus segmentaires et il faut aussi tenir compte de la diversité des rythmes d'évolution selon les enfants. Ce sont des périodes d'évolution physiologique et cérébrale qui sont les facteurs de développement mythique. Là est le point commun important, même si je ne distingue pas comme Piaget une période "symbolique" après la période "opératoire", car je fais plutôt l'hypothèse que la pensée de l'infans est symbolique dès le début et ne cesse de l'être. Ce n'est pas un stade plus avancé de développement, mais un constante de la pensée. Et je n'entrerai pas ici dans un débat académique sur les distinctions de sens du mot "symbolique", Je n'en ai pas besoin pour mon propos.
C'est incontestablement la crise de la postmodernité qui a permis de penser et de théoriser la mythanalyse; et donc de reprendre en termes nouveaux, mythanalytiques, l'épistémologie génétique de Piaget pour situer l'origine des mythes.
J'avoue aujourd'hui n'avoir pas lu assez attentivement Piaget lorsque j'étais étudiant, attiré  par d'autres problématiques moins psychologiques; je ne le regrette pas aujourd'hui parce que cela m'aurait sans doute retenu dans une épistémologie génétique rigoureusement segmentée et éloigné de la divergence mythanalytique que je cherchais. Mais peu importe aujourd'hui, sous réserve de reconnaître son apport exceptionnel tant en thérapie psychologique qu'en épistémologie et extrêmement original pour son époque.

vendredi, octobre 31, 2014

Même la modernité est un mythe


La modernité est fille de la Révolution française. Elle s'inspire du Siècle des lumières en instaurant les idéaux de la Raison, de l'Histoire,  de la Démocratie et de la Justice égalitaires, de l'éducation pour tous, de la technologie et de la science. Elle dévalorise donc le passé, jugé obsolète et obscurantiste en faveur du futur qui en accomplira les espérances.
Cette modernité renie donc les temps anciens des mythes et des superstitions. Au nom de la Raison elle condamne l'irrationnel.  Elle revendique la lucidité démystificatrice et célèbre le Progrès. Dans une société moderne, on aurait donc dépassé le temps des mythes. Non seulement on renvoie dans les superstitions passéistes les mythologies, mais il ne saurait exister de mythes modernes. La modernité est le temps des non-mythes. Il n'y a plus de mythes. On s'en et enfin débarrassé et le rationalisme scientifique est désormais en charge d'expliquer tout.
Bref on oppose mythes et modernité.
Pourtant, nous avons appris à reconsidérer l'Homme, le Progrès, l'Histoire, et même la Raison comme des mythes, du moins au sens populaire de "grandes illusions". Et la mythanalyse les considère comme des mythes nouveaux, des mythes modernes, qui ont remplacé le mythes plus ancien de Dieu, et la trilogie plotinienne du Beau, du Vrai, et du  Bien. Plus encore, nous sommes allés avec Auguste Comte jusqu'au bout de ce chemin en instituant l'Humanité, avec sa religion, et le Positivisme. La modernité est donc constituée d'un bouquet de mythes modernes. Je dis bien "modernes" et actuels, qui jouent un rôle déterminant dans nos idéologies, nos valeurs sociales, nos stratégies politiques et économiques.
La démystification des mythes de la modernité par la postmodernité était donc légitime et nécessaire. Elle a été très efficace d'ailleurs, nous replongeant dans un flou total célébrant les seules subjectivités individuelles et collectives. C'est à partir de cette crise que la mythanalyse se précise, non seulement en affirmant que toute théorie, toute interprétation du monde, toute pensée, toute sentimentalité, toute émotion est mythique. Mais en soulignant aussi qu'on ne peut rester longtemps dans ce "relativisme absolu"socialement périlleux, qui va contre toute éthique collective, et justifie finalement le cynisme ludique et le nihilisme.
La mythanalyse nous invite à distinguer les bons mythes porteurs d'espoirs (et d'illusions proactives)  et les mythes toxiques, intelligents mais destructeurs. La lucidité mythanalytique fait ses choix et assume la dimension fabulatoire ou mythique de ses choix. Un exemple: je crois à la nécessité de construire le progrès - non pas tant technoscientifique, qui se fait dans tous les cas pour le meilleur et pour le pire - que le progrès moral de l'éthique planétaire (le respect des droits de l'homme). C'est là une illusion, un mythe inaccessible, une naïveté, une faute de l'intelligence lucide et critique? Oui. Mais c'est beaucoup plus que tout cela: c'est une décision volontariste, la seule qui donne espoir à l'humanité de progresser cahin-caha vers un état meilleur. Ne pas y croire, c'est être intelligent, mais défaitiste, fataliste, en perte de sens (de direction), c'est faire le jeu des obscurantismes, des fascismes. Le fatalisme aussi est un mythe, notamment célébré par l'islam. Est-ce vraiment intelligent. Je préfère l'intelligence de la volonté optimiste, prométhéenne à celle de la résignation doloriste chrétienne ou à la lucidité pessimiste et finalement destructrice.
Oui, la modernité est un mythe. Un excellent mythe qu'il ne faut pas jeter à la poubelle de l'Histoire, mais dont il faut comme Sisyphe, remettre constamment la charge sur nos épaules.
A condition de ne pas oublier que c'est un mythe que nous choisissons, et finalement que c'est une facette précieuse du mythe de l'Homme. Je ne dirai pas comme le théologiquement correct Leibniz que "nous vivons dans le meilleur des mondes possibles", ce qui est un acte de foi contre l'évidence, mais que nous vivons dans le monde que créent les hommes. Et qu'il ne faut nous en prendre qu'à nous-mêmes si nous n'en sommes pas satisfaits. C'est à nous de le changer. Et nous savons très bien en quoi : imposer le respect des droits humains fondamentaux. Le principe en est universel. Il n'y a que ce concept-là sur Terre qui soit universel.

jeudi, octobre 30, 2014

Le stade du homard


Le stade du homard - mythanalyse (le seigneur du jeu vidéo), acrylique sur toile, 122 x 183 cm, 2013

Avec la crise de l’adolescence vient le stade du homard. C’est la revanche du stade de la tortue sur le dos.  L’enfant affirme sa force et son individualisme. Il fabule plus que jamais face au monde adulte auquel il se confronte, ou dont il s’évade dans les médias sociaux et les jeux vidéo. Éros et Prométhée, l’instinct de puissance, le gouvernent.

The beginning of the adolescence crisis launches the stage of the lobster. It sounds like a revenge on the stage of the turtle on its back. The adolescent wants to affirm his strength and personality. He develops more imagination than ever confronting the adult world or escaping from it into social media and video games. Eros and Prometheus rule him. 

Mit der Adoleszenz fängt die Phase des Hummers.  Es scheint ihm,  als wäre es eine Revanche für die Phase der Schildkröte auf dem Rücken. Der junge beweist seine neue Kraft und Eigenart. Er fabuliert der Erwachsenenwelt entgegen wie niemals zuvor, konfrontiert sich oder entflieht in die sozialen Medien und  Videogames. Eros und Prometheus beherrschen ihn.

Cuando viene la adolescencia el niño entra en la fase del bogavante, aquella le parece como una revancha sobre la fase de la tortuga en posición de espalda. El adolescente afirma su nueva fuerza y su individualismo.  El fantasea más que nunca confrontándose al mundo adulto, o escapándose en los medios sociales y videojuegos. Eros y Prometeo lo dominan. 

龙虾阶段 - 神话分析,布面丙烯,122 X 183 cm2013

随着青春期的危机到来的是龙虾阶段。这是背上的乌龟阶段的回报。孩子确立自己的力量和个人自由。他与成人世界发生对立,或者借助社交媒体和电子游戏来逃避,面对成人世界,他比以往任何时候进行更多的虚构。生之本能(eros)和权力的本能(普罗米修斯)支配着他。

mardi, octobre 14, 2014

Les mythes entre confusionnisme théorique et bêtisier populaire


La mythanalyse est encore confrontée tant au bêtisier populaire qui traite de mythe tout ce qui est faux et un confusionnisme théorique sidérant de la part de beaucoup d'intellectuels et écrivains académiques. On peut certes le déplorer. Mais j'y vois plutôt un domaine de réflexion vivant et significatif de ce qui circule dans les imaginaires sociaux.
Les façons de parler populaires ne devraient pas nous étonner. Le rationalisme ordinaire se prétend moderne et se moque donc de la naïveté infantile des mythologies anciennes. En outre, le rationalisme moderne nie évidemment, contre toute évidence, qu'il puisse exister aujourd'hui encore en Occident des mythes actuels qui surplomberaient nos imaginaires collectifs. Pour lui, le temps des mythes est terminé; celui de la science est commencé. Ces esprits démystifiés ne sauraient imaginer que nous soyons aujourd'hui sous l'influence d'autant de mythes, sans le savoir, que l'étaient les Égyptiens, les Grecs ou les Germains anciens. Or c'est bien cela qu'observe la mythanalyse!
Quand aux spécialistes, en général des historiens érudits des mythologies anciennes, aucun d'entre eux n'a jamais proposé aucune théorie articulée de l'origine des mythes. Pour eux, les mythes remontent à des temps obscurs, pour lesquels nous n'avons plus de documents, ou flottent dans les airs comme des archétypes ahistoriques et universels, ou ils nous viennent d'une peur  fort répandue de la mort. Nous les avons inventés jadis pour nous expliquer l'origine et la destinée du monde, parce que nous nous interrogions confusément sur ces questions sans avoir de réponse. Mais, au-delà de citer Hésiode ou Homère, aucun de ces spécialistes ne tente d'expliquer pourquoi ces poètes les ont formulés ainsi, sauf à invoquer de vieilles traditions orales. Et certes l'érudition de ces mythologues ou mythographes, souvent admirable, tient lieu de science, permet des typologies, établit des liens, des ensembles, des filiations, des diversités entre plusieurs versions, voire croit pouvoir y déceler des structures linguistiques ou anthropologiques. Mais cela s'arrête là. L'origine ancienne des mythologies leur cache l'actualité de l'origine des mythes, qui est biologique et non pas historique; toujours renouvelée dans l'actualité et non pas un trésor hérité d'un lointain passé.  C'est là précisément que situe la différence selon laquelle se constitue la théorie de la mythanalyse. En tout temps les hommes ont développé une pensée magique fondée sur les mythes en autorité dans leurs sociétés. Aujourd'hui comme hier. La modernité elle-même est un mythe.

lundi, octobre 13, 2014

Mythes et magies


Toute magie relève de la pensée magique et toute pensée magique se fonde sur des mythes auxquels on adhère consciemment, ou inconsciemment.
Cette observation, aussi basique qu'elle puisse apparaître, est peu reconnue, rarement explicitée et le plus souvent demeure inaccessible, dans les replis de l'inconscient collectif.
J.ai souvent noté qu'il n'y a guère de différence entre pratique religieuse et pratique magique: mêmes mythes, mêmes rituels, mêmes initiations, mêmes communautés, mêmes types d'officiants, chamans et prêtres. Mêmes buts aussi de recherche d'accomplissements en faveur de soi ou de ses proches. Seule la magie noire en semble s'exclure, encore que les excommunications et rituels de dépossession diabolique, voire les messes noires doivent ici être pris en compte.
La mythanalyse lie étroitement  l'analyse des mythes, des religions et de la pensée magique et des pratiques magiques. C'est au niveau de l'évolution historique et sociale des institutions dans lesquelles elles s'incarnent que réside les différences apparentes.

dimanche, octobre 12, 2014

Le stade du papillon




Le stade du papillon- mythanalyse, acrylique sur toile, 122 x 92 cm, 2014

Avec la mutation biologique de la puberté l’enfant arrive au stade du papillon, caractérisé par l’esquisse d’une personnalité en fonction de ses chromosomes et de ses premières fabulations. Il papillonne et imagine dans l’irréalité de ses désirs un monde à venir dans lequel il veut voler de ses propres ailes.

Through the organic mutation of puberty the child enters the stage of the butterfly, characterized by the sketch design of diverse personalities according to his chromosomes and first fabulations. Flitting about the unrealism of his desires he imagines worlds where he wants to fly with his own wings.

Cuando el niño enfrenta  la mutación biológica de la pubertad, el va a atravesar la fase de la mariposa, caracterizada por sus intentos de esbozar una personalidad según sus cromosomas y sus interpretaciones fabulosas acumuladas desde el inicio de su vida. El mariposea imaginando en la irrealidad de sus deseos diversos mundos en donde el espera volar con sus propias alas.

Mit Beginn der biologischen Mutation der Pubertät erreicht das Kind die Phase des Schmetterlings, die durch Persönlichkeit Skizze charakterisiert ist, die es nach seinen Chromosomen und imaginären aufeinanderfolgenden Weltanschauungen gestaltet. Er gaukelt, und stellt sich Welte vor, wo er nach seinen irrealen Wünschen mit eigenen Flügeln fliegen will.

蝴蝶阶段 - 话分析布面丙烯122 X 92 cm2014

随着青春期的生理变化孩子来到了蝴蝶阶段这个阶段的特征是建立在染色体和早期虚构之上的人格的初步形成。他像蝴蝶似的飞来飞去,在自己各种欲望的不真实中想象一个即将到来的世界,在这个世界中,他想要展开自己的双翅飞翔。

lundi, octobre 06, 2014

Le stade du pingouin


Le stade du pingouin – mythanalyse, acrylique sur toile, 92 x 122 cm, 2014


Lorsque l’enfant enfin se redresse en position verticale et fait ses premiers pas, il accède au stade du pingouin et pénètre le monde. Son interprétation fabulatoire du monde va évoluer avec la hauteur du regard et la mobilité des jambes. Les personnes et les objets sont conquis au fur et à mesure qu’il les atteint et les saisit. Il les déchiffre et commence à les nommer.
As soon as the child finally manages to stand up vertically and makes his first steps, he attains the stage of the penguin and enters the world. His imaginary interpretation of the world changes according to the height of his eyes and the mobility of his legs. Reaching and griping persons and objects, he begins to decipher and name them.
Cuando el niño al fin crece hasta ponerse de pie y dar el primer paso, el alcanza la fase del pingüino y  entra en el mundo. Su interpretación fabulosa del mundo cambia según la altura de su mirada y la movilidad de sus piernas. Alcanzando y agarrando personas y objetos, el empieza descifrar y nombrarlos. 

Wenn das Kind endlich auf seine Beine steht, und seine ersten Schritte macht, erreicht er die Phase des Pinguins, und tritt in die Welt ein. Seine imaginäre Weltanschauung ändert sich nach seiner Beweglichkeit und nach der Höhe seiner Augen. Er erobert die Personen und Objekte die er erreichen und greifen kann, und fängt an, sie zu dechiffrieren, und mit Wörtern zu benennen.

mardi, septembre 23, 2014

Pensée conceptuelle et pensée artistique

L'agneau-loup, acrylique sur toile, 92 x 122 cm, 2013

Cette théorie mythanalytique que j'expose ainsi de blog en blog, je la construis conceptuellement, mais aussi avec ma démarche artistique. Mon expérience est celle du recours à la pensée artistique, un expression rarement employée et qui se présente même comme un oxymore, du fait de l'idéologie dominante qui lie art et irrationnel, mais qui correspond bien réellement  à la réalité du processus de création.
Les images que je peins m'obligent à questionner avec plus d'acuité les concepts pour lesquels j'opte. Mes décisions de peintre, la composition, les choix de couleurs, la touche picturale, les postures sont autant de décisions théoriques, qu'elles confirment ou requestionnent au fil de la recherche-peinture. Chaque jour, je fais l'expérience de la fécondité méthodologique de cette double démarche conceptuelle et artistique, et j'y découvre un plaisir, une motivation et une dynamique puissants, dans ma quête de lucidité.  Les problèmes picturaux auxquels je suis confronté sont aussi des problèmes théoriques et cette double approche m'aide à les résoudre - ou à les trancher.

lundi, septembre 22, 2014

Le bestiaire animalier de l'inconscient




L'agneau-loup, acrylique sur toile, 9 x 122 cm, 2013

J'ai choisi, pour désigner les stades successifs du développement de l'infans dans sa fabulation mythique, des métaphores animales spécifiques. Ce bestiaire mythique n'est pas sans signification, car nous recourons très souvent aux figures animales dans nos fabulations, celles des contes pour enfants, mais aussi celle des adultes. Nous sommes très attachés dans notre inconscient au règne animal, dont nous sommes une espèce parmi d'autres. Notre goût pour les animaux domestiques, chiens, chats, oiseaux, poissons - et j'en passe ! -, notre usage des animaux de travail, notre attirance pour la chasse, la pêche, les animaux de la ferme, les réserves naturelles, les safaris, les aquariums, les zoos, autant que nos contes et légendes, notre littérature, en particulier les fables, nos bandes dessinées et nos films d'animation, genre Walt Disney, en témoignent surabondamment. Certes, ce langage métaphorique que j'ai adopté correspond à des stades biologiques du développement de l'infans, du point de vue de l'observation courante et avec une part d'imagination personnelle que je reconnais d'autant plus volontiers, que j'en ai fait le choix méthodologique.  Mais il correspond aussi à la nature animale de ces fabulations mythiques, présente dans tous les mythes d'origine des diverses sociétés humaines. J'aurais pu évoquer d'autres métaphores animales, le serpent, le poisson, l'oiseau. Nous avons tendance nous-mêmes, en Occident, à valoriser par exemple l'ourson (en peluche), le petit canard, le petit cochon et nos animaux domestiques, chien et chat. Dans d'autres cultures, il en sera différemment.
Ce bestiaire animalier varie, mais aucune culture, donc aucun inconscient collectif  ne se passe de ces métaphores. Les récits sont multiples, empreints de magie, de fantastique, évoquent des merveilles ou des frayeurs (loups-garous, dragons, oiseaux de malheur), mais aussi des symboles (la colombe du Saint-Esprit ou de la paix, le coq gaulois, l'aigle impérial, l'écureuil ou la fourmi qui épargnent, le paon, etc.) L'astrologie a institué un bestiaire compliqué, comme aussi la civilisation chinoise, qui attribue chaque nouvelle année à un cycle de figures animales qui sont chaque fois célébrées.
Il est donc permis au mythanalyste d'inventer à son tour un bestiaire pour caractériser les phases successives du développement de l'inconscient et de la fabulation mythique. On peut y voir un jeu gratuit, une ironie, mais aussi une invention qui tente de rendre compte avec pertinence de l'évolution biologique, musculaire et psychique de l'infans.
Et dans la peinture qui accompagne ce texte, la figure de l'agneau-loup, comme je l'ai déjà mentionné dans un blogue précédent, évoque l'ambivalence des mythes et le confusionnisme dramatique de beaucoup de nos rêves, qui virent tantôt au désir, tantôt à la frayeur.

dimanche, septembre 21, 2014

Le "stade de l'ourson"

Le stade de l'ourson - mythanalyse, 幼熊阶段 - 神话分析,布面丙烯酸, acrylique sur toile, 122 x 92 cm, 2014

在"背上的乌龟"阶段之后是幼熊阶段,这时儿童能够坐着,通过爬行四下移动。面对这个他刚刚开始与之互动的外部世界,他意识到自己身体的自主性。他的各种虚构随着他的各种发现发展变化。(神话分析)
Après le stade de la tortue sur le dos, l'enfant va prendre conscience d'une certaine autonomie de son corps face au monde. Il va devenir capable de s'asseoir, puis d'acquérir une mobilité à quatre pattes. Commence alors ce que j'appelle le stade de l'ourson. La séparation de sa conscience de lui-même et de celle de "l'extérieur" va entraîner des changements majeurs dans sa fabulation du monde. Il fait l'expérience nouvelle d'un face à face et d'un pouvoir de manipulation avec ses jambes et ses bras-mains, alors qu'il était au stade précédent principalement dans un développement oral, usant de sa bouche pour connaître les objets qui s'approchaient de lui. Il acquiert la conscience de la profondeur de l'espace et de sa capacité à s'y déplacer, près du sol, certes, et cela change son angle de vue et ses sensations d'appréhension. Il découvre son pouvoir d'interactivité avec le monde dans une sorte de corps à corps musculaire. Il peut ramper vers sa mère, lancer ou aller chercher des objets, s'éloigner de sa position assise, dans toutes les directions. Son regard s'active autant que ses muscles. Il part à la découverte, fait des expériences, ludiques ou douloureuses, et veut en savoir plus sur ce nouveau monde qui se dresse face à lui comme un défi, mais aussi comme un magma désirable, où il va apprendre de plus en plus à faire des distinctions, à contourner ou à saisir. Il n'est plus victime passive, immobilisée, mais il devient un être pro-actif. Il exerce et renforce ses trois instincts, de plaisir, de pouvoir et de destruction: Eros, Prométhée et Thanatos. Ses aventures suscitent de nouvelles logiques, de nouveaux buts, de nouveau désirs, de nouvelles frayeurs, de nouveaux pouvoirs, donc de nouveaux récits: toute une nouvelle fabulation dans son interprétation du monde.

Ainsi, d'un stade à un autre, celui du chaos originel, celui de la tortue sur le dos, puis maintenant celui de l'ourson, assis ou rampant, les mythes fondateurs de son rapport au monde évoluent, se consolident ou s'effacent dans sa conscience, mais non pas dans sa mémoire inconsciente, où ils demeureront actifs. Et il crée surtout de nouveaux mythes correspondant à ce nouvel état.

Dans cette peinture, dont la reproduction accompagne ce texte, j'ai tenté de mettre en évidence l'expérience du face à face de l'infans et du monde, qui est à son échelle, encore confus ou chaotique, mais qui commence à se structurer au rythme de ses interactions.