tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.
dimanche, juillet 03, 2011
le sommeil
Vie diurne et vie nocturne, veille et sommeil, vie pratique et rêve ou cauchemar: nous avons une vie à deux temps, deux facettes, que nous imposent les configurations de l'univers et de nos corps, mais qui fonde aussi la structure de notre imaginaire. Ayant déjà évoqué précédemment ici la physiologie du rêve,je n'y reviendrai pas. Mais il faut admettre que l'ombre et la lumière sont pour nous deux sphères symboliques très élaborées, dans toutes les cultures humaines, qui ont largement contribué à déterminer nos religions, nos inconscients collectifs et individuels, nos mythes, et qui les modèlent encore aujourd'hui.
Conséquemment, le sommeil apparaît certes comme un temps de repos du corps, exception faite du cerveau. L'interprétation des rêves semble avoir toujours été un domaine privilégié de connaissance, jadis des devins et autres pythies, aujourd'hui des psychanalystes. L'oeil de la nuit, l'oeil de l'oreiller, voit, évoque, prescient le passé, le présent et le futur de nos vies. Nous prêtons au sommeil des vertus de communication avec les esprits et l'au-delà. Certes, Freud, le mystificateur mystifié, a ramené cette science occulte à l'expression inconsciente mais très matérialiste de nos instincts Éros et Thanatos, et au défoulement répétitif de nos traumatismes infantiles. Il demeure que pour lui le sommeil et l'hypnose, deux états qui nous dépossèdent du contrôle rationnel par le Surmoi de nos mouvements et de notre auto-contrôle, permettent de mettre à nu notre inconscient. Le sommeil impose la nudité du corps et de l'inconscient. Une nudité individuelle qui revêt les voiles de nos mythes collectifs et de leurs échos individuels.
vendredi, juillet 01, 2011
Mythanalyse et mythologie
L'un des postulats fondamentaux de la mythanalyse est de reconnaître la présence incontournable des mythes dans nos sociétés contemporaines. Alors que nous nous étonnons de la naïveté des Égyptiens, des Grecs ou des Incas, qui croyaient à des dieux que nous jugeons totalement imaginaires, et que nous nous pensons modernes, la réalité est que nous mythifions nous-mêmes aujourd'hui tout autant des figures imaginaires qui sont tout aussi ingénues. La mythanalyse explore les mythes actuels, tandis que la mythologie déploie des trésors d'érudition historique sur des mythes anciens. Il n'est pas question ici de dévaloriser la mythologie, extrêmement intéressante et significative de notre passé, et qui peut nous éclairer sur notre présent, mais de marquer la différence avec l'actualité de la mythanalyse. C'est en ce sens que nous nous sommes, dès les années 1970, orientés différemment des historiens importants de la mythologie, tels que Gilbert Durand, Henri Corbin, Mircea Eliade, etc.
Certes, les mythes naissent, meurent, se transforment, et beaucoup de nos mythes actuels ont de nouvelles apparences, que nous appellerons modernes, postmodernes, posthumanistes, etc. Mais nous demeurons aveugles à la naïveté de nos monothéismes actuels, de nos croyance dans la Raison, l'Economie, le Progrès, la Technoscience, le numérique, etc. Il n'en demeure pas moins important de distinguer nous aussi aujourd'hui entre les bons et les mauvais mythes et dans leur ambivalence entre leurs bonnes et leurs mauvaises facettes.
jeudi, juin 30, 2011
Naissance de la mythanalyse
La naissance de la mythanalyse peut se raconter. Le récit que j'en ferai sera inévitablement personnel et d'autres pourront proposer une autre histoire.
Je dirai que la mythanalyse doit beaucoup à l'émergence idéologique et la légitimation de l'irrationnel dans notre chère maison occidentale. Il faut ici rendre hommage à Rimbaud, Lautréamont, à Dada et au surréalisme. La poétique des éléments premiers ou l'analyse critique de la science , telles que déployées par Gaston Bachelard, constitue aussi un moment important. Bien sûr, cette histoire compte avec Freud, son Totem et tabou, son Malaise dans la civilisation, deux textes qui tentent d'élargir la psychanalyse à l'anayse sociale. On se doit de souligner aussi l'importance de Jung, de son idée d'inconscient collectif, de son invention des archétypes, d'Erich Fromm, notamment de son Langage oublié : introduction à la compréhension des rêves, des contes et des mythes. Nous citerons aussi les tentatives de la socioanalyse, en particulier de Gérard Mendel. Mais la mythanalyse doit beaucoup plus à la sociologie. Il faut reconnaître l'importance des Formes élémentaires de la vie religieuse de Durkheim, mais selon moi plus encore rendre hommage aux analyses des rapports entre espace pictural et société publiées par Pierre Francastel. Francastel a été mon maître à penser, tant pour concevoir l'art sociologique que la mythanalyse.
Nous nous ferons un devoir de souligner l'approche de Gilbert Durand, surtout de ses Structures anthropologiques de l'imaginaire, un livre dont le titre portait un ambitieux projet, mais qui en réalité a beaucoup déçu et n'a pas eu de suite, même pour ceux qui, comme lui, se sont passionnés pour la mythologie ancienne. Plus récemment, j'ai trouvé beaucoup d’intérêt dans l'ethnopsychanalyse de Tobie Nathan.
Pour ce qui me concerne, j'ai eu l'intuition de l'importance de la mythanalyse en construisant la théorie de l'art sociologique dans les années 1970. C'est la critique de l'idéologie avant-gardiste qui m'a fixé sur l'analyse du mythe du progrès et de son incompatibilité avec les mythes de l'art. J'en ai parlé assez précisément dans le dernier chapitre de L'Histoire de l'art est terminée (Balland, Paris, 1981) et j'ai commencé dans la foulée à rédiger un manuscrit intitulé Mythanalyse qui a été refusé par André Balland en 1983. Pour toutes sortes de raisons personnelles - divorce, émigration au Québec, création de la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal en 1985 et engagement dans les arts numériques -, j'ai laissé reposer ce manuscrit que je n'ai repris qu'en 1999, en même temps que la peinture et que j'ai publié en ligne en 2000, sous le titre Mythanalyse du futur (www.hervefischer.net).
Ce texte a été pour moi une sorte d'atelier de pensée, d'où sont sortis successivement depuis trois livres qui, selon moi, fondent sérieusement la mythanalyse et en proposent la théorie: CyberProméthé ou l'instinct de puissance (vlb, Montréal, 2003), Nous serons des dieux (vlb, 2006) et La société sur le divan, éléments de mythanalyse (vlb, 2007).
Les deux éléments les plus fondamentaux me paraissent être, outre l'affirmation de la pleine actualité des mythes dans nos sociétés contemporaines, l'élaboration théorique de l'instinct de puissance, que j'ai appelé Prométhée, reprenant la tradition grecque de Freud actualisant Eros et Thanatos, et la structure élémentaire du carré parental (la mère, le père, l'autre et le nouveau-né).
Cette structure élémentaire qui est le fondement de la mythanalyse, est biologique et culturelle. Je ne suis pas prêt à admettre dans la mythanalyse d'autre théorie que matérialiste. Les approches idéalistes, telle celle de Jung ou de Fromm déconsidèrent la mythanalyse en se fondant naïvement sur un mythe non reconnu comme tel.
Bien sûr, je compte publier un autre livre sur la mythanalyse, qui développera et articulera les idées que j'accumule dans ce blogue. Un de ces jours.
mercredi, juin 29, 2011
mythanalyse du temps
Pensez-y: le temps vaut mieux que l'éternité! Bien sûr, le temps passe. Il faut savoir en profiter d'autant plus, précisément, qu'il n'est pas éternel. C'est le cycle de la nature qui est en jeu. La brièveté de la vie nous a incité à doter les dieux d'une vie éternelle. Dès qu'on en analyse les vertus et inconvénients, on ne peut qu'en constater l'incongruité. L'éternité est un concept limite impensable.
Voilà donc typiquement un concept imaginaire qu'on ne peut imaginer, et métaphysique qu'on ne peut rationaliser. Ce que j'appelle en mythanalyse une limythe.
Nous en avons beaucoup d'autres, comme l'infini (grand ou petit), l'absolu, le néant, etc. Ce sont des concepts abstraits symétriques du réel où s'inscrit ce que nous n'avons pas, ne sommes pas, ne pouvons ni penser ni imaginer, mais qui signalent des peurs ou des désirs bien réels. Nous ne pouvons sortir des limythes de l'existence. Mais constamment nous aspirons à surmonter nos frustrations. L'instinct de Prométhée.
mardi, juin 28, 2011
le dieu Janus
Divinité romaine qui préside aux commencements et aux passages, Janus avait deux visages dos à dos. On l'invoquait avant les autres, pour favoriser le rituel. Il savait ce qu'il y avait des deux côtés, le passé et le futur, l'intérieur et l'extérieur. Il commençait l'année (mois de janvier). Chaque homme raisonnable s'assurait de le prier pour guider ses actes. Il offrait la sécurité d'avoir des yeux dans le dos, si l'on peut dire - principe de prudence -, mais aussi deux cerveaux, peut-être.
Ce double pouvoir a valeur emblématique contre toute pensée simpliste, binaire, catégorielle. Il vaut pour le philosophe artiste aussi, celui qui adopte deux modes de connaissance, le théorique et le sensible, le rationnel et l'intuitif, le conceptuel et le visuel, l'écriture et la peinture, l'installation et la performance.
Il incarne les doubles facultés que nous avons tous, mais que la catégorisation aristotélicienne, la pensée binaire de Platon, le système institutionnel académique ont opposées et dont elles nous interdisent le double usage. On a même tendu à les opposer selon les genres: la rationalité masculine et l'intuition féminine. Ce mode de pensée caricatural nous renvoie à la structure élémentaire biologique du masculin et du féminin, qui détermine certainement beaucoup de cultures, de mentalités, d'organisations sociales, à partir de l'expérience du carré parental.
Cette complexité du dieu Janus, qui lui confère tant de puissance, n'a pas été jusqu'à lui reconnaître les vertus d'Hermaphrodite, même s'il y a en chacun de nous, admet-on, des facettes masculines et féminines.
lundi, juin 27, 2011
Maîtriser les monstres
La magie nous protège des méchants, les grigris des ennemis. Le beau Prince tue le dragon pour libérer sa princesse et accéder à elle. Le centaure tue l'aigle qui dévore le foie de Prométhée enchaîné et le libère. Hercule tue bien des monstres. L'archange Saint-Michel tue le diable incarné en serpent monstrueux. Quand le démon ou le cyclope deviennent des gargouilles de nos églises, ils sont maîtrisés, soumis. Bons à recueillir l'eau de la toiture et à la faire couler loin des murs. Nous avons une longue tradition humaine de divers fétiches, formules, prières et rituels pour nous mettre à l'abri des forces obscures du Mal. L'homme est inventif, tant en menaces qu'en remèdes.
Mais pourquoi imaginons-nous ces forces ténébreuses? Pourquoi avons-nous peur de ce que nous ne voyons pas et croyons d'autant plus effrayant? D'où nous vient cette anxiété créatrice de figures horribles? Pourquoi ce sentiment si puissant d'insécurité? D'un traumatisme de notre enfance? De notre genèse? Découvrirons-nous dans les mythologies de toutes les civilisations des sagas explicatives? La boîte de Pandore? Adam et Ève chassés du Paradis?
Nous hypostasions ce qui menace notre sécurité physique, notre vie, nous donnons des visages à notre peur de souffrir. La vie foetale est-elle si fatale, celle du nouveau-né à ce point dramatique? Est-ce l'instinct qui angoisse si profondément le nouveau-né lorsque qu'il a faim ?Pourquoi l'enfant grandissant a-t-il si peur du noir?
Parmi toutes les hypothèses qu'il faudra étudier, on ne peut manquer de considérer la dépendance totale, vitale du nouveau-né qui s'agite sur le dos pour obtenir le sein. L'obscurité aussi contribuera à priver de sécurité physique celui qui aspire à dormir. On observe les craintes des animaux, leur habitudes pour se mettre à l'abri, se cacher lorsque la nuit donne l'avantage aux prédateurs bien réels qui profitent de ll'obscurité pour chasser et ont une vision ou un odorat adaptés à cette fin.
La peur n'est pas dans nos gènes, sinon au niveau de l'instinct. Et elle est dans notre culture, qui nourrit notre imaginaire. Elle est déjà présente dans le carré parental, dans l'angoisse des parents.
dimanche, juin 26, 2011
Le cyclope
Géants, fils d'Ouranos (le ciel) et de Gaia (la terre), les cyclopes ont un seul oeil, rond. Ils possèdent une force exceptionnelle et ont créé le tonnerre, la foudre et l'éclairs, dont la foudre Zeus, pour le remercier de les avoir libérés du Tartare, et qui permettra à celui-ci de dominer le monde. Cette saga mythologique grecque évoque donc la force brutale et la capacité de voir l'adversaire pour mieux le tuer. Ce sont l'une des figures de monstres qui ont personnifié dans toutes les mythologies nos peurs les plus grandes. Dans la cosmogonie actuelle, ils ne seraient plus les porteurs de l'éclair, du tonnerre et de la foudre, mais des tremblements de terre, de la guerre atomique, du cancer, du sida ou du terrorisme.
On constate que dans la mythologie grecque, l'anthropomorphisme dominait: c'étaient des figures monstrueuses, mais toujours des déformations humaines. Aujourd'hui, notre effroi s'image avec des virus et des cellules, des bombes ou des plaques tectoniques. L'imaginaire s'est en quelque sorte refroidi. Notre peur est plus précise, plus objectivée, donc mieux maîtrisée. Seules des sectes extrêmement marginales nous annoncent encore l’Apocalypse pour demain. De moins en moins de gens croient aux Enfers. Nos connaissances scientifiques, aussi limitées soient-elles encore, nous libèrent de nos peurs ancestrales et nous donnent l'espoir de vaincre les monstres.
Voilà un magnifique progrès de notre évolution. Le pouvoir de la science est certes un mythe - un mythe récent, parmi les plus actuels; mais c'est un mythe bénéfique. Un mythe qui mérite qu'on y croie, comme au mythe du progrès, et qu'on travaille à le développer. Ces mythes nous libéreront des cyclopes et autres monstres de notre irrationnel.
samedi, juin 25, 2011
Structure élémentaire de nos mythes
La peur est la peur de quoi? Peur du noir? Peur de l'inconnu? Peur de l'autre? Peur de la perte? Peur de la mort? La mort réunit toutes ces peurs: la perte, le noir, l'inconnu, l'autre. La peur se contrôle très mal. Elle nous saisit, le plus souvent elle devient irrationnelle, elle tourne à l'effroi, qui est une sorte de peur totale, quasi religieuse, d'une puissance très supérieure à nous. qui nous glace et nous paralyse, comme la mort.
Le vocabulaire multiplie les émotions: affolement, crainte, épouvante, horreur, terreur. Le physiologique se mêle au religieux dans ce saisissement. Le mystère menaçant entre en scène. Nous imaginons le tremblement qui pouvait saisir les premiers hommes en cas d'orage, de tremblement de terre, d'éruption volcanique, ou simplement face aux bruits de la nature, du vent dans la forêt.
L'imaginaire est le catalyseur de l'effroi. Nous voilà confrontés à la peur de l'imaginaire, que l'obscurité favorise, que la lumière chasse, comme elle éloigne les fantômes, les monstres, les mauvais esprits. Notre imaginaire est structuré par ce binôme de l'ombre et de la lumière, ce rythme binaire éternel auquel l'homme a dû s'adapter, cette nuit, dont nous avons parlé tout récemment. L'ombre appelle l'imaginaire, la lumière l'éloigne, ou l'oriente autrement, plus créativement, moins peureusement.
Voilà bien une structure élémentaire, anthropologique, aurait dit Gilbert Durand, de l'imaginaire et de nos mythes.
vendredi, juin 24, 2011
La bonne nouvelle
Manifestement, tout le monde n'a pas encore reçu le faire-part. Et Saint-Thomas, l'incrédule, lui-même, ne pourra pas toucher ce qui n'existe pas pour s'assurer de son inexistence.
jeudi, juin 23, 2011
le paradis
Nous imaginons un autre monde où nous serions débarrassés de nos limites terrestres, voire de nos souffrances. Nous l'appelons le paradis. Et même si nous ne situons pas cet autre monde dans les nuages ou dans le ciel, si nous le croyons proche de nous sur Terre, invisible mais intime,et que nous y situons les esprits de la nature, de nos mort, de nos anges et de nos ennemis, il demeure que nous en éprouvons le besoin psychique.
Le monde des eidos platonicien, le monde virtuel du numérique, le monde intelligent de nos ordinateurs et de nos mobiles, toutes ces déclinaisons d'un autre monde que nous survalorisons et qui nous libère de nos frustrations d'ici-bas, constituent une constante des imaginaires sociaux à travers les âges.
Tout ce que nous ne savons pas et que nous désirons savoir pour comprendre d'où nous venons et comment mener nos vies, nos morts le savent-ils? Le saurons-nous après notre mort? Curieux fantasme, qui nous parle de nous et de rien d'autre. Et nous peuplons cet autre monde des figures de nos mythes.
mercredi, juin 22, 2011
La mythanalyse est nécessairement athée et matérialiste
On ne peut pas développer la mythanalyse en se basant sur une croyance mythique comme la religion. Ce serait hypothéquer d'emblée la démarche critique de démystification que nous voulons construire. La mythanalyse ne peut pas davantage être idéaliste et invoquer à la façon de Jung, des archétypes comme formes universelles et éternelles de notre inconscient. La mythanalyse est nécessairement sociologique et historique, relativiste.
Le matérialisme lui-même n'est pas un mythe impliquant une croyance. C'est plutôt un état ou une vision de non-croyance, qui ne met en jeu que la matière, sans lui prêter de forces animistes ou transcendantales. L'athéisme matérialiste est un degré minimal, si non un degré zéro de mythification. Je ne dis pas qu'on n'y retrouve pas d'investissement inconscient. Mais il n'est pas nécessaire de mettre en scène Gaia ou une déesse Nature pour penser le monde en termes matérialistes, panthéistes, athée. Il faut plutôt déchiffrer cette tendance à imaginer la terre comme une figure matricielle, c'est-à-dire maternelle.
Nous sommes donc à l'opposé de Jung et de ses disciples.
mardi, juin 21, 2011
L'obscurité du monde
Aujourd'hui 21 juin, solstice d'été dans l'hémisphère Nord. Le jour le plus long de l'année, la nuit la plus courte. Un évènement du calendrier que les humains ont toujours célébré magiquement, religieusement, socialement, tant la symbolique de notre interprétation du monde en dépend. Entre l'obscurantisme et les Lumières, la superstition prêtée aux primitifs et la lucidité revendiquée par les modernes, nous n'en finissons pas d'interpréter la lumière et de prêter à l'obscurité des maléfices qui nous effrayent.
La mythanalyse de la lumière ne peut s'écrire qu'au regard (sic!) de l'obscurité. La nuit n'est pas qu'une absence de lumière. Elle est un autre univers, habité, hanté par les esprits, peuplé de fantômes, monstres grouillants. Dans cette image binaire d'un univers manichéen - on/of - oui/non - nous retrouvons toutes les figures de nos inconscients, individuels ou collectifs. Dieu et le Diable, notre vie active et nos rêves ou cauchemars. Notre univers est noir et blanc. Une structure visuelle fondamentale de notre cosmogonie qui se reflète aussi bien dans notre logique rationaliste que dans nos dérives racistes.
Et qui serions-nous, comment penserions-nous, si la nuit n'existait pas? Si nous ne dormions pas? Si la nuit ne protégerait pas notre sommeil? Beaucoup d'autres d'espèces vivantes s'en accommodent très bien. Du moins s'accommodent très bien de la noirceur. Mais en existe-t-il qui ne connaissent que la lumière? Les anges? Les esprits des morts qui ont rejoint Dieu?
Sans doute Dieu ne dort-il jamais! Et ceux qui ont le privilège de partager sa lumière non plus. Sans être théologien, je suppose qu'il n'y a pas de nuit au Paradis.
dimanche, juin 19, 2011
structure élémentaire de la mythanalyse
Le nouveau-né construit ses relations au monde et à lui-même dans un système qui met en scène principalement la mère, le père et l'autre (la société). Bien entendu ce dispositif de construction psychique peut varier considérablement en intensité d'un individu à l'autre: absence ou présence hyperactive du père ou de la mère, frères et soeurs, et susciter donc des variantes psychologiques, voire des fixations ou des dysfonctions. L'autre - la société - demeure toujours un acteur fondamental du carré parental à travers le langage et la culture des parents.
Lorsque le monde vient à l'enfant et que celui-ci apprend tout à la fois sa totale dépendance et les modes d'emploi, cette structure élémentaire formate ses structures neuronales d'interprétation de l'univers, du proche vers le lointain. L'interactivité que le nouveau-né développe avec cet univers familial se projette sur l'univers lointain et renforce sa structure imaginaire et logique à la mesure de l'efficacité qu'il apprend à obtenir.
Ce formatage structurel sera définitif. Et il se décline évidemment en fonction de la diversité de l'autre, selon les sociétés et les cultures où chacun naît.
C'est cette structure élémentaire, biologique et familiale - familière - que j'ai analysée dans La société sur le divan, éléments de mythanalyse. Plus j'ai travaillé avec cette hypothèse, plus elle s'est confirmée et affinée.
La mythanalyse est donc une théorie matérialiste, comme la psychanalyse freudienne, basée sur la biologie et la société. Nul besoin, à la façon de Jung, de faire intervenir des archétypes, des formes éternelles et universelles qui flottent dans un idéalisme créateur de fausses explications. La mythanalyse s'inscrit évidemment dans la diversité des cultures et dans la psychologie constructiviste de Piaget. Elle n'a pas besoin de ces hypothèses jungiennes pour se déployer. C'est pourquoi, au-delà de l'érudition incontestable et intéressante de Jung, j'ai toujours refusé sa position idéaliste et universaliste, qui, malheureusement, a eu beaucoup de succès auprès de plusieurs prétendants à exposer une mythanalyse jungienne.
samedi, juin 18, 2011
Vérité et lucidité
Il ne faut pas confondre la vérité, une quête du Graal idéaliste, illusionniste, quasi théologique et impossible, et la lucidité, qui est une exigence quotidienne de l'esprit, une attitude consciente de son relativisme, mais aussi de la liberté critique qu'on peut en obtenir bien réellement. La mythanalyse démystifie la vérité - les vérités -, mais elle construit une lucidité de l'esprit humain, toujours en chemin, mais qui peut prétendre aussi être toujours en recherche de son progrès.
vendredi, juin 17, 2011
Mythanalyse de l'art
L'art est un champ d'études privilégié pour la mythanalyse, parce qu'il met en scène le mythe fondamental de la création. Nous avons beaucoup écrit sur le sujet. Ce que nous avons moins souligné, c'est que la création artistique est elle-même un outil important pour la mythanalyse, dans la mesure où il'artiste image les concepts, développe des logiques créatrices de liens, provoque des surprises. Représenter Dieu, c'est nécessairement lui donner une forme, des couleurs, une posture, un narratif qui questionnent notre imaginaire ou mettent en évidence un stéréotype de notre inconscient collectif. Choisir une couleur, une typographie pour mettre Dieu en scène, c'est en questionner la figure, opter pour un imaginaire plutôt que pour un autre. Cette démarche visuelle de création diverge éventuellement de la démarche analytique conceptuelle, libère des modalités de l'imaginaire, ou vient confirmer l'hypothèse théorique. Écrire, c'est penser. On le souligne souvent. On oublie de dire que l'art aussi pense, comme l'écriture, et nous enmène parfois plus loin, ailleurs, sur des territoires à découvrir.
L'artiste philosophe se donne ainsi de nouveaux outils mythanalytiques. Il surfe sur la vague et se fait prendre aux hameçons de l'imaginaire du pêcheur.
jeudi, juin 16, 2011
Mythanalyse et philosophie
Il peut être utile dans la recherche de cloisonner les disciplines, mais cette façon de faire est plus institutionnelle qu'épistémologique. Nul ne doute de l'importance de l'inter- ou transdisciplinarité. Sans doute des philosophes se sont-ils intéressés légitimement à la psychanalyse, mais rares sont les psychanalystes qui revendiquent une posture philosophique ou simplement s'interrogent philosophiquement sur leurs concepts, leurs logiques, leur idéologie. Cette réflexion s'impose pourtant. Les concepts de moi, d'inconscient, de lien, de refoulement, etc. appellent une analyse critique du point de vue philosophique et non pas seulement clinique ou thérapeutique. Des valeurs sont en jeu, individuelles et sociales, des modèles de normalité, des idéaltypes. Les concepts de désir, pulsion, instinct, vérité, personnalité de base, narcissisme, etc. ne devraient pas être manipulés et imposés au sujet-patient sans préalable philosophique.
Il en est de même quant à la mythanalyse; les concepts de mythe et de vérité, d'origine et de finalité, de progrès, d'histoire, etc.ont tous une dimension philosophique. Il ne s'agit pas seulement de la prendre en compte, mais de reconnaître que tous les concepts philosophiques, les logiques de vérité, le rationalisme lui-même sont l'objet même de la mythanalyse. La mythanalyse se situe nécessairement en amont de la philosophie, puisqu'elle démythifie les concepts mêmes qui sont l'objet de la philosophie.
Inversement la philosophie a toute légitimité à questionner l'approche mythanalytique. Heidegger analysait les métaphores de la pensée, d'un point de vue poétique et métaphysique pour approcher l'origine de la pensée et de la vérité. La mythanalyse lui en reconnaît pleinement le mérite, malgré ses dérives fascistes détestables. De la philosophie la mythanalyse reprend l'esprit critique, démystificateur. La mythanalyse sait qu'elle ne découvre pas La vérité, mais se déplace seulement entre les métaphores et les mythes, les opposant les uns aux autres pour les repérer et les analyser, selon cette méthode cartographique de la triangulation à laquelle je me suis souvent référé pour me faire comprendre. Mais lorsque la mythanalyse questionne la gigure de Dieu ou du bonheur, elle ne se dilue ni dans la théologie ou la métaphysique, ni dans la psychologie ou la psychanalyse. Elle sait que dès lors qu'on conceptualise et raisonne, on n'échappe pas à la métaphysique, ni à la théologie. Au moins elle le sait. Certes, cela limite lucidement ses espoirs de vérité, mais aussi ses illusions rationnelles. Cela augmente son pouvoir d'élucidation critique et auto-critique.
On ne peut donc pas opposer, ni même séparer la mythanalyse de la philosophie. Et réciproquement. Voilà mon prolégomène à toute philosophie, qui nous mène un pas plus loin que Kant. Mais que veut dire "plus loin"? Plus en profondeur, plus près de la vérité? Il ne faut pas confondre vérité et lucidité. La vérité est un idéal inaccessible. Je peux même dire qu'elle n'existe pas. La lucidité est une démarche critique, autocritique, relativiste, en quête de liberté de l'esprit. Cette quête précisément qui me permet de dire que la vérité n'existe pas.
Libellés :
psychanalyse et philosophie,
vérité et lucidité
mercredi, juin 15, 2011
L'artiste et l'ordre du monde
Admettons qu'il existe un principe d'organisation dans la nature. Nous n'avons aucune prise sur cet ordre que nous déchiffrons, à l’échelle astrophysique aussi bien que microbiologique, mais nous sommes capables de le détruire sur notre planète en y créant le chaos ou en modifiant les écosystèmes. L'artiste l'explore, comme le scientifique, bien que selon des modalités différentes. L'artiste le déchiffre, le célèbre, en propose des variations, classique, impressionniste, fauviste, cubiste, etc. Il construit donc culturellement notre perception de cet ordre, incluant son idéologie, sa symbolique, son espace-temps.
On pourrait dire que l'artiste déchiffre, célèbre, critique, détruit, reconstruit cet ordre du monde, du moins l'interprétation que nous en avons.
Et il en est de même pour l'ordre social, qui est étroitement liée à notre image du monde. L'artiste célèbre, critique, détruit, reconstruit l'ordre social. L'artiste du XXIe siècle le questionne. Il aborde les débats philosophiques de valeurs, de sens, d'éthique.
Le fils respecte, questionne, critique l'ordre du père et plus généralement l'ordre du carré parental.
mardi, juin 14, 2011
Technosentimentalité
Étrange paradoxe que ces émotions qui nous envahissent face à une machine, ou a fortiori lorsque nous sommes aux commandes, que ce soit une voiture puissante, un écran d'ordinateur, un robot. Manifestement, c'est la puissance de la technologie que nous avons nous-mêmes créée, qui nous touche. Cette puissance prométhéenne met en équation notre fragilité, les dangers auxquels nous nous exposons, et notre propre dépassement. Comment nier alors que la technoscience soit désormais au coeur de notre culture, de notre humanisme. Elle s'y exprime par les émotions profondes que nous ressentons, par la beauté du design, par le son, le mouvement, elle catalyse des dispositifs narratifs et d'échanges humains dans lesquels nous nous imbriquons, comme dans la lecture d'un roman. Elle nous imagine! La technoscience n'est aucunement froide et rébarbative comme on le dit, comme nous avons appris à le penser dans de mauvais cours scolaires. Avec la technoscience, nous sommes à la crête la plus fine, la plus nerveuse, la plus étonnante de notre propre pouvoir de création du monde. C'est ce mythe même qui nous lance son défi.
lundi, juin 13, 2011
Mythanalyse du capitalisme (4): le capitalisme remplace le déisme
Je reviens aujourd'hui à la mythanalyse du capitalisme, à laquelle j'ai consacré trois textes déjà en février 2009. Je soulignais, reprenant les analyses de Max Weber sur l"éthique protestante et l'esprit du capitalisme", à quel point l'évolution de la fonction sociale de l'art confirmait sa thèse. Nous soulignions que la symbolique de l'art, originellement magique et religieuse était passée au service de la puissance terrestre et de la richesse, au point où elle incitait désormais de riches financiers à devenir collectionneurs et tendait à légitimer leur réussite. Et ces rois du capitalisme ne manquent pas, avant de mourir, de léguer leurs collections à des musées et fondations publiques en mémoire de leur succès sur terre, comme jadis ils faisaient dons à l'Église de biens importants pour garantir leur accession au paradis.
Max Weber a montré comment le capitalisme a été identifié au protestantisme bourgeois, notamment anglo-saxon.
Nous pouvons sans doute aller plus loin et affirmer qu'après avoir été associé au déisme, et en avoir tiré paradoxalement une légitimité religieuse à nos yeux étrange, le capitalisme tend à le remplacer aujourd'hui, tant l'argent et l'économie sont devenues une nouvelle religion. Un religion désormais quasi planétaire depuis la chute du communisme, tant en Chine, en Inde, en Afrique qu'en Occident.
Il est très suspect que la religion ait pu être ainsi associée si étroitement à la puissance et à l'enrichissement dans notre histoire. Marx a dénoncé ce cynisme de l'idéologie dominante avec la vigueur qu'il méritait.
Le capitalisme a repris aussi du déisme cette violence doucereuse et cet esprit de conquête qui en ont assuré l'empire pendant des siècles.
Et nos comportements mêmes s'en ressentent, jusque dans nos vie quotidiennes. Banques et musées sont passés à la religion capitaliste et nous conditionnent lorsque nous y entrons, comme jadis lorsque nous allions à l'église.
Il demeure que la religion du capitalisme fait bon ménage aussi bien avec le déisme traditionnel et la pratique religieuse qu'avec l'athéisme. Il est vrai que le capitalisme conjugue historiquement, comme l'a montré Max Weber, piété religieuse et pragmatisme d'affaires. Déisme et capitalisme sont aussi sujets tous deux à de grandes dérives imaginaires et à des luttes de pouvoir territoriales.
dimanche, juin 12, 2011
Mythanalyse des masses sociales
Il convient de parler au pluriel des masses sociales, car elles peuvent se former et se déplacer simultanément au sein d'une même société, et entrer alors inévitablement dans un conflit qui assurera la victoire de l'une et éliminera l'autre; ou varier significativement dans leur gestation et leur profil d'une société à une autre.
On devrait aussi se demander si, à la différence des foules, les masses sont visibles. Si nous avons vraiment conscience de faire partie d'une masse - et si oui, de quelle masse et qui vise quoi?
Les masses existent-elles? La question se pose dans nos sociétés du Nord, où coexistent des deux forces, celle d'un individualisme exacerbé, et celle d'une conscience de masse. Comment ces deux pôles sont-ils compatibles? Comment s'articulent-ils? Sont-ils liés? Nous voyons bien que dans les sociétés très organiquement liées, comme les sociétés japonaise ou chinoise ou russe ancienne. dans les sociétés qu'on appelle collectivistes, l'individualisme ne compte guère par rapport à la soumission au groupe.
Sans doute pouvons-nous caractériser les sociétés occidentales de classes moyennes comme un cas particulier qu'on appellera "sociétés hyperindividualistes de masse". C'est un paradoxe, mais probablement pas une contradiction, l'intégration forte à la masse permettant sans danger d'éclatement une marge bien réelle de pseudo liberté individuelle. Je peux librement choisir de boire du Coca plutôt que du Pepsi, de manger du pain biologique ou industriel, d'aller en vacances à la mer ou à la montagne, voire d'être homo ou hétérosexuel. Le système de masse, soutenu par ses médias, son système de gestion, de consommation, de contrôle, est assez puissant pour programmer ces choix et les offrir sans que la coquille se fracture.
La question est alors de savoir qui génère, contrôle, oriente ces masses, qui, une fois en mouvement, peuvent devenir très puissantes. Le fascisme, le maoïsme, le communisme ont su maîtriser cette dynamique. La masse devient alors redoutable, elle dévore tout obstacle sur son passage, comme un énorme insecte, comme le cloporte de Kafka.
Le concept de masse sociale, en temps plus normal, disons démocratique, correspond-il à la réalité? Est-il un pôle imaginaire de notre conscience? Une peur? Ou une réalité qu'on peut décrire et mesurer?
L'imaginaire du concept de masse s'enracine dans quel mythe? Celui de la fusion organique? Celui de l'unité sociale dans laquelle se réfugie l'individu effrayé par la conscience de sa propre liberté? Répond-il à la peur des fils qui se rassemblent soudain dans l'ombre et sous l'autorité absolue du père? Lorsqu'on observe les traits de caractère de personnages comme Staline, Mao, Hitler, Mussolini, Franco, on découvre que ces leaders ont été créés, soutenus, adulés par des humains en quête d'un chef capable de les protéger contre leurs peurs, contre la misère réelle, contre les boucs émissaires (les méchants juifs, socialistes, républicains, homosexuels, gitans, etc.) Bref, contre la peur de l'Autre, du différent.
On croit être capable d'analyser le phénomène des masses fascistes. Hannah Arendt a clairement décrit le dispositif, basé sur le ressentiment du faible.
Mais dans le cas des démocraties marchandes - je préfère ce terme à celui de démocratie bourgeoise ou de classe moyenne, car il est beaucoup moins confus, pouvons-nous parler de masses démocratiques? Masses des fils qui ne se réclament pas de la protection d'un père?
Une masse peut-elle s'autogérer? Je ne le crois pas. La figure du père tout puissant semble être la clef de voûte de tout phénomène de masse. Nous, les fils libertaire, nous devrions donc redouter toute idée de masse sociale.
Question à reprendre et à approfondir, car elle touche certainement à une clé du système social actuel.
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