lundi, juin 27, 2011

Maîtriser les monstres


La magie nous protège des méchants, les grigris des ennemis. Le beau Prince tue le dragon pour libérer sa princesse et accéder à elle. Le centaure tue l'aigle qui dévore le foie de Prométhée enchaîné et le libère. Hercule tue bien des monstres. L'archange Saint-Michel tue le diable incarné en serpent monstrueux. Quand le démon ou le cyclope deviennent des gargouilles de nos églises, ils sont maîtrisés, soumis. Bons à recueillir l'eau de la toiture et à la faire couler loin des murs. Nous avons une longue tradition humaine de divers fétiches, formules, prières et rituels pour nous mettre à l'abri des forces obscures du Mal. L'homme est inventif, tant en menaces qu'en remèdes.
Mais pourquoi imaginons-nous ces forces ténébreuses? Pourquoi avons-nous peur de ce que nous ne voyons pas et croyons d'autant plus effrayant? D'où nous vient cette anxiété créatrice de figures horribles? Pourquoi ce sentiment si puissant d'insécurité? D'un traumatisme de notre enfance? De notre genèse? Découvrirons-nous dans les mythologies de toutes les civilisations des sagas explicatives? La boîte de Pandore? Adam et Ève chassés du Paradis?
Nous hypostasions ce qui menace notre sécurité physique, notre vie, nous donnons des visages à notre peur de souffrir. La vie foetale est-elle si fatale, celle du nouveau-né à ce point dramatique? Est-ce l'instinct qui angoisse si profondément le nouveau-né lorsque qu'il a faim ?Pourquoi l'enfant grandissant a-t-il si peur du noir?
Parmi toutes les hypothèses qu'il faudra étudier, on ne peut manquer de considérer la dépendance totale, vitale du nouveau-né qui s'agite sur le dos pour obtenir le sein. L'obscurité aussi contribuera à priver de sécurité physique celui qui aspire à dormir. On observe les craintes des animaux, leur habitudes pour se mettre à l'abri, se cacher lorsque la nuit donne l'avantage aux prédateurs bien réels qui profitent de ll'obscurité pour chasser et ont une vision ou un odorat adaptés à cette fin.
La peur n'est pas dans nos gènes, sinon au niveau de l'instinct. Et elle est dans notre culture, qui nourrit notre imaginaire. Elle est déjà présente dans le carré parental, dans l'angoisse des parents.

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