jeudi, juin 30, 2011

Naissance de la mythanalyse


La naissance de la mythanalyse peut se raconter. Le récit que j'en ferai sera inévitablement personnel et d'autres pourront proposer une autre histoire.
Je dirai que la mythanalyse doit beaucoup à l'émergence idéologique et la légitimation de l'irrationnel dans notre chère maison occidentale. Il faut ici rendre hommage à Rimbaud, Lautréamont, à Dada et au surréalisme. La poétique des éléments premiers ou l'analyse critique de la science , telles que déployées par Gaston Bachelard, constitue aussi un moment important. Bien sûr, cette histoire compte avec Freud, son Totem et tabou, son Malaise dans la civilisation, deux textes qui tentent d'élargir la psychanalyse à l'anayse sociale. On se doit de souligner aussi l'importance de Jung, de son idée d'inconscient collectif, de son invention des archétypes, d'Erich Fromm, notamment de son Langage oublié : introduction à la compréhension des rêves, des contes et des mythes. Nous citerons aussi les tentatives de la socioanalyse, en particulier de Gérard Mendel. Mais la mythanalyse doit beaucoup plus à la sociologie. Il faut reconnaître l'importance des Formes élémentaires de la vie religieuse de Durkheim, mais selon moi plus encore rendre hommage aux analyses des rapports entre espace pictural et société publiées par Pierre Francastel. Francastel a été mon maître à penser, tant pour concevoir l'art sociologique que la mythanalyse.
Nous nous ferons un devoir de souligner l'approche de Gilbert Durand, surtout de ses Structures anthropologiques de l'imaginaire, un livre dont le titre portait un ambitieux projet, mais qui en réalité a beaucoup déçu et n'a pas eu de suite, même pour ceux qui, comme lui, se sont passionnés pour la mythologie ancienne. Plus récemment, j'ai trouvé beaucoup d’intérêt dans l'ethnopsychanalyse de Tobie Nathan.
Pour ce qui me concerne, j'ai eu l'intuition de l'importance de la mythanalyse en construisant la théorie de l'art sociologique dans les années 1970. C'est la critique de l'idéologie avant-gardiste qui m'a fixé sur l'analyse du mythe du progrès et de son incompatibilité avec les mythes de l'art. J'en ai parlé assez précisément dans le dernier chapitre de L'Histoire de l'art est terminée (Balland, Paris, 1981) et j'ai commencé dans la foulée à rédiger un manuscrit intitulé Mythanalyse qui a été refusé par André Balland en 1983. Pour toutes sortes de raisons personnelles - divorce, émigration au Québec, création de la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal en 1985 et engagement dans les arts numériques -, j'ai laissé reposer ce manuscrit que je n'ai repris qu'en 1999, en même temps que la peinture et que j'ai publié en ligne en 2000, sous le titre Mythanalyse du futur (www.hervefischer.net).
Ce texte a été pour moi une sorte d'atelier de pensée, d'où sont sortis successivement depuis trois livres qui, selon moi, fondent sérieusement la mythanalyse et en proposent la théorie: CyberProméthé ou l'instinct de puissance (vlb, Montréal, 2003), Nous serons des dieux (vlb, 2006) et La société sur le divan, éléments de mythanalyse (vlb, 2007).
Les deux éléments les plus fondamentaux me paraissent être, outre l'affirmation de la pleine actualité des mythes dans nos sociétés contemporaines, l'élaboration théorique de l'instinct de puissance, que j'ai appelé Prométhée, reprenant la tradition grecque de Freud actualisant Eros et Thanatos, et la structure élémentaire du carré parental (la mère, le père, l'autre et le nouveau-né).
Cette structure élémentaire qui est le fondement de la mythanalyse, est biologique et culturelle. Je ne suis pas prêt à admettre dans la mythanalyse d'autre théorie que matérialiste. Les approches idéalistes, telle celle de Jung ou de Fromm déconsidèrent la mythanalyse en se fondant naïvement sur un mythe non reconnu comme tel.
Bien sûr, je compte publier un autre livre sur la mythanalyse, qui développera et articulera les idées que j'accumule dans ce blogue. Un de ces jours.

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