tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.
vendredi, juillet 13, 2018
Freud, un génie fabulateur
Il faut le souligner, Freud n'a jamais tenté de situer topologiquement dans le cerveau ni le psychisme, ni l'inconscient. Il aurait eu bien du mal à y parvenir. Aujourd'hui encore, aucun neurologue, aucun spécialiste du cerveau ne sait où les situer. Il est descendu dans "la cave" avec une "psychologie des profondeurs" qui confine à l'obscurantisme. Il affirme l'existence de l'inconscient parce qu'il croit en déceler les effets réels (réels parce que le patient souffre "réellement"). Et c'est une grande découverte: je suis de ceux qui en reconnaissent l'existence et lui attribuent un pouvoir déterminant dans notre rapport au monde.
Cette douleur réelle qui naît de l'inconscient est bien réelle, parfois tragique. Freud en a fait un récit, qui raconte une souffrance liée à des méchants (père, mère, amant(e) qui ont peuplé la biographie du "malade". Et Freud, recourant lui-même aux récits mythiques des Anciens Grecs, fait entrer sur scène Eros, Thanatos, Oedipe, Narcisse et d'autres qui nous malmènent, nous rendent malades. Avec Freud, nous sommes tous des malades. Il analyse la fiction du patient avec des mythes qu'il interprète d'ailleurs fort librement. Et-ce que cela peut guérir? J'en doute.
Mais il arrive qu'en prenant conscience d'un mythe, dont il découvre grâce à l'analyse être personnellement victime, le patient change de récit et se sente mieux. Ou au contraire que cette fabulation supposée curative proposée par l'analyste au patient aggrave sa pathologie.
La mythanalyse souligne la distinction qu'il faut faire entre mythes bienfaisants et mythes toxiques. Or tous les mythes mis en scène par Freud sont toxiques, ou du moins sont interprétés par Freud comme des récits emblématiques de pathologies. La mythanalyse, au contraire, recherche et promeut les mythes bienfaisants au niveau collectif, mais aussi individuel.
Se présentant comme un clinicien, un médecin des âmes, voire un biologiste, Freud est en fait le plus ingénieux des fabulateurs. Toute son architecture psychique, ou, comme on dit, son "économie psychique", est une invention littéraire et mythique. Elle est sans rapport avec aucune réalité neuroscientifique. Du moins même les experts en neurologie qui croient à la psychanalyse - ils sont très rares, il est vrai - n'ont jamais pu la préciser.
C'est pourtant la mythanalyse, telle que je la conçois, qui explique et situe la relation étroite entre inconscient, fabulation et cerveau. La mythanalyse postule que nous naissons "homo fabulator" et le demeurerons toute notre vie parce que ces fabulations définissent notre rapport au monde d'infans dès avant notre naissance, dès avant toute conceptualisation langagière, et s'inscrivent neurologiquement dans la plasticité de nos réseaux synaptiques de nouveau-né, puis au fil des stades successifs de notre développement biologique et fabulatoire. Ces matrices fabulatoires existent: elles sont nos réseaux neuronaux originels, les plus déterminants de nos fabulations à venir. Et seules de nouvelles fabulations de l'âge adulte - celles des récits mythiques dominants de notre culture d'appartenance - pourront éventuellement les modifier, à moins qu'elles ne les renforcent.
Freud a eu le génie de comprendre que notre rapport au monde est fabulatoire, y compris la cure psychanalytique. La mythanalyse ne dit pas autre chose.
Et elle relie ces fabulations aux sciences neurologiques, sans en nier la recherche de cohérence propre, ni la puissance médicale éventuelle. Car il ne suffit pas de découvrir des zones spécifiques du cerveau pour les émotions, la mémoire, le langage ou le raisonnement. Ce ne sont pas davantage des processeurs ou des récepteurs d'influx nerveux et chimiques qui pourront expliquer la nature de notre rapport au monde. Celui-ci est fort différent chez le rat et chez l'homme, bien qu'ils aient des cerveaux semblables à 2% prêt, d'après les spécialistes, ou chez les Égyptiens anciens et les new-yorkais actuels, qui disposent pourtant des mêmes cerveaux. Les uns comme les autres fabulent, quoique fort différemment, parce qu'ils en sont réduits à imaginer le monde, les uns comme les autres, mais dans des contextes sociologiques différents. C'est la sociologie qui détermine nos fabulations. La philosophie, la phénoménologie, l'anthropologie nous démontrent que nous ne pouvons avoir du monde qu'une connaissance imaginaire, même si personne ne niera que le monde existe. Encore que cette fabulation ait elle aussi un sens. Le succès de la série de films Matrix en témoigne.
Il faut donc reconnaître le génie fabulatoire de Freud, même si l'on peut détester son orgueil, son obsession sexuelle, son machisme, son manque d'éthique. Ce sont certes des points critiquables de ses fabulations, mais qui ont cependant contribué à sa puissance mythique. Il a été typiquement un inventeur de mythes: la psychanalyse.
La fabulation lacanienne est certes moins puissante, mais elle a le mérite de situer la psychanalyse au niveau de son exercice réel: psychanalyse et inconscient ne sont que du langage, des accidents de langage, des rencontres malheureuses ou curatives de discours. Quant au personnage de Lacan lui-même, il n'est guère plus convaincant que celui de Freud. Il est celui d'un psychiatre qui se prend pour un gourou et joue du langage comme d'un instrument de pouvoir savamment construit et exploité. Je l'ai écouté et vu faire son show à Normale Sup entre 1964 et 1969, avant qu'il en soit interdit pour "obscurantisme".
mercredi, juillet 11, 2018
Automatisme neuronal émotif et conceptuel
La puissance des matrices neuronales originelles de notre enfance (biologiques) ou de l'âge adulte (idéologiques et culturelles) leur assure un automatisme qui nous apparaît comme d'évidence ou naturel, tant dans le domaine de nos émotions spontanées que de nos croyances et de nos raisonnements.
C'est de cette fausse apparence naturelle qu'il faut se défaire pour se libérer de nos chaînes en reprogrammant ces matrices, pour maîtriser ou modifier nos émotions, pour questionner les évidences, pour créer et diverger (art, science, pensée politique).
C'est de cette fausse apparence naturelle et toxique, que le thérapeute, psychanalyste ou mythanalyste, essaiera d'aider son patient à se libérer, à partir d'une prise de conscience verbale et ou mythique, pour qu'il puisse coder de nouvelles matrices neuronales porteuses de mythes bénéfiques inspirant de nouveaux comportements positifs susceptibles de favoriser un nouveau rapport au monde (à soi et aux autres), intégrateur ou divergeant.
mardi, juillet 10, 2018
Plasticité neuronale et encodage programmatique
Les experts en neurosciences nous disent, depuis longtemps maintenant, que le sommeil paradoxal durant lequel le cerveau connaît une intense activité métabolique, pourrait constituer une période privilégiée de remodelage synaptique et que le rêve pourrait être le moment d'un processus actif de désapprentissage (reverse learning ou unlearling). Ils soulignent la plasticité synaptique qui permet de créer de nouvelles synapses et à en éliminer d'autres. Ils observent la conversion d'un codage reposant sur le transfert électrique de messages dans un circuit neuronal en une mémoire inscrite dans la structure même du circuit. Ils notent qu'une telle transition entre mémoire court terme et long terme suppose une étape de plasticité synaptique guidée par l'activité électrique du réseau. Il en résulterait un remodelage complet de la topographie des représentations somato-sensorielles. (*)
On comprend dés lors, d'autant plus que le nourrisson rêve en moyenne huit heures par jour, que toutes ses fabulations interprétatives du monde qui naît à lui s'inscrivent durablement dans la plasticité originelle des ses circuits neuronaux et constituerons des matrices fabulatoires de toutes ses futures émotions et rationalisations de son rapport au monde.
Et s'il est vrai que le sommeil paradoxal qui ponctue encore chaque nuit plusieurs fois le sommeil de l'homme adulte, est avant tout une prolongation du sommeil du foetus et du nourrisson, on comprend qu'une thérapie mythanalytique est capable de recoder biologiquement les matrices fabulatoires de l'adulte, à supposer que le thérapeute ait l'autorité de proposer à son patient des récits mythiques convaincants et bénéfiques qui aient la puissance de se surinscrire dans les réseaux synaptiques du patient et inhiber les matrices toxiques héritées de son jeune âge.
Sans même l'intervention du mythanalyste, des expériences nouvelles et positives que vit l'adulte pourront aussi déprogrammer les matrices anciennes, les recoder positivement et inciter l'adulte à modifier dynamiquement son rapport au monde. Il demeure que la plasticité de son cerveau d'adulte est beaucoup moins grande que celle du nouveau-né et que cette reprogrammation est donc beaucoup plus difficile à inscrire biologiquement dans son cerveau. Cela pourra même être impossible, si les mythes alternatifs de sa société d'appartenance manquent de pouvoir de persuasion, par exemple si je ne crois pas vraiment à la démocratie, au progrès, à l'éthique planétaire et me laisse davantage influencer par le pessimisme latent ou par la logique perverse d'un mythe raciste ou anarchiste.
(*) Propos de Jacques Demotes-Mainard et Yves Fregnac in "À quoi sert le cerveau?", SCIENCE & VIE, No 195, juin 1996. Parmi les publications plus récentes, il faut souligner les travaux de Lionel Naccache et notamment: Le nouvel Inconscient: Freud, Christophe Colomb des neurosciences, Odile Jacob, Paris, 2006.
lundi, juillet 09, 2018
Mythanalyse et psychanalyse: les échecs psychanalytiques
La mythanalyse postule que notre inconscient singulier réside dans notre mémoire programmatique qui s'est inscrite biologiquement dans nos réseaux neuronaux depuis le stade foetal de l'homo fabulator.
La question qui se pose alors est de savoir dans quelle mesure la cure psychanalytique traditionnelle est capable de déprogrammer ou de reprogrammer cet inconscient qui résulte d'un marquage biologique dans notre cerveau. Aussi longtemps que l'inconscient flottait on ne sait où dans la cave de notre psychisme, il pouvait certes opposer une résistance au travail du psychanalyste et du patient. Mais son ancrage incertain pouvait laisser espérer qu'il soit peu enraciné et se soumette avec le temps à l'analyse, la cure psychanalytique étant seulement un jeu verbal.
Dès lors que la mythanalyse le situe dans les matrices dominantes de nos réseaux neuronaux, l'inconscient apparaît beaucoup plus ancré, comme un marquage physiologique électro-chimique que la parole aura de la peine à déloger, effacer ou surécrire avec de nouveaux récits constituant de nouvelles programmations.
C'est ainsi que peut s'expliquer l'échec fréquent des diverses thérapies psychanalytiques.
La psychiatrie, qui rejette le bavardage de la psychanalyse le jugeant inefficace, voire éventuellement toxique, préfère donc offrir un traitement chimique au patient qui souffre de troubles psychiques.
La mythanalyse croit aussi à ce traitement chimique. Mais si elle envisage une thérapie spécifiquement mythanalytique, elle opte quant à elle, non seulement pour la prise de conscience par le patient des matrices fabulatoires constituées successivement aux différents stades de leur marquage, mais elle recourt aussi à la puissance des mythes collectifs bienfaisants qui dominent les inconscients individuels et sont susceptibles d'entrer en résonance dynamique avec eux. Selon nous, eux seuls ont la puissance de déprogrammer et reprogrammer l'inconscient individuel, que le patient livré à lui-même et au psychanalyste ne saurait espérer "guérir" avec ses seuls références.
Il est clair d'ailleurs que le psychanalyste traditionnel recourt implicitement pour aider son patient à des récits et des valeurs curatifs qui ne peuvent être que ceux des imaginaires collectifs bénéfiques dont il fait sa gouverne de thérapeute.
dimanche, juillet 08, 2018
Où se situe notre inconscient? Freud ne le savait pas.
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Dans la compétition de nos
innombrables connections neuronales, ce sont celles qui ont été le plus souvent
actives aux stades successifs de notre développement fabulatoire qui
l’emportent sur les autres, en quelque sorte marginalisées, et créent ainsi des
matrices dominantes de notre activité psychique. Ainsi, des angoisses d’enfant
peuvent devenir récurrentes à l’occasion d’événements de notre vie d’adulte
parfois anecdotiques, mais qui les réactivent. Ces matrices peuvent donc créer
des phobies, des addictions, la répétition par un adulte d’abus sexuels
semblables à ceux dont il a lui-même souffert enfant. C’est une sorte de codage
neuronal précis qui s’est inscrit dans notre cerveau depuis l’enfance, une
mémoire neuronale prête à reprogrammer à la moindre occasion des émotions
infantiles et les comportements qui s’en suivent.
On en retrouve l’effet dans nos
rêves. Dans notre sommeil, ce sont ces mêmes inscriptions synaptiques dans nos
réseaux neuronaux de nos fabulations infantiles qui déterminent les thèmes et
les structures associatives de nos rêves d’adultes. C’est la raison pour
laquelle nos rêves, alors qu’ils échappent au contrôle diurne et rationnel de
nos émotions, réactivent des fabulations nées de nos émotions infantiles, désirs
ou peurs anciens qui nous ont marqué. En ce sens, Freud a eu raison de
s’intéresser à l’analyse de nos rêves.
On notera cependant que Freud,
lorsqu’il descend à la cave chercher nos traumatismes, ne nous a jamais donné
d’indications neuronales ou suggéré que notre inconscient serait dans telle ou
telle zone de notre matière grise. Nous savons où est notre cœur ou notre
estomac, mais il ne nous a jamais dit où pourrait bien se trouver notre
psychisme, cet inconscient pourtant si encombrant. Voilà une situation bien
embarrassante et pour le moins questionnable pour un médecin qui se fait passer
pour un clinicien. Cela a favorisé les critiques sévères opposées à Freud, qui
le rejettent pour fabulation ou littérature arbitraire. Et c’est sans doute ce
qui a amené Lacan à chercher où peut bien loger cet inconscient, aboutissant
faute de mieux, et sans que cela résolve le moins du monde le problème, à la
surface, dans le langage, et à en jouer parfois comme un jongleur ou un
funambule.
De notre point de vue de
mythanalyste, c’est dans les innombrables réseaux neuronaux de notre cerveau
que se situe notre inconscient, dans les itinéraires synaptiques les plus
activés par les émotions et idées marquantes de notre biographie. L’inconscient
est d’ordre biologique, constitué par une topologie synaptique, des fréquences
et des intensités. Il est inscrit comme un circuit électronique dans notre
cerveau et préprogramme nos fabulations. En d’autres termes, notre inconscient
se situe dans notre mémoire programmatique. Et il est effectivement inconscient
parce que nous ne sommes pas conscient de son existence neuronale qui
« coule de source » pour nous, parce que ce marquage ou cette inscription s'est imposée à la plasticité de notre cerveau d'enfant et donc a pris une apparence spontanée
ou naturelle.
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samedi, juillet 07, 2018
Tout à la fois sujet et objet de mon rapport au monde
Le postulat fondateur de la mythanalyse n'est qu'un mode de pensée de mon rapport au monde, une méthode d'analyse relativiste.
Je me méfie de toute pensée mono-causale, qui tend à n'expliquer le monde que par la déclinaison d'une seule cause, un seul récit, un seul mythe: la nature, un dieu, la volonté, la matière, l'énergie, l'esprit, l'évolution, la sélection naturelle, le sexe, l'économie, la prohibition de l'inceste, l'existence, la lutte du mal et du bien.
Le relativisme de la complexité s'impose contre ces pensées réductrices.
Tel l'oeuf et la poule, je me pense tout à la fois sujet et objet de mon rapport au monde.
vendredi, juillet 06, 2018
Le mythe de l'amour maternel est une invention moderne
Les mythes naissent et meurent, quoiqu'en disent ceux qui croient dans l'existence d'invariants mythiques. Nous les créons ou nous les reléguons dans la mythologie archaïque selon les évolutions sociologiques qui modifient nos structures et nos valeurs sociales. Ainsi est né le mythe de l'amour maternel avec l'apparition de la société et de l'amour conjugaux au XIXe siècle, qui a impliqué l'émergence de l'amour maternel et même, plus timidement et plus récemment, paternel. Il est étonnant qu'un amour si instinctif ne trouve pas d'écho dans les mythes anciens, ni égyptiens, ni grecs ou romains, ni germains, ou incas. Cette forme de sentimentalité est historiquement récente. Dans les mythes grecs l'amour parental est peu présent (*), voire surtout conflictuel. Et le mythe catholique de la Vierge Marie est d'un autre ordre, bien que sa création par le Vatican au XIIe siècle donne à penser que l'amour maternel était déjà une valeur sociale importante.
Il a fallu que Baudelaire nous émeuve avec son poème sur le pélican pour que nous disposions d'un récit mythique de référence directe. Et on trouvera certainement dans l'histoire de la littérature d'autres exemples significatifs certes, mais encore latéraux ou marginaux.
Ces émotions de mère ou d'enfant relèvent plutôt de l'instinct biologique, qui a souvent été culturellement contrôlé, réduit à des conventions, en particulier dans les classes sociales riches, qui faisaient appel à des nourrices. On reléguait alors ce genre d'émotions à de la sensiblerie, l'enfant n'étant alors encore considéré que comme un futur adulte dont on jugeait les traits d'enfant comme des manques à combler. Autrement dit, l'enfant n'avait alors pas encore de statut social (et la femme guère plus). L'idéologie de l'enfant-roi est récente.
Il est d'autant plus étonnant que Jung ait promu les figures de la mère et du père au rang suprême d'archétypes universels et éternels.
Beaucoup de fabulations enfantines très sensibles émotionnellement, biologiquement liées à l'instinct de vie, qui demeurent profondément inscrites dans notre mémoire neuronale singulière, ne trouvent pas nécessairement de résonance dans les mythes anciens que véhicule notre culture. Cela ne contribue certainement pas à les apaiser, à les faire accepter lorsqu'elles nous font souffrir à l'âge adulte. Selon l'évolution des idéologie dominantes, de nouveaux mythes sont alors créés, qui pourront y satisfaire. Et c'est bien le cas du mythe de l'amour maternel, omniprésent dans nos oeuvres littéraires, cinématographiques et surtout psychanalytiques modernes. Mais il y est diffus; nous n'en avons pas encore inventé d'acteurs, ni de récit matriciel. À moins que ce ne soient Freud avec son invention du complexe d'Oedipe et Jung avec ses deux archétypes de la mère et du père qui aient institué durablement ce mythe de l'amour maternel. Celui de l'amour paternel est encore manifestement beaucoup moins présent. Mais le nouveau rôle du père maternant son enfant, qui a émergé du féminisme, va probablement susciter de nouveaux récits mythiques.
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(*) Bien sûr on pourra citer Égée se jetant de désespoir dans la mer, voyant son fils Thésée revenir avec une voilure noire, ou Énée fuyant le siège de Troie, portant son père Anchise sur ses épaules, accompagné de son fils Ascagne, ou la douleur de Déméter à la recherche de sa fille unique Perséphone enlevée par Hadès. Mais ce sont des anecdotes diverses plutôt qu'un mythe central.
jeudi, juillet 05, 2018
Le mirage mythique
Le sacré n'existe pas, si ce n'est comme aliénation de l'Homme, comme désir d'adoration fantasmatique, exaltation hypostasique (du grec: se placer dessous) qui annihile l'autonomie et la grandeur que l'homme devrait rechercher en son propre nom, dans les limites de sa condition humaine au coeur de la nature.
J'ai les oreilles fatiguées d'entendre célébrer avec emphase le caractère sacré du mythe (Roger Caillois, Michel Leiris et tant d'autres qui en discutent scolastiquement les attributs en prêtres théologiens), comme si cela nous révélait les dieux et nous grandissait à leur contact. Ces anthropologues du sacré, ces prêtres grandiloquents des mythes ne sont plus de mise. Leur temps est passé. Il faut seulement leur souhaiter d'avoir été à leur tour de grands écrivains qui ont fait vivre des mythes, pour qu'ils survivent à leur admiration des mythologies. Les mythes existent, tout notre rapport au monde est mythique, ils sont fascinants parce qu'ils nous parlent de notre manque d'être, mais il ne faut pas les prendre pour des réalités supérieures, des récits des dieux dictés à leurs prophètes. Il n'y a pas d'eau dans le mirage qui apparaît sur la dune dans la chaleur vibrante, mais seulement dans l'oued, ici bas.
Le mythe est un récit humain imaginaire qui sacralise, mais son contenu n'est pas sacré. Il met en scène les figures et le récit auquel on attribue l'origine de la vie, du groupe social, ou par lequel on survalorise des figures symboliques inventées de la création, de la nature, de la mort, de la puissance, de l'amour, du narcissisme, de la libido, qui valent mieux par et pour elles-mêmes, dans leur incarnation humaine, ou dans leur réalité physique, qu'en images, rituels, symboles imaginaires et aliénants. L'amour, c'est plus que Venus. Venus est une figure imaginaire admirable, mais qu'i ne faut pas adorer. Elle a été créée par un grand poète, elle est devenue une représentation anthropomorphique de l'amour dont on a fait une figure convenue. C'est la création du peintre, du poète, du sculpteur qu'il faut admirer dans ses représentations, plutôt qu'un mirage mythique. C'est la vibration intime de l'amour qu'il faut cultiver, plutôt que son image pieuse.
La mythanalyse nous invite à prendre conscience de cette évidence que le sacré n'est qu'une mystification et que c'est l'homme ou la nature ou un sentiment qui méritent notre fascination humaine : ils sont beaucoup plus extraordinaires que les récits et les figures qu'on en crée. Un récit mythique n'est pas admirable parce qu'on le croit sacré, mais parce qu'il met en scène le désir humain du merveilleux et le talent humain de son auteur, c'est croire en l'Homme, plutôt que dans l'illusion du sacré.
mercredi, juillet 04, 2018
le schéma mythanalytique en psychanalyse
Cette nouvelle conception biologique de l'inconscient individuel que propose la mythanalyse offre une alternative au schéma freudien du psychisme de la profondeur, de même qu'à la théorie lacanienne de la surface de l'inconscient, situé et traité dans le langage et les médias. Nous ne sommes plus dans des métaphores de la profondeur et de la surface, mais dans l'inscription biologique d'une succession de stades de la construction de nos facultés fabulatoires.
La mythanalyse se présente dès lors comme une analyse moins littéraire et beaucoup moins dramatique que la psychanalyse traditionnelle. Encore faut-il que le patient évoque sa mémoire des stades successifs de son développement pour prendre conscience des déterminants qui sont restés inscrits physiologiquement dans sa mémoire, ceux dont il se souvient consciemment et ceux qu'il a pu oublier.
La thérapie mythanalytique repose sur la prise de conscience non plus des seuls traumatismes qui ont été "refoulés" (Freud et Lacan), mais de ce qui a été marquant, puis éventuellement oublié (l'heureux à l'égal de ce qui a pu être traumatisant). J'insiste ici sur la posture beaucoup moins négativiste de la mythanalyse, qui retient ce qui a été marquant de façon joyeuse autant que douloureuse. La mythanalyse considère les expériences vécues par le patient, qui se sont inscrites durablement dans la plasticité de ses réseaux neuronaux dès le stade foetal, mais aussi tout au long de sa vie et qui ont construit les matrices neuronales de ses facultés fabulatoires et qui déterminent encore ses fabulations d'adulte.
Nus sommes dès lors dans une démarche thérapeutique beaucoup moins obscure ou incertaine, beaucoup plus lucide et élucidatrice, qui prend en compte le conscient autant que l'oublié. J'ai toujours eu beaucoup de mal à admettre l'hypothèse théorique de la psychanalyse classique qui ne considère que l'inconscient comme source de pathologie, alors que la conscience est sans doute encore plus déterminante de nos difficultés psychiques que l'inconscient, outre qu'il est impossible et faux d'opposer le conscient et l'inconscient comme la lumière et l'obscurité. Ils coexistent et se mêlent assurément inextricablement.
mardi, juillet 03, 2018
TOUT CE QUI EST FABULATOIRE EST RÉEL, TOUT CE QUI EST RÉEL EST FABULATOIRE
Tel est le fondement de la mythanalyse. Ce postulat n'est pas un pléonasme, car le réel et le fabulatoire sont en relation dense, gestation réciproque, construction dynamique permanente.
lundi, juillet 02, 2018
L'imaginaire et l'Inconscient
Notre rapport au réel est fabulatoire et nos fabulations sont réelles, qu'elles soient singulières, inscrites biologiquement dans les matrices de nos réseaux neuronaux, ou collectives, inscrites dans nos mythes et notre culture sociale. Voilà ce que postule la mythanalyse que je construis.
Mais l'inconscient n'est pas l'imaginaire, l'imaginaire n'est pas l'inconscient. Nous sommes conscients de nos imaginaires; nous ne le sommes pas de notre inconscient. Il faut appeler un chat un chat et cesser de confondre les notions avec lesquelles nous tentons difficilement d'élucider notre rapport au monde.
L'inconscient individuel est un concept opératoire majeur, quoiqu'en ait pu écrire Jean-Paul Sartre (1) ou Robert Misrahi (2), qui n'y voient qu'une mauvaise excuse pour notre pleutrerie ou notre manque de responsabilité. En mythanalyse, l'inconscient est singulier. Il est la mémoire oubliée des stades de construction de nos facultés fabulatoires. Et sa réalité biologique est l'inscription dans la plasticité de nos cerveaux où ces fabulations successives ont créé des matrices neuronales qui déterminent nos émotions d'adultes, donc nos idées, nos valeurs, nos comportements. La mythanalyse postule cette construction biologique. J'y insiste: l'inconscient individuel a une réalité qui est biologique.
Il en est tout autrement pour ce que Jung a appelé l'"inconscient collectif," dont je refuse le concept. Si je veux obliger Jung à appeler à son tour un chat un chat, cet inconscient serait comme une vapeur archaïque dans laquelle nous serions tous immergés, comme l'air que nous respirons, qui échapperait même aux déterminants historiques et sociologiques. L'inconscient collectif inclurait - serait structuré par, se configurerait autour - des archétypes universels, clés de nos fabulations, clés d'analyse pour le psychanalyste. Cet inconscient collectif est lui-même une fabulation gazeuse de Jung. Comment n'a-t-il pas vu lui-même, en toute cohérence avec sa théorie, que cet inconscient collectif renvoie à son cher archétype de l'air! Gaston Bachelard aurait pu le lui dire...
Ce qui existe incontestablement, et dont nous tirons matière et argument d'analyse, c'est la mémoire collective qui est inscrite dans notre histoire et notre culture collectives, incluant ses symboles, ses tensions, ses contradictions, ses traumatismes, ses failles, ses moments de gloire, ses désastres, ses jeux de pouvoir. Il s'agit là d'une mémoire idéologisée qui nous gouverne par soumission, acceptation, évidence ou rejet. Ce que Jung appelle l'inconscient collectif est assez ou très conscient: c'est l'imaginaire synthétisé, inscrit dans notre culture, voire institutionnalisé.
Il s'agit certes dans les deux cas de ce que j'appelle des fabulations, mais dont nous gardons au niveau individuel la mémoire inconsciente matricielle biologique singulière, tandis qu'au niveau collectif, c'est l'imaginaire ordinaire dont notre culture véhicule les récits ou mythes (par définition collectifs).
En employant le même concept d'inconscient pour l'analyse individuelle et pour l'analyse sociale Jung a créé une confusion dont nous peinons à nous libérer. Cette erreur fondamentale relève de sa propre fabulation idéaliste, quasi religieuse, sa quête inconsciente d'une âme individuelle et d'une âme sociale. Une illusion séductrice pour les esprits qui refusent la dure évidence du matérialisme et rejettent le biologisme clinique démystificateur de Freud (il est vrai déformé par l'obsession sexuelle viennoise de Freud et son machisme bien de son époque).
La mythanalyse que je construis s'inscrit dans le réalisme de Freud, et s'oppose à l'illusionnisme de Jung, même si plusieurs penseurs contemporains de la mythanalyse s'en réclament plus que de Freud qu'ils haïssent pour son biologisme réducteur, tandis qu'ils célèbrent l'élévation aérienne de l'esprit jungien.
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(1) Pour Jean-Paul Sartre, le fondateur de l'existentialisme, et de la responsabilité ("Nous sommes ce que nous faisons"), "l'inconscient n'est que la mauvaise foi personnifiée". "Une conscience inconsciente est absurde" (L'Être et le néant, p. 18, éd. Gallimard.)
(2) Robert Misrahi, La nacre et le rocher, une autobiographie, p. 211, éd. Encre Marine (Belles Lettres), Paris, 2012. Il y écrit: « Les actes qui sont attribués à "l'inconscient" » par Freud ou Lacan « sont en fait issus du sujet conscient, lorsque sa confiance est obscure ou confuse... (212) Je n'oppose ... pas la conscience & l'inconscient, mais la conscience plus ou moins obscure à la conscience plus ou moins claire, & ces mêmes consciences (la vie immédiate) à la réflexion explicite et organisée.
... Cette obscurité de la conscience peut aussi être le fruit d'un refus, c'est-à-dire d'un acte implicite de refus. Si cet acte souhaite rester obscur ou caché, on peut alors parler de "mauvaise foi"...
Il était marié avec une psychanalyste....samedi, juin 30, 2018
Les lois de la nature évoluent-elles?
Je me pose la question: Les lois de la nature évoluent-elles? Si la réponse est oui, s'ouvre devant moi un abîme aussi vertigineux que fascinant. Mais je peux me tirer de ce faux-pas - ou de cette décohérence insondable (un concept de la mécanique cantique) - en répondant.: certainement pas; nous sommes dans un univers mathématique donc fixiste. Ce sont nos connaissances et nos formulations des lois de la nature qui évoluent. Ce dont on ne saurait douter, mais qui referme le débat sans oser l'aborder, donc dans une certaine tristesse.
S'il y a eu un jour naissance de la vie à partir de la matière - ou au sein de la matière - dans l'évolution de la nature, j'userai de la métaphore de l'accouchement! En gestation foetale, la vie un jour sort de la matière.
Ou bien je refuserai cette naïveté et j'affirmerai: Oui, il y a eu une divergence, un saut, un changement d'état de la matière, comme l'eau gelée qui devient fluide, comme l'eau liquide qui devient fumée. Avant il n'y avait pas de fumée, après il y eut une sorte de vapeur.
Lorsqu'on essaie de comprendre les fabulations des derniers grands Prix Nobel de la physique, de la mécanique quantique, on découvre - et eux-mêmes l'admettent - qu'il entre en pleine imagination scientifique, indémontrable, inobservable ou "pseudo-science", selon leurs propres termes. Si Paul Dirac a raison, je dirai comme lui que l'idée de l'évolution des lois elles-mêmes de la nature, est certainement vraie parce qu'elle est belle. Peut-être conduit-elle au chaos. Mais ne faut-il pas détruire un ordre pour créer un nouvel ordre? Ainsi, les lois esthétiques évoluent-elles, se renient-elles pour se réaffirmer autrement. Et il en est de même des lois sociales. La Nature ne fait pas autrement.
Notre rapport au monde, sous toutes ses formes, est fabulatoire, mythique, sujet à toutes les conjectures.
Sauf la souffrance, vis-à-vis de laquelle je ne saurais prendre aucune liberté mentale, scientifique, éthique, humaine. C'est hélas la seule pierre de fondation qui demeure absolue et universelle dans toute ontologie, et même dans la théorie-fiction de la mythanalyse.
vendredi, juin 29, 2018
Actualité et sensibilité mythique
Chacun de nous garde la mémoire neuronale des fabulations qui ont marquées les stades successifs de développement de son rapport imaginaire au monde (Weltanschauung). Il en résulte chez chacun de nous une sensibilité aux mythes que véhicule notre culture d'adulte, lorsque ceux-ci entrent en résonance avec notre inconscient. Cela se produit lorsque des situations émotionnellement intenses se présentent à nous qui réactivent spécifiquement ces matrices neuronales individuelles et les récits d'expériences vécues qui leur sont attachées.
C'est en ce sens que de fortes émotions indiquent toujours l'affleurement de mythes dans notre conscience. Elles indiquent que notre mémoire neuronale de nos fabulations singulières sont orchestrées par les mythes présents dans notre culture. C'est ainsi que se fait en temps réel le lien entre notre inconscient singulier et nos imaginaires collectifs. Et ces liens mythiques opèrent dans les deux sens. Le succès des productions cinématographiques, littéraires, musicales, artistiques tient à ce qu'elles activent des mythes sociaux auxquels nous sommes sensibilisés singulièrement. La série Star Wars de George Lucas est construite sur les mythes bibliques de notre culture, que notre éducation religieuse nous a inculqués lorsque nous étions enfants. À l'âge de 10 ans, j'imaginais que le monde avait été créé par Dieu et que je devais éviter de pécher sous peine d'être puni. Cela restera inscrit dans ma mémoire toute ma vie, même lorsque je m'en défendrai.
mercredi, juin 27, 2018
Mythanalyse de deux fabulations rationalistes, celle de Spinoza et celle de Hegel
Spinoza est, selon moi, après Démocrite et Lucrèce le premier grand philosophe matérialiste ou athée. Deus sive Natura, écrit-il (Eth., IV, 4, dem.). Il identifie Dieu à la Substance et à l'Étendue. Il rejette toute idée d'un Dieu singulier, personnel et créateur. Appelant la Nature Dieu, il se présente en athéiste masqué, du fait des persécutions dont il a été victime, comme le souligne l'un de ses plus grands connaisseurs et traducteurs: Robert Misrahi. Dieu est là de toute éternité, parce qu'il est la Nature. Jusque là, nous sommes d'accord, sans savoir, ni lui, ni moi, ni personne ce que peut-être cette éternelle éternité.
Mais Spinoza considère la Nature comme une substance géométrique et il adopte lui-même une présentation géométrique de sa démonstration dans l'Éthique. Ce qui est pertinent, bien que terriblement ennuyeux à lire, puisqu'il inclut la pensée dans sa conception de la Nature. Il y inclut aussi, ce qui est logique les affects, qu'on peut traduire comme les émotions et les sentiments. Pour Spinoza, Dieu est la Raison absolue et éternelle. Il en résulte, selon lui, que la Nature est absolument rationnelle et que notre joie et notre liberté humaine consistent à adhérer totalement à la conscience de cette rationalité. Nous sommes libres, parce que nous sommes capables de dépasser nos émotions et passions qui nous cachent cette rationalité universelle pour la découvrir et nous y identifier. C'est évidemment là un sophisme. La Raison universelle ainsi conçue est absolument déterministe et ne laisse aucune place à la liberté humaine, si ce n'est dans l'erreur où nous conduisent nos passions, ou dans la conscience rationaliste de notre non-liberté. Je dirai comme Luc Ferry que cette position philosophique est "délirante". Elle tellement contradictoire qu'elle est intenable pour l'esprit humain, même celui qui est relativement rationaliste, et a fortiori pour un rationalise intégral de style spinoziste.
Je résumerai donc la philosophie de Spinoza en ces mots: Deus sive Natura, sive Ratio. Les passions humaines ne sont que des défauts (manques) de Raison.
Affirmer que la Nature est absolument rationnelle, géométrique ou mathématique, c'est certes la position d'Einstein ou de Stephan Hawkings, deux génies de l'astrophysique, lorsqu'ils parlent de l'Univers, (ce qui est plus confortable ou satisfaisant quand on est scientifique), mais j'y vois plutôt un intégrisme de la Raison qui devient par son jusqu'auboutisme irrationnel et relève de la fabulation. Il s'agit d'une métaphysique rationaliste dont le purisme est une "pure" hypothèse intéressante en science positiviste, mais intenable en science contemporaine incluant la physique quantique.
L'autre grand philosophe qui a affirmé à son tour que tout ce qui est réel est rationnel et que tout ce qui est rationnel est réel, c'est Hegel. Mais alors que la fabulation spinoziste est immuablement, éternellement fixiste, celle de Hegel y introduit l'Histoire par le biais de la dialectique. Au lieu du fixisme éternel de Spinoza, la dialectique hégélienne fonde une vision dynamique de la Nature, et dès lors, ce n'est plus la Nature qui est Dieu, mais la Raison. Deus sive Ratio. Mais ce Dieu identifié à la Raison, contrairement à celui de Spinoza, est créateur. Il n'est pas fixiste, mais évolutionniste. Il introduit dans sa métaphysique rationaliste la "flèche du temps" chère à Ilya Prigogine. Non pas dans le sens darwinien de l'adaptation, mais par un certain désordre, par la contradiction qui fait progresser la Raison, et cela s'appelle l'accomplissement de l'Histoire vers le règne final de la Raison.
Contrairement à Spinoza, Hegel n'est pas un matérialiste et athéiste masqué, mais un idéaliste déclaré qui croit que ce sont les Idées qui font progresser l'Histoire et non la matière. Le réel n'est pas pour Hegel une Substance et une Étendue, mais les Idées. Il réactive ainsi selon une nouvelle fabulation théorique la philosophie idéaliste de Platon. Il faut attendre la dialectique marxiste et la célébration des Révolutions du prolétariat pour aboutir à nouveau à un matérialisme de la Nature.
Nous voyons ainsi deux variantes du rationalisme intégral ou extrémiste qui nous apparaissent comme deux fabulations audacieuses, géniales, qui relèvent toutes deux d'un désir d'ordre, éternel pour Spinoza, attendu et final pour Hegel, qui expliquent le sens de l'Univers, du Cosmos, de la Vie, selon le terme qu'on voudra choisir.
Ce sont paradoxalement, aux yeux du mythanalyste deux versions fabulatoires extrêmes du rationalisme. Dans les deux cas, selon deux récits différents, l'un fixiste, l'autre dynamique, c'est le culte de la Raison qui est sur scène. On y verra une quête de perfection, au sens latin du mot: l'accomplissement de l'Être. La mythanalyse en cherchera l'origine dans le Stade de la tortue sur le dos: une impuissance durable qui crée chez le nouveau-né une frustration qu'il compensera par la suite, au Stade du homard, par un désir d'accomplissement de son être, une soif d'imaginer et de construire un monde qu'il puisse contrôler entièrement (Spinoza) ou espérer contrôler à terme (Hegel).
De fait, rien ne permet d'affirmer et encore moins de démontrer que le réel soit rationnel, ni que le rationnel soit réel, ni que ce rationalisme soit indiscutablement "vrai" comme la géométrie, ni que le Progrès de l'Histoire nous conduise au règne final de la Raison.
Nous observons plutôt l'irrationalisme de la nature, son imperfection, son chaos, son désordre qui laissent place à son évolution par le hasard et la divergence (un concept fondamental que j'oppose au darwinisme)*. Ce désordre crée souvent de grands malheurs humains, mais il laisse une place fondamentale à la liberté, qui donne un sens humain à notre évolution, permet le meilleur comme le pire. Nous cherchons, sans adopter les postures fabulatoires de Spinoza, ni de Hegel, à construire un ordre, un mieux-être dans la condition humaine, en relation avec la nature à laquelle nous appartenons, mais nous sommes des hommes qui aspirons à cet ordre, qui le construisons par moments, selon nos désirs, nos valeurs, donc nos fabulations humaines, sans faire monter en scène la géométrie mathématique absolue, ni la déesse Raison pour nous en remettre à leur pouvoir absolu. Nous ne leur déléguons aucune parcelle de notre modeste pouvoir ni de notre entière responsabilité.
La mythanalyse est un humanisme, une philosophie humaniste, relativiste, fabulatoire, en quête d'une meilleure condition humaine. Nous sommes beaucoup plus humble que Spinoza et Hegel, dont les excès de rationalisme fabulatoire nous ont appris à être plus auto-critiques.
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*Hervé Fischer, La divergence du futur, vlb éditions, Montréal, 2014.
jeudi, juin 21, 2018
Colloque de Catania: mythanalyse de l'insularité
Le colloque s'est tenu à Catania (Sicile) les 21 et 22 mai 2018
Hervé Fischer, Anna-Maria Pacanha, Orazio Maria Valastro, Christian Gatard
Luc Dellisse, Hervé Fischer, Orazio Maria Valastro, Sylvie Dallet
Voir le diaporama à:
http://analisiqualitativa.com/portale/galleria-immagini/convegno-internazionale-mitanalisi-dellinsularita/
Dans la bibliothèque de l'Université de Catania
Luc Dellisse, Hervé Fischer, Orazio Maria Valastro, Sylvie Dallet
Voir le diaporama à:
http://analisiqualitativa.com/portale/galleria-immagini/convegno-internazionale-mitanalisi-dellinsularita/
mercredi, juin 20, 2018
L'inconscient collectif n'existe pas.
L'inconscient individuel est de gestation biologique. L'inconscient collectif n'existe pas, quoi qu'en ait pu écrire Jung. Il n'est pas dans l'air que nous respirons, ni dans un monde archaïque antérieur à l'apparition de l'homo sapiens. Il est de gestation historique et sociologique, inscrit dans notre culture collective, qui est notre mémoire sociale, incluant notre langue, notre syntaxe, nos mots, nos idéologies, nos monuments, nos récits mythiques. Cette culture dans laquelle nous sommes immergés est sociologique et elle influence chaque individu, incluant son développement biologique fabulatoire (c'est le rôle de l'autre, la société). L'inconscient individuel comme l'imaginaire collectif sont des acquis, qui s'installent dans nos modes de pensée et nos comportements par la répétition, la saturation des idées.
mardi, juin 19, 2018
Mythanalyse et évolution biologique
Notre évolution biologique se fait par inscription dans la plasticité de nos cerveaux dès le stade fœtal de nos émotions, plaisirs et douleurs, puis de nos modes de fabulation, puis de pensée, qui se constituent en matrices dans nos réseaux neuronaux individuels et se transmettent partiellement biologiquement dans notre ADN.
Notre postulat est donc que nos sensations, fabulations et idées les plus récurrentes ou les plus marquantes s'inscrivent dans notre biologie humaine.
lundi, juin 18, 2018
Dé-idéaliser la pensée
En Occident, l'idéalisme, d'origine magique, religieuse et platonicienne, est devenu notre seconde nature. Nous avons tellement pris l'habitude de prendre les mots pour des "essences", de nous référer à des êtres supérieurs, des dieux, des vérités éternelles, des archétypes, que même Marx demeurait idéaliste lorsqu'il parlait de l'art. L'idéalisme est une aliénation terriblement ancrée en nous, dont nous peinons à nous libérer.
Quand admettrons-nous que les mots ne sont que des métaphores issus de nos fabulations, notre logique des habitudes et des liens familiaux transposés en rationalisme?
Reconstruire une pensée, un langage matérislistes, démystifier notre logique ,se présentent comme un défi inaccessible. Je me surprends moi-même constamment, malgré ma volonté d'adopter une attitude mentale matérialiste, à employer des figures de pensée idéaliste. Bien que je postule avec insistance que la mythanalyse est matérialiste, une théorie biologique et constructiviste du développement de nos facultés fabulatoires, je cherche constamment à élucider nos processus inconscients. Comme si la lumière était la vérité. J'emploie manifestement ainsi une métaphore religieuse! Je l'emploie parce que je lui trouve la vertu d'être claire! Et donc compréhensible pour tous. C'est tomber une deuxième fois dans la pensée idéaliste et la partager avec mes lecteurs ou auditeurs. Le mot tomber lui-même n'évoque-t-il pas la chute de l'ange ? Comment me sortir de cette configuration idéaliste héritée de mon histoire occidentale et qui devenue une pensée convenue, stéréotypée ? La pensée chinoise m'offrirait-elle une porte de sortie? Je ne connais pas assez cette langue pour l'affirmer. Je devrai consulter des experts. Mais d'avance je ne doute pas que le chinois repose sur d'autres métaphores, sans doute aussi aliénantes, pour asseoir ses vérités. Pour libérer notre pensée (ce qui est impossible), nous ne pouvons qu'opposer des métaphores à d'autres métaphores, donc des mythes à d'autres mythes. C'est ainsi que le mythanalyste peut développer une combinatoire mentale plus efficace, se désancrer (encore une métaphore et un mythe), se déraciner, se libérer dans sa pensée.
dimanche, juin 17, 2018
La pensée fabulatoire
La mythanalyse souligne l'importance du développement des facultés fabulatoires chez l'enfant avant même qu'il accède au langage dans son rapport pratique au monde et dans son interprétation de celui-ci. L'enfant est in-fans, en latin celui qui ne parle pas encore. Pourtant, il pense!
Adultes, fussions-nous professeurs de philosophie, orateurs ou philosophes, nous pensons constamment de façon non-verbale avant de peaufiner éventuellement notre pensée avec des mots, avant de construire des démonstrations textuelles qui ne font que préciser et consolider des pensées fabulatoires ou intuitives. Et il est clair que la conviction qui nous anime en écrivant ou en lisant n'est pas un dispositif langagier linéaire et mécanique, mais un sentiment lié à l'imagination, au désir ou au rejet, c'est-à-dire qui relève de l'intuition plutôt que d'une métaphysique langagière strictement rationnelle. La pensée qui m'anime dans ma foi religieuse est de l'ordre de la foi irrationnelle et non pas d'une opération textuelle comme 2+2=4.
Le principal de notre pensée est antérieure à sa formulation langagière. Notre fabulation joue un rôle plus déterminant que notre pensée textuelle dans notre rapport au monde, quoiqu'en aient pu dire et croire Derrida ou Lacan.
C'est dire à quel point la mythanalyse est plus importante en épistémologie que la logique rationnelle.
Nietzsche l'avait bien saisi, lui qui écrit dans Par delà le bien et le mal que les philosophes "font tous semblant d'être parvenus à leur opinion par le développement naturel d'une dialectique froide, pure et divinement insouciante (...) tandis qu'ils défendent au fond une thèse anticipée, une idée subite, une inspiration et, le plus souvent un désir intime qu'ils présentent d'une façon abstraite, qu'ils passent au crible en l'étayant de motifs laborieusement recherchés." Qui dit mieux? Nietzsche est décidément un immense philosophe, qui a su déceler avant les autres, avant les phénoménologues des intentions, avant Husserl et Merleau-Ponty, avant Lacan, Wittgenstein, et Varela le désir intime dans le rationalisme le plus prétentieux.
La théorie de Lacan réductrice de l'inconscient individuel au langage paraît fort étrange pour un intellectuel qui se prétendait obscurantiste ou faisait tout pour le paraître.
samedi, juin 16, 2018
le stade de la conscience augmentée
Le stade de la conscience augmentée, acrylique sur toile, 122 x 183 cm, 2012
Le développement biologique de nos facultés fabulatoires ne s'arrête pas lorsque nous atteignons le stade adulte. Je le savais, bien sûr, mais j'ai longtemps recherché comment identifier ce stade ultérieur de la vie, lorsque nous passons de l'autre côté du sommet de notre énergie vitale.
Je l'avais exprimé intuitivement dans ce tableau de 2012, peint la même année que les autres de ma série Mythanalyse présentée dans mon exposition au Centre Pompidou en 2017 et que j'avais d'abord intitulé La vie. Pourtant, je n'avais pas encore décidé d'y fixer mon choix et l'avais mis en attente. Six ans plus tard, je n'hésite plus à l'intégrer dans ce bestiaire qui compte donc désormais 10 peintures.
Tandis que la vie s'esquive lentement mais irréversiblement, telle une femme élégante qui évoque ma mère, commence le compte à rebours accéléré qui nous conduit vers la maturité puis la mort, diverse, joyeuse mais tragique aussi, invincible quoi qu'on veuille et fasse, dont la perspective inverse notre rapport au monde.
Avec la maturité apparaît cette conscience que j'appelle la conscience augmentée, nourrie par l'information planétaire en temps réel de l'âge du numérique, et par l'exigence éthique qu'elle implique, mais aussi construite par l'expérience vécue au sein de la société, qui modifie profondément nos fabulations. L'intensité le cède au calme et à la densité, l'impatience à la distanciation, l'aventure au parachèvement d'un édifice de vie et le nomadisme du coureur de planètes à l'enracinement.
Je tiens à cette référence d'actualité aux médias numériques, pour souligner le déterminisme sociologique de nos facultés fabulatoires.
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