tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

samedi, février 04, 2012

Pour les mythes du futur


OMEGA 3 favorisant la divergence évolutionniste.

vendredi, février 03, 2012

La plus vieille pharmacie du monde


La Pharmacie Fischer vous recommande d'user avec modération des pilules pour croire.

mercredi, février 01, 2012

la planète des femmes


Tout un changement de mythe à venir.

dimanche, janvier 22, 2012

La cigarette et le tweet

Que nous dit la mythanalyse de la cigarette? Qu'elle a été le têtage social de l'homme virilement branché pendant deux ou trois générations. Aujourd'hui que nous dit la mythanalyse de la tweetomanie? Qu'elle remplace la cigarette de l'adulte nerveusement branché qui tête le sein de la société. Même dépendance. Même goudron? Même nicotine? Mêmes accidents cardiovasculaires?
Il y a une demande d'affection frustrée dans la cigarette, comme dans le tweet.

vendredi, janvier 20, 2012

Commerçant ou Héros


Christian Gatard, le mythanalyste de Nos vingt prochaines années - 2010-2030, le futur décrypté, démontre un art consommé pour naviguer sur nos tendances, quels qu'en puissent être l'apparent chaos et les subtilités paradoxales. Il y met de l'ordre, il articule nos fantasmes collectifs les plus insaisissables. Sa méthode "buissonnière" l'outille pour s'y retrouver et nous guider dans les méandres de l'apparente perte de sens où nous nous agitons à tâtons. C'est ce qu'il appelle les Tribulations du moi. J'aime beaucoup le lire et y butiner à mon tour dans son art de vivre, dont il nous livre dans un ordre tantôt alphabétique, tantôt logique, les grands chapitres: manger, boire, dormir, faire du sport, l'ordre et le désordre amoureux, les règles du jeu, communiquer et être ensemble, travailler, habiter, vivre en ville, se vêtir, se déguiser, se protéger, vieillir et mourir, le corps, nos inquiétudes. Il aborde les nouveaux paradigmes, ceux de la mobilité, de nos utopies, de nos grandes tendances (les lignes de haute tension), dont il souligne six paradoxes, les nuages et les carrefours. Il termine par des mappings synthétiques (ce qu'il appelle des mantras portatifs) des tendances fortes qui vont structurer nos vingt prochaines années.
Un livre remarquablement bien organisé, d'une grande maturité, un vade-mecum pour notre futur-présent.
Au-delà de cette présentation d'ensemble, qui nous offre une table d'orientation collective, chacun y trouvera l'occasion de s'interroger sur lui-même, sur son contexte rapproché, sur les valeurs qu'il a choisies, sur le chemin qu'il suit, ou mieux: qu'il construit.
Le narcissisme de chacun aidant, je me suis vu dans ce miroir gatardien plus d'une fois. En voici un exemple (je cite, page 229): Pour rester dans le cercle social, on est obligé aujourd'hui d'avoir une "vie publique". On est ainsi poussé à élaborer une sorte de marketing de soi. Peut-être est-ce là ce qui change vraiment: de nos jours, chacun veut devenir "une marque", alors qu'autrefois il s'agissait de devenir (ou non) un héros. Me voilà interpellé. Nous observons que la plupart des artistes veulent devenir une marque bien identifiable pour se vendre mieux. Le respect humain m'incite à ne citer aucun nom parmi les artistes actuels: ce sont bien sûr les plus connus, c'est-à-dire, sauf exception, ceux qui vendent cher - et qui soignent la continuité d'un style qui devient une marque de grande visibilité. Es-ce évitable? Quelques-uns réussissent tout en variant leurs médias, leurs thèmes, leurs styles. Il faut le noter. Et ils ne sont pas nécessairement moins obsessifs - une valeur déclarée en art - que les autres qui se répètent inlassablement pour promouvoir leurs marque personnelle (leur style).
L'art pousse aux marques dans le système commercial et de vedettariat médiatique actuel.
Le philosophe, quant à lui, ne saurait cultiver sa marque. Il doit remettre en question, interroger, déconstruire, oser transgresser les lieux communs de la pensée dominante. Grand, il ne peut devenir qu'un héros, mais qui ne doit pas prétendre en être un. Ce serait d'une arrogance inacceptable, qui le décrédibiliserait immédiatement. Ni marque, ni héros social. Mais héros dans sa vie secrète, intérieure, oui. Car le philosophe est conscient de l'extrême lucidité qu'il recherche, qu'il atteint parfois et qui le distingue. Il se sait héros intimement qu'il ne saurait se dire publiquement. Et il sait aussi qu'il ne faut pas s'y arrêter, que le concept de héros est une boursouflure illusoire, il sait qu'il ne risque pas sa vie. Ce philosophe là sait qu'il n'est qu'un animal qui pense. Il ne se jette pas dans le Niagara pour sauver un enfant qui y a glissé en jouant. Sa joie est toute intérieure, c'est sa lucidité qui la lui donne par instants. Ce n'est pas la reconnaissance sociale, même s'il faudrait être d'un orgueil haïssable pour la mépriser. Les Grecs et les Romains, et ceux qui les fréquentent dans leurs lectures, savent que ce mythe du héros est une construction sociale qu'aiment secréter les foules, que nourrissent les orgueils abusifs. Mais que la simplicité est la vertu du sage, qui sait chaque jour reconnaître les limites de ce qu'il peut penser, faire ou dire, tant dans sa vie privée et intime, que publique.
Il y a aussi l'homme ordinaire, communautaire qui partage activement l'espace social, rural, professionnel ou aujourd'hui celui des médias sociaux, dont Christian Gatard parle dans son "art de vivre". Et il y a le rêve de chacun de nous, les forts ou les privilégiés, de sortir la tête de la masse, de construire sa lucidité et sa liberté, voire sa divergence. Apparemment un privilège biologique du mammifère humain.
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* Editions Archipel, Paris, 2009.

mardi, janvier 17, 2012

Christian Gatard


Je découvre le livre de Christian Gatard, mythanalyse français que je ne connaissais pas, auteur notamment de "Nos 20 prochaines années - 2010-2030 - Le futur décrypté"*, qui est un ouvrage très riche en réflexions sur les mythes actuels de notre société. Adepte de la "pensée buissonnière", Christian Gatard est le fondateur de Gatard associé, Institut de recherches en marketing, communication et psychologie de la consommation. Sociologue de formation, il a parcouru le monde et nous livre des réflexions, analyses et observations finement pertinentes sur notre imaginaire social contemporain.
Il pense comme moi que nous sommes aussi soumis aux mythes que les Grecs, les Égyptiens ou les Romains de jadis, sans en être conscient. Il souligne comme moi que même si nous ne saurions échapper à cette dimension imaginaire de notre condition humaine, nous construisons notre imaginaire et que nous pouvons choisir nos mythes, bons, désirables ou destructeurs. Son livre fourmille d'exemples significatifs et de commentaires aussi provocateurs que pertinents. Une belle rencontre! Et j'y reviendrai.
Il va donner une conférence le 4 février prochain au Théâtre de la Gaîté lyrique à Paris sur la prospective du futur.
*Edition L'Archipel, Paris, 2009. Une maison d'édition fondée et dirigée par Jean-Daniel Belfond.

mercredi, janvier 04, 2012

Chacun de nous est un dieu


Chacun de nous est un dieu, une déesse, puissant ou faible, triste ou joyeux. Chacun de nous est un dieu qui se crée. Chacun de nous est un dieu qui souffre ou qui rayonne, responsable de lui-même et des autres. Chaque oiseau, chaque chat, chaque arbre, chaque roche, chaque herbe est un dieu qui se crée, qui naît, qui vit, qui meurt. Les Grecs ont vu juste. Hölderlin, Goethe Nietzsche ont réveillé la pensée grecque. Je suis un dieu qui s'éveille et qui s'endort, qui rêve et qui crée, qui gagne ou qui perd les petites et les grandes batailles de la vie.
Chacun de nous est un dieu, dès qu'il en prend conscience.

vendredi, décembre 30, 2011

La plus importante question de notre temps


Dans le couple matière/énergie, c'est l'énergie qui domine, même si nous avons plus de facilité à parler de matière - qui semble être au repos - et même de matérialisme pour nous opposer à toute idée de transcendance religieuse ou idéaliste. Je ne devrais pas me déclarer matérialiste athée, mais énergétiste athée. Le mot semble laid, même s'il est beaucoup plus pertinent que "matérialiste". La matière n'est que de l'énergie au repos, ou plutôt en équilibre éphémère. Car il n'y a pas de repos dans l'univers. Les atomesz vibrent et tournent sans cesse. C'est le mouvement perpétuel.
Pourquoi avons-nous traditionnellement survalorisé l'espace et la matière, plutôt que le temps et l'énergie. Parce qu'ils sont d'apparence plus saisissable, bien sûr; parce qu'ils nous font moins peur. Parce que le temps et l'énergie échappent à notre contrôle, nous défient, nous angoissent. Ils peuvent éventuellement apporter le progrès, certes, mais nous craignons l'inconnu, même quand nous souffrons de notre état présent.Nous craignons notre mort, notre dissolution dans l'énergie.
A l'Âge du numérique, il semble bien pourtant que nous allons devoir nous adapter à la domination de l'énergie et du temps. Comment serons-nous capables de nous en rendre maître et possesseur, comme jadis de l'espace et de la matière? C'est la question fondamentale de notre nouvelle époque. La question la plus importante à laquelle nous sommes confrontés. Un terrible défi pour CyberProméthée.

vendredi, décembre 23, 2011

Mythanalyse de la divergence


La répétition du même: voilà ce que refuse et brise la divergence. Elle casse la pensée linéaire, le refrain de la causalité. Elle papillonne dans l'arabesque. Elle regarde de tous côtés, dans l'apesanteur. Elle s'aventure dans l'incertain. Et elle risque l'affirmation transgressive.
Elle est résistance au pouvoir et à l'autorité. Elle est délinquante. Elle est suraffirmation de liberté. Elle est la création. Et elle en assume le vertige fondateur. Elle est mythe du fils, de l'autre, du vagabond contre le mythe du père. Elle brise le monument. Et elle en lance les éclats dans un geste créatif recommencé.
Elle picote Sisyphe, elle le bouscule lorsqu'il remet sa charge sur ses épaules, pour qu'il essaie un autre sentier d'escalade que les matins précédents.

dimanche, novembre 27, 2011

Le cinéma et les jeux vidéos sont des drogues socialement acceptables


Il n'y a pas que les champignons, la magie et la religion qui soient des drogues. Le cinéma, comme les jeux vidéos, sont aussi des drogues, socialement acceptables, qui nous divertissent de l'ordinaire vie quotidienne. Au cinéma, nous entrons dans le noir pour sortir de la grisaille. Au cinéma, la drogue nous soumet passivement. Avec les jeux nous devenons hyperactifs et nous excitons sur des consoles.
Ce sont des drogues visuelles, comme la plupart des drogues. Elles nous permettent de nous projeter dans d'autres univers, dans les vies d'autres personnes. Nous y jouissons d'émotions différentes. Ce sont des drogues douces, mais qui peuvent devenir dures. Nous y vivons des good and bad trips. Le retour à la réalité est parfois bancale.
Ce sont des drogues désirables, voire socialement nécessaires. Elles ne sont pas chères et se vendent bien. Mais nous devenons des consommateurs exigeants. Les réalisateurs sont en compétition. Il y en a que nous aimons beaucoup plus que d'autres. Le marché se renouvelle. Chaque prise de drogue est différente. Et nous en devenons dépendants, mais sans trop d'effets secondaires pervers. Les drogues sont un art. Les arts sont une drogue.
Pourquoi fuyons-nous ainsi dans un ailleurs? La réalité est-elle plus forte que nous? Notre impuissance y est-elle trop frustrante? Ce sont plutôt la répétition et l'ennui qui en résulte qui nous déçoivent. Les autres animaux ne semblent pas ressentir cette lassitude de la répétition. Lorsque se dressent des défis, lorsque la vie devient très difficile, elle ne nous ennuie plus. L'instinct de puissance en nous se réactive pour faire face. Dans les jeux vidéo, CyberProméthée s'exalte. Au cinéma, ce sont plutôt Dieu et le Diable. Ces trois figures, Prométhée, Dieu et le Diable sont nos trois grandes drogues occidentales.

vendredi, novembre 25, 2011

Le Diable et Prométhée


Prométhée et le Diable, ce sont les deux figures fondatrices de la conscience occidentale. Tous deux nous ont invités à prendre notre destinée en main, en nous offrant la conscience. Dans la mythologie grecque, c'est le feu, volé à Zeus, que Prométhée nous donne, qui symbolise la connaissance. Dans la Bible, c'est la pomme dans laquelle Adam et Ève mordent, à l'invite du Diable, qui leur donne la conscience. Mais au-delà, les deux mythes sont opposés. Dans la Bible, c'est Dieu qui domine l'Homme, qui le chasse du Paradis terrestre, et qui le punit en le condamnant à travailler pour vivre. Dans le mythe grecque, c'est l'homme qui vainc Zeus, et qui s'engage glorieusement à changer le monde grâce à la maîtrise du feu. La Bible nous condamne à la soumission. Le mythe grec nous libère de la soumission.
Les deux récits fondateurs s'opposent. Et de la naît toute l'ambiguïté, mais aussi la puissance de l'Occident. Notre histoire se présente comme une tentative constante de concilier ces deux visions.
Aujourd'hui même, nous retrouvons ces deux mythes fondateurs dans les deux industries du cinéma et des jeux vidéos. Le cinéma opère sous le regard de Dieu. Les jeux vidéos dans la main de Prométhée. Le cinéma est biblique, le jeu vidéo est grec.
Le cinéma développe des récits, avec une dimension psychologique et des implications morales. Beaucoup de films jouent sur l'émotion et aimeraient nous faire pleurer. Nous y assistons passivement, sans pouvoir changer l'histoire. Les films sont souvent doloristes et fatalistes, comme le catholicisme et la Bible.
Inversement les jeux vidéo se passent facilement de scénarios.Ils nous proposent plutôt de vaincre les méchants et de gagner. Nous offrant l'interactivité, ils nous invitent à l'action. L'issue dépendra de nous. Ils ne jouent pas dans le registre psychologique, ni dans la mauvaise conscience. Ils roulent les mécaniques. Ludiques, ils nous proposent des moments joyeux. Même lorsque nous perdons, ce n'est pas bien grave. On peut recommencer la partie. Rien de tel dans la vie, ni dans le cinéma.
Dans le cinéma, le Diable est présent. Le mal et le bien nous dominent. Nous perdons. Les jeux vidéo, au contraire, sont d'inspiration grecque. Nous vainquons les démons. Pas de mauvaise conscience. Le mal est là pour que nous le dominions. Nous tuons les dragons. Nous décidons de notre sort à chaque instant. Nous gagnons.
On nous parle aujourd'hui de plus en plus de convergence entre le cinéma et les jeux vidéo. Mais il ne s'agit pas seulement d'un défi technologique. Les différences sont beaucoup plus profondes, au niveau de l'imaginaire. La rencontre du Diable et de Prométhée, des deux mythes fondateurs de l'Occident, demeure improbable. Elle serait difficile à maîtriser.Je ne crois pas au film interactif, même avec des téléphones intelligents dans les mains des spectateurs. On explorerait mieux cette voie avec des jeux vidéos de qualité cinématographique (scénario, direction, qualité esthétique, etc.) Mais l'arrimage des mythologies grecque et biblique demeurera problématique. Ce sont les imaginaires qui ne ne convergent pas.

samedi, novembre 19, 2011

Étrange paradoxe


Le pragmatisme est un réalisme très limité, qui ne saurait vaincre l'imaginaire.

jeudi, novembre 17, 2011

Le CyberProméthée de Jacline Bussières


J'ai eu la surprise, à l'occasion d'une conférence que je donnais au Musée de la civilisation à Québec, de rencontrer Jacline Bussières, avec des photos d'un CyberProméthée en bronze, que lui a inspiré mon livre paru sous ce titre en 2003.
C'est une impressionnante sculpture, volontariste, iconique, qui affirme sa puissance brutale mais aussi sa doulour et comporte sa part d'ombre. Elle a deux faces, titanesque devant et cérébrale en arrière. Les lettres qui y sont gravées, dont le nom de CyberProméthée, évoquent notre pouvoir de création, d'abstraction, qui s'est traduit notamment par l'invention de l'alphabet phonétique, ancêtre des caractères mobiles de l'imprimerie de Gutenberg, puis du code binaire de l'informatique.
Les écrivains ont des lecteurs qu'ils ne connaissent pas. Je le regrette toujours. Voilà donc une belle rencontre.
La figure de CyberProméthée est plus actuelle que jamais. Ce Titan, qui créa, selon la légende, les hommes à partir d'eau et de terre - comme le dieu de la Bible - , puis leur donna le feu de la connaissance et de la fabrication après l'avoir volé à Zeus, symbolise la victoire des hommes sur Zeus, à l'inverse de la Bible, qui relate le bannissement d'Adam et Ève, et leur soumission à Dieu. Prométhée célèbre le travail, tandis que pour Adam et Ève, la nécessité de travailler à la sueur de leur front est une malédiction. Deux mythes qui s'opposent diamétralement, mais qui ont coexisté dans la civilisation occidentale. Résultat ironique: les aristocrates se targuèrent de ne pas travailler et d'avoir de l'argent grâce à leur naissance supérieure, tandis que les serfs et le peuple étaient condamnés au labeur. La bourgeoisie le fut aussi. Mais lorsqu'elle adopta la Réforme pour s'opposer à la religion catholique d'État, elle devint vite plus riche que l'aristocratie, car le protestantisme identifiait travail et piété, comme l'a souligné Max Weber.
Les mythes sont récupérés idéologiquement et politiquement pour le meilleur et pour le pire.

mercredi, novembre 16, 2011

Les grands récits mythiques


Les mythes nous immergent dans de grands récits cosmogoniques, que ce soient des mythologies animistes, polythéistes ou monothéistes. L'occident moderne a bâti son récit sur le Big Bang, qui se présente comme la création de notre univers. Ce récit scientifique est lié dans notre constellation mythique à la théorie darwiniste de l'évolution, ainsi qu'à l'épopée hégélienne de l'avènement chaotique de la Raison, donc du Progrès, qui s'annoncent comme notre futur accomplissement humain.

vendredi, novembre 04, 2011

Il n'y a pas de progrès en art


L'art véhicule les mythes. Il peut être aussi un interrogateur de mythes, un démystificateur. C'est le choix qui a fondé l'art sociologique dès le début des années 1970. Ce que j'appelais "l'hygiène de l'art", en est l'exemple. J'ai insisté dans cette démarche avec les panneaux de signalisation imaginaire "Art! Avez-vous quelque chose à déclarer?", et avec "La déchirure des oeuvres d'art".
En choisissant de reprendre les contre-empreintes de main des peintures préhistoriques sur mes toiles, je soulignais qu'il n'y a pas de progrès en art. Le mythe du progrès est étranger à l'art. Et c'est une erreur des arts numériques que de condamner les beaux-arts en les déclarant obsolètes au nom du progrès de la technologie.

jeudi, novembre 03, 2011

L'ombre


Il n'y avait pas d'ombre dans la peinture iconique du Moyen-Age. La symbolique de la noirceur renvoyait au diable. L'Église nous tournait vers la lumière divine. C'est la Renaissance qui l'a prise en compte dans son exploration du réalisme pictural. Pour autant, la représentation de l'ombre n'a pas depuis perdu cette symbolique. Le rationalisme aussi veut y "voir clair".
Sur ce tumulus ancien des autochtones américains à Marietta (Ohio), l'ombre portée de l'artiste s'incline et s'allonge la terre en descendant les marches de l'escalier. Une émotion le saisit, celle du compte à rebours qui l'entraînera dans la mort. (2010). L'imaginaire est plein d'ombres. Il est hanté par l'ombre.
L'ombre le regarde. Mais ce regard en pongée semble aussi se relever et se dresser vers son destin, vers une marche de lumière.
Voilà une image de l'homme bien différente, dans sa fragilité et dans sa force, du héros homardisé des images numériques que j'évoquais hier.

mercredi, novembre 02, 2011

le mythe de l’humanoïde homardisé


La science fiction, que ce soit dans les films, les jeux vidéo ou la bande dessinée, réactivent des monstres moyenâgeux aux cuirasses de homard. Cherchant à évoquer le futur, les créateurs reprennent toutes les formes les plus archaïques de notre imaginaire: animaux chimériques mêlant les organes de diverses espèces - queues, cornes, ailes, griffes et palmes, poil et écaille -, guerriers cuirassés, indigènes primitifs et bêtes hybrides de chair vive et de quincailleries vieillottes - tubes, gaines, boîtiers, engrenages, leviers, rotules, pistons et j'en passe.
Il semble bien difficile d'inventer un avenir inédit et faute de mieux on rafistole. Il est vrai que les réseaux numériques et les algorithmes sont invisibles et difficiles à représenter. Les univers qui se situent au-delà de la vitesse de la lumière échappent à nos sens aussi bien qu'à notre esprit.
La science-fiction est vieillotte et même archaïque. Notre imaginaire, pourtant, est obsédé par le futur!

mardi, novembre 01, 2011

L'imagination monumentale


Dessine un monument imaginaire pour ton quartier
Art sociologique au musée d'art moderne de Mexico, Evento social imaginario, La calle Adonde llega? 2003

lundi, octobre 31, 2011

mythanalyse du féminisme


Jacques Languirand a réuni une série de capsules vidéo dont celle-ci où je me risque sur un thème important: Mythanalyse des valeurs féminines: http://www.repere.tv/?p=12735

jeudi, octobre 27, 2011

le futur


Imaginer le futur. Nous y rencontrons nos mythes les plus actuels.

mercredi, octobre 26, 2011

Où va l'imaginaire ?


La calle imaginaria Adonde llega? Evento social imaginario, Museo de arte moderno, Mexico, 2002-2003

mardi, octobre 25, 2011

Evento social imaginario à Mexico


Un événement social imaginaire au Museo de arte moderno de Mexico: Où va la rue?.
En 1982 et 83, l'imaginaire de la société mexicaine. Ici la façade du musée transformée par le collectif mexicain avec des guirlandes de papel picado, des groupes de musique, de théâtre de rue, etc.

samedi, octobre 22, 2011

Sociedad mexicana


Rencontre avec le champion de lucha libre célèbre El Santo pour lancer l'enquête sur la société mexicaine Evento social imaginario, La calle Adonde llega? en 1982.

vendredi, octobre 21, 2011

Mythanalyse du jeu


Le jeu crée des gagnants et des perdants. Il introduit une loi dure dans une réalité molle. Il met en heu le destin, la chance, la tromperie, l'illusion. Il est chargé.Il simule la vie réelle. Il prétend en divertir, nous permettre de nous en échapper. Quelle illusion!

samedi, octobre 15, 2011

mythanalyse de l'indignation


Après les indignés du saccage de l'environnement, devenus les verts, ce sont maintenant les indignés des dérives spéculatives des financiers qui prennent la rue, occupent Wall Street et les autres places financières de la planète. Les Bourses sont devenues des salles de jeu, de violence spéculative cynique aux effets les plus pervers sur les économies. Ces dérives boursières tuent l'économie et le capitalisme. Les jeux d'argent passent aujourd'hui du rouge de l'encre à celui du sang.
Les enfants se révoltent contre la violence et l'injustice des parents qui les tuent, qui les réduisent au chômage et à la pauvreté. La révolte des jeunes dans les pays arabes a gagné la jeunesse de l'Espagne, de la Grèce et maintenant de New York et de toutes les places boursières. Ils sont prêts à répondre par la violence de la rue à celle des manipulateurs de l'argent. Les parents ont créé le chaos par leur cupidité irresponsable et les fils et filles se révoltent et exigent un nouvel ordre mondial.
Les pères ont été indignes. Bien sûr, je suis un indigné. Depuis des années. Et le moment vient enfin, peut-être, où les gouvernants les plus conscients pourront s'appuyer sur la rue pour imposer aux fauves de la finance la justice de la démocratie.

mercredi, octobre 12, 2011

La mythanalyse en question?


Nous affirmons plutôt qu'elle s'impose. Et elle questionne nos sociétés. J'ajouterai même qu'elle propose de choisir entre les mythes, selon qu'ils nous paraissent bons ou mauvais pour l'homme. Elle demande des réponses!

mercredi, septembre 14, 2011

mardi, septembre 13, 2011

l'eau

Celle qui dort, celle que je bois, celle qui féconde, celle qui transporte, celle qui relie, celle qui arrache, celle qui tue, celle qui brûle en vapeur, celle qui durcit comme de la pierre, qui râpe le bouclier canadien ou qui fond dans la bouche, cette eau qui est partout là où il y a de la vie, c'est une énergie renouvelable, une industrie, un enjeu de guerre. Une source inépuisable d'imaginaire, dont nous avons fait le plus ambivalent de tous les mythes. Une bénédiction. Une plaie. L'eau du déluge ne fut pas bénite.
Mythe maternel, plastique, protéen, dont la confusion, les contradictions, les incohérences disent bien le chaos de notre imaginaire.
Sans image aujourd'hui.

lundi, septembre 05, 2011

De l'optimisme


Le radicalisme de la critique des situationnistes ou de Jean Baudrillard, aussi lucide puisse-il paraître, est une voie sans issue et sans retour. Finalement un sophisme. Je lui préfère de beaucoup la critique nietzschéenne, tout aussi jusqu'auboutiste, mais qui célèbre la liberté créatrice.

jeudi, septembre 01, 2011

La diversité des cultures


Les cultures sont comme les écosystèmes de la nature, d'une grande diversité, en compétition, en vigueur, en transformation ou menacés d'extinction. Chacune est soutenue par une constellation mythique, qui est elle-même dynamique ou faible, conquérante ou soumise, optimiste ou fataliste. Oswald Spengler, analysant les destinées des civilisations comme des fleurs saisonnières ou vivaces, se rapprochait de cette notion actuelle d'écosystème culturel, dont l'imaginaire est porteur ou périclite. On pourrait ainsi développer une écologie des cultures et des systèemes mythiques qui les animent.

mercredi, août 31, 2011

Le paradoxe de l'imaginaire et du réel


Est-ce une sorte d'équilibre fragile de l'écosystème humain?
Est-ce la métamorphose continuelle d'un paradoxe permanent de notre espèce, qui stimule notre évolution?
Cela pourrait-il devenir une combinaison détonante, faute de détenir la sagesse collective de notre pouvoir instrumental en croissance accélérée?

En tous les cas un immense défi pour l'espèce humaine.

mardi, juillet 26, 2011

le simulacre implique le réalisme


Il n'est pas possible de réduire la réalité à des simulacres qui dévorent tout. L'idée du simulacre, dont Jean Baudrillard a fait un nihilisme radical,implique la référence à un réalisme, au moins hypothétique.
Lorsque le monde vient à la conscience du nouveau-né, celui-ci apprend à faire la différence entre le réel et l'absence ou l'illusion. Pourquoi l'adulte prétendrait-il renoncer aux vertus et à la résistance du réel. La phénoménologie et les sciences, aussi bien physiques que cognitives, nous apprennent le relativisme et le jugement que nous nécessitons pour vivre. Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain.
L'intelligence brillante de Baudrillard ne doit pas nous entraîner dans cette dérive. Il y a une position d'équilibre pratique à adopter. L'expérience du réel que nous construisons commence avec la naissance et se termine avec la mort. Nous demeurons toute notre vie des nouveaux-nés. Le monde vient à nous jusqu'au jour où nous le... quittons.

lundi, juillet 25, 2011

dimanche, juillet 24, 2011

Le bonheur de vivre


Le voyeur est celui qui jouit de voir. Il ressent le plaisir de l'oeil. Il voit le monde dans lequel il vit, il s'étonne de la beauté des formes et des couleurs. Il jouit du désir physique.
La voyelle est dans le jeu des lèvres, de la langue, dans l'ondulation musculaire qui fait vibrer les cordes vocales. La voyelle surgit dans le bonheur de parler, d'exprimer le plaisir voluptueux de voir.
Nous ne sommes pas sur terre au paradis. Mais nous imaginons le paradis en sélectionnant des morceaux de la Terre. Comment pourrions nous d'ailleurs l'imaginer autrement?
Quand tout va mal, quand la Terre se dresse devant nous comme un enfer, il suffit parfois de bouger, de voir d'autres images de la Terre pour retrouver la force de vivre.
Il y a en nous un instinct puissant de vie, une aptitude fondamentale au bonheur. Certes, les malheurs peuvent s'accumuler, qui nous plongent dans les ténèbres. Mais sachant, si nous en venons à la désirer, que la mort viendra de toute façon, et avec elle la paix à laquelle nous aspirons dans le malheur, pourquoi ne pas chercher en attendant le dérivatif de notre peine. Il est toujours dans la nature à laquelle nous appartenons corps et âme et qui remet la pierre dans la pierre, l'eau dans l'eau, l'arbre sur ses racines, la fleur au sommet de la tige.
C'est dans la nature que nous ressourçons la vie. Et cela signifie beaucoup. Il faut remettre dans le courant de l'eau le poisson qui en a été arraché pour qu'il reparte vivement. La nature, aussi longtemps que nous ne la détruisons pas, que nous ne la renions pas, que nous la célébrons avec nos yeux, nos voyelles, nos désirs, est une puissante merveille. Elle est notre mère. Les hommes l'ont compris depuis toujours. Ils l'ont oublié souvent. Orphelins, ils ont souffert. Mais ils peuvent toujours y revenir et y retrouver leurs désirs, leurs joies leurs bonheurs et leurs peurs d'enfant. Ils peuvent s'y régénérer, s'y reconstruire. Ils peuvent y renaître.

samedi, juillet 23, 2011

Mythanalyse du soleil


Le soleil n'est qu'un astre - une étoile - parmi des milliards d'autres. Avouons que ce seul fait scientifique donne à réfléchir d'une toute autre façon que celle des Incas et de tant d'autres sociétés anciennes dont les mythologies en ont fait leur dieu suprême.
On se demandera aussi pourquoi toutes les mythologies n'en ont pas fait de même leur Dieu principal. Cela dit, comme tout dieu central d'une cosmogonie, le soleil prend figure paternelle. Dès lors, nous nous retrouvons en terrain familier, dans le carré parental.
Si nous abordons le mythe solaire de la lumière, nous abordons un autre domaine d'analyse.
L'esprit, la lumière, la lucidité, par opposition à l'ombre, à l'obscurantisme, à la peur: c'est là le thème de la sécurité physique et psychologique indispensable au nouveau-né, qui met en scène la relation de familiarité et de confiance qui lie l'enfant à la mère et au père. Ce sont eux qui savent, qui sécurisent et qui éduquent. La lumière, la connaissance et la sécurité mentale sont les attributs des parents. La mythanalyse de la vérité ou de la lumière nous conduit encore au carré parental.
Oui, une mythanalyse du soleil est donc possible; Même si le soleil n'est plus un dieu ni un mythe pour nous, il en reste quelque chose dans notre sédimentation imaginaire. Le soleil garde une valeur de symbole social. Et la mythanalyse du soleil se décline selon la diversité des paramètres sociologiques et historiques du carré parental. Un beau thème d'analyse.

vendredi, juillet 22, 2011

La mythanalyse est-elle possible?


Une définition des mythes actuels est-elle crédible? Significative? Leur analyse est-elle possible? Crédible? Selon quelle postulats? Quelle méthodologie? Peut-on évaluer que certains mythes sont bons ou mauvais pour l'humanité?
Comment peut-on comprendre leur gestation? Leurs transformations, leurs disparitions?
Comment sont-ils liés? Ou pas liée, autonomes les uns des autres?
Comment sont-ils structurés?
Les mythes sont-ils de simples erreurs courantes de jugement? Ou ont-ils une signification sociale déterminante?
Voilà toute une série de questions, des plus légitimes. Et je pourrai augmenter cette liste.

Et ma réponse est sans ambiguïté. Je crois avoir répondu à toutes ces questions de façon claire et précise, y compris en ce qui concerne les limites de notre capacité d'élucidation.
La mythanalyse est aujourd'hui peu considérée, incomprise ou détournées vers des conceptions questionnables. Par exemple, les jungiens ont inventé un Olympe d'archétypes pour expliquer nos mythes. Ce n'est pas une explication plus acceptable que celle d'un dieu ou d'esprits mystérieux pour expliquer nos comportements sociaux ou individuels. Les archétypes n'expliquent rien. Ils sont eux-mêmes des figures imaginaires hypostasiées comme principes excplicatifs!
Quant à moi, je ne doute donc pas de l'avenir de la mythanalyse. J'ai souvent souligné que la mythanalyse, comme toute théorie, est une fiction. Mais il est des fictions plus lucides, plus éclairantes que d'autres. Plus explicatrices et plus instrumentales que d'autres. Par exemple, Dieu est une fiction qui nous fait errer au lieu de nous éclairer. La démocratie, un autre mythe, est une fiction qui nous sert mieux que les dictatures de l'armée, de l'Eglise ou de l'argent. Il faut savoir relativiser ces considérations.
Il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine des plus importants. Je n'ai fait que construire les fondements. Je les crois solides. Je ne sais pas de combien d'années je disposerai encore pour continuer tranquillement cette analyse. Peu importe. D'autres poursuivront. Car avec le temps, l'importance de la mythanalyse sera de moins en moins mise en doute. Les imaginaires sociaux jouent un rôle majeur dans toutes les populations, dans toutes les cultures, à toutes les époques. On se rendra de plus en plus compte de l'importance de les repérer, de les déchiffrer et de les transformer au service des valeurs hyperhumanistes auxquelles nous aspirons.

mercredi, juillet 20, 2011

mythanalyse, philosophie et technologies numériques


Le numérique est une technologie qui requestionne la philosophie occidentale et met en scène les mythes les plus actuels.

mardi, juillet 19, 2011

Pharmacie Fischer, Perpignan


Performance échange de la Pharmacie à la Librairie Torcatis, à Perpignan en 1976

lundi, juillet 18, 2011

Qui suis-je?


Autoportrait. Vu par l'Autre. Peinture acrylique sur toile, 2000.

dimanche, juillet 17, 2011

Mythanalyse du féminisme


L'imaginaire du féminisme: voilà un sujet de réflexion difficile et dans lequel il peut paraître pour un homme fort risqué de s'aventurer. Le mythanalyste dès lors prendra la précaution de rappeler qu'il ne donne qu'un avis d'homme et demandera, pour faire avancer l'analyse, aux femmes de le lire et de le critiquer.

Nous avons déjà souligné à maintes reprises que la Révolution de 1789 marque le moment où les fils se révoltent contre le père. Ils le guillotinent, coupent aussi les têtes des statues dans les églises, profanent les tombes des prêtres, s'emparent des biens de l'Eglise qui légitimait son pouvoir. Ils instaurent le temps des fils. Non plus le respect du passé, mais l'Histoire à accomplir et le Progrès. Ils remplacent la vérité révélée par le culte de la raison. Bref, ils prennent la place du père et veulent changer la société, ses institutions et ses valeurs, pour établir les leurs. Nous sommes depuis 1789 dans le temps des fils, même si nous observons que ceux-ci ont souvent repris des postures paternalistes et autoritaires, et reproduisent les valeurs qu'ils avaient reniées, comme la bourgeoisie napoléonienne a instauré le néo-classicisme après avoir découvert le préromantisme du XVIIIe siècle.
Bien sûr, les femmes ont participé dans les Salons et dans les rues à cette révolution. Elles aussi ont pris le Bastille. Elles-mêmes avaient été reléguées jusqu'alors à des rôles sociaux conformistes, restrictifs. Elles étaient absentes de l'histoire de la philosophie, des arts et des sciences, à quelques rares exceptions près. Il suffit d'ouvrir le dictionnaire pour le constater avec consternation. Mme du Châtelet, l'amie de Voltaire, Mme de Staël et quelques autres se sont distinguées, mais dans l'ensemble, la condition féminine instituée par le machisme social était rétrograde. Et les femmes n'ont pas obtenu de la révolution française un nouveau rôle, une reconnaissance, ni un nouveau pouvoir. Le code civil napoléonien ne leur accorde pas grand-chose, Napoléon lui-même étant convaincu qu'elles ne doivent pas se mêler des affaires publiques. Il faudra d'ailleurs attendre un siècle et demi pour qu'elles se voient reconnaître le simple droit de vote (par de Gaulle en France).
C'est contre ce blocage idéologique et social que les femmes vont finir par se révolter à leur tour, et élaborer le programme féministe.
Lorsque j'ai émigré au Québec, au début des années 1980, on finissait de discréditer le marxisme en France, mais c'était là encore le coeur du débat idéologique (Raymond Aron contre Sartre). Au Québec, le débat social portait sur le féminisme. Les femmes écrivaines, poètes, comme en France, Simone de Beauvoir ou Françoise Giroud, en étaient les principales actrices: Nicole Brossard, Suzanne Lamy, France Théoret et tant d'autres inspirées par Marie-Gérin-Lajoie ou Thérèse Casgrain. Et elles y mettaient une ardeur qui n'a jamais existé en France. Les suffragettes et les écrivaines ont été radicales, voulant instaurer un conflit libérateur avec les hommes; elles se déclaraient lesbiennes. Elles rejetaient bien sûr les valeurs maternelles, domestiques, aussi bien que celles d'objet sexuel dans lesquelles les hommes les avaient enfermées. Elles avaient fait leur révolte contre les mères dans la vie familiale et quotidienne, mais ce n'est plus contre la mère que les filles voulaient établir à leur tour le temps des filles. C'était contre les fils qui avaient maintenu vis-à-vis d'elles les postures réactionnaires du père. Et elles ne voulaient plus reproduire avec ces fils le modèle traditionnel, nourricier du couple familial dominé par l'homme et les exigences maternelles. Cet égalitarisme féministe revendiqué rappelait dans les années 1970-1980 l'égalitarisme citoyen réclamé par les révolutionnaires de 1789. La révolution féministe exigeait avec un siècle et demi de retard son dû de 1789, dont les fils, une fois au pouvoir, les avaient privées.
Au-delà des excès inévitables de toute révolution, même de celles qui sont idéologiques seulement et ne font pas couler le sang, ce que nous retiendrons aujourd'hui, c'est que les femmes ont dû alors inventer ce que nous appellerons les valeurs féminines, dans leur différence avec les valeurs masculines. Elles n'en avaient aucun modèle. Elles ne voulaient surtout pas répéter les valeurs de leurs mères, alors que les fils avaient, après la transgression, largement repris les valeurs confortables du père. Elles devaient repenser la société, non seulement au niveau des institutions politiques, mais, ce qui est beaucoup plus difficile, dans la vie quotidienne, privée, intersubjective, celle du couple, de la famille, de la maison. Et les hommes le ressentaient comme une agression directe contre leur machisme traditionnel (naturel, inconscient, et d'autant plus fort et résistant).
Le temps des filles, qui émerge un siècle et demi plus tard que le temps des fils, c'est donc celui de l'innovation sociale. Les fils se sont rangées, ont oublié leurs audaces. Pas les filles, qui veulent désormais changer les règles du jeu.
Et c'est un paradoxe historique pour nous, les hommes, que de voir ces femmes, que nous avions toujours pensées plus traditionalistes que nous, fonder les nouvelles valeurs féminines qui changent aujourd'hui les sociétés, aussi bien en Afrique, en Inde, en Chine qu'en Europe. Les femmes sont devenues les acteurs les plus innovants, créatifs de nos modes de socialisation. Il faut leur donner l'espace qu'elles revendiquent légitimement aussi en politique, dans l'économie, dans la gestion des entreprises, dans les institutions internationales, dans les sciences, dans les arts. Globalement, dans la foulée des changements sociaux qu'elles provoquent, elles peuvent aujourd'hui changer plus le monde que les hommes. En tout cas, il faut leur en donner la chance. Le monde va mal et ce sont les hommes qui l'ont mené là. Avec les femmes, ce ne sera peut-être pas mieux demain matin, tant les verrous sont bloqués, mais du moins un juste équilibre des responsabilités entre fils et filles est absolument nécessaire. Nous en sommes encore très loin de cette équité et de cette intelligence.

samedi, juillet 16, 2011

Eros et Prométhée


En instituant la figure de Thanatos en psychanalyse, Freud était assurément influencé par les désastres de la Seconde guerre mondiale.
Aujourd'hui, c'est sans doute par la puissance émergente du numérique qu'il aurait été frappé, comme moi.
Lorsque j'ai publié mon CyberProméthée (vlb, 2003), j'ai ajouté Prométhée aux instincts freudiens, proposant un attelage à trois têtes. J'ai changé d'avis depuis. Je situe plutôt Thanatos comme l'une des deux faces de Prométhée. Autrement dit, je modifierai le couple freudien des deux instincts fondamentaux Éros et Thanatos pour affirmer plutôt l'importance d'Eros et Prométhée, les deux dragons de la psyché. Thanatos est le pôle destructeur de l'instinct de puissance Prométhée, tandis que la fabrication en est le pôle créateur. Nous savons que l'artiste détruit pour construire.
Freud avait ramené la création et notamment l'art à une sublimation de la libido, une sorte de déclinaison énergétique éventuellement pathologique. C'était l'attitude d'un grand pessimiste. Il faut redonner au travail, à la production, à l'art toute sa légitimité positive, transformatrice, porteuse de progrès humain.

mercredi, juillet 13, 2011

Le monde actuel est aussi mythique que celui des Égyptiens, des Grecs ou des Wikings des


Repérer, déchiffrer les mythes actuels de nos sociétés, c'est ce que tente la mythanalyse. Elle postule qu'ils sont aussi nombreux, puissants que ceux des anciens. Certains se sont métamorphosés ou sont disparus, d'autres sont apparus, les noms ont changé, les constellations et les récits aussi. Mais nous y sommes plus aveugles que les anciens Grecs, Incas, Egyptiens ou Germains, qui, savaient les désigner. Bien sûr, nous nommons Dieu, Le Progrès, la Société, la Raison, l'Histoire, le Hasard et la Nécessité, mais il y en a beaucoup d'autres auxquels nous sommes aveugles, mais dont nous dépendons dans notre imagination et qu'il faut donc repérer.

mardi, juillet 12, 2011

Toute théorie est une fiction


Voilà l'un des postulats fondateurs de la mythanalyse, une théorie des imaginaires sociaux actuels, qui n'échappe certainement pas à ce postulat, pas plus que les théories astrophysiques, quantiques, mathématiques,biologiques, économiques, politiques,ETC.
Le rationalisme lui-même est une fiction. Pas la moindre. Dont l'excès a inspiré le positivisme. Le nihilisme aussi est une fiction.

lundi, juillet 11, 2011

L'illusion de la clarté


Toute clarté n'éclaire que ce que nous savons, désirons, voire ce que nous craignons - encore que cela relève davantage de l'obscurité. Les oiseaux nocturnes voient dans la nuit. beaucoup d'êtres vivants n'ont pas d'yeux. La clarté n'est que la rencontre du soleil et des yeux. Beaucoup? Pas grand-chose. Un champ spectral très limité. La clarté est plutôt une vertu de la familiarité que de la vision. De l'habitude que de l'esprit. Une fiction. Et pourtant, la clarté est tout pour nous. La nuit est la peur, l'imaginaire hyperactif. La clarté est réductrice, apaisante. Le lait du sein.

Signalisation imaginaire dans un champ de Winnekendonk, en Allemagne, en 1982.

dimanche, juillet 10, 2011

L'accélération du temps social


Pourquoi avons-nous développé une telle obsession de l'accélération du temps, alors que pendant des millénaires l'humanité a vécu selon un temps cyclique saisonnier, vertical, ahistorique, un temps lent sans flèche du temps, ce que nous appellerions un "temps ralenti". Il s'agissait même, pour plusieurs cultures d'un temps orienté vers le passé, vers l'origine, peut-être même d'un temps qui se dégradait de génération en génération. N'est-ce pas ce que symbolise la perte du Paradis terrestre?
Comme je l'ai expliqué dans l'analyse critique de l'idéologie avant-gardiste (L'Histoire de l'art est terminée,Balland, Paris, 1981), cela tient à l'inversion du temps qu'a provoquée la Révolution de 1789.
Alors que le temps était légitimé par la création divine, que l'humanité occidentale fondait le sens des choses sur cette origine, que l'art imitait le passé, la vertu l'exemple du Christ, en guillotinant le roi, le père, les fils ont instauré le Progrès à venir pour remplacer le Bien divin originel, L'Histoire à venir et son achèvement pour remplacer l'explication des origines bibliques. Bref, les hommes ont créé le temps des fils, qui mettait fin au temps du Père. Ils ont inversé le Temps. Ce Temps de l'Homme est une révolution mythique fondamentale qui instaure la modernité.
Et il est alors logique que cette fixation sur l'horizon du futur, dont l'accomplissement dépend désormais de l'Homme, crée un désir d'y parvenir rapidement, de s'en rapprocher avec la même exaltation qu'inspirait auparavant le désir de Dieu. Nous avons hâte que le Progrès arrive, du moins en Occident, mais aussi maintenant en Chine, en Inde, au Brésil. Nous avons institué une idéologie de l'innovation, accéléré en conséquence la recherche technoscientifique, créé les Prix Nobel pour statufier les plus grands chercheurs. Nous fondons le progrès économique, social et même l'équilibre de notre course folle sur l'innovation permanente. La loi de Moore affirmant le doublement tous les 18 mois du progrès des technologies numériques, s'est imposée, au point de servir de fondement aux utopies barbares du trans- et du posthumanisme. Le temps se cannibalise.
Nous avons vu que l'avant-garde dans le champ de la création artistique a rencontré l'aboutissement de sa propre logique mortifère. Admettons que cela ne se répétera pas dans le cas de notre idéologie sociale et scientifique qui sont fondées sur le progrès, contrairement au champ de l'art. Mais ne nous laissons pas emporter par le mouvement sans pratiquer l'arrêt sur image, nécessaire pour garder le temps de la réflexion critique et de la jouissance vitale. Nous avons remplacé la domination de l'idée d'espace par celle du temps. Il y a un abus du temps dans notre façon d'envisager la vie.
Je ne veux pas dire pour autant qu'il n'y ait pas urgence de résorber la violence sociale, l'injustice, la misère humaine. Décidément, il est difficile aujourd'hui de ralentir notre temps social. Les fils sont impatients. Nous avons adopté la vitesse comme un mode d'existence et de pensée.

Intervention de signalisation imaginaire urbaine en 1982, dans le cadre de la Biennale de Sao Paolo.

samedi, juillet 09, 2011

Angoulême


Angoulême, la ville de province, périphérique de la métropole parisienne, une fille de la famille. Géographie politique anthropomorphique, pensée sur le modèle de la structure familiale. Nous pensons beaucoup plus sur ce modèle que nous n'en avons conscience, beaucoup plus selon la hiérarcie familiale que selon la géométrie.

jeudi, juillet 07, 2011

art sociologique à Angoulême (1)


"Paris - père", "Angoulême - fille". Le centralisme parisien et le régionalisme français. Nous pensons les relations entre centre et périphérie, capitale et régions selon le modèle anthropomorphique des relations familiales, la matrice de nos structures mentales.

Intervention urbaine, signalétique imaginaire, 1980.

mercredi, juillet 06, 2011

Rêves et cauchemars


Nos contes et légendes populaires sont des merveilles de récits mythiques. L'imaginaire y déborde, évoquant les inconscients sociaux, selon la diversité sociale et historique de ces cultures.
Chacun de nous fait aussi l'expérience chaque nuit de débordements oniriques agréables ou cauchemardesques. Malgré le désordre des liens entre les séquences de nos rêves, la volatilité des images, les répétitions obsessionnelles qui réactivent des traumatismes ou simplement des évènements marquants de nos vies, il semble que nous observions dans les rêves une polarisation entre le désir et l'anxiété, entre Éros et Thanatos. Le loup se fait mouton, l'agneau devient menaçant, sans que nous soyons capables d'analyser ces mutations binaires. Il apparaît que notre imaginaire individuel, comme les imaginaires sociaux, se structure principalement selon cette bipolarité du plaisir et de l'anxiété. La Bible elle-même met en scène dramatiquement cette structure en se bâtissant sur l'opposition entre le Bien et le Mal. La religion en a fait son fondement et cette structure se retrouve dans toutes les mythologies, toutes les légendes, tous les contes. Sans doute les figures de la mythologies ne sont-elles pas simplistes. Par exemple, celles de la mythologie grecque, sont souvent ambiguës, tantôt vertueuses, tantôt jouisseuses, tantôt méchantes, tantôt victimes, bref plus proches de notre humanité. Mais il demeure que nous les caractérisons selon le bien et le mal, le bonheur et la souffrance. Demeurent la punition, la cruauté, la jouissance et la douleur, comme deux pôles marquants de la vie des dieux et demi-dieux et autres formes de nos inventions.
Cette bipolarité peut trouver son origine biologique dans le carré parental, dans l'alternance de la faim qui fait crier l'estomac et de la satisfaction du nouveau-né apaisé par le sein. Il n'est pas nécessaire de faire des hypothèses métaphysiques, manichéennes, d'inventer un Dieu et un Diable, pour traduire cette expérience fondatrice du désirable et du redoutable que fait chaque nouveau-né. Demeurons matérialistes, dans le biologique, le physiologique, lorsque nous cherchons les sources et les structures anthropologiques de notre imaginaire. Cela semble plus modeste et plus sûr que les tentatives structuralistes, qui dérivent dans la littérature, l'érudition et l'idéalisme.

mardi, juillet 05, 2011

Kant, un philosophe sans sensibilité


Qu'est-ce que le temps qui dure? Le temps qui n'est pas volatile, pas éphémère, mais qui a une intensité. Un temps court? Long? Répétitif? Monotone? Intense?
Nous avons du temps toutes sortes d'impressions différentes et contradictoires. Bergson en a abondamment parlé.
Je vois surtout dans la durée une stabilité. Celle d'un effort persévérant, celle d'un développement durable, comme on le dit souvent aujourd'hui pour faire référence à l'aménagement écologique. Nous avons, bien sûr un - des problèmes - avec le temps. Une oeuvre, un couple peuvent bénéficier de la durée. La durée n'est pas l'éternité. Il y a des durées longues et d'autres courtes. Etre de courte durée paraît négatif, encore que si nous parlons d'un mal, cela devientne positif. Nous mettons donc dans le temps des valeurs, des qualités ou des défauts, comme dans l'espace.
L'idée kantienne de l'espace et du temps comme des formes a priori de la sensibilité est une pauvre abstraction théorique, bien digne d'un philosophe qui a une vie ordinaire et répétitive. Un philosophe qui n'a justement pas de sensibilité!
La sensibilité fait étroitement partie de l'intelligence, parce que l'intelligence s'est formée dans le climat affectif du carré parental, où tout lien implique une émotion, une valeur rassurante ou inquiétante. La construction neuronale du cerveau est fondée sur l'affectif.
Si Kant avait su conserver cette sensibilité affective, il aurait évité de perdre des années è réfléchir et écrire sur les formes a priori de la sensibilité, avec lesquelles j'ai perdu à mon tour trop de temps lorsque j'étais étudiant en philosophie.
L'abstraction est une démarche fort utile, instrumentalement très efficace, qui nous a valu beaucoup de réussites scientifiques. Elle est le fondement du mythe platonicien des eidos, les idées abstraites. Nous lui devons le rationalisme. Ce n'est pas rien! Mais la réalité qui nous intéresse est dans la caverne de Platon, pas dans l'air éthéré et vide de l'idéalisme.
Cela aussi, la mythanalyse nous le rappelle avec force. La lucidité est du domaine de l'affect. La vérité est une construction théorique, qui quitte ses fondations vitales et devient vite fictive. Même de la mythanalyse, inévitablement théorisante, j'ai pris soin de dire qu'elle est une théorie-fiction.

Le champ signalétique de Winnekendonk, Allemagne, 1982