lundi, septembre 07, 2009

La boîte de Pandore numérique




Voilà 40 ans, depuis le 2 septembre 1969 qu’est né l’internet. En fait, ce ne fut encore que la communication, fort laborieuse et limitée, entre deux ordinateurs reliés par un câble de 4,50 m de longueur, à l’université Californie à Los Angeles. Puis on a élargi les distances avec les universités de Stanford, Santa Barbara et l’Utah. On peut discuter la date, souligner le rôle de Licklieder, du MIT, qui eut la vison de l’importance de ces futurs réseaux de communication. On doit citer Leonard Kleinrock, qui théorisa dès 1961 la commutation et la transmission d’informations par « paquets », Paul Baran et Douglas Engelbart, dont nous allons reparler. Les auteurs sont plusieurs. Ce fut une histoire militaire autant qu’universitaire, comme le rappelle la signification d’Arpanet, créé par la Defense Advanced Research Projects Agency pour assurer la sécurité de ses communications en temps de guerre grâce à un réseau (Network) décentré multipolaire, qui deviendra notamment le MILnet (Military Network).
Voilà 40 ans aussi, que Douglas Engelbart a inventé au Stanford Reearch Institute la fameuse souris dont nous nous servons encore aujourd’hui pour déplacer le curseur sur nos écrans d’ordinateur. Il n’en reçut aucun dividende financier, mais le SRI vendit le brevet à Apple qui a donné à ce petit rongeur à queue numérique l’expansion que l’on sait. On attribue aussi généralement à Engelbart le concept d’intelligence collective, dont il a exposé la philosophie dans Augmenting Human Intellect: A Conceptual Framework.
Aujourd’hui, seulement deux générations plus tard, alors que nous comptons plus de 1,3 milliards de personnes connectées sur la planète à l’internet grâce au Web et au sans fil, il est bon de rappeler que c’est avec un câble de 4,50 m que cela a commencé. De petites inventions peuvent avoir un impact extensif sur toutes nos activités en quelques décades. C’est cela qui caractérise l’évolution de notre espèce et l’accélération que nous expérimentons à l’époque actuelle. L’âge du numérique commence à peine, mais il nous oblige déjà à changer drastiquement nos comportements et réinterroge nos valeurs. Saurons-nous maîtriser le choc du numérique? La boîte grecque de Pandore que nous avons ouverte, ou la pomme, son équivalent biblique, sont aujourd’hui numériques, nous donnant accès à plus de pouvoir, plus de connaissance, plus de conscience planétaire, plus de bien – le progrès non seulement technique mais aussi humain – et plus de mal aussi. Faut-il diaboliser une fois encore cette pomme numérique et accuser le Satanford Research Institute, ou assumer les responsabilités éthiques qui viennent avec Prométhée et avec la conscience? Est-il pertinent de parler d’une « augmentation de la conscience collective » ou d’une « intelligence collective augmentée »? Souhaitons que l’utopie se réalise. C’est manifestement l’utopie la plus en vogue aujourd’hui parmi les philosophes du numérique les plus optimistes. Mais cela demeure encore à démontrer, tandis que les raisons d’en douter augmentent elles aussi. Le défi nous confronte à nous-mêmes. Il n’est plus religieux, il n'est pas technique. Il est éthique. Et planétaire.

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