tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

jeudi, août 14, 2014

Le sexe ombilical


Nos pratiques sexuelles sont des réactivations obsessionnelles du lien ombilical qui a été coupé à la naissance.Tant pour la femme que pour l'homme, le lien sexuel, la chaleur qu'il génère par le frottement répétitif et l'afflux du sang, la congestion de la vulve et du pénis, le spasme orgasmique qui en garantit l'accomplissement sont des pulsions et des gestes biologiques, rehaussés par la puissance du psychisme, qui reproduisent physiquement et symboliquement le lien ombilical originel de chaque être humain. On en attend l'apaisement d'un manque, d'une solitude biologique. C'est pourquoi il est au cœur des mythes tout autant que de nos inconscients individuels et prend la force impérative d'une pulsion psychique, parfois violente. Promenades main dans la main, caresses, effleurements, collage, attouchements, baisers profonds, érotisme, frottements, massages, masturbations, excitation des organes génitaux, échanges de fluides, pénétrations, exhibitionnisme, voyeurisme, pornographie généralisée, gadgets sexuels, bordels, métaphores quasi explicites, productions culturelles, rituels sociaux multiples, sont autant de réactivations individuelles et collectives de cette nostalgie fœtale qui nous obsède, autant de répétitions inversées de l'accouchement, qui tendent à en nier la séparation en refusionnant notre corps avec le corps maternel originel et à restaurer le lien organique des entrailles biologiques où nous avons été créés, où nous nous sommes développés, où nous avons connu neuf mois de chaleur originelle dont nous rêvons encore inconsciemment.  Et le comportement qu'il suggère devient même pathologique dans bien des cas.
Ce lien ombilical, qui est tout autant la vulve que le pénis, trouve aussi satisfaction à un niveau plus léger,mais non moins significatif, dans les rituels sociaux, embrassades, accolades, et même dans les rites alimentaires, de danse, dans les séductions multiples à caractère érotique discret ou provoquant.
L'obsession du sexe est biologique et devient chez l'adulte une pulsion psychique qui tourne éventuellement à des excès pathologiques, tant le plaisir qu'elle promet est celui d'une réunion paradisiaque avec l'utérus originel, dont nous supportons parfois très mal d'être séparés, au point d'en devenir mentalement malades. Freud avait pris la mesure de cette douleur, de cette pathologie, tant au niveau biologique que symbolique. Mais il ne faut pas en faire à notre tour, comme dans son cas, une obsession. Il faut nous en défendre, pour assumer notre autonomie psychique, même si elle demeure toujours une conquête impossible de la liberté que nous revendiquons comme être humains, comme adultes sortis de notre âge infantile, et du pouvoir de création qui vient avec cette conscience de notre liberté. Nous demeurons toujours des enfants qui fabulons le monde et nos vies. Mais il nous faut lutter aussi sans cesse pour nous accomplir comme êtres humains autonomes, qui ne crieront pas «maman» au moment de leur mort, et qui voulons poursuivre notre création dans la meilleure plénitude de nos capacités.

mercredi, août 13, 2014

la nostalgie fœtale: un concept fondamental de la mythanalyse


Ce concept de «nostalgie fœtale» est certainement l'un des plus opératoires de la mythanalyse. Il est au cœur de nos mythes, de nos inconscients aussi bien individuels que collectifs. Nous gardons tous de notre formation fœtale et de la sécurité du ventre maternel une nostalgie définitive. Ces neuf premiers mois de vie dans la chaleur et la douceur utérine n'auront jamais plus leur équivalent. Ils ont précédé une séparation brutale et douloureuse  Et toujours, dans la fusion amoureuse, dans la quête sexuelle et son plaisir qui occupe tant notre esprit, dans notre désir d'intégration au corps social selon de multiples déclinaisons, dans nos recherches d'amis sur les réseaux sociaux, dans nos rituels familiaux, embrassades, accolades, baisers, recherche de chaleur humaine, affective, dans nos rituels sociaux, messes, cérémonies, adoubements, nous reproduisons et répétons, parfois obsessionnellement, des gestes qui ne sauraient s'expliquer sans cette nostalgie fœtale. Nous imaginons a posteriori ce premier lieu de vie comme un paradis terrestre dont nous avons été chassés. Car c'est bien aussi dans cette nostalgie fœtale qu'il faut chercher le fondement le plus déterminant du mythe biblique de cette première étape de vie d'Adam et Ève au lendemain de la création divine. Et c'est encore à ce paradis éternel qu'aspirent les croyants après leur mort, au point de pratiquer leur religion et une vie pieuse et austère dans cet espoir. Même les rites anthropophagiques, celui de la messe catholique, qui nous offre de manger et boire le corps du Christ dans la communion, et tant d'autres rites anciens, magiques, de sectes innombrables, appellent à cette interprétation d' une célébration apaisée de la nostalgie fœtale.
Inversement, l'exil, le rejet social apparaissent comme des sanctions et des souffrances difficiles à supporter, qui réactivent la douleur physique et psychique de l'accouchement dont nous gardons inconsciemment  la mémoire pour toujours.

mardi, août 12, 2014

Art et mythe - Documenta 7, Kassel


100 Kunst Mythos Wegweiser in Kassel, im Rahmen der Documenta 7. Hier auf dem Bild vor dem Fredericianum (1982) -  100 Art and Myth signs in Kassel on the occasion of the Documenta 7. Hier in front of the Fredericianum (1982)

Dieser Verhältnis zwischen Kunst und Mythos vorsichtig beachten. Er ist radioaktiv, und nicht ohne Handschuen und Schutzmaske zu betätigen.

The link between Art and Mythos should be prudently considered. It is radioactive, not without protection gloves and mask to be activated.

El vínculo entre arte y mito tiene que considerarse con prudencia. Esta radioactivo. Nunca avivar sine guantes y mascara de protección.

Le lien entre art et mythe doit être abordé avec prudence. Il est radioactif. Éviter toute activation sans gants et masque de protection.

lundi, août 11, 2014

«Mythologies du futur»: entrevue avec Christian Gatard


Entrevue avec Christian Gatard

Questions d’Hervé Fischer :

Votre nouveau livre, Mythologies du futur, que vous avez publié aux éditions L’Archipel, en France, dans la collection « Géographie du futur » que vous dirigez,  me fait penser à un nouveau voyage de Marco Polo au pays du « Mythistan », où vous avez mené une enquête que vous qualifiez de «  buissonnière ». Pouvez-vous préciser votre méthodologie ?
Concrètement je fonctionne avec une sorte de dispositif que je complète et que j’enrichis en permanence. Voyager, écrire, entrer en conversation.  Mes terrains d’étude sont des exercices hautement impliquant pour aller voir de près ce qui se passe,  mes livres sont des pauses pour essayer de mieux comprendre les mutations en cours, et les conférences que je propose sont des sources d’inspiration. Aussi, je voyage dans le monde entier en permanence.  C’est une grande chance. Je mène des missions d’étude pour de nombreuses entreprises, un  travail essentiellement centré sur l’analyse psychosociologique des groupes humains. J’ai la chance de pouvoir m’exprimer devant de nombreux publics et échanger avec eux. Or j’insiste : c’est en écoutant les gens qu’il y a le plus à apprendre du devenir du monde. C’est aussi vrai d’un groupe de citoyens lambda en Chine ou au Togo que d’une audience grand public à la Gaité lyrique à Paris que d’un parterre d’hommes d’affaires à Tanger.
Ma démarche est en décalage avec l’Académie. Je suis toujours un peu étonné quand je reçois un courrier de lecteurs universitaires qui apprécient mon travail et adhèrent à ma démarche. (C’est que je dois avoir une idée assez fausse de l’Académie.) Je pratique sorte de gonzosociologie aux prises avec le siècle. C’est très subjectif, très immersif, souvent intense. Tout contact est toujours une expérience à partager. Un signal faible qui ne brûle pas les doigts ne doit pas signaler grand chose….
Il faut surfer sur la lave des textes, des livres, des pays, des cultures et des gens, surtout des gens. Je dis la lave. Ce qui m’intéresse, c’est le feu, les braises. Les signaux faibles sont des braises. C’est presque comme ce jeu « tu brûles /tu es glacé » selon qu’on se rapproche ou s’éloigne de l’objet caché. Quelque chose me dit qu’il y a ici ou là des escarbilles incandescentes et qu’en soufflant dessus le futur s’y enflammera.

Est-il juste de vous voir comme un cartographe des imaginaires actuels ?
C’est une expression que je reprendrais volontiers à mon compte. A y réfléchir un peu je crois que tous mes livres se sont emparés de cette idée à leur manière : j’ai écrit des romans qui s’inspiraient de réalisme fantastique, des livres sur l’art qui déjà flirtaient avec ce concept de voyage dans les territoires de l’imaginaire. Tout cela préparait mon travail et cette démarche de recherche actuelle que je viens de vous expliquer.
Mon approche de la prospective se situe entre l’intérêt culturel (prendre de l’avance sur l’avenir, s’y préparer) et le légendaire (comprendre les rouages profonds de l’histoire des hommes, interroger les mythes, émouvoir, repérer notre place dans la longue durée).
Je m’intéresse à « l’horizon des attentes », c’est à dire  à des scenarios dont on perçoit dès aujourd’hui les prémices. C’est un futur proche, parfois déjà là, parfois dans un horizon plus lointain mais qu’on sent en devenir. On  peut, pour partie, prolonger les courbes du présent.  Pour partie seulement car le futur nous réserve aussi des surprises de taille. Il faut donc être vigilant. Le suspense est en embuscade.

Vous laisser souvent apparaître un fond d’optimisme qui vous incite à dénoncer des excès de pensée apocalyptique, si fréquents dans la pensée actuelle. Est-ce votre instinct de survie, par des temps difficiles ?
Je suis un indécrottable optimiste, oui.
Sans être niais !  La mode est à une description apocalyptique du futur. C’est la mode du jour, pas celle de demain, pas la mienne. Je ne crois pas aux dystopies annoncées. La dystopie s'oppose à l'utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie propose le pire qui soit. Pas mon genre, pas ma tasse de thé. Mon approche est plus « créative» qu’ « académique ». Pour autant je ne suis pas le seul, bien entendu, à prôner une vision positive de l’avenir.
Pour répondre plus directement à votre question, ce n’est pas tellement de mon propre instinct de survie qu’il s’agit mais plutôt celui de nous tous. Je ne fais que traduire ce qui se trame dans les couches profondes de la conscience humaine. Les chantres de l’apocalypse travaillent à un niveau beaucoup trop superficiel.

Mais mentionnant votre Plan C, vous écrivez aussi : Où croyez-vous qu’il soit, sinon dans le regard que je porte sur mon propre visage, sur sa lente désagrégation, sur son destin ultime de défiguration ? Comment vous situer ?
Sur un promontoire largement fréquenté par des gens très bien qui savent qu’au delà de la déconfiture du monde et de sa cruauté il y a la joie de l’existence même, la certitude que la vie vibre et se renouvelle en permanence.

Vous semblez vous refuser à des jugements catégoriques, respectant chacun, aimant rencontrer tous les hamans, mais il semble que vous explorez un Mythistan pris dans un brouillard mythologique épais, qui ne laisse apparaître aucun relief dominant, aucune figure phare. Vous mentionnez   les plans A, B et C,  des options, ou des tendances tout en questionnant chaque fois les certitudes. Vous demeurez le plus souvent un sceptique et parfois un démystificateur satirique. Et vous semblez y prendre un immense plaisir. Etes-vous un mythanalyste postmoderne, comme semble l’accréditer la préface de Michel Maffesoli ?
Dans Mythologies du Futur je dis d’abord que les mythes sont des récits que l’humanité se raconte pour affronter les temps difficiles. Il y a toujours eu des temps difficiles et il semble que tout le monde de tout temps ait pensé que le futur serait difficile. Dans le plan A on invente des religions et on s’indigne de l’état du monde. Ça tient lieu de mythologie. On essaie de se tenir les coudes pour ne pas chavirer dans les mers déchaînées. On ne sait pas où on va, ni comment, mais on y va ensemble. On coule ensemble. Ça n’est pas une solution.
Dans le plan B on découvre qu’on a écrit des choses très intelligentes, très belles sur l’avenir de l’humanité. Les mythes en question sont superbes, grandioses, émouvants. Ils expliquent tout. Ils viennent des Grecs, des Romains, des Egyptiens, des Scandinaves ou des Amérindiens. Il ne leur manque qu’une chose : le mode d’emploi pour soi, ici et maintenant.
D’où le plan C.
Celui qui commence par la question : et moi là dedans ? c’est le what’s in it for me ? Un peu charité bien ordonnée commence par soi même. Si on veut avancer il faut s’impliquer, comprendre qu’on fait partie pleinement de l’histoire de l’espèce humaine… avec des droits et des devoirs comme dirait le politiquement correct actuel… mais c’est sans doute un peu ça. Le plan C c’est de se confronter soi-même aux grands récits qui se construisent… C’est ce que j’essaie de faire toucher du doigt dans mon bouquin. J’essaie de le faire sans trop me prendre au sérieux, ni prendre le monde trop au sérieux, avec cette position fabuleuse du trickster, ce fripon divin, ce petit dieu qu’on rencontre dans toutes les  mythologies et qui est l’empêcheur de tourner en rond à la fois méchant et tendre…Le trickster a le rire puissant.
Alors suis-je un mythanalyste post-moderne ?
Je n’en sais rien mais je suis sûr d’une chose : cette notion de post-modernité me paraît aujourd’hui assez dépassée. Et pourtant j’ai beaucoup de tendresse pour Maffesoli qui m’a offert une superbe préface alors que je le taquine pas mal dans le chapitre sur son nœud papillon dans mon livre et qu’il a en brillamment inauguré la soirée de lancement. Le concept de post-modernité – dans sa formulation même – laisse entendre que notre époque soi-disant post-moderne ne serait que la fin de la précédente, la fin de quelque chose sans visibilité sur la nouvelle. Le concept de post-modernité ferme. Il est temps de penser ouverture, renaissance, nouveau souffle.

Vous semblez cependant prendre parti à bien des reprises, dénonçant par exemple « le monde qui est cruel et injuste » (p.158).
Bien sûr ! Le monde est cruel et injuste. Mais s’il faut être inquiet, il ne faut pas pour autant faire attendre le poulet rôti et le vin clair…

Il y a dans ce voyage au pays de l’imaginaire une grande liberté de pensée, mais aussi une part intimiste, où vous vous mettez en scène personnellement dans vos rencontres et beaucoup d’empathie. Pouvez-vous préciser quel est l’engagement émotif ou personnel qui a motivé ce voyage au grand cours ?
C’est l’application du Plan C, d’une façon résolue, engagée, entêtée.

Vous racontez nos rencontres de la Ligue des mythologues extraordinaires et semblez donner du crédit à l’idée de mythanalyse et d’une Société internationale de mythanalyse que j’y ai proposée. Dans votre livre, vous demeurez toujours sur vos gardes, avec raison. Je suis moi-même relativiste, comme vous et comme Michel Maffesoli le revendique aussi. Mais seriez-vous prêt, à partir de votre posture buissonnière, à contribuer  à la construction plus théorique à laquelle je m’attelle avec la mythanalyse ?
Oui. J
 Et pour aller plus loin j’aime bien l’idée de renouveler l’idée même de construction théorique. Chaque épisode de notre réflexion/construction de ce que peut être la mythanalyse pourrait faire l’objet d’une performance à la fois artistique, littéraire et sociologique. Il nous faut imaginer une mise en scène/mise en mots – dans un lieu ludique et festif… des rendez-vous dans le monde réel où vont pouvoir fusionner nos textes, nos créations, nos mythes…
Je planche sur tout ça et vous en parle bientôt.



dimanche, août 10, 2014

Prometheus,the Devil and the mythanalyst


Prometheus, the Devil and the mythanalyst, acrylic on canvas, 114 x 162 cm, 2013
When Prometheus meets the Devil, the mythanalyst creates the storytelling and the music. It is about rebellion against Zeus and God in favor of humankind’s consciousness, creativity and freedom. They question if it will be successful or end badly. (Updating old myths). 

mercredi, août 06, 2014

L'angoisse existentielle première


Nous sommes tous hantés, chaque homme, chaque femme, sans doute sans exception aucune, est hanté par toutes sortes de démons qui l'assaillent dans son sommeil, si non dans sa vie diurne et "réelle". Ils sont dissimulés dans les replis de la psyché. Ils sortent la nuit, provoquant nos cauchemars. Ils sortent le jour et excitent nos instincts primaires, individuellement, ou dans des mouvements de foule, se battent par groupes humains interposés, violent, assassinent, torturent, bombardent à qui mieux mieux.
Enfant, j'avais peur du noir et du bruit de la chasse d'eau, j'avais peur des ombres et des lueurs qui passaient à travers les barreaux de la fenêtre. D'où venaient-ils, ces "voleurs", ces "méchants" qui me cherchaient ? De la guerre ? De l'étrangeté du monde ?
Un vieux proverbe chinois dit que "la violence ne règle aucun problème". On imagine les effets pervers et durables de la guerre actuelle sur les enfants arabes du Proche-Orient. On imagine les terreurs persistantes des enfants haïtiens depuis le terrible tremblement de terre de 2010. Mais nul n'échappe, même le plus protégé des enfants, aux cauchemars qui libèrent les démons.
Nous les retrouvons aussi au cœur des mythes et des inconscients collectifs, dans toutes les religions, dans toutes les cultures. Et même dans les tentations des Saints dont nous parle l'Eglise. Ni bon, ni méchant, homme ordinaire, moi-même, je ne leur échappe pas souvent, même aujourd'hui, à 72 ans. Ils sont dans mon inconscient refoulé, dans ma névrose familiale, dans la mythanalyse à laquelle je consacre tant de travail avec l'espoir de m'en libérer. Car c'est bien le harcèlement répété des démons qui m'a motivé à m'engager dans cette aventure intellectuelle, que je poursuis avec l'espoir de chasser ces ombres qui me poursuivent. Seule la lumière les fait disparaître de mes nuits tourmentées; et c'est la lucidité que je recherche dans la mythanalyse. Les nuits étoilées me fascinent par la spiritualité qu'elles appellent. Les nuits noires respirent le mal qu'habitent les démons.
La mort est-elle une nuit noire? Beaucoup d'humains le craignent. Et les croyants espèrent voir alors apparaître cette grande lumière dans laquelle la mort semble les accueillir.
Ni le bien, ni le mal ne sont des dieux ni des démons. Entre le bien et le mal, il n'y a rien d'autre que la nature, la matière. Devrais-je en faire aussi un dieu ou un démon ? La mythanalyse répond non. Et elle explique la puissance du bien et du mal par les émotions que nous avons ressenties et les fabulations que nous avons inventées dans la matrice familiale, entre la mère et le père, dans la situation d'extrême angoisse existentielle première et biologique que nous éprouvions lorsque le monde naissait à nous. Et avec lui, tous les démons du monde. Nous ne surmontons jamais cette insécurité initiale.

vendredi, août 01, 2014

Lien, seuil et divergence


A l'âge du numérique nous développons la métaphore des réseaux en liens. Nous configurons notre pensée par associations, nous interprétons la nature comme un hypertexte. La rationalité construite par liens, y compris,mais non seulement par causalité linéaire établit des relations de sens, qui supposent que nous sommes dans une cohérence.
A l'opposé, comment se construit une incohérence ou une rupture ? Comment penser et nommer l'opposé des liens ? Rupture? Rejet ? Un aimant comporte deux pôles, l'un positif et l'autre négatif. Et conséquemment une attraction et un «repoussoir».
Nous élaborons beaucoup sur la notion de lien, mais l'univers doit pouvoir se penser aussi par ruptures, catastrophe, rejet, divergence, qui n'implique pas nécessairement une situation de chaos. Voilà la question que nous voulons aborder.
Le concept de liens nous vient de la sphère familiale et amicale: les liens humains. Et nous avons élargi ce mode de pensée à la société et à la connaissance en général, notamment à la logique (qui demeure, selon la mythanalyse, d'origine familiale/familière). Nous rejoignons implicitement la civilisation chinoise qui se fonde sur l'harmonie de la nature et de la société, dont l'empereur est personnellement responsable et qu'a orchestrée Confucius. Pourtant, tous les liens ne sont pas nécessairement harmonieux. Il y a aussi des rivalités, des hostilités, des combats, des guerres, des crimes, qui constituent des déclinaisons des liens; nous devons prendre en compte une dramaturgie des liens qui inclut les liens négatifs, les tensions destructrices.
La pensée en arabesque ne configure pas seulement des formes harmonieuses, mais prend en compte aussi bien des tensions et des conflits.
Nous faisons l'expérience, notamment dans nos cauchemars, par nature "décousus", il est vrai, mais aussi dans la vie réelle de menaces; Nous cherchons alors à créer une protection contre ces menaces, à fermer une porte devant des personnes menaçantes et à consolider cette séparation. Dans la sphère de la morale comme dans l'inconscient, nous instituons un seuil, qu'il ne faut pas franchir, transgresser ou qui sépare deux espaces, celui qui est normal ou protégé de celui qui nous menace ou qui est sacré. Un seuil est à la fois un lien et une rupture, un lieu de passage entre deux espaces, qui peut ou non se franchir, tandis qu'un lien est constitutif de proximité, de contact et, par définition ne peut se franchir, puisqu'au contraire il lie, réunit déjà.
Bref, nous avons beaucoup pensé et célébré le lien. Mais il nous faut aussi apprendre à formuler, nommer et penser le "non-lien". A moins de choisir d'en nier totalement l'existence, ce qui va à l'encontre de la structure même de la pensée binaire . Sans doute excessivement. Car dire que tout est lien, que tout est lié, c'est ne plus rien dire qui en vaille la peine. C'est ne plus penser distinctement. Notre prochain livre sur "la loi de la divergence" tente précisément de penser cette problématique. Peut-être devrions-nous opposer lien et divergence, plutôt que lien et seuil.
L'accouchement du nouveau-né est l'exemple même, et sans doute plus que cela: le fondement de cette dialectique entre lien, seuil et rupture. La vie et la psyché elle-même se structurent selon ce double mouvement de lien (ombilical à la mère), de seuil (l'accouchement) et de rupture: la construction de l'autonomie. Il faut revenir à cette expérience matricielle pour penser cette dynamique divergente.

jeudi, juillet 31, 2014

Arte è mito


Arte è mito, mito è arte, stessa creazione divinatoria, stessa pratica fabulatoria dell’umanità in questa di se stessa. Se si tratta della celebrazione dei miti fondatori di società, di dii, dell'uomo, della natura, del realismo, astrazione, cubismo, suprematismo, costruttivismo, surrealismo, necessità interna o magia numerica, se si pratica nell’architettura, il teatro, la musica, la letteratura, la filosofia, la danza, la performance o la pittura, l’arte richiama sempre il mito supreme della creazione divina o ne racconta i grandi conti umani che pretendono incarnare. In quanto si chiede domande a se stesso o a la società che lo celebra, l’arte sociologico diviene mitanalitico. 
Non è una novità. L’arte/mito porta lo sguardo nell’archeologia del presente cosi del futuro. Ne ho parlato a partire di 1979 all’occasione di una performance al Centro Pompidou dove annunziavo che « La Storia dell’arte era conclusa».

Gennaio 2013

mercredi, juillet 30, 2014

Arte é mito

                 Museo da arte contemporaneo, Sao Paolo, 2012
Art is Myth, Myth is Art, a própria criação divinatória, a própria prática fabulatória da humanidade em busca de si mesma. Trata-se da celebração dos mitos fundadores de uma sociedade, de deuses, do homem, da natureza, de realismo, abstração, cubismo, suprematismo, construtivismo, surrealismo, necessidade interior ou magia digital, atuando na arquitetura, no teatro, na música, na literatura, na filosofia, na dança, na performance ou na pintura, a arte ainda invoca o mito supremo da criação divina ou dela afasta as grandes narrativas humanas que garantem encarná-la. E quando interroga a si mesma e a sociedade a celebra, a arte sociológica torna-se mitanalítica.

Isso não é uma novidade. O mito/a arte mergulha o olhar na arqueologia do presente tanto quanto na do futuro. Falei disso em 1979 em ocasião de uma performance no Centro George Pompidou, onde eu anunciava que “a História da Arte está encerrada”.
Janeiro do 2013

samedi, juillet 26, 2014

Il n'existe pas d'invariant mythique


Les mythes sont des histoires qu'on raconte, des récits anciens multiples et divers, qui visent à expliquer  l'origine et la destinée du monde, le bien et le mal, les cycles des saisons, la sagesse ou la colère de la nature, les passions humaines, telles que l'amour ou la haine, l'autorité des rois et des prêtres, la création, le désir, la destruction, la magie et tout ce qui semble irrationnel ou incompréhensible aux humains, mais exerce une grande puissance sur eux. On ne saurait dire que les mythes sont vrais ou faux. Ils sont d'ailleurs souvent ambivalents, contradictoires, confus et sujets à de multiples variations et interprétations, selon les légendes, les traditions, les traducteurs, et les besoins des sociétés au cours de l'histoire. Il s'en invente régulièrement, d'autres se transforment, d'autres s'oublient lorsqu'ils perdent leur pertinence.
Car les mythes sont des créations humaines, que nous devons à des conteurs, des poètes, des chanteurs, des musiciens, des peintres qui se succèdent. Mais ces créations varient aussi selon les exégètes. Leur sens change selon les intérêts des chefs religieux et politiques.  Il varie selon les imaginaires sociaux dominants. Les mythes sont tantôt célébrés, tantôt marginalisés ou remplacés, voire interdits. Les mythologues ont bien du mal à les clarifier, les articuler, selon les sources multiples qu'ils étudient, lorsqu'ils s'efforcent de les traduire dans les langues d'aujourd'hui. Il n'est que d'ouvrir un dictionnaire savant des mythologies pour découvrir l'incertitude, les contradictions, la diversité de leurs trames dramatiques, des attributs que l'on décerne aux dieux égyptiens, grecs ou germaniques. Le mythe de la Tour de Babel peut s'interpréter comme une sanction divine ou comme le fondement de la célébration actuelle de la diversité linguistique et culturelle. Les mythes de la pomme de l'éden ou de la boîte de Pandore peuvent expliquer l'origine du mal et de la souffrance, ou la création de la conscience et de la liberté humaines. Chaque mythe demande une interprétation, qui varie selon les idéologies dominantes des sociétés. Il en est de même de la Bible, selon les traductions, et du Nouveau Testament, selon les récits des différents apôtres. Les multiples sectes protestantes se sont combattues sur des mots et des passions théologiques radicales.
Quant aux mythes modernes, par exemple ceux qu'a imposés la révolution française, ou ceux de l'âge émergent du numérique, nous les devons à des philosophes, des écrivains, des musiciens, des savants ou des gourous américains. Plusieurs d'entre eux se sont montrés progressistes et bénéfiques à l'humanité, d'autres en quête d'absolu, d'autres d'une naïveté ridicule.
Ceux qui prétendent donc relever ou imposer des invariants mythiques dans ce magma de récits si divers, sont des idéalistes en quête de pouvoir intellectuel ou des ingénus à la recherche de clés universelles pour articuler nos connaissances en un système rationnel totalisant, qui soit rassurant. Qu'ils s'appellent Karl Gustave Jung, Levi-Strauss, René Girard ou Joseph Campbell, quelque soit le mérite qu'on pourra leur accorder et le plaisir qu'on prend nécessairement à les lire, tant leur érudition et leur volonté de clarification sont impressionnants, il n'en demeure pas moins qu'ils ont fait fausse route dans leur persévérance à unifier la multiplicité des mythes, au prix de réductions et d'inventions théoriques des plus contestables. Ils ont retenu ce qui leur convenait, simplifié, et imposé des mots clés, archétypes, structures anthropologiques élémentaires, monomythe, dont ils ont prétendu faire des outils mythanalytiques universels qui traduisent davantage leur désir de pouvoir intellectuel que l'inépuisable diversité des imaginaires sociaux, des récits mythiques, des interprétations qu'en ont successivement développées des sociétés elles-mêmes les plus diverses.
La mythanalyse est une recherche qui dépend de l'actualité de la société où elle s'exerce autant que de ses objets d'étude. Elle sait que toutes les volontés de pensée unique sont des expressions monothéistes du désir humain et que la polysémie réelle des imaginaires doit être respectée. Cette posture n'exclut aucunement que le mythanalyse explicite ses préférences et propose des interprétations susceptibles de mieux répondre aux exigences de l'éthique planétaire et du progrès humain. La mythanalyse n'est pas, comme le voulait Lévi-Strauss une mathématique sociale, une science exacte. Elle est au contraire une science humaine, relativiste épistémologiquement, mais qui choisit ses valeurs et sait, à la mesure de nos expériences historiques passées, qu'il y a des mythes bénéfiques et d'autres qui sont toxiques. La mythanalyse est en quête de lucidité, de liberté et de création humaines respectueuses de notre responsabilité partagée. Elle opte elle-même pour un mythe fondateur de notre évolution à venir: l'hyperhumanisme.

vendredi, juillet 25, 2014

Le stade chaotique


Il est plus qu'hypothétique de tenter d'imaginer ce que ressent le fœtus qui est accouché au terme d'un long cheminement étroit dans les entrailles de sa mère, qui déforme son corps et son crâne. Mais il est vraisemblable de penser que ce passage forcé à l'air extérieur est une torture, que le cri créé par les poumons qui s'emplissent d'air est un choc douloureux.On sait l'importance du pneuma dans les mythologies anciennes. Il est identifié chez les Grecs anciens à l'esprit, à la psyché, à l'âme, dans la Bible à l'Esprit Saint, qui est le souffle de Dieu. On voit ici d'où viennent ces fabulations mythiques parmi les plus fondamentales de l'Occident: de la sensation physiologique extrêmement intense du fœtus lorsqu'il est accouché, de cette première sensation physique, originelle lorsque le monde naît à lui. Le froid doit saisir son corps jusqu'alors accoutumé à une chaleur maternelle constante dans la douceur du liquide amniotique. La lumière soudaine, éblouissante, qui déchire la nuit utérine  est perçue comme intolérable, sans doute dans un contraste noir et blanc cinglant. Elle est aussi associé à l'expérience de l'origine du monde. Tout cela est physiologique et certainement inoubliable dans la mémoire inconsciente du fœtus. Le souffle, la lumière sont les douloureux traumatismes originels de l'inconscient humain, dans toutes les cultures. Au niveau physiologique ils sont universels. Mais leur interprétation mythique variera selon les contextes socio-historiques de ceux - les chamans, les poètes, les créateurs - qui en inventeront les récits à l'âge adulte.
Au-delà des contorsions, des pressions de l'accouchement, de la rupture du cordon ombilical, le monde qui se constitue dans la conscience de l'enfant  est sans doute d'une confusion totale, insaisissable et inquiétante, d'une totale étrangeté, qui évoque ce que nous appelons "le chaos".
Le chaos, c'est le premier état du monde qui naît à la conscience du nouveau-né, comme le répètent tous les mythes de l'origine de l'univers. L'infans, celui qui ne parle pas encore, n'est d'abord qu'une psyché chaotique qui agrège des sensations physiologiques incohérentes, mêlées de douleur, de peur et de désir, de manque ou de plénitude, qui ne permettent même pas au nouveau-né de distinguer son corps de l'environnement extérieur. Il ne conceptualise pas encore. La Bible le mentionne: c'est le Verbe de Dieu qui viendra mettre de l'ordre sur les flots de ce magma chaotique. Or l'infans n'a pas encore de mots pour désigner les sensations physiologiques, tactiles, visuelles, sonores, olfactives qui l'assaillent. Le chaos qui règne va donc durer longtemps, jusqu'à ce que les yeux s'ouvrent davantage, saisissent des formes, des couleurs et que le cerveau apprenne à reconnaître et, un jour, à distinguer et nommer les objets du monde qui s'organisera alors peu à peu. En attendant, au stade du chaos originel du monde, il en est réduit à fabuler confusément, à redouter la mort, à espérer que s'active le lien biologique avec la mère, qui rassure et qui nourrit. Aucun état n'est plus propice à cette fabulation mythique que ce chaos originel, menaçant, et qui n'a encore aucun sens.
Puis viendra le stade de la tortue sur le dos, qui exaspérera les attentes, les frustrations, les désirs du nouveau-né, animera cette interprétation imaginaire du monde de nouvelles émotions personnifiées par les figures principales de la matrice parentale qui a succédé à la matrice utérine.
Il est permis de formuler l'hypothèse que le mythe du chaos, qui semble universel est d'origine biologique. Il correspond à cette phase chaotique de l'accouchement douloureux du foetus et du monde incohérent qui naît à lui en dehors de l'uterus.

jeudi, juillet 24, 2014

Myth Art



Art is Myth, Myth is Art : same divinatory creation, same fabulatory praxis of humankind in search of itself. Art always invokes the supreme myth of creation or a range of its great human stories personifying it, whether it may be the celebration of founding myths of societies, of gods, man or nature, of realism, abstraction, cubism, suprematism, constructivism, surrealism, of inner necessity or digital magic, by the means of architecture, theatre, music, literature, philosophy, dance, performance or painting. And when it comes to question itself or the society which celebrates it, art becomes sociological or mythanalytical.

This is nothing new, as what I call myth/art seeks deeply into archeology of present as much as of future time. I already mentioned it in 1979 on the occasion of a performance at the Pompidou Centre, when l announced “the end of art History”.

mardi, juillet 22, 2014

Art is Myth, Myth is Art




Art is Myth, Myth is Art, même création divinatoire, même pratique fabulatoire de l’humanité en quête d’elle-même. Qu’il s’agisse de la célébration des mythes fondateurs d’une société, de dieux, de l'homme, de la nature,  de réalisme, abstraction, cubisme, suprématisme, constructivisme, surréalisme, nécessité intérieure ou magie numérique, qu'il s'exerce dans l'architecture, le théâtre, la musique, la littérature, la philosophie, la danse, la performance ou la peinture, l’art toujours invoque le mythe suprême de la création divine ou en décline les grands récits humains qui assurent l’incarner. Et lorsqu’il s’interroge lui-même et la société qui le célèbre, l’art sociologique devient mythanalytique. 

samedi, juillet 19, 2014

CyberTitans

Cyber-anthropométrie titanesque, acrylique sur toile, 180 x 180 cm, 2014

Ces nouveaux Titans, qu'ils soient construits avec le Lego ou qu'ils soient les héros de productions cinématographiques à grand spectacle, comme la série Transformer, ce sont les cyborgs de notre imaginaire numérique. Le bleu envahit la toile avec les mouvements libres et conquérants de la brosse du peintre. Voilà un thème que j'ai repris plusieurs fois avec le plus grand plaisir, je l'avoue. Instinct de puissance et virilité affichés ? La peinture n'est pas l'homme qui la peint. La peinture expose le temps dans lequel vit l'artiste. De l'immobilité des femmes bleues de Matisse au mouvement lent, performatif, de celles de Klein, nous sommes passés à une dynamique brutale, celle d'un monde en gestation. Les nouveaux Titans sont iconiques de l'âge du numérique émergeant. La peinture s'engage dans la sociologie de l'imaginaire collectif. Elle est mythanalytique. Elle explore aussi les ressources et les limites de la création picturale. Elle est un outil analytique, un mode de connaissance de la "raison sensible". C'est pourquoi je suis revenu à maintes reprises sur ce thème.

vendredi, juillet 18, 2014

Les deux mythes fondateurs de la femme en Occident

Ève rencontrant Pandore et comparant la pomme et la boite, acrylique sur toile, 102 x 102 cm, 2014

La liberté est donnée à l'artiste de réécrire les mythes, de les comparer, d'en créer de nouveaux. Dans cette rencontre des deux mythes fondateurs de la femme en Occident, le biblique et le grec, l'enjeu est de reconnaître ce que l'humanité doit à la transgression de la première femme, qui a donné à l'homme la conscience du bien et du mal et la liberté qui vient avec. Une comparaison plus approfondie des deux récits met en lumière l'interdit biblique et l'avertissement dont s'est contenté Zeus. Tandis que le dieu de la Bible condamne sans recours, le Zeus d' Homère laisse à Pandore la possibilité de sauver l'espérance. Certes, ces deux mythes expliquent l'origine de la souffrance et des maux qui vont frapper l'humanité, mais leurs perspectives sont divergentes: le grec est moins négatif et doloriste que le biblique, puisque l'espoir demeure, sur lequel nous fondons notre évolution.
Cette peinture-ci est d'un style que je dirai féminin (stéréotype), tandis que la suivante (dans mon prochain blog), évoque la puissance et la virilité titanesque (stéréotype masculin). On pourrait aussi parler d'une tessiture dramatique de la voix qui passe du soprano au baryton.

mercredi, juillet 16, 2014

C'est le monde qui vient à l'enfant

                           Le stade de la tortue sur le dos (tweet-art)

Contrairement à l'expression courante qui dit que l'enfant vient au monde, comme il est d'évidence pour les adultes qui assistent à l'accouchement, il est d'évidence aussi que pour le nouveau-né, c'est le monde qui accouche dans sa conscience.Le fœtus, déjà, dans la vie utérine interprétait sans doute confusément les impressions que ressentaient ses sens en formation, des bruits, notamment organiques du corps maternel, mais aussi  des mouvements mouvements, des bruits, voire de la musique, peut-être des lueurs à travers les membranes utérines, des satisfactions ou des douleurs physiologiques. Incapable d'en expliquer l'origine, il fabulait peut-être confusément, émotivement et n'était certainement pas capable de séparer ces sensations de son propre corps fœtal-maternel.
Après l'accouchement, ces sensations se multiplient et se diversifient. Les spécialistes nous disent qu'il n'est pas au début de sa vie extra-utérine capable de faire un net distinguo entre son corps et ces sensations extérieures. Il est ce qu'il ressent et perçoit. Ses sens eux-mêmes sont encore en formation et déterminent autant qu'ils sont déterminés par les percepts.
Au stade de la tortue sur le dos, il ne sait encore rien ou presque de ce qu'il est. Il en est réduit à l'exercice de ses instincts et à des émotions. Il voit peu à peu apparaître autour de lui des regards et des formes qu'il va progressivement interpréter selon des critères de satisfaction physiologique. Accouche autour de lui, vient à lui - et même au début confusément dans lui, mêlé à son propre corps, mêlé dans sa conscience, indistinct dans sa psyché, des signaux, des lumières, des mouvements, des couleurs, des sensations thermiques et tactiles qui sont les premiers signes du monde qui naît, du naît à lui, qui vient à l'infans.
Autrement dit, c'est le monde qui se crée avec et autour de lui. Un monde totalement nouveau, plus nouveau que le nouveau né, un monde ex-nihilo que l'infans va interpréter biologiquement et affectivement. Ces premières fabulations, ces premières interprétations sont plus imaginaires que réelles.
Et peu à peu, dans l'écosystème du carré familial, l'infans va progressivement construire des liens de fréquence, de promiscuité, de plaisir ou de peur, où la puissance des figures de la mère, du père, de l'Autre vont s'imposer, comme des pôles structurants de la psyché de l'infans. Il faudra des jours, des mois, des années et peut-être toute une vie n'y suffira-t-elle pas, pour interpréter le monde qui est né avec l'infans, articuler les fabulations, hiérarchiser les récits, la syntaxe des récits qui se mettent en place. L'enfant devenu adulte ne cessera jamais d'imaginer le monde, qui lui demeurera à jamais étrange, avant même d'y introduire des fabulations rationalistes, des théories scientifiques, des procédures instrumentales. Il; demeurera soumis à ses trois instincts primaires; l'instinct de plaisir qui naît des satisfactions qu'on veut répéter, Thanatos, qui veut détruire ce qui a fait peur, et Prométhée, l'instinct de puissance qui prend sa revanche sur l'impuissance angoissante et frustrante du stade prolongé de la tortue sur le dos.
C'est ainsi que nous expliquons la constitution des mythes, ces récits qui tendent à expliquer ce qu'est le monde, son origine et sa destinée. Les poètes, les peintres, les philosophes qui tenteront, adultes, de préciser ces récits mythiques fondateurs, lescélèbreront, transformeront, les inventerons, ou les rejetterons selon les besoins de leur propre psyché autant que de la conscience collective de leur société. Puis, lorsque la société évoluera et se centrera sur de nouveaux mythes, ceux auxquels elle croyait avant passeront au rayon des mythologies (décrédibilisées) et sédimenteront dans l'inconscient collectif sous les mythes nouveaux qu'on célèbre et que la mythanalyse explore dans leur actualité.

mardi, juillet 15, 2014

En quête de mythanalyse





LAST CALL FOR PAPERS :  EN QUÊTE DE MYTHANALYSE
Numéro monographique sous la direction de
Hervé Fischer
Artiste-Philosophe - Directeur de l’Observatoire international du
numérique, Université du Québec, Montréal

Problématique
La mythanalyse tente de repérer et de déchiffrer les mythes actuels présents dans nos inconscients collectifs, qui déterminent nos représentations du monde, nos valeurs, nos idéologies, nos projets communs, nos comportements, et qui, comme jadis au temps des Égyptiens ou des Grecs anciens constituent aujourd’hui les grands récits fondateurs de nos croyances sociales.
Au-delà de ce repérage, comment construire une théorie, une méthodologie de recherche, et même une pratique de la mythanalyse, qui nous permettent de montrer l’origine des grands mythes fondateurs
de nos imaginaires sociaux, leur gestation, leur configuration, d’articuler leur syntaxe et d’expliquer leur dynamique d’apparition, mutation, disparition. Comment situer la mythanalyse par rapport à la
postmodernité ? Comment lier mythanalyse et éthique de la responsabilité sociale ?

Pour entrer dans la thématique

Les mythes sont les récits explicatifs et imagés des origines de la destinée et des forces irrationnelles en présence dans le monde. Ils sont le plus souvent déjà là dans les mots, comme Heidegger nous invite à le
découvrir pas à pas. Ils sont largement exprimés dans les contes, légendes et religions, dans les structures de la langue, dans l’imagerie banale et les stéréotypes de la vie quotidienne, dans l’aménagement de l’espace public et privé, dans ce qui s’érige, circule, dans l’échange symbolique, dans les cultures populaires aussi bien que savantes, dans les sciences, dans le positivisme, dans la logique, dans l’imaginaire de la
technoscience et notamment numérique.
Les mythes ne sont pas pour autant explicités comme tels : ils nous déterminent à notre insu. Les mythes ont des transparences auxquelles nous sommes aveugles, même et surtout s’ils fonctionnent comme
références explicatives : Dieu, l’Homme, l’Histoire, la Société, le Progrès, la Raison, la Nation, l’Etat, la Nature, le Futur, le Destin, etc. nous sommes aveugles, même et surtout s’ils fonctionnent comme
références explicatives : Dieu, l’Homme, l’Histoire, la Société, le Progrès, la Raison, la Nation, l’Etat, la Nature, le Futur, le Destin, etc.
Nous invitons les auteurs à centrer leurs contributions notamment sur les questions suivantes : les mythes sont des productions de la fabulation sociale, mais pour les uns, ils relèvent d’archétypes éternels et universels, et pour les autres ils varient sociologiquement et historiquement avec les sociétés qui fondent sur eux leur rationalité, leur légitimité et leur futur.
Nous proposons donc à chaque contributeur de prendre position sur cette question fondamentale. Qui invente les mythes ? Nous connaissons des écrivains tels qu’Homère ou Hésiode qui ont mis en scène les
mythes grecs classiques, nous avons gardé la mémoire de mythologies, contes et légendes de différentes cultures, mais où situer l’origine de la pensée mythique ? Existe-t-il un ou des mythes élémentaires ? La
mythanalyse peut-elle prendre place parmi les sciences humaines, ou est-elle une théorie-fiction, relevant plutôt de la littérature ? Quels sont les mythes contemporains les plus actifs et significatifs (anciens,
actualisés, nouveaux) ? Comment définiriez-vous, en conséquence de vos réponses aux questions précédentes, ce que pourrait être la mythanalyse ? Ses domaines d’application ? Son usage social
épistémologique, culturel ou thérapeutique ?
Pour participer à ce numéro
1) Envoyez le titre, un résumé de votre article et une présentation de l’auteur, jusqu’au 15 juillet 2014, à la rédaction de la revue magma@analisiqualitativa.com.
2) La direction et le comité scientifique de la revue se prononceront avant le 30 juillet 2014.
3) En cas d’acceptation du résumé vous devrez nous faire parvenir votre article au plus tard le 30 septembre 2014.
info@analisiqualitativa.com - www.analisiqualitativa.com

vendredi, juillet 04, 2014

Variations sociologiques du concept de famille dans la mythanalyse


La mythanalyse prend en compte la géométrie variable du carré parental. D'une société à une autre, d'une époque à une autre, d'une civilisation à une autre, on observe des variations majeures de la structure familiale. La sociologie a significativement montré comment la famille a pu être identifiée à un clan dans les sociétés premières. Elle a développé le concept de famille indivise, regroupant un ensemble large du nucléus familial incluant les aïeux, enfants et petits enfants, mais aussi les oncles et tantes et accordant plus d'autorité à un parent qu'au géniteur même. Elle lui a opposé le concept moderne de famille conjugale, qui s'est développée avec la montée de l'individualisme, et se réduit aux parents immédiats, père, mère, enfants. Le concept même de famille peut ainsi être fondé sur une parenté fraternelle ou sur une consanguinité réduite. La "sainte famille" du Nouveau Testament constitue un cas significatif de cette parenté non sanguine. Michel Serres s'amuse à s'étonner de cette famille où Saint-Joseph, le père, ne l'est pas, puisque le Christ est le fils de Dieu et qu'il a été conçu par le Saint-Esprit, où la mère ne l'est pas, puisqu'elle est demeurée vierge, tout en étant devenue la mère de Dieu (Hominescence, 2001). Cette virtualité mythique qui élargit la famille aux "prochains" qu'il faut aimer comme soi-même fonde la chrétienté comme une grande famille, celle de l'Eglise catholique. L'idée même, qui a pris force sociale, élargit à l'humanité la notion de clan, alors même que naîtra bientôt, avec la Renaissance, la famille conjugale.
Et c'est sans compter avec les variations fondamentales que constituent le développement des pouvoirs matriarcal ou patriarcal, qui est incontestable dans l'histoire anthropologique de la conception de la famille.
C'est ce que signifie la présence de l'Autre dans le carré parental. Il incarne les variations sociogénétiques de la famille, dont l'impact est déterminant, non seulement quant à l'importance relative des géniteurs directs, mère et père, ainsi que des frères et sœurs, mais qui détermine aussi directement la géométrie et l'extension de la structure familiale.
Ces variations du carré parental génère à coup sûr des mutations majeures de la syntaxe mythologique, des rôles respectif de ses figures polaires; la mère, le père, l'infans, l'Autre, et des récits mythiques qui les mettent en scène : fratrie des Titans, la Grande mère Gaïa, les polythéismes et les monothéismes, l'Homme qui est le Fils, l'enfant-roi, l'Histoire, le Progrès, la Raison, etc. En découlent aussi les diversités dramatiques, tragiques, fatalistes ou optimistes.
C'est à cet égard que se mesure le plus l'importance de la sociologie dans la théorie mythanalytique.

jeudi, juillet 03, 2014

Famille,psychanalyse et mythanalyse




La mythanalyse situe l'origine des mythes dans les interprétations fabulatoires par le nouveau-né du nouveau monde qui naît à lui. Tout se passe dans le carré parental. De cette origine biologique constructiviste structurée par les acteurs présents, la mère, le père, l'infans et l'Autre, demeurera une mémoire inconsciente que la sociogénèse précisera et qui resurgira dans les récits des poètes pour répondre aux questions des adultes sur l'origine du monde.C'est ainsi que se constitue la psyché ou l'inconscient collectif d'une société.
La psychanalyse, de même, situe l'origine de l'inconscient individuel dans la matrice familiale. Freud la jugeait toxique et y voyait la source de tous les traumatismes qui allaient faire le malheur de chacun de nous.
Dans les deux cas, celui de la mythanalyse comme celui de la psychanalyse, c'est donc la famille qui est la matrice de l'inconscient, qu'il soit individuel ou collectif. Et dans les deux cas, la constitution de l'inconscient origine des fabulations humaines au stade de l'infans. Dans les deux cas, les grandes figures référentielles actives, leur structure familiale et la syntaxe des récits dans lesquels elles s'incarnent se constituent dans la matrice familiale, biologique et sociogénétique.
Les traumatismes freudiens s'inscrivent dans cette syntaxe familiale et  y puisent leur pouvoir originel qui pourra perdurer chez l'individu adulte. De les mythes sociaux développent le récit syntaxique du théâtre ou du roman familial originel qui sera adopté par la société adulte. Traumatismes et mythes sont des histoires dramatiques, en ce sens qu'ils comportent de l'action. Mais alors que tous les traumatismes que décrivent les psychanalystes semblent toxiques - pour Freud, la psyché est une sorte de maladie infantile inévitable sinon incurable, qui nous collera au corps toute la vie comme le péché originel, pour la mythanalyse, il y a de bons et de mauvais mythes, ceux qui expliquent tous nos malheurs et ceux qui nous promettent tous les bonheurs.
Le peintre Gustave Courbet a été d'une grande perspicacité lorsqu'il a peint le célèbre tableau d'une vulve qu'il a intitulé "L'origine du monde". Et Lacan, qui posséda le tableau, l'avait bien saisi.

dimanche, juin 29, 2014

Mythanalyse de la divergence


Ève et Pandore comparant la pomme et la boîte de la divergence




La répétition du même: voilà ce que refuse et brise la divergence. Elle casse le refrain de la causalité. Elle papillonne dans l'arabesque. Elle regarde de tous côtés, dans l'apesanteur. Elle s'aventure dans l'incertain. Et elle risque l'affirmation transgressive.
Pourquoi ce besoin fondamental d'échapper à la permanence, à la stabilité, à la sécurité physique et mentale, et d'opter pour la divergence, son incertitude, ses risques physiques et mentaux. Qu'en espère-t-on de plus? Faut-il que nous ayons une si forte frustration au cœur même de notre condition humaine? 
La divergence est emblématique de notre instinct de puissance sur le monde. Présente au sein même des mécanismes d'évolution de la nature, elle est devenue le moteur, le symbole de notre évolution humaine, qui repose beaucoup plus sur la divergence que sur la simple adaptation. 
C'est la divergence qui creuse l'écart entre l'animal humain et les autres espèces vivantes, beaucoup plus inertes et lentes que nous dans leur évolution. 
L'homme diverge parce qu'il n'est jamais satisfait. Il veut du nouveau, plus de puissance. Tel est le troisième instinct. Freud à l'époque où il a vécu, n'aurait pas dû se limiter à Éros et Thanatos. Prométhée compte autant qu'Éros et plus que Thanatos.
La divergence est résistance au pouvoir et à l'institué. Elle est délinquante. Elle est suraffirmation de liberté. Elle est la création. Et elle en assume le vertige fondateur.  Elle brise le monument et elle en lance les éclats dans un geste créatif recommencé. 

L’instinct de divergence qui anime l’être humain ne se manifeste qu’exceptionnellement dans l’espace public. Mais si l’on en cherche l’origine, on peut supposer que c’est dans le carré parental, lorsque le nouveau-né s’agite en tous sens comme une tortue sur le dos, lorsqu’il crie et rage d’impuissance, parfois pendant de longs moments, qu’il ressent ce besoin biologique de rébellion ou d’échappatoire. Fils ou fille, il s’inscrit en faux contre son sort et contre ceux dont il dépend et qui ne peuvent pas ou ne tentent pas de satisfaire à son besoin d’accéder à un autre monde.
On pourrait donc, si cette hypothèse est plausible, attribuer cet instinct de divergence, qui deviendra éventuellement instinct de création, à la révolte du fils contre le père, ou plus généralement pensé que selon ce schéma traditionnel de la psychanalyse freudienne, à la révolte de la fille ou du fils contre père ou mère ou contre les deux réunis. L’expression en est forte dans plusieurs mythologies, notamment grecque et biblique dans la civilisation occidentale. On constate même que ce sont des divergences radicalement dramatiques qui sont évoquées pour expliquer l’origine du monde tel qu’il est. Ainsi, c’est en tuant son père, le titan monstrueux Cronos, que Zeus imposa son pouvoir olympien. C’est en trompant Zeus pour lui voler le feu et le transmettre aux humains, que Prométhée put donner aux hommes un peu de la puissance et du savoir divins. C’est en ignorant les avertissements de Zeus que Pandore ouvrit la fameuse boîte de la conscience et de tous les maux qui viennent avec. Et c’est en désobéissant à Dieu qu’ Ève offrit la pomme de la connaissance à Adam et la partagea avec lui, au prix des grandes souffrances à venir. Prométhée fut puni cruellement par Zeus courroucé et Adam et Ève furent chassés du Paradis terrestre par un Dieu nom moins courroucé. Ce que nous disent ces mythes, c’est donc aussi que la divergence appelle la punition par les pères incarnant l'autorité et ne s’accomplit que dans la douleur. Il nous faut donc aujourd’hui réécrire ces mythes doloristes et réinterpréter positivement les figures non seulement de Prométhée, mais aussi d’Ève et de Pandore auxquelles nous devons la conscience et la liberté, en soulignant que la connaissance de notre sort n’implique pas nécessairement la fatalité tragique. A nous d’en transgresser la négativité pour affirmer notre pouvoir humain de création et de progrès. Il nous faut aujourd’hui réécrire nos vieux mythes ou en inventer de nouveaux, qui soient porteurs d’espoir. Et ne pas oublier que Pandore, précisément, avait pris soin de refermer la boîte avant que s’en échappe aussi l’espérance, qui nous demeure le plus précieux des biens. Elle picote Sisyphe, elle le bouscule lorsqu'il remet sa charge sur ses épaules, pour qu'il essaie un autre sentier d'escalade que les matins précédents.
Comme on peut le constater, ce sont des fils, Zeus et Prométhée, qui se sont révoltés contre le père, mais aussi des filles : Ève et Pandore, qui incarnent toutes deux le même rôle, l’une dans le mythe biblique, l’autre dans le mythe grec,  en faisant accéder la race humaine à la conscience.

Zeus ayant pleinement incarné son nouveau rôle patriarcal en se substituant à Cronos, il est permis de dire que ce sont le titan Prométhée et les deux premières femmes de la race humaine, Ève et Pandore, qui incarnent le mythe de la divergence dès l’origine du monde. Il et elles ont changé la fatalité et ouvert la voie de l’évolution humaine. 
Le mythe de la divergence se décline diversement dans l'histoire humaine, selon des moments d'extrême intensité sociale, comme la Révolution française (le roi paternaliste est guillotiné), ou selon des innovations sectorielles, en science, en philosophie, en art. 
Mais on attend encore que la psychanalyse freudienne, profondément machiste, consacre un nouveau chapitre de sa théorie à la révolte de la fille, alors que la mythanalyse nous impose immédiatement une nouvelle vision des rôles en explorant et soulignant l’importance première des mythes de la divergence.
Et face au misérabilisme freudien, il est permis d'opter pour une mythanalyse joyeuse. Bien sûr, l'inscription du droit au bonheur dans la constitution américaine n'est pas un gage de félicité pour tous, loin de là, comme on peut le constater tous les jours. Le choix du Bhoutan de substituer la célébration du "bonheur intérieur brut" - le BIB au Produit intérieur brut qui mesure la performance globale de l'économie de chaque pays, est un vœu pieux d'inspiration bouddhiste, encore qu'il prétende très rationnellement établir un indice plus inclusif de divers paramètres légitimes: lcroissance et le développement économiques, la conservation et promotion de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l'environnement et utilisation durable des ressources  et une bonne gouvernance responsable. Certes, ce pays est l'un des plus pauvres de la planète, mais du moins opte-t-il contre la fatalité pour une vision d'avenir optimiste. De la parole à l'action, le chemin peut-être un grand défi, mais que l'esprit positif de l'imaginaire collectif pourra inciter à relever.