jeudi, août 14, 2014

Le sexe ombilical


Nos pratiques sexuelles sont des réactivations obsessionnelles du lien ombilical qui a été coupé à la naissance.Tant pour la femme que pour l'homme, le lien sexuel, la chaleur qu'il génère par le frottement répétitif et l'afflux du sang, la congestion de la vulve et du pénis, le spasme orgasmique qui en garantit l'accomplissement sont des pulsions et des gestes biologiques, rehaussés par la puissance du psychisme, qui reproduisent physiquement et symboliquement le lien ombilical originel de chaque être humain. On en attend l'apaisement d'un manque, d'une solitude biologique. C'est pourquoi il est au cœur des mythes tout autant que de nos inconscients individuels et prend la force impérative d'une pulsion psychique, parfois violente. Promenades main dans la main, caresses, effleurements, collage, attouchements, baisers profonds, érotisme, frottements, massages, masturbations, excitation des organes génitaux, échanges de fluides, pénétrations, exhibitionnisme, voyeurisme, pornographie généralisée, gadgets sexuels, bordels, métaphores quasi explicites, productions culturelles, rituels sociaux multiples, sont autant de réactivations individuelles et collectives de cette nostalgie fœtale qui nous obsède, autant de répétitions inversées de l'accouchement, qui tendent à en nier la séparation en refusionnant notre corps avec le corps maternel originel et à restaurer le lien organique des entrailles biologiques où nous avons été créés, où nous nous sommes développés, où nous avons connu neuf mois de chaleur originelle dont nous rêvons encore inconsciemment.  Et le comportement qu'il suggère devient même pathologique dans bien des cas.
Ce lien ombilical, qui est tout autant la vulve que le pénis, trouve aussi satisfaction à un niveau plus léger,mais non moins significatif, dans les rituels sociaux, embrassades, accolades, et même dans les rites alimentaires, de danse, dans les séductions multiples à caractère érotique discret ou provoquant.
L'obsession du sexe est biologique et devient chez l'adulte une pulsion psychique qui tourne éventuellement à des excès pathologiques, tant le plaisir qu'elle promet est celui d'une réunion paradisiaque avec l'utérus originel, dont nous supportons parfois très mal d'être séparés, au point d'en devenir mentalement malades. Freud avait pris la mesure de cette douleur, de cette pathologie, tant au niveau biologique que symbolique. Mais il ne faut pas en faire à notre tour, comme dans son cas, une obsession. Il faut nous en défendre, pour assumer notre autonomie psychique, même si elle demeure toujours une conquête impossible de la liberté que nous revendiquons comme être humains, comme adultes sortis de notre âge infantile, et du pouvoir de création qui vient avec cette conscience de notre liberté. Nous demeurons toujours des enfants qui fabulons le monde et nos vies. Mais il nous faut lutter aussi sans cesse pour nous accomplir comme êtres humains autonomes, qui ne crieront pas «maman» au moment de leur mort, et qui voulons poursuivre notre création dans la meilleure plénitude de nos capacités.

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