tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.
jeudi, septembre 20, 2012
mardi, septembre 18, 2012
lundi, septembre 17, 2012
dimanche, septembre 16, 2012
samedi, septembre 15, 2012
jeudi, septembre 13, 2012
Le mythe antarctique
Pôle Sud, point géométrique, conceptuel, lien imaginaire avec le cosmos, avec notre origine et notre mort. Vide blanc, silencieux de création et de mort.
(Conférence de septembre 2012 sur La Antartida, Buenos Aires).
jeudi, août 30, 2012
Mitoanalisis polar
Pensar de los polos es tomar conciencia de nuestro vinculo con el cosmos. Los polos son puntos geométricos y simétricos del globo Tierra, y también son cargados de energía magnética en relación con el sistema-mundo. Los polos son conceptuales e imaginarios como el arte mismo y por eso también se relacionan con el mito de la creatividad análogo en la cosmogonía y en la creación artística.
Los polos y las zonas del Ártico y del Antártico son espacios hostiles evocando el cosmos frio deshumanizado antes del origen del mundo o del fin del mundo. Símbolos fuertes de los mitos de nacimiento y de muerte. Nos otros entonces deseamos humanizarlos a través de la conquista militar, de la exploración científica o de la intervención artística. En ese último caso de creación en un espacio vacío, blanco y sagrado como el marco de la tela o como la pantalla del museo, el artista inscribe un gesto como de pintura o de corografía, o una performance en relación con el infinito del cosmos. Es una conquista artística, una apropiación del vacío, como de un artista quien pone el pié sobre el suelo de la Luna.
Los polos y las zonas de hielo son un espacio mítico entre real y virtual, entre origen y fin, entre el vacio y el lleno, en breve un espacio de nacimiento del mundo y del ser humano. Un espacio de toma de consciencia mítica aguda, cuasi existencial.
Daré una ponencia sobre el tema en la IV Conferencia Arte y Cultura del Antártico en Buenos Aires 55-9 Septiembre 2012 organizada por Andrea Juan.
dimanche, août 12, 2012
Qu’est-ce que le virtuel ?
Dans la peinture romane, la
troisième dimension était l'ailleurs divin qu’évoquaient les auréoles dorées
des icônes et la lumière bleutée des vitraux. Il ne s'agissait que d'une
convention théologico-picturale, mais qui avait acquis un pouvoir évident de
suggestion. C’est l’ailleurs qui nous fascinait et nous détournait de la vie
matérielle.
Avec la Renaissance, l’humanité occidentale revient ici-bas
et invente en même temps le réalisme, l'humanisme et le rationalisme. À partir du Quattrocento, c'est par la perspective
euclidienne, que les artistes expriment la profondeur de l'espace terrestre,
que désormais les autorités religieuses leur demandent d’évoquer pour humaniser
la religion. Cette convention optique géométrique, tout aussi artificielle que
la précédente, est complétée par une tendance progressive au réalisme des
visages et des objets, par l'invention des ombres (antérieurement l'ombre
n'existait pas dans la peinture, si ce n'est pour évoquer le mal et le diable),
par la couleur locale (antérieurement les couleurs répondaient à un strict code
religieux symbolique), par la dynamique perceptive des couleurs chaudes (qui
rapprochent) et froides (qui éloignent), par le bleuté plus flou des lointains
(à cause de "l'épaisseur de l’air", disait Leonard de Vinci).
Aujourd'hui, c'est avec des logiciels que les infographistes construisent l’espace en trois dimensions. Les designers recourent en outre, comme les peintres de la Renaissance, à des astuces, telles que la dynamique de la lumière et des couleurs, les damiers ou les chemins frontaux qui rétrécissent avec l'éloignement. Comme la perspective euclidienne, ce 3D numérique est géométrique et simpliste. L'image demeure frontale et plate sur l'écran, et c’est le maniement de la souris ou de la console - ou sur l'écran tactile directement le doigt – qui augmente fortement notre sensation de manipulation physique de l'espace écranique. Autrement dit, le réalisme de ce 3D est manuel. Il doit autant à notre dynamique musculaire qu’aux algorithmes et au mouvement des polygones. Il est programmatiquement complexe et prétend nous étonner, mais demeure perceptivement pauvre : il ne fait qu’imiter les perceptions ordinaires de nos vies. Il n'y a rien là qu'une tentative banale de réalisme, et même la performance technique ne nous étonnera bientôt plus. Elle se réduira à une convention et à une utilité, comme dans les simulateurs de vol pour la formation des pilotes, dans l'enseignement de la chirurgie, dans la modélisation architecturale ou urbaine des professionnels, etc. On y perd le pouvoir évocateur de l’image, qui relève avant tout de l’imaginaire. Même la peinture à l’huile du cubisme de Gris, Braque ou Picasso suggérait plus que ces logiciels, car elle prenait en compte les paramètres psychologiques essentiels du regard, que souligne aussi la phénoménologie de la perception : l'intention, la mémoire, le désir, la peur, l'attente ou le projet. Nous voyons ce que nous recherchons et ne voyons pas ce qui nous est inutile ou indifférent. Ce qui est puissant dans la représentation de la troisième dimension, c'est ce dont nous avons besoin, ce que nous désirons ou dont nous avons peur.
Aujourd'hui, c'est avec des logiciels que les infographistes construisent l’espace en trois dimensions. Les designers recourent en outre, comme les peintres de la Renaissance, à des astuces, telles que la dynamique de la lumière et des couleurs, les damiers ou les chemins frontaux qui rétrécissent avec l'éloignement. Comme la perspective euclidienne, ce 3D numérique est géométrique et simpliste. L'image demeure frontale et plate sur l'écran, et c’est le maniement de la souris ou de la console - ou sur l'écran tactile directement le doigt – qui augmente fortement notre sensation de manipulation physique de l'espace écranique. Autrement dit, le réalisme de ce 3D est manuel. Il doit autant à notre dynamique musculaire qu’aux algorithmes et au mouvement des polygones. Il est programmatiquement complexe et prétend nous étonner, mais demeure perceptivement pauvre : il ne fait qu’imiter les perceptions ordinaires de nos vies. Il n'y a rien là qu'une tentative banale de réalisme, et même la performance technique ne nous étonnera bientôt plus. Elle se réduira à une convention et à une utilité, comme dans les simulateurs de vol pour la formation des pilotes, dans l'enseignement de la chirurgie, dans la modélisation architecturale ou urbaine des professionnels, etc. On y perd le pouvoir évocateur de l’image, qui relève avant tout de l’imaginaire. Même la peinture à l’huile du cubisme de Gris, Braque ou Picasso suggérait plus que ces logiciels, car elle prenait en compte les paramètres psychologiques essentiels du regard, que souligne aussi la phénoménologie de la perception : l'intention, la mémoire, le désir, la peur, l'attente ou le projet. Nous voyons ce que nous recherchons et ne voyons pas ce qui nous est inutile ou indifférent. Ce qui est puissant dans la représentation de la troisième dimension, c'est ce dont nous avons besoin, ce que nous désirons ou dont nous avons peur.
Le virtuel est beaucoup plus que cet espace en 3D des logiciels, qui
demeure trivial dans son imitation du réalisme ou dans sa performance
utilitaire. Ce que nous recherchons aujourd'hui dans le virtuel comme jadis
dans la religion, c’est moins une augmentation du réalisme que l'accès à un
ailleurs, à un imaginaire, qu'il soit magique, religieux ou numérique. En fait, le 3D du numérique réside beaucoup plus dans
la lumière bleutée des écrans cathodiques que dans la complexité des
logiciels. Ce 3D est un ailleurs
imaginaire, comme celui de la religion, qui nous attire, nous rassure ou nous
donne l'illusion d'obtenir des gratifications. Le virtuel est une nouvelle déclinaison
numérique de la foi religieuse et de l'idéalisme platonicien.
vendredi, août 10, 2012
Mythanalyse du numérique (2)
Nous allons donc tenter d’explorer les imaginaires sociaux de cet âge du numérique émergent. Nous pensions qu’il s’agissait d’une révolution technologique et scientifique. Mais nous y redécouvrons les croyances ingénues, les espoirs, les peurs et les émotions des vieux mythes des origines et du futur, que réactive spectaculairement le numérique. Il est paradoxal qu’un code binaire élémentaire, ait réveillé ces vieux mythes de l’humanité, que nous croyions dépassés, ceux de la lumière, de l'unité universelle, de la puissance créatrice humaine (CyberProméthée), ou ceux, aussi futuristes et spirituels, de la noosphère teilhardienne et de son point Omega d'achèvement de notre évolution.
La mythanalyse embrasse bien sûr beaucoup plus que le numérique, mais le numérique s'offre à nous comme un champ d'analyse étonnamment significatif et démonstratif de notre thèse. Nous nous croyons « modernes » et libérés des « superstitions et autres mythes infantiles ». Nous pensons que le rationalisme nous a permis de nous « démystifier ». Pourtant, nous adhérons aujourd’hui encore, à l’âge du numérique, de la technoscience, et des nanotechnologies, à autant de mythes que les Égyptiens ou les Grecs, et qui demeurent le plus souvent de nouvelles déclinaisons des mêmes croyances archaïques, car les mythes sont d'origine biologique, quelles qu’en soient leurs variations sociales. Mais pas plus que les Égyptiens ou les Grecs nous ne savons que nos croyances actuelles sont mythiques, sans doute parce qu'elles s'expriment autrement, moins selon les figures anthropomorphiques des mythologies anciennes (des dieux et des déesses), mais davantage en puissances abstraites, tels que le Progrès, l’Histoire, la Raison, le Travail, le Futur qui nous ont dominés depuis le XIXe siècle, puis dans les grands acteurs de notre imaginaire technoscientifique, économique et écologique, et plus précisément aujourd’hui dans notre dépendance aux prodiges du numérique.
Et il est tout aussi étonnant que le numérique ait réactivé la pensée magique, ses rituels, des malins génies et des démons, qui semblent réveiller des sorcelleries primitives.
jeudi, juillet 05, 2012
Les nouveaux médias gazéifiés et sucrés comme le coca-cola
Le matérialisme et l’individualisme ne sont pas à la portée de toutes les âmes démunies. On ne sait pas encore apprécier la richesse humaine du matérialisme athée. On lui préfère l’aliénation et les illusions de la pensée irrationnelle, les promesses des religions, la réactivation des mythes archaïques. L’effet de balancier s’est donc fait sentir et nous assistons à un retour compensatoire vers un psychisme collectif qu’on croyait avoir démystifié définitivement.
L’âge du numérique se prête à cette réactivation de l’élan social pour l’immatériel, l’irrationnel, le primitif, la religion, le communautarisme, le tribalisme, les croyances dans des ailleurs plus gratifiants. Le numérique décline toutes les facettes de l’empire du psychisme, et notamment cet agglutinement humain des masses sur les réseaux sociaux. On aime les nouveaux médias gazéifiés et sucrés comme le coca-cola, qui nous réintègrent à la masse. Notre époque ne délaisse pas les plaisirs de la consommation matérielle, mais elle est désormais attirée tout autant par les douceurs d’un psychisme de masse qui nous donne l’illusion d’échapper aux résistances du réel pour nous retrouver ensemble dans un ailleurs euphorisant.
mercredi, juillet 04, 2012
cyber néo primitif
L’homme du numérique ne frotte plus deux cailloux pour faire jaillir une étincelle et allumer un feu. Il a en main un silex intelligent dont jaillit l’information. Avec cet ordinateur miniaturisé, il téléphone, il se connecte à l’internet, gère et joue. En un mot, nous sommes passés de l’âge du feu à l’âge du numérique.
Étions-nous à ce point blasés de la grande épopée de l’énergie, du vent, de l’eau, du feu, du soleil, de l’électricité, du nucléaire ? Comment cette révolution anthropologique a-t-elle pu être tout à la fois si douce, si subite et si puissante ? Notre évolution humaine, une fois de plus, a basculé vers de nouvelles idées, de nouveaux projets, de nouvelles aventures. Nous migrons vers un ailleurs virtuel. L’Âge du numérique met un terme à la crise de la postmodernité et ouvre la voie à une nouvelle aventure de l’humanité, sous le signe de la divergence et de la création, avec les enjeux fabuleux, les excitations et les risques qu’implique cette liberté. Mais ce qui explique le succès quasi immédiat du numérique, c’est qu’il réactive en fait nos mythes les plus archaïques et répond à notre irrépressible fascination pour la pensée magique.
dimanche, juillet 01, 2012
Notre prochain grand mythe fondateur
Notre prochain grand mythe fondateur, le réel nouveau qui s’imposera à nous, qui va nous revenir en plein visage après que nous ayons laissé aller notre planète à un scandale moral permanent, sera celui de l’éthique planétaire. Nous en percevons déjà les signes avant-coureurs dans la conscience émergeante de beaucoup d’hommes de diverses cultures. Et malgré les ironies que cette idée suscite aujourd’hui de la part des réalistes durs et linéaires, malgré son caractère aujourd’hui encore utopique, et l’aveuglement qu’elle rencontre, je crois que sa logique, sa puissance d’évidence et notre nouvelle sensibilité humaine reconfigureront en ce sens notre vouloir-monde. Un sens hyperhumaniste. Hyper pour plus d’humanisme, et pour les hyperliens humains qui, malgré tous les obstacles, tisseront le futur. Sisyphe réussira à donner la plénitude de son sens humain à l’aventure hasardeuse de Prométhée.
samedi, juin 30, 2012
mythanalyse de la divergence (2)
Mythanalyse et divergence: deux concepts sur lesquels je travaille intensivement. J'ai déjà abordé leur articulation, mais Il faudra bien que je développe davantage cette analyse. Bien sûr, la mythanalyse est une divergence par rapport à la psychanalyse et à la sociologie. Mais que serait une mythanalyse de cette rébellion, de cette rupture, de ce projet alternatif qu'est la divergence? Une réflexion à mener, pour moi incontournable.Qu'est-ce que ce rejet de l'autorité? Comment la comparer avec la dialectique? La divergence est une brisure de la pensée linéaire. Comment la rapprocher de la pensée en arabesque?
vendredi, juin 29, 2012
mythanalyse du numérique (2)
Nous allons donc tenter d’explorer les imaginaires sociaux de cet âge du numérique émergent. Nous pensions qu’il s’agissait d’une révolution technologique et scientifique. Mais nous y redécouvrons les croyances ingénues, les espoirs, les peurs et les émotions des vieux mythes des origines et du futur, que réactive spectaculairement le numérique. Il est paradoxal qu’un code binaire élémentaire, ait réveillé ces vieux mythes de l’humanité, que nous croyions dépassés, ceux de la lumière, de l'unité universelle, de la puissance créatrice humaine (CyberProméthée), ou ceux, aussi futuristes et spirituels, de la noosphère teilhardienne et de son point Omega d'achèvement de notre évolution.
La mythanalyse embrasse bien sûr beaucoup plus que le numérique, mais le numérique s'offre à nous comme un champ d'analyse étonnamment significatif et démonstratif de notre thèse. Nous nous croyons « modernes » et libérés des « superstitions et autres mythes infantiles ». Nous pensons que le rationalisme nous a permis de nous « démystifier ». Pourtant, nous adhérons aujourd’hui encore, à l’âge du numérique, de la technoscience, et des nanotechnologies, à autant de mythes que les Égyptiens ou les Grecs, et qui demeurent le plus souvent de nouvelles déclinaisons des mêmes croyances archaïques, car les mythes sont d'origine biologique, quelles qu’en soient leurs variations sociales. Mais pas plus que les Égyptiens ou les Grecs nous ne savons que nos croyances actuelles sont mythiques, sans doute parce qu'elles s'expriment autrement, moins selon les figures anthropomorphiques des mythologies anciennes (des dieux et des déesses), mais davantage en puissances abstraites, tels que le Progrès, l’Histoire, la Raison, le Travail, le Futur qui nous ont dominés depuis le XIXe siècle, puis dans les grands acteurs de notre imaginaire technoscientifique, économique et écologique, et plus précisément aujourd’hui dans notre dépendance aux prodiges du numérique.
Et il est tout aussi étonnant que le numérique ait réactivé la pensée magique, ses rituels. des malins génies et des démons, qui semblent réveiller des sorcelleries primitives.
mardi, juin 26, 2012
La mythanalyse thérapeutique
Devenir conscient que Dieu est un mythe actuel, comme jadis Zeus ou Wotan et opter pour l'athéisme, c'est se libérer personnellement d'un mythologie toxique, aliénatrice, et récupérer sa dynamique vitale.
lundi, juin 25, 2012
Une thérapie mythanalytique est-elle pensable?
Peut-on user de la mythanalyse comme de la psychanalyse ou de la psychologie dans un but de thérapie individuelle? Ou la mythanalyse se limite-t-elle à une science humaine des imaginaires sociaux, une sorte de sociologie théorique des imaginaires collectifs?
A priori la mythanalyse traite des inconscients sociaux et n'a ni compétence, ni méthode, ni expérience dont se prévaloir au niveau individuel. D'ailleurs on rappellera que cela ne s'est jamais fait. La mythanalyse, objectera-t-on encore, à supposer même que ce soit une science humaine, ce que la plupart contestent, ignorant même son existence, ne saurait être une thérapie, pas plus que la sociologie. Ce serait seulement une science d'observation et d'interprétation.
Pourtant, j'en ai usé pour moi-même et en apprécie aujourd'hui les excellents résultats. Faut-il s'étonner que la mythanalyse puisse avoir un impact individuel alors qu'inversement la théorie psychanalytique met en scène des figures collectives, tels que totem, tabou ou archétypes et en use dans les analyses individuelles? Personne ne soutiendra que l'inconscient personnel est sans relation avec l'inconscient collectif, et réciproquement. Et il serait difficile de nier l'impact des grands mythes, comme Dieu ou le Progrès, et des imaginaires sociaux sur chacun de nous. Cette dimension sociale des inconscients individuels est une évidence que les lacaniens ou les ethnopsychanalystes nous ont appris à prendre en compte.
Repérer les mythes actuels les plus déterminants d'une société, c'est ce que fait la mythanalyse, et elle intensifie ainsi la conscience sociale des imaginaires sociaux qui nous influencent.. Mais elle ne se limite pas à ce constat. J'ai toujours insisté sur la possibilité supplémentaire qu'elle nous donne d'évaluer les mythes en fonction de leurs effets positifs ou destructeurs. Ainsi, une société postmoderne accuse un grave déficit de croyance en elle-même, qui peut devenir dévastateur collectivement tout aussi bien qu'individuellement. On sait d'expérience qu'une société colonisée ou vaincue tend à s'autodétruire. Elle cultive alors les figures inconscientes de l'échec, de la faiblesse. Cela est arrivé fréquemment et j'en ai encore la mémoire lors des deux échecs référendaires québécois. De même, tout parti politique en fait l'expérience lorsqu'il doit encaisser une cuisante défaite électorale.
La mythanalyse ne peut allonger la société sur le divan, mais elle peut elle aussi créer une prise de conscience salvatrice des forces et des faiblesses de son imaginaire et de ses mythes, voire donner des avertissements ou des conseils d'orientation. Tout le monde le fait tous les jours, notamment en politique et dans tous les débats sociaux. On demandera alors selon quelles valeurs la mythanalyse mènera-t-elle son évaluation et son diagnostic ? La question vaut aussi pour les psychanalystes ou les psychologues. Conformisme, esprit libertaire? Un débat s'impose, certes, mais qui n'est pas plus rédhibitoire pour la mythanalyse que pour la psychanalyse. Toutes deux visent à faire cesser la souffrance et à rétablir un processus vital dynamique.
Alors quelle méthode adopter en mythanalyse? Le principe d'une thérapie mythanalytique consiste à mener un dialogue avec le patient qui lui fasse prendre conscience des principaux mythes auxquels croit, selon lui, la société avec laquelle il s'identifie - par exemple dieu, ou le futur, la loi du plus fort, le progrès, le libéralisme, le socialisme, le conservatisme, l'amour, la justice, le destin, la fatalité, le travail, la nature, etc. Et pour compléter cette prise de conscience, le mythanalyste lui demandera aussi de nommer les valeurs, mythes ou projets auxquels sa société, selon lui, ne croit pas, par exemple le néolibéraslisme, l'athéisme, la justice sociale, l'indépendance, le sport, le racisme, la guerre, etc. Cette première partie de l'analyse peut être longue et demande de la finesse pour repérer les déclinaisons fines de ces grandes figures mythiques et de leurs attributs.
Dans une deuxième étape, le mythanalyste invitera le patient à évaluer ces mythes, pour les classer comme positifs ou négatifs, porteurs ou destructeurs. Et à se demander en quoi telle ou telle valeur est positive ou négative; par exemple peut-on être réaliste et optimiste à la fois. Le pacifisme implique-t-il une tolérance extrême? Le dialogue aboutira à préciser et évaluer des configurations mythiques meilleures ou périlleuses et à analyser leurs articulations et leurs effets.
La troisième étape visera à faire évaluer par le patient quels sont les mythes collectifs de sa société d'appartenance auxquels il croit lui-même et ceux qu'il rejette. Nous aurons alors un portrait de l'impact de l'inconscient collectif sur l'inconscient individuel du patient.
A partir de ce stade, la thérapie consiste à dialoguer avec le patient pour lui faire prendre conscience de son équation mythanalytique individuelle (identifications et écarts avec les mythes dominants de sa société). Nous découvrirons avec lui quels sont les liens entre ses attitudes personnelles, optimiste, volontariste, défaitiste, fataliste, rebelle, conviviale, etc. et les figures mythiques de sa société d'appartenance.
En bout de course, le dialogue consistera à faire prendre conscience par le patient du fait qu'il est "sous influence" des mythes identitaires de sa société ou en réaction contre eux . De sorte qu'il lui appartiendra de désigner les mythes qui lui ont fait du mal et ceux qui pourraient lui redonner les énergies vitales dont il a besoin pour restaurer sa volonté-monde positive.
C'est en apprenant à devenir lui-même mythanalyste que le patient acquiert la capacité de se libérer de mythes toxiques et à adopter des mythes bénéfiques. Bref, le patient élucide des façons de penser et les valeurs sociales qu'elles véhiculent, pour repenser et reconstruire ses valeurs propres.
Ce n'est ici qu'une première esquisse du cheminement d'une thérapie mythanalytique, telle que j'en ai ai fait l'apprentissage dans ma propre vie pour me libérer de ma névrose d'enfance, individuelle certes, mais surtout familiale et sociale, qui était liée aux imaginaires sociaux dans lesquels je baignais, celui de la guerre, car je suis né à Paris en 1941, mais aussi le dolorisme chrétien de ma mère, le stoïcisme de mon père, la peur du malheur et de la mort qui nous menace sans cesse comme une épée de Damoclès terriblement présente (du fait d'une grande mortalité dans ma famille). De cette morbidité, je me suis libéré en me confrontant au réel, à mes peurs dans la pratique de l'art sociologique, en consacrant mes efforts de sociologue à développer une compréhension des mythes collectifs, en construisant une théorie de la mythanalyse, et finalement en reniant les mythes qui m'avaient pesé, pour en adopter d'autres, qui me permettaient de me réconcilier avec le monde et avec moi-même.
Sur ce dernier point, il ne s'agit là aussi que d'une esquisse. Mais je sais que le vouloir-vivre qui était en moi m'a permis de découvrir cette volonté-monde dont je fais aujourd'hui le grand mythe porteur de mon interprétation de l' univers. J'en espère, moi qui étais suicidaire dans mon enfance, de nombreuses années encore à vivre avec le meilleur de ma force vitale Quel retournement! Et je sais maintenant pourquoi j'ai quitté la névrose endémique de la société française à quarante ans pour émigrer au Québec. Je pensais y chercher, comme artiste et sociologue, un autre scénario sociologique, capable de me questionner et de renouveler mes intérêts théoriques. Mais ce que je suis venu surtout y chercher inconsciemment, ce que j'ai trouvé en Amérique du Nord , c'est une autre configuration mythique qui m'a libéré du mal français et m'a permis d'adopter la croyance collective au progrès et au bonheur possibles.
La difficulté d'une analyse, qu'elle soit psychanalytique ou mythanalytique, c'est qu'une partie de la solution consisterait à changer de scénario de vie, celui qui a à l'origine du mal. Si le patient ne change pas de milieu familial ou de configuration mythique, il risque fort de ne pas pouvoir se libérer des causes qui entretiennent son malaise, même s'il en a pris conscience.
Une thérapie mythanalytique est-elle possible?. Une voie me paraît s'ouvrir au niveau théorique et lorsque j'analyse mon propre cheminement, qui ne devrait rien avoir d'exceptionnel.
dimanche, juin 24, 2012
samedi, juin 23, 2012
Multiplicité des Tours de Babel
Il y a autant de Tours de Babel sur la planète Terre que de centres périphériques. Chacun est une Tour de Babel de nos socialités humaines. Chaque village, chaque bourgade, chaque quartier, chaque ville, chaque capitale, chaque métropole, qu'elle soit de Bolivie ou de Serbie, de Côte d'Ivoire ou d'Ethiopie, d'une province chinoise ou de Birmanie, de New York ou de Paris et de chaque hameau perdu au bout d'un chemin de terre. Un immense réseau de Babel qui devient numérique, connecté en temps réel. Sans centre et sans circonférence. Théoriquement un rhizome. Mais il y a de Tours plus hautes que d'autres, plus cosmopolites que d'autres, plus puissantes que d'autres.
vendredi, juin 22, 2012
Diversité artistique
Le mythe de la Tour de Babel est le mythe fondateur de notre société de l'information et de la diversité linguistique et cultuelle que nous célébrons aujourd'hui dans notre ère post-colonialiste. Cette posture nouvelle, qui nous aide à nous affranchir des impérialismes successivement grec, romain, arabe, européen et américain, vaut aussi pour la diversité des arts. La grande époque de New-York, qui nous a imposé le pop art et l'art conceptuel des années 1960-1970 est terminée. Elle aura duré cinquante ans.
Il nous faut donc aujourd'hui célébrer et consolider le vieux mythe de la Tour de Babel, plus actuel que jamais, et dont l'impérialisme du Vatican nous a imposé pendant des siècles une interprétation faussée par sa volonté d'hégémonie.
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