tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.
jeudi, juin 14, 2012
photographie d'une âme
Qu'est-ce que l'âme? Un fantasme? Une réalité supérieure? Pour répondre à cette question, voici enfin la première photographie connue d'une âme, captée dans un accélérateur mental, au 1/ 000 000e. (Le fichier est numérique et affiché ici en fausses couleurs pour une meilleure visibilité.)
Il s'agit, comme on peut le voir, d'une âme polythéiste. Nous présenterons demain la photographie d'une âme monothéiste.
mardi, juin 12, 2012
Technoscience et évolution
La technoscience est-elle devenue le moteur de l'évolution humaine?
cosmogonie animiste, cosmogonie polythéiste, cosmogonie monothéiste, cosmogonie réaliste, cosmogonie numérique.
Conférence au Carrefour des sciences - Initiative science citoyenne de Rimouski le 23 mai 2012.
mardi, avril 10, 2012
lundi, mars 05, 2012
Mythanalyse des nanoparticules
Les nanotechnologies explorent la matière à une échelle infinitésimale (le milliardième de mètre) et renvoient à la mécanique quantique. Elles détectent, modélisent, exploitent des objets qu’on pourrait appeler techno-phénoménaux, parce qu’ils sont produits par des technologies dont on observe ou plus exactement dont on interprète les procédures. Celles-ci résultent directement de nos outils. Leurs caractéristiques sont inséparables de celles de nos instruments, principalement des instruments de spectroscopie, tels que le microscope à effet tunnel, le STM ou Scanning Tunneling Microscope ou le microspoce à force atomique AFM, décrit comme un nano-palpeur. On sait que toute matière, même apparemment la plus solide et dense, est parcourue par des tourbillons d’atomes en constante réorganisation, qui comportent donc aussi des trous, ou lacunes, surtout en surface. Dans le cas du STM, on parvient à induire avec sa pointe, de la taille d’un atome, un courant qui traverse cette soupe atomique (effet tunnel) et dont on déduit qu’une nanoparticule a pénétré. Ne devrait-on pas se limiter à dire que ces effets résultent de l’impact de nos nano-instruments dans la matière? Est-ce que ce sont des objets technologiques imaginaires ? En tout cas des objets fantômes, peut-être seulement des traces. Ils ne sont pas analogiques; nous ne pouvons pas les voir à l’œil nu, ni même avec de puissants microscopes, puisqu’ils sont plus petits que la longueur d’onde de la lumière. Ce sont des images numériques, construites, modélisées, procédurières.
Lorsque nous créons par lithographie des nano-électrodes en or pour capter une nanoparticule invisible et en observer le comportement, nous sommes dans l’artifice et le flou, presque dans un récit fabuleux. L’invisibilité de ces nano-effets donne lieu à de nombreuses métaphores pseudo-descriptives, dont la confusion, la diversité et les contradictions métaphysiques sont significatives de notre difficulté même à les conceptualiser, à les imaginer, et encore plus à les représenter. On construit des images indicielles, c’est-à-dire des images qui visualisent une mesure. On parle aussi d’interactions, d’images conceptuelles, d'expériences de pensée, d’occurrences (traces événementielles), de dispositifs, d’imag’actions, d’objets transmodaux, d’un mélange d’images expérimentales (réelles) et d’images de synthèse (imaginaires), auxquelles on reconnaît un pouvoir d’évocation. Plus l’horizon de la matière recule devant nos instruments, moins nous voyons, plus nous conceptualisons et imaginons. Nous observons qu’à cette limythe la théorie de la lumière qui repose sur la dualité onde-corpuscule et qui a inspiré la théorie de la mécanique quantique, semble devenir universelle et que selon les cas, nous penchons pour des représentations de particules ou d’ondes. Elles sont « à mi-chemin entre le voir et le savoir » soulignent la sociologue de la connaissance Anne Sauvageot et les physiciens Xavier Bouju et Xavier Marie dans la préface des actes consacrés à un colloque sur le sujet Images & mirages @ nanosciences (Hermann, 2011)*, sauf que nous ne voyons pas ces particules et ne savons pas ce qu’elles sont, puisqu’elles « transgressent les frontières entre le réel et le fictif », comme ils le rappellent aussi. Nous atteignons manifestement avec les nanotechnologies un far west scientifique, en ce sens que ces territoires d’une nouvelle frontière de la matière-énergie que nous explorons, ne sont plus soumis à aucune des lois que nous connaissons, telles que les trois dimensions. La science rejoint l’affabulation. C’est cela qui l’intéresse et en même temps c’est la limythe avec laquelle elle doit composer, comme lorsqu’elle aborde les questions de l’éternité ou des particules plus rapides que la lumière.
Ce qui donne de la crédibilité à ces images-signes, c’est évidemment notre connaissance de l’échelle infinitésimale de la matière, qu’elle soit vivante ou non. Nous savons que l’échelle atomique n’est qu’un horizon qui reculera indéfiniment dans la lunette de nos microscopes électroniques et spectroscopiques. Nous avons besoin de les visualiser pour les imaginer, pour y croire, pour les penser, même scientifiquement. Et nous devons inventer des formes et des couleurs pour l’invisible, comme si nous étions capables d’accommoder notre vision jusqu’à percevoir ces objets nanotechnologiques. Nous tentons de nous représenter ces particules avec des images d’artistes en fausses couleurs, en les grossissant. Même s’ils sont en mouvement incessant, nous les imaginons à une échelle de visibilité, en décidant d’arrêts sur images, que nous plaçons dans un espace qui semble dynamique, en utilisant les codes visuels stéréotypés des graphes quantitatifs. Nous jonglons avec l’irreprésentable. Nous adoptons des contrastes de couleur qui assurent leur lisibilité sans enlever à leur mystère. Bref, même s’ils relèvent de paramètres indiciels, nous les iconisons dans l’espace visible comme des nano-objets, selon les codes symboliques de notre culture. Plus ils sont invisibles, plus nous fabriquons de fausses images qui prétendent à la crédibilité, inévitablement arrangées selon nos codes culturels d’imagerie scientifique.
Il faut souligner ici, de façon plus générale, que l’imagerie scientifique, qui prétend à l’objectivité d'une" interprétation a-culturelle, a-historique et non subjective, est inévitablement soumise à notre culture, à notre idéologie, à notre époque, à notre subjectivité, et généralement revêt un aspect kitsch bonbon. D’ailleurs, la preuve en est que rien ne vieillit plus vite que l’imagerie scientifique.
Les nano-images ne sont pas des mirages, car les mirages semblent très réels, à moins qu’il ne s’agisse de « mirages quantiques », donc imperceptibles! Ce sont des imaginaires technologiques auxquels nous attribuons une puissance d’autant plus grande qu’elle est invisible et mystérieuse. Si nous persistons dans ces recherches incertaines, ce n’est pas seulement par désir de connaissance. Nous en espérons de nouveaux pouvoirs. Et cette hypothèse inquiète autant qu’elle promet. Les nanotechnologies, aussi scientifiques qu’elles prétendent objectivement être, tendent inévitablement à la magie. Elles ont comparables à notre imaginaire alchimique, qui croyait aux affinités entre les esprits de la matière. Et les alchimistes pensaient pouvoir ainsi produire de l’or.
Ainsi, selon les relevés industriels, on utilise déjà des nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc dans des crèmes solaires et dans des cosmétiques, dans des enduits extérieurs, des peintures et des vernis d’ameublement. Il semblerait aussi qu’on ajoute des nanoparticules d’oxyde de cérium (une terre rare qui accélère l’oxydation) comme un catalyseur du carburant pour les automobiles. Et nous commençons à concevoir des nanomoteurs, capables de pénétrer dans les tissus les plus subtils de nos organes vivants pour y déposer des médicaments nanométriques. Nous pensons aussi pouvoir modifier des structures atomiques, y introduire des particules retraçables ou capables de durcir un métal, ou de le fragiliser, et ces possibilités encore difficiles à contrôler sont sujettes à des débats de société qui pourraient être aussi importants que ceux qui concernent les OGM. Plusieurs associations militent déjà activement contre l’utilisation des nanoparticules. Elles déclarent craindre que les nanomatériaux se révèlent toxiques pour les tissus humains. Elles diffusent des études qui mentionnent le risque de causer des mutations de l’ADN et d'induire des changements de la structure cellulaire pouvant conduire à la mort de la cellule, comme un empoisonnement au mercure. Nous élaborons une nanotoxicologie qui étudie, suivant l’exemple des enquêtes sur le danger de cancer qui serait relié à la saturation de notre environnement par les ondes courtes, notamment du fait de l’utilisation grandissante des téléphones portables, les risques potentiels d’une dissémination à large échelle de nanoparticules dans l'environnement. La revue Nanotoxicology a été créée en 2007. Et même dès 1986 Eric Drexler, dans son livre sur les nanotechnologies, Engines of Creation, après avoir insisté sur les possibilités extraordinaires que nous pouvons espérer des nanoparticules, se fait dramatique. Il redoute que ces particules, si on les introduit dans des tissus vivants, ne les corrompent et ne créent des cellules dangereuses autoreproductibles, entraînant des catastrophes biologiques. On peut craindre aussi que ces nanomanipulations de la matière et de l’énergie permettent un jour de créer des armes de destruction massive, telles que des bombes au graphite nanochargées, qui seraient capables de détruire les ondes courtes des réseaux de communication, voire de déstabiliser les structures atomiques du métal ou du béton. On évoque même une « gelée grise », qui serait un amas de nanoparticules susceptible de se répandre et de détruire tous les objets solides inertes ou vivants, et jusqu’à la croute terrestre elle-même.
Pourtant, le portail français officiel des nanosciences et des nanotechnologies le souligne : « les scientifiques ne sont pas unanimes quant à la définition de nanoscience et de nanotechnologie ». Et en France une commission créée par le CNRS en 2004 a renoncé en 2007 à poursuivre ses enquêtes sur les dangers possibles des nanoparticules, faute de pouvoir se mettre d’accord sur la définition de celles-ci, ni davantage sur la détection de leurs effets potentiels. Il est donc permis de se demander comment des particules invisibles dont l’existence est si insaisissable qu’elles relèvent encore de la spéculation, peuvent être ainsi manipulées et traitées industriellement en grande quantité pour être ajoutées à des crèmes, des peintures ou des médicaments. Il y a dans cette conviction, que ce soit celle de groupes militants, de manufacturiers ou d’agences de publicité, de la pensée magique, qu’elle soit pour ou contre. Ces grands espoirs ou ces grandes peurs, qui évoquent des pouvoirs gigantesques, extraordinaires ou épouvantables de ces particules fantomatiques, font penser aux esprits bienfaisants et malfaisants du Moyen-âge. On les conjure ou on prétend les asservir, on a pour cela des procédures, des formules, des discours. Et tant qu’on n’aura pas démontré l’existence bien réelle de ces esprits de la matière, tant qu’on ne sera pas capable de les observer et de les mesurer, il sera permis de n’y voir que des affabulations comparables à celles de la vieille magie. Cela fait penser au breuvage mêlé de poudre d’or que buvait la duchesse d’Angoulême quotidiennement pour augmenter l’éclat de son teint, qui était naturellement fort beau; mais elle fut gravement intoxiquée par cette mixture précieuse. On ne doutera pas que ces fabricants de crèmes et de peintures tentent d’ajouter des molécules d’oxyde de zinc ou de titane dans leurs mélanges, mais il ne s’agit que de micromolécules, et en aucun cas de nanoparticules. Cet abus de déclarations faisant référence aux nanosciences et aux vertus de l’infiniment petit donne un air de surpouvoir scientifique à ces produits et donc permet d’en justifier les prix de vente élevés, ce qui est courant notamment en cosmétique. Mais ce ne sont que des invocations à des pouvoirs magiques. En fait d’innovation, un retour à la vieille alchimie. Et beaucoup de gens y croient.
_______________________
* Cette publication fait suite à un remarquable colloque organisé en 2010 à l'Université de Toulouse Le Mirail. Un cederom accompagne le livre et montre un choix d'images scientifiques et de nanoart qui illustrent les propos des intervenants.
mardi, février 28, 2012
Closed for ever
De son vivant, Dieu était fort affairé. Ouvrant son bureau aux aurores, le fermant à la tombée de la nuit, il ne cessait de devoir répondre à des milliards de prières, d'inscrire sur ses fiches individuelles des milliards de péchés et pas mal de bonnes actions. Ses registres devenaient si épais qu'il ne parvenait plus à faire face à toutes ces activités humaines qu'il se devait de tenir à jour sur ses listes. Il n'avait même plus le temps de se pencher sur les urgences de ceux qui lui adressaient sans répit des suppliques, mettaient des cierges dans les églises, se confessaient, demandaient des grâces et des sacrements. Et c'était sans compter les procédures d'accueil et de sélection des arrivants, toujours plus nombreux, à la porte de Saint-Pierre, dont il fallait chaque fois vérifier les états de service dans les registres, avant de les envoyer aux Enfers, au Purgatoire ou de choisir leur rang au Ciel. L'augmentation démographique était devenue telle, que Dieu ne trouvait plus assez de volontaires parmi les morts placés au Purgatoire, pour consacrer leurs journées à ce travail bureaucratique ennuyeux, répétitif et souvent stressant. Pour l'an 2000 après Jésus-Christ, Dieu décida donc de numériser tous ses registres, mais c'était une gigantesque tâche, et un énorme budget. En outre, il ne trouva pas d'algorithme assez subtil pour bien discriminer les âmes pieuses, évaluer les valeurs religieuses et les arrières pensées des morts, et pour garantir une qualité absolue de tri et d'évaluation.
Il devenait incapable de gérer tous les fichiers en temps réel et avait de plus en plus mauvaise conscience de son retard, qui augmentait tous les jours et créait des embouteillages et d'interminables queues aux guichets. Les plaintes et les réclamations aussi, qui s'en suivaient, devenaient ingérables dans un délai raisonnable.
Devant son incapacité à répondre correctement et équitablement à tous, sachant que l'humanité allait grossir encore de quelques milliards d'individus, il décida de fermer son bureau et de prendre sa retraite. Il y avait droit depuis longtemps, étant donné son âge. Et après cette décision difficile mais nécessaire, il put enfin se détendre et être heureux.
Maintenant, il repose en paix. Amen.
Si seulement les humains n'avaient pas imaginé que Dieu veille sur chacun d'eux, les espionne sans cesse, enregistre toutes leurs pensées et leurs actes, et fait le bilan comptable lors de leur mort pour décider de leur éternité, Dieu n'aurait pas été pris dans cette logique infernale et serait resté le dieu inaccessible qu'il avait voulu être depuis toujours. Le Diable est dans les détails.
L'imaginaire humain est rarement cohérent, pour ne pas dire toujours ambivalent, contradictoire, dès qu'on l'examine attentivement, comme nos rêves. Ce sont aussi ces incohérences et ces absurdités qui le rendent si étonnant et significatif pour le mythanalyste.
jeudi, février 23, 2012
Pensée binaire
Pourquoi la pensée binaire occupe-t-elle et structure-t-elle tant notre esprit? Pourquoi lui avons-nous accordé un statut de vérité et une telle puissance logique de raisonnement? Pourquoi avons-nous aujourd'hui, à l'âge du numérique, fondé notre évolution humaine sur les technologies associées à un code binaire, 1 ou 0, qui est devenu l'alpha et l’oméga de tous nos algorithmes, de l'informatique?
Cette tendance humaine remonte loin dans le temps, dans les oppositions asiatiques du yin et du yang, religieuses du bien et du mal, aussi bien que dans la fondation du rationalisme grec. Socrate est le champion déclaré de ce mode de pensée binaire supposé accoucher de la vérité.
- Si ce n'est pas vrai, alors peut-on dire que c'est faux? demande Socrate à l'esclave.
- Oui assurément, répond l'esclave, cela ne peut être que faux.
- Alors tu es d'accord avec moi que c'est faux, demande Socrate.
- Oui, assurément, cela est faux, dit l'esclave.
La logique classique, dite de Port-Royal, identitaire et du tiers exclu, le rappelle avec la plus grande vigueur: A est A, A ne peut pas être B.
Le rationalisme classique correspond à la généralisation de l'individualisme et de la famille conjugale fondée sur l'union durable d'un seul père et d'une seule mère, à l'opposé des sociétés antérieures basées sur les familles indivises et sur la magie.
C'est la mythanalyse qui explique cette domination de la pensée binaire par la théorie du carré parental associant le biologique binaire (un père et une mère) et le déterminisme de l'autre (la société), qui institue la famille individualisée, le monothéisme, le rôle paternaliste du roi, du prince, de l'État, et maternel de notre mère l'Église catholique. Nous avions antérieurement la domination de la logique participative, celle de la magie, de l'alchimie, de l’irrationalisme, en même temps que la structure sociale de la famille indivise, communautaire associant le nouveau-né aux mères et aux pères du groupe (l'oncle maternel ayant plus de pouvoir que le père biologique), et le polythéisme - plusieurs dieux, ayant chacun sa rationalité et son pouvoir.
Mais pourquoi ce fondement biologique et social de la pensée binaire, qui aboutit aujourd'hui au code binaire de l'informatique et à sa célébration urbi et orbi, connaît-il un tel succès au moment précisément où la rigidité de la famille conjugale éclate? Au moment où des pratiques de transexualité s'affirment ainsi que les mariages homosexuels? Au moment où le principe de non détermination en science, les logiques floues, les systèmes complexes, les lois du chaos, la physique quantique remettent en cause le rationalisme classique binaire?
Voilà une grande question, à laquelle il nous faudra répondre.
vendredi, février 17, 2012
mythanalyse du numérique 2
Nous abordons souvent le questionnement mythanalytique du numérique, qui repose sur un code binaire élémentaire, mais qui a réactivé des croyances mythiques parmi les plus archaïques et les plus importantes. Celle de l'unité universelle, celle de la puissance créatrice humaine (CyberProméthée), celle de la lumière, celle de la noosphère teilhardienne et de son point Omega d'achèvement de notre évolution. Avec ces croyances mythiques et à leur appui, nous avons réinventé les délices et les affres d'une magie archaïque, elle aussi, mais qui se traduit par une efficacité technique dont nos plus puissants chamans n'auraient pas osé rêver il y a à peine une génération.
Voilà un domaine de recherche qui nous accapare avec passion. La mythanalyse embrasse bien sûr beaucoup plus que le numérique, mais le numérique s'offre à nous comme un champ d'analyse étonnamment significatif et démontre sans équivoque notre thèse: nous avons autant de mythes que les Grecs, le plus souvent les mêmes, car les mythes sont d'origine biologique autant que sociale, et nous ne le savons pas, parce qu'ils s'expriment autrement, moins selon des figures anthropomorphiques que dans les mythologies anciennes (des dieux et des déesses), mais davantage dans notre imaginaire technoscientifique, économique et écologique.
jeudi, février 16, 2012
Solitude et dépendance
Nous pouvons adopter le tweet/sec ou TPS - tweet par seconde - comme unité de l'intensité numérique. Ainsi nous observons l'augmentation rapide de cette intensité:
- 6939 TPS le 31 décembre 2010 à minuit au Japon pour la nouvelle année 2011
- 500 TPS le 2 mai 2011 lors de la capture de Bin Laden
- 7,064 TPS le 25 août 2011 lors de la démission de Steve Jobs
- 8,860 TPS le 28 août 2011 lors des MTV Video Music Awards
- 25,088 TPS le 9 décembre 2011 lors du Castle in the Sky airs au Japon.
- 9,420 TPS le 8 janvier 2012 lors d'un évènement sportif, le Denver Broncos quarterback
Tim Tebow’s 80-yard overtime touchdown
- 12,233 TPS le 5 février 2012 lors du Super Bowl
Le Japon accumule évidemment les records de TPS quotidiens.
D'une façon plus sensitive, nous avons distingué les petites sensations, le frémissement, le frisson et l'orgasme numérique dans la e-sensibilité.
Jusqu'à quels records irons-nous dans cette pulsion et cette dépendance au numérique? Soyons clairs: le numérique est un catalyseur, une drogue, mais l'intensité que nous mesurons en TPS, c'est en fait celle de la demande de lien social, d'affection avec le corps social, qui exprime positivement le manque symptomatique de solidarité et l'angoisse de la solitude qui étreignent les individus au sein de la masse sociale. Les TPS mesurent un manque, une frustration autant qu'un désir et une dépendance compensatoire.
- 6939 TPS le 31 décembre 2010 à minuit au Japon pour la nouvelle année 2011
- 500 TPS le 2 mai 2011 lors de la capture de Bin Laden
- 7,064 TPS le 25 août 2011 lors de la démission de Steve Jobs
- 8,860 TPS le 28 août 2011 lors des MTV Video Music Awards
- 25,088 TPS le 9 décembre 2011 lors du Castle in the Sky airs au Japon.
- 9,420 TPS le 8 janvier 2012 lors d'un évènement sportif, le Denver Broncos quarterback
Tim Tebow’s 80-yard overtime touchdown
- 12,233 TPS le 5 février 2012 lors du Super Bowl
Le Japon accumule évidemment les records de TPS quotidiens.
D'une façon plus sensitive, nous avons distingué les petites sensations, le frémissement, le frisson et l'orgasme numérique dans la e-sensibilité.
Jusqu'à quels records irons-nous dans cette pulsion et cette dépendance au numérique? Soyons clairs: le numérique est un catalyseur, une drogue, mais l'intensité que nous mesurons en TPS, c'est en fait celle de la demande de lien social, d'affection avec le corps social, qui exprime positivement le manque symptomatique de solidarité et l'angoisse de la solitude qui étreignent les individus au sein de la masse sociale. Les TPS mesurent un manque, une frustration autant qu'un désir et une dépendance compensatoire.
mercredi, février 15, 2012
Les mythes ne sont pas des bêtises
On entend tous les jours dire que telle ou telle idée, tel ou tel fait est un mythe. Dans le langage courant, un mythe est une fausseté que beaucoup croient vraie par naïveté. Ce serait un mythe que l'alcool fait vivre vieux, que l'âme-soeur se rencontre sur l'internet, que la poudre de corne de rhinocéros est aphrodisiaque, etc. La télépathie est un mythe,etc. Nous entretenons ainsi beaucoup de mythes, que tout esprit rationaliste, c'est-à-dire moderne, s'empressera de démystifier. Et c'est vrai que les humains croient à beaucoup de faussetés. Mais cette confusion d'esprit nous aveugle lorsque nous ne voulons pas admettre que Dieu, le rationalisme, le progrès, l'Histoire, la vérité, la nature, la modernité sont eux des mythes fondateurs de notre civilisation occidentale, voire de notre prétendue lucidité. Il faudrait mettre une majuscule à tous ces mots, parce qu'ils désignent de fait des croyances, c'est-à-dire des récits fondateurs de notre vision de l'origine et de la finalité du monde. Et dans ce cas, il ne s'agit pas de bêtises! Ces mythes architecturent nos imaginaires sociaux, structurent nos valeurs, déterminent nos comportements. Ce sont des imaginaires, mais dont on ne pourra nier le sérieux, ni la réalité sociale.
C'est au nom de ces mythes que nous démystifions la bêtise de nos superstitions quotidiennes. C'est au nom de la modernité et de la lucidité (le mythe de la lumière) que nous nous moquons de ces bêtises d'usage courant.
Rien n'y fait: les hommes mettent confusément les mythes et les faussetés dans le même sac. Ils ne sont pas encore prêts à reconnaître l'importance et l'actualité de ces mythes fondateurs de nos civilisations et à cesser d'appeler mythes nos bêtises. Je constate tous les jours la difficulté, l'incapacité qu'ils ont à prendre conscience de l'importance de la mythanalyse. Sans doute justement parce qu'ils se croient modernes! Et qu'ils croient qu'ils ont Raison. Et lorsque je dénonce cet aveuglement, cet obscurantisme, c'est encore aux mythes de la lumière et de l'ombre que je fais référence pour justifier mon énervement. Nous voilà enfermés dans un cercle vicieux de l'esprit humain. Oui, les grands mythes sont eux-aussi des faussetés, mais de ceux-là nous ne pouvons pas nous passer, même pour dénoncer des stupidités. Tout notre langage et notre pensée sont métaphoriques. Ils véhiculent des images et des références mythiques inconscientes pour raisonner, interpréter et agir. Mais il y a de bons et de mauvais mythes, des mythes utiles et des mythes pervers, de grands mythes et des bêtises banales. Il ne faut quand même pas confondre Dieu et le chocolat.
lundi, février 13, 2012
Pleinement vôtre
Nous tendons à conquérir et à occuper le cyberespace au moins autant que l'espace réel. La nature a horreur du vide, Nous aussi. Le vide angoisse. Nous remplissons l'espace numérique de liens, d'images, de documents, de musique, de tout. Nous remplissons nos disques durs, pourtant de plus en plus immenses. Nous remplissons les fonds océanique de la toile sans répit. C'est devenu un vrai capharnaüm où les robots de nos moteurs de recherche circulent comme des hordes innombrables de harponneurs. Toujours plus plein. Et nous n'en sommes qu'aux premières années de cette cyberbulle qui gonfle cesse. Pourquoi? Avons nous tant de choses à dire, à trouver, à enmagasiner, à archiver, à consommer, à jeter? Faisant le plein de nos espaces, réels, imaginaires ou numériques, nous nous donnons une illusion plus grande d'exister. Le plein, c'est nous, notre projection; nous qui prenons plus d'espace et donc d'existence. Il y a dans ce mot d'existence la particule ex, qui renvoie à l'extérieur. Depuis que nous avons été expulsé de l’utérus maternel et mis au monde, nous avons grandi, grossi, accumulé, conquis. La multiplication cellulaire est le processus même de la vie. La famille grandit. L'espèce humaine aussi se gonfle de milliards d'individus. Et il nous faut marquer nos territoires pour assurer notre sécurité.
Diminuer de volume, rétrécir comme une peau de chagrin - l'expression le dit bien -, c'est une tristesse, une perte d'existence, le début d'une disparition. L'annonce de la mort et l'anxiété qui l'accompagne.
Etre, c'est prendre de l'espace. Exister, c'est prendre de l'espace à l'extérieur. De la hauteur, de la largeur, de la profondeur, de l'espace en trois et quatre dimensions. Les métaphores du langage autant que nos désirs et nos usages individuels et sociaux le rappellent sans cesse.L'espace c'est nous. L'imaginaire mythique de cette plénitude, de cet épanouissement, de ce développement, de cette croissance, de cet enrichissement, de cette grossesse, de cette conquête, de cette mondialisation est tout simplement biologique.
dimanche, février 12, 2012
mythanalyse du tweet
Allumer une cigarette et aspirer la fumée, c'est le symptôme d'une demande d'affection, d'un désir d'emplissement, de lien, de sécurité et d'apaisement, qui réactive le tétage du nouveau-né au sein maternel. Le désir de twitter, d'envoyer un court message aux autres, même lorsqu'on a rien à dire, à peine un prétexte, le plus souvent anecdotique, c'est un substitut au désir d'allumer une cigarette, qui lui aussi ne comporte pas de message, si ce n'est le désir de lien virtuel au sein maternel qu'on éprouve. La bouche demande un apaisement et emplit les poumons, comme le lait maternel emplissait l'estomac du nouveau-né, pour assurer son existence. La fumée est le corps virtuel de la société. Elle euphorise, comme le lien du tweet. Elle érotise, comme le tweet (désir d'amour).
La pulsion qui nous faisait allumer une cigarette s'exprime désormais par le tweet. L'envie nous en prend plus ou moins souvent, éventuellement de plus en plus en cas de dépendance.
L'avantage du tweet sur la cigarette, ce n'est pas seulement qu'il ne nous infligera pas un cancer des poumons, ce n'est pas seulement non plus qu'il coûte moins cher que les paquets de cigarettes, c'est surtout qu'il socialise beaucoup plus, du moins virtuellement, que la cigarette. Il ne se contente pas d'aspirer: il exprime. Il envoie un volute qui est un message à distance, adressé à nos abonnés, à nos amis sur twitter. Le tweet que nous exprimons sera virtuellement lu par quelques centaines ou milliers d'abonnés. Peu importe que personne ne prête beaucoup d'attention aux tweets des autres. En réalité, on twitte pour soi.
Le tweet répond à une pulsion numérique. Il relève d'une dépendance existentielle que nous avons développée vis-à-vis du corps virtuel de la société, du besoin d'y impulser une vibration individuelle. Il exprime le besoin d'exister, de se lier aux autres internautes pour qu'ils aient conscience de notre existence. Nous avons besoin de cette conscience extérieure qui reconnait et confirme la nôtre. Le tweet est un message qui semble réel, que d'autres liront. Le tweet, c'est la fumée de la cigarette qu'on allumait, quasiment tout aussi éphémère et volatile que la fumée, mais qui nous donne l'illusion de l'être beaucoup moins et de concrétiser réellement notre lien au corps social (maternel), d'appeler à un échange de messages avec les autres qui le prendront en compte.
Durkheim parlait du lien organique de l'individu au corps social comme d'une nécessité. Il lui opposait l'anomie des désordres sociaux et de la solitude propice au suicide. Nous investissons beaucoup dans ce lien à la société qui est l'extension du lien au corps maternel. Le mythe de l'unité, de la solidarité, des liens sociaux, des hyperliens numériques a un fondement biologique, celui de l'unité originelle du fœtus avec le corps maternel. Nous en gardons adultes la nostalgie, nous en éprouvons la nécessité vitale, symbolique, économique, culturelle. Nous devons assumer adultes la séparation, sa nécessité, mais nous en compensons le manque de toutes sortes de manières, individuelles et institutionnelles. Les religions et les Eglises en sont les modalités les plus répandues. De même, aujourd'hui, les médias sociaux tels que Facebook en tirent des milliards. La cigarette et le tweet en sont des variantes laïques gestuelles, quasiment rituelles.
samedi, février 11, 2012
vendredi, février 10, 2012
Psychanalyse
Pilules défoulantes, inversantes, renversantes, toxiques chez la plupart des patients, à ne pas prescrire dans les cas graves.
dimanche, février 05, 2012
samedi, février 04, 2012
vendredi, février 03, 2012
mercredi, février 01, 2012
dimanche, janvier 22, 2012
La cigarette et le tweet
Que nous dit la mythanalyse de la cigarette? Qu'elle a été le têtage social de l'homme virilement branché pendant deux ou trois générations. Aujourd'hui que nous dit la mythanalyse de la tweetomanie? Qu'elle remplace la cigarette de l'adulte nerveusement branché qui tête le sein de la société. Même dépendance. Même goudron? Même nicotine? Mêmes accidents cardiovasculaires?
Il y a une demande d'affection frustrée dans la cigarette, comme dans le tweet.
Il y a une demande d'affection frustrée dans la cigarette, comme dans le tweet.
vendredi, janvier 20, 2012
Commerçant ou Héros
Christian Gatard, le mythanalyste de Nos vingt prochaines années - 2010-2030, le futur décrypté, démontre un art consommé pour naviguer sur nos tendances, quels qu'en puissent être l'apparent chaos et les subtilités paradoxales. Il y met de l'ordre, il articule nos fantasmes collectifs les plus insaisissables. Sa méthode "buissonnière" l'outille pour s'y retrouver et nous guider dans les méandres de l'apparente perte de sens où nous nous agitons à tâtons. C'est ce qu'il appelle les Tribulations du moi. J'aime beaucoup le lire et y butiner à mon tour dans son art de vivre, dont il nous livre dans un ordre tantôt alphabétique, tantôt logique, les grands chapitres: manger, boire, dormir, faire du sport, l'ordre et le désordre amoureux, les règles du jeu, communiquer et être ensemble, travailler, habiter, vivre en ville, se vêtir, se déguiser, se protéger, vieillir et mourir, le corps, nos inquiétudes. Il aborde les nouveaux paradigmes, ceux de la mobilité, de nos utopies, de nos grandes tendances (les lignes de haute tension), dont il souligne six paradoxes, les nuages et les carrefours. Il termine par des mappings synthétiques (ce qu'il appelle des mantras portatifs) des tendances fortes qui vont structurer nos vingt prochaines années.
Un livre remarquablement bien organisé, d'une grande maturité, un vade-mecum pour notre futur-présent.
Au-delà de cette présentation d'ensemble, qui nous offre une table d'orientation collective, chacun y trouvera l'occasion de s'interroger sur lui-même, sur son contexte rapproché, sur les valeurs qu'il a choisies, sur le chemin qu'il suit, ou mieux: qu'il construit.
Le narcissisme de chacun aidant, je me suis vu dans ce miroir gatardien plus d'une fois. En voici un exemple (je cite, page 229): Pour rester dans le cercle social, on est obligé aujourd'hui d'avoir une "vie publique". On est ainsi poussé à élaborer une sorte de marketing de soi. Peut-être est-ce là ce qui change vraiment: de nos jours, chacun veut devenir "une marque", alors qu'autrefois il s'agissait de devenir (ou non) un héros. Me voilà interpellé. Nous observons que la plupart des artistes veulent devenir une marque bien identifiable pour se vendre mieux. Le respect humain m'incite à ne citer aucun nom parmi les artistes actuels: ce sont bien sûr les plus connus, c'est-à-dire, sauf exception, ceux qui vendent cher - et qui soignent la continuité d'un style qui devient une marque de grande visibilité. Es-ce évitable? Quelques-uns réussissent tout en variant leurs médias, leurs thèmes, leurs styles. Il faut le noter. Et ils ne sont pas nécessairement moins obsessifs - une valeur déclarée en art - que les autres qui se répètent inlassablement pour promouvoir leurs marque personnelle (leur style).
L'art pousse aux marques dans le système commercial et de vedettariat médiatique actuel.
Le philosophe, quant à lui, ne saurait cultiver sa marque. Il doit remettre en question, interroger, déconstruire, oser transgresser les lieux communs de la pensée dominante. Grand, il ne peut devenir qu'un héros, mais qui ne doit pas prétendre en être un. Ce serait d'une arrogance inacceptable, qui le décrédibiliserait immédiatement. Ni marque, ni héros social. Mais héros dans sa vie secrète, intérieure, oui. Car le philosophe est conscient de l'extrême lucidité qu'il recherche, qu'il atteint parfois et qui le distingue. Il se sait héros intimement qu'il ne saurait se dire publiquement. Et il sait aussi qu'il ne faut pas s'y arrêter, que le concept de héros est une boursouflure illusoire, il sait qu'il ne risque pas sa vie. Ce philosophe là sait qu'il n'est qu'un animal qui pense. Il ne se jette pas dans le Niagara pour sauver un enfant qui y a glissé en jouant. Sa joie est toute intérieure, c'est sa lucidité qui la lui donne par instants. Ce n'est pas la reconnaissance sociale, même s'il faudrait être d'un orgueil haïssable pour la mépriser. Les Grecs et les Romains, et ceux qui les fréquentent dans leurs lectures, savent que ce mythe du héros est une construction sociale qu'aiment secréter les foules, que nourrissent les orgueils abusifs. Mais que la simplicité est la vertu du sage, qui sait chaque jour reconnaître les limites de ce qu'il peut penser, faire ou dire, tant dans sa vie privée et intime, que publique.
Il y a aussi l'homme ordinaire, communautaire qui partage activement l'espace social, rural, professionnel ou aujourd'hui celui des médias sociaux, dont Christian Gatard parle dans son "art de vivre". Et il y a le rêve de chacun de nous, les forts ou les privilégiés, de sortir la tête de la masse, de construire sa lucidité et sa liberté, voire sa divergence. Apparemment un privilège biologique du mammifère humain.
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* Editions Archipel, Paris, 2009.
mardi, janvier 17, 2012
Christian Gatard
Je découvre le livre de Christian Gatard, mythanalyse français que je ne connaissais pas, auteur notamment de "Nos 20 prochaines années - 2010-2030 - Le futur décrypté"*, qui est un ouvrage très riche en réflexions sur les mythes actuels de notre société. Adepte de la "pensée buissonnière", Christian Gatard est le fondateur de Gatard associé, Institut de recherches en marketing, communication et psychologie de la consommation. Sociologue de formation, il a parcouru le monde et nous livre des réflexions, analyses et observations finement pertinentes sur notre imaginaire social contemporain.
Il pense comme moi que nous sommes aussi soumis aux mythes que les Grecs, les Égyptiens ou les Romains de jadis, sans en être conscient. Il souligne comme moi que même si nous ne saurions échapper à cette dimension imaginaire de notre condition humaine, nous construisons notre imaginaire et que nous pouvons choisir nos mythes, bons, désirables ou destructeurs. Son livre fourmille d'exemples significatifs et de commentaires aussi provocateurs que pertinents. Une belle rencontre! Et j'y reviendrai.
Il va donner une conférence le 4 février prochain au Théâtre de la Gaîté lyrique à Paris sur la prospective du futur.
*Edition L'Archipel, Paris, 2009. Une maison d'édition fondée et dirigée par Jean-Daniel Belfond.
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