tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

lundi, décembre 15, 2014

L'Ordre des choses de Michel Maffesoli

Michel Maffesoli

Il faut lire L'Ordre des choses (CNRS éditions) que vient de publier Michel Maffesoli, car il est le plus radical, le plus jusqu’au-boutiste et conséquent des sociologues de la postmodernité. Sa lecture permet de mesurer toutes les conséquences de ce courant de pensée. Il ne recule devant aucune de ses implications, même celles que les croyants au progrès, dont je suis, jugent toxiques. Mais il n'est pas pour autant pessimiste et sa pensée est plutôt celle d'un joyeux vitaliste. Il est vrai, il le rappelle, qu'un sociologue n'est pas un éthicien, mais un déchiffreur de ce qui est. Certes, Durkheim, notre maître à tous, soulignait les dangers de l'anomie et dénonçait la perte de solidarité sociale qui favorise le suicide. Maffesoli se pose cette question de la fragmentation sociale, tout en soulignant l'importance des nouvelles formes de socialité tribales qui émergent, notamment avec les réseaux sociaux et dynamisent le "vouloir-vivre ensemble" d'aujourd'hui. 
Il revendique une "pensée radicale", qui va , par-delà "les bien pensances" instituées, par-delà "le prêt à penser moderne", dire ce qu'est réellement l'ordre des choses, dont nous dépendons profondément alors que nous prétendons le soumettre à nos idées. "Il convient de regarder le monde tel qu'il est et non pas tel qu'il devrait être".  En ce sens, il est proche de la mythanalyse - il rend volontiers hommage à son maître Gilbert Durand, l'auteur des "Structures anthropologiques de l'imaginaire". Et dans cette "pensée radicale", il est de la trempe des démystificateurs joyeux, même du pire: "Il faut savoir s'accorder à la tendre cruauté de l'ordre des choses" dit-il d'entrée de jeu.  
Une pensée profonde, donc, étonnamment cohérente et provocatrice, extrêmement stimulante pour ceux, dont je suis, qui veulent quand même changer le monde! Un débat incontournable.

jeudi, décembre 11, 2014

Éthique, création, mythanalyse



Hervé Fischer, Luc Dellisse, Christian Gatard, Georges Lewi et Sylvie Dallet


 ÉTHIQUES  et  MYTHES de la CRÉATION


5 décembre 2014,  séance inaugurale 14 heures-17 heures 30
Salle des Conférences, Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord.

Ce séminaire, très ouvert, organisé par Sylvie Dallet a été l'occasion pour chacun de préciser ses centres d'intérêt et sa méthodologie.Il se poursuivra chaque première semaine des prochains mois, dans une démarche plurielle qui permettra d'enrichir les liens entre création, mythanalyse et éthique (voir le programme complet précédemment affiché dans ce blog)..

La Mythanalyse ou  la société en/au miroir brisé
Méthodologie et approches de la mythanalyse, mythologie, mythocritique…
Séance en la présence du philosophe Hervé Fischer (Montréal), président de la Société Internationale de Mythanalyse et Luc Dellisse, Christian Gatard, Georges Lewi …

Sylvie Dallet : Ouverture du séminaire Éthiques et mythes de la Création
Hervé Fischer : Construire une théorie de la mythanalyse
Christian Gatard : Instruments de navigation du mythologue contemporain
Luc Dellisse : L’écrivain et ses mythes
Georges Lewi : Le nouveau bovarysme





mercredi, décembre 10, 2014

La pensée magique du Net - Entretien avec MarketingIsDead

Publié par François Laurent le 10/12 sur son blog: 

http://marketingisdead.blogspirit.com/archive/2014/12/10/la-pensee-magique-du-net.html

La Pensée Magique Du Net


Hervé Fischer vient de publier : La Pensée Magique Du Net aux éditions François Bourin (Paris); rencontre avec un auteur français exilé au Canada, fondateur en 2014 à Montréal de la Société internationale de mythanalyse, à la biographie particulièrement riche, et trop méconnu en France.
MarketingIsDead :Tu déclares éprouver une « fascination critique face au numérique » : peux-tu préciser ta posture face au numérique ?
Hervé Fischer : Je suis né en Europe, formaté par le rationalisme critique, éduqué par des humanistes classiques pourfendeurs de McLuhan, le premier philosophe à oser dire que la technologie change nos idées, nos valeurs, nos modes de socialisation, bref, notre conscience. Pour eux la technologie était – et demeure encore le plus souvent -, un antihumanisme.  J’ai cependant été un des premiers à enseigner McLuhan quand j’étais assistant à l’université Paris V au début des années 1970.
Lorsque j’ai émigré au Québec au début des années 1980, j’ai pris conscience de l’importance à venir du numérique. Mais j’ai observé aussi que les « gourous » nord-américains du numérique étaient des prophètes naïfs qui nous annonçaient la mutation finale du transhumanisme sans aucun esprit critique. McLuhan, lui, au moins, était professeur de littérature et cultivait l’esprit de finesse dans ses provocations. Ces penseurs, plus ingénieurs ou journalistes que philosophes, traversent le miroir aux alouettes avec grand succès médiatique et sans aucune inquiétude.
Je me suis trouvé entre deux continents, deux cultures, entre les américains adeptes de la pensée magique numérique  et les essayistes-philosophes français qui dénoncent encore et toujours, quasi unanimement, cette gadgetterie américaine déshumanisante. Je me suis aperçu que j’étais un peu seul, comme penseur français à être fasciné par la révolution  numérique, et très isolé, comme penseur nord-américain, à en être critique et à en dénoncer la face cachée.
MarketingIsDead : Selon toi le XX° siècle fut celui de l’énergie, le XXI° est celui de l’information ; mais l’information et sa diffusion sur la toile consomme énormément d’énergie …
Hervé Fischer : Oui, le numérique est dévorateur d’énergie et pollueur. Il semble beaucoup moins toxique que le charbon ou le nucléaire, mais Il pose aussi de graves problèmes écologiques. Il contamine l’atmosphère et les dépotoirs. Certes, plusieurs grandes compagnies affichent des inquiétudes à cet égard et des politiques vertueuses, mais dans l’ensemble, les lois concernant le traitement des déchets numériques qui ont été promulguées dans beaucoup de pays du Nord, sont peu respectées.
Les déchets numériques, au lieu d’être traités localement, sont envoyés vers des pays-dépotoirs en Afrique notamment, mais aussi en Chine, où une main d’œuvre pauvre travaille, souvent sans protection, à récupérer les métaux recyclables pour la revente. Ces malheureux s’intoxiquent gravement. Le numérique est cancérigène pour eux, alors que nous le déclarons vert dans les pays riches. Cette situation pourrait être rapidement corrigée s’il y avait une volonté écologique réelle. Mais lorsqu’on voit la lenteur des décisions  qu’il est urgent de prendre face aux gaz à effet de serre des énergies fossiles, cela demeure manifestement marginal dans l’esprit des gens. Hélas.
MarketingIsDead :En quoi recommençons-nous, toujours selon tes dires, « à fabuler le monde plus que jamais », et pourquoi, dans quel but ?
Hervé Fischer : Ce n’est pas que nous soyons des fantaisistes, des fabulateurs par naïveté ou pour amuser les foules. En fait, nous n’avons jamais eu d’autre choix, dans aucune civilisation, et quel que soit notre âge, que d’interpréter avec les moyens du bord un monde qui nous demeure mystérieux. Les mythes, les religions, la science tentent de nous présenter des récits crédibles du passé, du présent, du futur de l’univers et de nos vies individuelles dans cet infini. Et si nous adoptons ces histoires qu’on nous raconte, nous ne sommes plus des fabulateurs, mais des croyants ou des rationalistes.
Nous nous croyons modernes, mais nous avons autant de mythes que les anciens, sans nous le dire. On ne peut nier que le numérique réveille de la pensée magique et des mythes familiers. Le nouveau monde numérique qui nous submerge soudain nous semble difficile à nommer avec des mots clairs et réducteurs. Il est d’une puissance inédite, mais éveille aussi nos désirs, nos peurs. C’est un psychotrope et il crée des dépendances. Il compense nos frustrations par rapport au monde réel, il nous euphorise, crée des espoirs, nous annonce un bonheur virtuel. Le « vieux monde » exigeait nos efforts, notre travail, nous résistait, nous décevait, nous faisait souffrir.
Comment ce nouveau monde magique, prometteur sans effort physique ne nous séduirait-il pas ! Il est imaginaire et pourtant très efficace, réel-virtuel : quel enchantement ! Le numérique est une magie nouvelle, non pas dans ses buts, qui demeurent humainement les mêmes depuis toujours, mais dans ses techniques, plus efficaces que jamais.
MarketingIsDead : Quand tu te sens un peu déprimer, tu « fumes un tweet » : comment peut-on fumer un tweet ?
Hervé Fischer : Du bout de sein à la tétine, à la sucette, à la gomme à mâcher, à la cigarette, à la pipe, au tweet, à la vaporette, et même désormais à la sucette électronique, c’est du pareil au même : le lien oral avec le corps maternel puis son substitut, le corps social. Se connecter pour nier la séparation.
Produire des volutes de fumée de cigarette ou des tweets , ce n’est pas dire grand-chose, ni dans un cas, ni dans l’autre. C’est le lien et non le contenu qui compte – le médium, c’est le message, disait déjà McLuhan. C’est par un rite social dire à qui veut l’entendre : j’existe et je ne suis pas seul. L’oralité calme l’angoisse de la solitude. Et il y a les boulimiques du tweet, comme les boulimiques de la nourriture. Ceux qui allument une cigarette sur l’autre. Maintenant c’est plutôt un tweet après l’autre, ce qui est moins toxique.
Mais il y a de la nicotine sociale dans le numérique, et donc de la dépendance – compensatoire d’un manque. Voilà pourquoi nous tweetons.

lundi, décembre 08, 2014

Le choc éthique à l'âge digital (Le Figaro Madame)


A l'occasion de la publication de La pensée magique du Net, édition François Bourin, Paris



samedi, novembre 29, 2014

Qu'est-ce que les mythes ?



Le stade de l'ourson, acrylique sur toile, 92 x 122 cm, 2014

les mythes sont les récits métaphoriques selon lesquels à l’âge adulte nous fabulons  infantilement l’étrangeté du monde – passé present, futur - , comme nous n’avons cessé de l’imaginer, faute de pouvoir le saisir, dès le stade foetal puis dans le carré parental

vendredi, novembre 28, 2014

Le sommeil onirique






Le sommeil de l'agneau-loup, acrylique sur toile, 122 x 92 cm, 2013

Dans le sommeil nous retournons à l’état fœtal et réactivons 
oniriquement les circuits synaptiques de la mémoire psychique, de nos émotions, désirs et peurs, mais dans le désordre ou selon les seules logiques de l'inconscient, parce que libérés du contrôle rationnel et réducteur de l’état de veille.

jeudi, novembre 27, 2014

Le carré parental et la fabulation mythique


La dynamique du carré parental, acrylique sur toile, 92 x 153 cm, 2014

J'ai maintes fois souligné que le développement de la fabulation mythique de l'infans est déterminé par la structure du carré parental: la mère, le père, l'infans et l'autre (la société). Cette schématisation est à coup sûr trop géométrique et son équilibre  - ou son déséquilibre - dépend de la dynamique sous tension des imagos et des rôles des acteurs. 
J'ai donc tenté ici d'exprimer cette dynamique en montrant que le lien avec la mère demeure fondamental, tandis que le nouveau monde naissant prend le devant et que le père esquisse son imago, sous influence de l'autre - la société - qui s'imposera de plus en plus, mais qui demeure latérale au début par rapport aux déterminants biologiques.

Le stade du chaos, qui émerge avec l'accouchement, trouble cette belle organisation à coup sûr et ne sera jamais complètement dépassé, même au stade adulte. Moi-même, né en octobre 1941 à Paris sous l'occupation nazie, je garde certainement dans ma mémoire inconsciente une inscription profonde non seulement de mes propres émotions face au chaos biologique spécifique de l'accouchement et de l'arrachement du corps maternel, mais aussi des angoisses parentales face au chaos de la Seconde guerre mondiale. Je les ai marquées ici en saturant l'espace du carré parental de noirceurs chaotiques. D'autres cas sont bien sûr moins dramatiques.

mercredi, novembre 26, 2014

父母方块的动态


父母方块的动态布面丙烯,95 x 153cm,2014 

我曾多次强调指出infans拉丁语婴儿神话虚构的发展是由父母方块的结构确定的母亲父亲infans和其他。这种简化肯定是过于像几何图像了它的平衡 或者它的不平衡 取决于各个角色意象和角色在压力之下的动态。
因此我在这里尝试表达这些动态展示出母亲的角色保持着关键而初生的新世界占据了上风父亲勾勒其意象的轮廓两个都是在其他 社会 - 的影响之下而这个其他变得越来越重要但在一开始相对于生物的决定因素保持着边缘性。
伴随分娩出现的混沌阶段肯定扰乱了这种美好的组织形式它永远不会被完全超越即使是在成人阶段。

我本人194110月出生在纳粹占领下的巴黎在我无意识的记忆里我不仅保留了我自己面对分娩和从母体拔出的特殊生理混乱时的各种情绪的深刻印记还有我父母面对第二次世界大战的混乱时的恐慌的印记。在这里我通过让父母方块的空间充满混乱的各种黑色来表示。其他的情况当然没有这么戏剧化。

mardi, novembre 25, 2014

Séminaire Éthiques de la création



Maison des Sciences de l'Homme Paris Nord, 4 rue de la Croix Faron, La Plaine Saint Denis 93

Les séances du séminaire Éthiques & Mythes de la Création se dérouleront de 14h00 à 17h00 à la
Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (MSH Paris Nord) et peuvent également se dérouler hors les murs.
La liste des interventions n’est pas close. Ce séminaire sera relayé sur les sites de la Société Internationale de Mythanalyse et de l’Institut Charles Cros et travaillé dans la continuité, en
relation avec les publications de la revue M@gm@ et de la collection Éthiques de la Création (Institut Charles Cros/Harmattan).

La création, comme l'innovation, sont des valeurs qui construisent l'architecture de l'avenir et embellissent le présent par des sauts qualitatifs. Ces expériences sont également des relations imaginaires construites à partir de récits collectifs, dont les arts de l’enregistrement ont démultiplié les fenêtres expressives.
Cette démarche épistémologique se rattache au programme de recherche international Éthiques de la Création qui, piloté par l’Institut Charles Cros en partenariats scientifiques multiples, particulièrement le Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC-UVSQ), explore les thèmes relatifs à la création contemporaine et aux créativités
collectives, dans un espace mondialisé par les technologies de l’information. L’originalité de ce programme interdisciplinaire, réside dans la démultiplication des espaces de validation heuristique, en relation avec des chercheurs francophones d’origines disciplinaires et nationales différentes. Ce programme a été qualifié lors du premier Colloque des Maisons des Sciences de l’Homme en décembre 2012. 
De 2009 à 2011, le séminaire Éthiques et mythes de la Création (EMC) a questionné sur sept journées d'études annualisées, l'éthique comme la ressource secrète de la création. Le désir éthique révèle en effet, par sa résistance, la diversité du vivant, dans une révélation d'interfaces insolites et de synergies complexes. Ce séminaire a cédé la place en 2012 à un autre étape internationale, «  savoirs créatifs, savoirs migrateurs  » qui explorait, à travers sept thèmes refondus par des collectifs heuristiques, les axes mutants des savoirs contemporains. Ces thèmes ont donné lieu à des publications spécifiques (Institut Charles Cros/Harmattan, collection Éthiques de la Création), telles que, La Création, définitions et défis contemporains (2009),  Les territoires du sentiment océanique (2011), Savoirs de frontières  (2012), Éthiques du Goût (2014), Handicaps Créateurs (2014) et bientôt, Ressources de la Créativité (2015). En 2014-2015, le séminaire Éthiques & Mythes de la Création s’associe à la Société Internationale de Mythanalyse fondée au Québec en juin 2014, pour
revisiter quelques thèmes sociétaux. Cette démarche sera également déclinée sur sept à neuf thèmes qui vont refondre les questionnements collectifs menés depuis 2008 au travers des séminaires précédents.
Ces sessions doivent conjuguer différents points de vue de la recherche, dans une relation attentive aux récits qui les portent. Comme les précédents dispositifs, ce séminaire est le traducteur attentif des
expériences des chercheurs, artistes et témoins des mutations de la société civile. Au delà des résurgences qu’ils révèlent et des disciplines qu’ils convoquent, ces dialogues cherchent à reformuler ce qui se passe dans les récits du présent. EMC 2015 offre donc un espace contemporain traversé de trames subtiles, conçues pour des équilibres citoyens, loin des les drames, violences et autres affrontements binaires qui président à la surenchère des conflits.
La force heuristique des mythes contemporains s’appuie sur des discours, mais aussi sur des correspondances d’images, des sons, des organisations sensibles et concrètes qui tissent
analogiquement leurs imaginaires sur des objets, des lieux et des enfances. Les mythes ont forgé les outils du « développement durable » des cultures… Les sociétés avancent avec leurs récits en bandoulière, chargées ou légères, selon celui qui les porte. La caractéristique de notre XXIe siècle est d’accueillir et de susciter, par la démultiplication de l’information véhiculée par internet, une efflorescence mythique. C'est cet enchevêtrement qu’il convient d’analyser.

5 DÉCEMBRE 2014
L’accueil des doctorants  et des invités s’effectue dès 14 heures. La séance inaugurale débute à 15 heures.

La Mythanalyse ou  la société en/au miroir brisé
Méthodologie et approches de la mythanalyse, mythologie, mythocritique…
Séance en la présence du philosophe Hervé Fischer (Montréal), président de la Société Internationale de Mythanalyse et Luc Dellisse, Christian Gatard, Georges Lewi 
Sylvie Dallet : Ouverture du séminaire Éthiques et mythes de la Création
Hervé Fischer : Construire une théorie de la mythanalyse
Christian Gatard : Instruments de navigation du mythologue contemporain
Luc Delisse : L’écrivain et ses mythes
Georges Lewi : Le nouveau bovarysme
La séance inaugurale sera suivie d’un pot mythique et créatif.

7 JANVIER 2015
Parentés animales de la pensée humaine
Le retour des forces spirituelles associées : animaux de pouvoir, en captivité, en soin.
Séance en la présence du biologiste Georges Chapouthier (CNRS), Wei Liu (doctorante Arts
CHCSC), Lorenzo Soccavo (chercheur indépendant, auteur) et Emile Noël (Institut Charles Cros)…

4 FÉVRIER 2015
Imaginaires du progrès
Créativités discrètes, « sociétés en panne » et innovations désirées.
Séance en la présence d’Albert David (PR Paris Dauphine), Didier Mulnet (MDC Blaise Pascal,
Clermont-Ferrand), Frédéric Lambert (PR Université Paris 2), Anne-Marie Petitjean (MDC Angers), Hervé Fischer…

4 MARS
2015 Prospectives et impensés de l’innovation
La science fiction, le risque et les scénarios catastrophes associés.
Séance en la présence de Christian Gatard (Agence Gatard & Associés), Georges Lewi (CELSA), Philippe Bihouix (ingénieur, chercheur Institut Monumentum)…

23-25 AVRIL 2015
Puissance symbolique et fabulation mythique dans les imaginaires sociaux
Rencontre internationale de Montréal organisée sous la responsabilité de Hervé Fischer et Pierre Ouellet (Université du Québec à Montréal, Canada)…

6 MAI
 2015
Terre mère : acupunctures forestières et récits environnementaux,
panthéismes contemporains, espaces refuges et matières ressources (Programme en construction)
Séance en la présence de Bernard Boisson (auteur, photographe), Grégory Quenet (PR Fondation UVSQ, sous réserve), Hélène Hibou (Land art, plasticienne), Les arts ForeZtiers…

3 JUIN 2015
Les arts au chaudron des mythes
Cette séance traite particulièrement aux récits mythiques dans les arts d’Asie.
Séance en la présence des sinologues Emmanuel Lincot (MdC HDR Institut Catholique),
Catherine Champeyrol (DQVTM) et Ziqi Peng (galeriste et doctorante CHCSC-UVSQ)…

7 OCTOBRE 2015
Les figures littéraires et cinématographiques à l’oeuvre dans les révolutions (Programme en construction)
Séance en la présence de Gilbert Schoon (Musée Histoire vivante), Marc Rolland (PR université Cote d’Opale), Antoine de Baecque (PR ENS sous réserve), Michel Serceau…

4 NOVEMBRE 2015
Ancrer les transformations: épistémologie des objets magiques
Les expériences de Gilbert Simondon et de Pierre Schaeffer. Ponctuations cybernétiques :
pierres, tambours, machines, multimédia.
Séance en la présence de Frédéric Pascal (ENS Ulm), Vincent Bontemps (Ateliers Simondon ENS Ulm), Valentine Letendre (vidéaste, projet interactif international Shaman)…

2 DÉCEMBRE 2015
Mythanalyses sensibles et vagabondes…
Retours d’expériences
Séance en la présence d’Orazio Maria Valastro (Docteur de recherche en sociologie, Université
Paul Valéry Montpellier), Directeur scientifique de M@gm@ (Revue internationale en sciences
humaines et sociales)…
PROGRAMME EMC 2015

lundi, novembre 24, 2014

Das elterliche Quadrat und die mytische Einbildungskraft


Die Dynamik des elterlichen Quadrats, acrylic über Leinwand, 95 x 192 cm, 2014

Mehrmals habe ich schon unterstrichen, dass die Entwickelung der mythischen Einbildungskraft des infans bei der Strukturierung des elterlichen Quadrats bestimmt wird: die Mutter, der Vater, das infans und der andere (die Gesellschaft). Diese Darstellung scheint sicher zu geometrisch und simplifizierend, da sein Gleichgewicht – oder Ungleichgewicht – von der Dynamik und Spannung der imagos und Rollen des Aktoren abhängig wird.
Ich habe deswegen in diesem Gemälde versucht, diese Dynamik auszudrücken, und zu zeigen, dass die Verbindung des infans mit der Mutter stets fundamental bleibt, während die neu geborene Welt zum Kind kommt, und es beherrscht. Der Vater erscheint auch bei der Seite unter Beeinflussung des anderen (die Gesellschaft), die mit der Zeit wirksamer sein wird, die aber am Anfang im Vergleich mit den biologischen Faktoren lateral bleibt.

Die chaotische Phase, die mit der Geburt ausbricht, stört sofort diese schöne Ordnung, und wird nie, sogar im adulten Stadium, völlig verschwinden. Ich selbst, da ich in Oktober 1941 in zurzeit von den Nazis besetzten Paris geboren wurde, behalte ich sicherlich in meinem unbewussten Gedächtnis eine tiefe Einschreibung, nicht nur von meinen eigenen Emotionen dem biologischen Chaos entgegen, das mit dem Reißen aus dem mütterlichen Körper hervorkommt, sondern auch von den Ängsten meiner Eltern der Drohungen des zweiten Weltkrieges entgegen. Ich habe sie hier mit schwarzen unordentlichen Formen dargestellt, die den elterlichen Raum erfüllen. Andere Fälle sind sicher weniger dramatisch

dimanche, novembre 23, 2014

The parental square of mythic fabulations


The dynamic of the parental square, acrylic painting on canvas, 95 x 153 cm, 2014

The development of the infans’ mythic fabulations is determined inside the frame of the parental square by the mother, the father, the baby and the other (the society). This mapping is of course too geometrical and its equilibrium – or unbalance – depends on the dynamic and tensions between the imagos and roles of the actors.
I tried therefore to express here these dynamics showing that the mother maintains her intense link with the baby, but that the new born world takes the lead, meanwhile the father appears aside, under the influence of the other, which will gain prominence, but keeps a lateral power at the beginning in comparison with the biological determinants.

The chaotic stage which emerges with the birth starts immediately troubling this nice matrix, and will for sure never fully disappear, even in the adult stage. Myself being born in October 1941 in Paris occupied by the Nazis, l for sure keep in my unconscious memory a deep inscription not only from my own emotions due to the biological chaos which overwhelmed me at the time of my birth, but also of my parents scared by the Second world war. I marked them by saturating the rectangle of the canvas with black disordering threatening shapes. Other parental squares may look much less dramatic. 

samedi, novembre 22, 2014

De l'origine biologique à l'institution sociale des mythes


Les fabulations infantiles de l'interprétation du monde que chacun de nous garde inconsciemment dans sa mémoire et développe aux stades successifs de sa croissance jusqu'à l'âge adulte trouvent leur expression élaborée dans les récits mythiques inventés par les créateurs - poètes, artistes, philosophes, scientifiques, etc. - et institués par la société. Elles leur donnent la résonance puissante qui anime notre inconscient collectif.

vendredi, novembre 21, 2014

Nous sommes des animaux parmi les autres

Je dis: nous sommes des animaux parmi les autres. Cela me donne un nouveau regard, plus pénétrant sur l'humanité, et réveille ma curiosité. Certes, nous avons inventé l'éthique, notre plus grande divergence. Mais nous ne serons pas des dieux tant que nous ne la respecterons pas et qu'elle ne sera pas devenue planétaire.
Nous fabulons le monde, mais je ne doute pas que les autres animaux le fassent aussi, car l'origine des mythes est biologique, infantile, animale.

jeudi, novembre 20, 2014

El cuadro parental de fabulación mítica


La dinámica del cuadro parental, pintura acrilioca sobre tela, 92 x 153 cm, 2014

Subrayé varias veces que el desarrollo de la fabulación mítica del infans (el niño) está determinado por la estructura del cuadro parental: la madre, el padre, el niño y el otro (la sociedad). Por supuesto esa esquematización parece demasiado geométrica y simplificadora, pues su equilibrio – o desequilibrio – depende de la dinámica y tensión entre las imagos y los rollos de los actores.
Intenté entonces expresar aquí esas dinámicas mostrando la importancia del vínculo mantenido entre la madre y el infans, mientras que el  nuevo mundo nasció al niño y crece y el padre aparece. Esa matriz se volverá más y más determinada por el otro, pero en el inicio son los determinantes biológicos que se imponen principalmente.

La fase emergente del chaos perturba por cierto desde el parto  esa estructura parental, y nunca desaparecerá totalmente hasta en la fase adulta. Ío mismo, nascido en Octubre 1941 en Paris ocupado por los Nazis, tengo sin duda presente in mi memoria inconsciente la huella profunda no solamente de mis propias emociones frente al chaos biológico nascido con el arrancamiento del cuerpo maternal, pero también de las ansiedades de mis  padres frente a la Segunda guerra mundial. Así se satura el espacio natal de la matriz parental con formas negras desorganizadas y amenazadoras. Otros casos están por cierto menos dramáticos.

mercredi, novembre 19, 2014

混沌阶段



混沌阶段布面丙烯92 x 61 cm2014


在研究过神话起源的几个相继发生的阶段之后,让我们回到世界的诞生,当它出现在孩子面前的时候。分娩之时,胎儿在一种痛苦的脱离中离开子宫,这种痛苦的脱离可以让人联想到被赶出伊甸园。这就是我所谓的混沌阶段的开端:世界用一种混乱而可怕的体验淹没了胎儿,似乎在威胁他的生命。他服从于一些极度焦虑的情感,他按照一些恐惧的情感虚构来解释这些情感,而这些虚构将会一直铭刻在他对于世界诞生的初始记忆中。

mardi, novembre 18, 2014

La fase caótica en la fabulación mítica


La fase caóticaacrílica  sobre tela, 92 x 61 cm, 2014



Hemos tratado de les fases sucesivas de fabulación de los mitos. Deseo volver ahora al origen del mundo, cuando el viene al niño después del parto. El feto salga del útero maternal en una extracción dolorosa evocadora de la expulsión del paraíso terrenal. Es el inicio de la fase que llamo caótica: el mundo asalta al feto en una luz cegadora con sensaciones confusas y formidables amaneciendo su propia vida. El niño interpreta inevitablemente esas ansiedades intensivas con emociones según fabulaciones interpretativas de pavor que se inscribirán en su memoria original inconsciente. Esa fase caótica se encontró en casi todos los mitos del nacimiento del mundo. 

Das chaotische Stadium: Mythos - Kunst




Das chaotische Stadium, acrylische Malerei, 92 x 61 cm, 2014

Wir haben die aufeinanderfolgenden Stadien der mythischen Schaffung  erwähnt, und nun möchten wir auf die Geburt der Welt zurückkehren, das heißt, wenn die Welt dem Fötus erscheint, sobald es aus dem mütterlichen Uterus ausgerissen ist. Es erlebt eine Vertreibung, die an die Ausweisung aus dem irdischen Paradies erwähnt. Dann fängt das chaotische Stadium an: die Welt stürzt auf das Fötus in einem blendenden Licht, und unterwirft es unverständlichen und ängstlichen Gefühlen, die sein Leben zu drohen  scheinen. Es bilde sich dann unvermeidlicher Weise von diesen intensiven Ängste und heftigen Gefühlsverwirrungen imaginäre Interpretationen vor, die sich ihm ins 

lundi, novembre 17, 2014

Le stade chaotique



Le stade chaotique, acrylique sur toile, 92 x 61 cm, 2014


 Après avoir évoqué les stades successifs de l’origine des mythes, revenons à la naissance du monde lorsqu’il vient à l’enfant lors de l’accouchement. Le fœtus quitte alors l'utérus maternel dans un arrachement douloureux qui évoque l'expulsion du paradis terrestre. C'est le début de ce que j'appelle le stade chaotique : le monde assaille le fœtus dans une lumière aveuglante et le soumettent à des sensations confuses et redoutables qui semblent menacer sa vie. Il interprète inévitablement ces anxiétés intenses selon des fabulations émotives de frayeur qui demeureront inscrites dans sa mémoire originelle. C’est aussi ce qu’évoquent la plupart des mythes de la naissance du monde. 

samedi, novembre 15, 2014

The chaotic stage of mythical fabulation


The chaotic stage, acrylic on canvas, 92 x 61 cm, 2014


After having presented the successive stages of the origin of myths, let’s come back to the birth of the world which comes to the foetus who is expelled from the mother’s uterus. He experiences a painful stripping and distortion which evocate the expulsion of the garden of heaven. I call it the chaotic stage. A new world assaults the foetus in a blinding light into a stream of confuse and fearful experiences, which he inevitably interprets with intense fabulations of fear definitively recorded in his unconscious memory. Most of the myths mention this chaotic stage of the birth of the world. 

vendredi, novembre 14, 2014

Le stade foetal


Le stade fœtal, acrylique sur toile, 91 x 91 cm, 2014


Après avoir évoqué tous les stades successifs de création fabulatoire de l’interprétation du monde depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte, il convient de revenir aux deux plus importants, ceux qui initient ce processus de création mythique  entre ordre et désordre, bonheur et malheur: le stade fœtal, puis le stade chaotique.

Du stade fœtal nous ne pouvons qu’imaginer la psyché. Nous l’interprétons comme un état larvaire de quiétude, dans la chaleur sécuritaire de l’utérus maternel. C’est un stade important de première structuration psychique et synaptique de l’enfant à naître. Il se peut que cette période de développement physiologique soit beaucoup plus dramatique, voire douloureuse pour le fœtus, et qu’il en subsiste une mémoire inconsciente moins euphorique qu’on ne se plait à l’imaginer, voire des traumatismes profonds et durables dans la relation biologique et psychique partagée avec la mère génitrice. Plusieurs cas d’analyse psychanalytique semblent le démontrer. Toujours est-il que notre imagination en fait un paradis terrestre originel dont nous avons été chassés douloureusement lors de l’accouchement. Et cette image demeurera un pôle nostalgique de notre interprétation mythique du monde, qui met au premier rang la figure maternelle dans la création mythique, la figure paternelle n’apparaissant qu’après l’accouchement, dans le stade chaotique.


After having mentioned the successive stages of the child developing his imaginary interpretation of the world, since its appearance until entering the adult age, we need to come back to the most determining first stages, which initiate this process of mythical creation switching between order and disorder, felicity and suffering: the foetal and the chaotic stages.
The psychic experience of the foetal stage may only be imagined a posteriori by adults. We believe it to be a larval stage, characterised by the quiet and safe warmth of the mothers’ uterus. Still it is a decisive stage for the original formation of the psyche and for the synaptic building of the brain to be born. This stage of physiological development may also be much more dramatic and less euphoric than we believe, even painful for the embryo, and create in our unconscious memory profound and lasting traumas linked to the biological and psychic relationship shared with the mother. Many cases of psychoanalysis suggest it. However our adult’s phantasm is to believe the foetal stage to have been a heaven on earth from which we were painfully expelled by our birth. This representation will last long as a nostalgic pole of our mythic representation of the world, which create the mythic predominance of the mother’s figure, since the father will not appear before the chaotic stage.

Después de haber indicado las fases sucesivas de interpretación imaginaria del mundo desde su aparición hasta la edad adulta, necesitamos volver a las dos más importantes fases de interpretación, las que inician ese proceso de creación mítica entre orden y desorden, felicidad y dolor: la fase fetal y la fase caótica.
De la experiencia psíquica de la fase fetal no podemos decir mucho sino imaginar como adultos un  estado larvario de tibieza, quietud y seguridad física en el útero materno. Hay que destacar la importancia de esa fase inicial como primera estructuración de la psiquis y de  la red sináptica del cerebro del embrión. Es posible que esa fase de desarrollo fisiológico sea mucho más dramática y menos eufórica, sino dolorosa, con traumas profundos y persistentes en la relación biológica y psíquica compartida con la madre, que nos gusta imaginarla. Varios casos de estudios psicoanalíticos lo sugieren.  No obstante imaginamos esa primera fase como un paraíso original en la tierra, de lo cual fuimos expulsados dolorosamente en el parto. Ese imago permanecerá como un polo nostálgico de nuestra interpretación mítica del mundo, creando la predominancia de la figura mítica de la madre, pues la del padre aparecerá solamente con la fase siguiente del caos.     

Nachdem wir die aufeinanderfolgenden Phasen der mythischen Interpretationen der Welt ab der Geburt bis zum Erwachsenenalter erwähnt haben, wird es nötig zu den zwei ersten und wichtigsten Stadien zurück zu kommen, die dieses Prozess mythischer Vorstellungen zwischen Ordnung und Chaos, Glück und Schmerz initiieren, und zwar die Fetalphase und die Chaosphase.  
Das psychische Erlebnis der Fetalphase dürfen wir nur hypothetische Vorstellungen haben. Wir stellen uns ein Larvenstadium vor, das der  beruhigenden Sanftheit und Sicherheit der Gebärmutter genießt. Es ist eine entscheidende Phase der originellen psychischen Bildung des Embryos und synaptischen Strukturierung des Gehirns. Es ist auch möglich, dass diese  erste Phase der psychischen Entwickelung  viel dramatischer und weniger euphorisch sei, als wir es gerne denken. Es ist sogar denkbar, dass tiefe Trauma von diesem  biologischen und psychischen Zusammenhang mit der Mutter entstehen, die sich dauerhaft im unbewussten  Gedächtnis festsetzen werden. Mehrere psychoanalytische Studien darauf hinweisen. Im allgemeinen  sehen wir als Erwachsene diese Phase als ein Paradies auf Erden aus dem wir  durch die Geburt vertrieben wurden. Dieses Bild wirkt dann dauerhaft als ein nostalgischer Pol unserer mythischen Weltanschauung, und verstärkt die mythische Vorherrschaft der Figur der Mutter, da die des Vaters erst mit der nächsten chaotischen Phase erscheinen wird.


胎儿阶段


在研究过从诞生直到成年对世界的解读的虚构创作的各个阶段之后,应该回顾两个更加重要的阶段,开启这个在秩序与混乱、幸福与不幸之间的创作过程的两个阶段:胎儿阶段,然后是混乱阶段。我们只能想象胎儿阶段的心理。我们将之诠释为在母亲子宫安全的温暖中一种萌芽的平静状态。这是即将诞生的孩子最早心理和神经突触构成的一个重要阶段。有可能这个心理发展的时期是更加戏剧性的,对于胎儿甚至是痛苦的,从中留下了一份我们不会乐意想象的不那么惬意的无意识记忆,甚至是与亲生母亲的生理与心理关系中深刻而持久的创伤。几个精神分析的案例似乎证明了这一点。我们的想象一直把它当成一个最初的尘世天堂,我们在分娩时被痛苦地从中赶了出来。这幅画面会是我们对于世界的神话解读的一个忧伤的中心点。


mercredi, novembre 12, 2014

Le divan, le chevalet et la mythanalyse.


Le plaisir, acrylique sur toile, 91 x 152 cm, 2014

Dans les années 1970, la mode était de soumettre les œuvres d'artistes et d'écrivains à des psychanalyses qui expliqueraient l'essentiel de chaque création. On donnait l'exemple du surréalisme, on citait «Un souvenir d'enfance» de Léonard de Vinci, avec lequel Freud fit école. Sublimation, légère narcose, traumatisme infantile: un appareillage de concepts théoriques se constituait. Georg Groddeck avec «La maladie, l'art et le symbole», Sarah Kofman avec «L'enfance de l'art», parmi tant d'autres psychanalystes, ont approfondi la recherche. Ainsi, «L'enfance aux cygnes» de Paul Valéry devait nous révéler le nec plus ultra de l'inconscient poétique de l'auteur.
Comment douter que chaque créateur ait une biographie, un inconscient, voire des souvenirs traumatisants, une quête d'absolu symptomatique (Balzac), et que cela ait pu les influencer, voire les conduire à un cheminement de créateur ! Mais la psychanalyse ne réduira pas le génie à un symptôme, à une pathologie de l'inconscient. J'irai plutôt en chercher le processus du côté de la divergence mentale dont le créateur est capable et y voir non pas un symptôme mais une puissance psychique et intellectuelle hors du commun. 
Ce tableau, «Le plaisir», révélera-t-il la cruauté de son auteur en quête de plaisir, ses pulsions d'ogre jouisseur? Et cela rendra-t-il compte du tableau, de son propos et de son esthétique? Faut-il que le peintre s'allonge sur le divan et qu'un psychanalyste réussisse à le faire parler de son enfance désespérante ou transgressive ? A-t-il été battu, abusé ? A-t-il été pervers? Les malheurs de l'enfance de Niki de Saint-Phalle, violée par son père à l'âge de onze ans, explicités au début de l'exposition qui lui est actuellement consacrée au Grand Palais à Paris, ont évidemment contribué à déterminer son féminisme et plusieurs de ses œuvres. Mais toutes les petites filles et tous les petits garçons abusés ne deviennent pas des génies. La raison et l'aboutissement de l'oeuvre sont ailleurs, dans la volonté et la capacité de divergence de l'artiste. 
La psychanalyse de l'art est certes intéressante et pénétrante au niveau individuel de l'artiste, mais la reconnaissance sociale de l'oeuvre, qui fait que nous admirons Léonard de Vinci, Valéry ou Niki de Saint-Phalle, est à chercher du côté de sa résonance avec l'inconscient collectif, qui lui, n'a pas de biographie individuelle et ne relève pas de la psychanalyse, mais de la mythanalyse. Ces œuvres réactivent, animent des mythes anciens, en créent de nouveaux qui font vibrer notre psyché dans la mesure où nous sommes individuellement partie prenante de l'inconscient collectif.

dimanche, novembre 09, 2014

Hommage à Pascal Quignard

 
Pascal Quignard

Il faut lire  Pascal Quignard, et en particulier les livres successifs de son œuvre Dernier royaume. Le plus récent, Mourir de penser, qui est paru en 2014, toujours chez Grasset, rejoint beaucoup des considérations que je développe en mythanalyse sur les étapes de la fabulation chez celui qui ne parle pas, l'infans, dans les stades successifs fœtal, chaotique, etc..
Dans Mourir de penser, il écrit: «Le premier cri s'élève dans l'abandon du corps hôte. Tout ce qu'on dit en poussant son souffle est d'abord un adieu. Aussi tout ce qu'on pourra dire dans la langue qu'on apprendra dans la lumières signifiera-t-il d'abord cet adieu à un royaume antérieur, sonore mais non parlant, interne, replié, secret, non lumineux, solitaire. Chromos dévore aussitôt ceux qu'il engendre dès l'instant où ils sont expulsés dans la lumière... » Est-ce pour cela qu'il est passé lui-même par de longues et fréquentes périodes de mutisme? Par nostalgie du stade fœtal auquel la naissance l'a arraché? Est-ce pour cela qu'enfant il s'est enveloppé dans son propre corps, souffrant d'obésité?
Contrairement à ceux que j'appelle les «textuellistes» et autres «grammatologues» qui affirment que tout est langage, qu'on ne peut penser sans langage, comme Derrida, Guignard affirme l'antériorité de la conscience vitale:  « Dire que nous sommes des êtres de langage, comme le fait la société, est profondément faux. […] Nous ne sommes pas des êtres parlants, nous le devenons. Le langage est un acquis précaire, qui n'est ni à l'origine ni même à la fin car souvent la parole erre et se perd avant même que la vie cesse. » C'est là une observation fondamentale, que je partage avec Pascal Quignard, et qui relégitime en partie la psychanalyse des profondeurs, certes confuse, par rapport à celle du langage et de sa surface sociale qu'a conçue Lacan, influencé par une époque où la linguistique structuraliste nous a imposé ses excès pervers. Il faut revenir au biologique, et à sa conscience fabulatoire, irrationnelle mais génitrice, qu'on a trop refoulé dans des efforts rationalistes modernistes des années 1960-90. 
A partir de la chute dans le monde désordonné et cruel de la lumière - j'insiste sur les mots -, que j'appelle le stade chaotique, l'infans tentera de formuler avec des mots  qui ne sont jamais que des métaphores hésitantes et confuses une interprétation du monde qui naît à lui. «je retrouve ici aussi Pascal Quignard, avec cette « tentative de pensée (...) du regard animal et vital sur n'importe quelle anomalie qui désordonne le champ». 
Il a l’intuition que c’est le monde qui naît à l’enfant et non l’inverse que décrit la formule courante, lorsqu’il dit du langage qu’il tente «d’engendrer en détail le naissant sans fin».
Pascal Quignard a manifestement tiré de son expérience vitale traumatisante d’infans, toutes ces intuitions si justes et pourtant rares qui inspirent sa méditation philosophique et son écriture romanesque. Et il recherche dans la naissance de la philosophie grecque – et du monde qui est apparu avec elle – des points communs avec sa propre expérience vitale, préconceptuelle qui lui permet de redécouvrir dans les mots les images la naissance du monde. Cette naissance qui est l'origine des mythes