samedi, mars 15, 2014

Fonder la Société internationale de mythanalyse


Voilà trente-cinq ans ans que quelques-uns d'entre nous parlons de mythanalyse, ou plus souvent de mythocritique, voire de mythodologie ou de mythographie. Bien sûr les conceptions varient entre l'anthropologie, la psychanalyse jungienne, l'ethnopsychiatrie, la biologie, la psychologie du développement ou l'épistémologie génétique. Et le débat qui devrait se développer entre ces différentes approches n'a pas lieu. Les échanges se font au sein de ces disciplines elles-mêmes, mais presque jamais spécifiquement sur cette nouvelle discipline que constitue la mythanalyse. Et les questions abordées relèvent plus souvent de l'exploration des mythologies anciennes que des mythes actuels qui déterminent nos sociétés dites modernes, sur lesquels porte la mythanalyse. A cet égard, chacun demeure isolé. Nous n'avons pas établi de plateforme d'échanges, ni de groupe de recherche, ni de colloque international portant sur la mythanalyse, où nous pourrions nous rencontrer, confronter nos idées, nous privant ainsi d'une plateforme commune où nous pourrions enrichir la recherche en mythanalyse de nos diverses contributions.
Nous sommes conscients de l'importance des mythes contemporains qui déterminent nos comportements individuels et résonnent dans nos imaginaires sociaux comme un inconscient collectif, mais nous ne les connaissons pas. Nous ne les déchiffrons pas. Nous ne sommes pas en mesure de les désigner, de les évaluer, de les dénoncer, de les modifier pour le bénéfice de tous dans une lucidité collective qui est nécessaire par rapport à nos espoirs et  à nos peurs dans les débats de société, alors que notre évolution s'accélère pour le meilleur ou pour le pire. La mythanalyse, comme toutes les sciences sociales n'est pas seulement une recherche théorique; elle offre aussi une pratique, une utilité, et je le pense, une thérapie sociale. C'est, en quelque sorte, mettre la société sur le divan, l'écouter et la faire prendre conscience de son imaginaire.
C'est pourquoi il est temps de fonder la Société internationale de mythanalyse avec les plus déterminés d'entre nous. Ce geste assurera la reconnaissance de la mythanalyse dans le concert des sciences humaines, nous permettra de nous entendre sur un minimum de visions communes à développer et encouragera la recherche. Qu'importe que son siège social soit au Québec, en France où dans un autre pays.
Mais nous en appelons à tous ceux qui travaillent en mythanalyse à se joindre au projet. La première tâche de la Société sera d'organiser un réseau, une plateforme en ligne des mythanalystes et un colloque international fondateur, dès cette année 2014. Et nous devrons veiller à ce que notre société ne devienne pas un sujet de discorde et de rivalités, comme en psychanalyse, mais au contraire une occasion sereine d'échanges productifs, où chacun respectera la diversité des points de vue et en tirera avantage pour progresser dans ses propres recherches.

Fuyant les douleurs, nous allons construire au bord de la mer une maison extraordinaire, avec de nombreuses pièces d'une grande variété de styles et d'ameublement, des bibliothèques et des salles numériques. Elle sera au milieu d'un jardin où nous pourrons nous promener, cultiver la beauté de la nature ancienne autant que celle de la nouvelle et de ses artifices, nous rencontrer pour dialoguer sur un banc, à l'ombre des arbres de la connaissance. Et nous irons marcher aussi sur la plage qui bordera le jardin, et nous baigner dans les vagues qui nous apporteront sur les courants du large des bateaux chargés d'idées d'ailleurs, de livraisons précieuses des autres civilisations, des pans entiers de palais, de ruines et d'utopies, et des oiseaux rares. Nous nous délecterons des lumières et des épices de l'univers, sans autre souci de conquête, ni d'autres richesses que celles de l'esprit, des imaginaires et de la création, bannissant la tristesse sans répudier les tourments, choisissant entre les mythes ceux qui peuvent nous aider, en quête de divergences pour changer le monde. Nous ne vaincrons pas la souffrance, mais nous serons des dieux.

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