jeudi, janvier 23, 2014

L'âge du numérique


Après l’âge du feu, voici venir l’âge du numérique, dont la nouveauté radicale, puis l’accélération exponentielle ont été stupéfiants. Médias, technoscience, structures sociales, politique, économie,  finances, écologie, biologie, éducation, médecine, culture : rien n’échappe, tant à l’échelle mondiale que dans le détail de nos vies individuelles, au Choc du numérique (édition vlb, 2001). Avec le tournant du millénaire, le monde réel semble avoir basculé dans le virtuel. L’économie imaginaire a entraîné l’économie réelle avec elle dans une crise mondiale dévastatrice. La bioinformatique déchiffre et manipule audacieusement nos gênes. L’astrophysique n’affiche plus sur nos écrans que des fichiers numériques en fausses couleurs, mais explore les confins de notre galaxie et découvre la lumière du big bang. La mécanique quantique et les nanotechnologies sont devenues fabulatoires. Les nouvelles générations s’évadent dans les médias sociaux avec le sentiment d’y accéder à une existence plus supérieure que ce qu’on appelle encore la réalité.

Cette opposition entre le monde d’ici-bas que nous dévalorisons une fois de plus  et celui d’en haut que nous survalorisons plus que jamais nous replonge dans le mouvement de balance cyclique de nos interprétations de l’univers. Dans un premier temps, qu’on a appelé « primitif », le monde animiste était d’une seule pièce. Les hommes faisaient partie de la nature dont ils célébraient les esprits. Puis cette unité a été déchirée par Platon, qui nous voyait ici-bas dans la pénombre d’une caverne, enchaînés par des simulacres et des ombres trompeuses, sans pouvoir nous retourner vers la pure lumière de la vraie réalité qui resplendissait là-haut, dans le ciel des idées, et que seul le sage voyait. Le christianisme a renforcé cette opposition, qualifiant de vallée des douleurs et de péché la Terre d’ici-bas et glorifiant la lumière pure et l’infinie sagesse et connaissance de Dieu pour nous inviter à sacrifier nos vies terrestres et mériter le ciel. 

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