mercredi, juin 08, 2011

La mythanalyse du moi



Chacun rassemble l'agrégat d'impressions confuses qu'il a de lui-même, incluant ses contradictions, ses illusions, ses efforts, ses défauts, sans même pouvoir prendre en compte ses taches aveugles, pour construire une structure, comme on édifie une maison avec des matériaux disparates mais nécessaires, et souvent complémentaires. Cela prend une vie pour édifier, sans que jamais on puisse voir vraiment l'édifice. Puis ce sera l'oubli, ou bien les esquisses des autres.
Le buste de marbre semble surmonter l'impossibilité et définir définitivement celui que l'on a tenté d'être. En pierre dure, et noble, voire en bronze, mais seulement une apparence visuelle. Sartre nous proposait une vision existentialiste quasiment factuelle de nous. Nous sommes ce que nous faisons. On s'embourbe dans l'introspection et la psychanalyse. Et la mythanalyse ne déchiffre que l'écho des imaginaires sociaux qui sont en nous et nous déterminnt. Peut-être l'identité est-elle un mythe, au sens d'un imaginaire social de nous même, basé sur des stéréotypes et des aspirations à des modèles sociaux que nous ne sommes pas. Le fameux MOI, et ses déclinaisons freudiennes ou lacaniennes demeure un idealtype ou un fantasme, autant défini par ce que l'on est pas que parce qu'on voudrait être ou tente de déchiffrer de soi.
Le moi est décidément un objet de réflexion difficile, parce que c'est non seulement une construction incertaine, mais aussi une perception confuse.
Je suis un autre. J'échappe sans cesse à toute tentative d'arrêt sur image ou de captation fixe, claire et distincte. Comment pouvons-nous vivre ainsi dans le flou de nous-même? Nietzsche répondrait que s'il n'en était pas ainsi, nous serions déjà morts, sans mouvement, sans changement, sans marge de liberté, sans vie. Mais il n'est pas vrai qu'on sache enfin d'un homme mort qui il était. L'obscurité s'épaissit au contraire. Et chacun projette sur lui ses propres fantasmes.

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