mardi, mai 16, 2006

La mythanalyse est une alternative créatrice à la psychanalyse

3 commentaires:

Hervé Fischer a dit...

Ce blogue veut être un lieu de rencontres et d'échanges sur le thème de la mythanalyse. La mythanalyse explore les imaginaires sociaux actuels, nos mythologies du XXe siècle, celles qui surplombent nos imaginaires individuels, déterminent nos valeurs et nos comportements collectifs d'aujourd'hui, le plus souvent à notre insu. Nos sociétés contemporaines ne sont pas moins mythologiques que celle des Grecs ou des Vickings, mais nous ne le savons pas.
En ce sens, la mythanalyse: c'est notre "société sur le divan". La mythanalyse se présente comme une alternative libératrice à la psychanalyse individuelle misérabiliste. Les mythes sont créés par les hommes, Ils naissent et ils meurent, ils se transforment. Ce sont nos mythes qu'il faut changer, pour changer nos sociétés.
Vous pouvez contribuer à cette recherche, nous faire connaître vos travaux, vos analyses sur ce blogue et nous pourrons ainsi créer une communauté internationale de recherche sur la mythanalyse. We start in French, but may continue in English. Empezamos en Francès, pero podremos seguir in Espanol. Der Anfang ist auf Französisch, aber vielleicht geht es weiter au Deutsch. Hervé Fischer

Hervé Fischer a dit...

VOIR - 11 mai 2006 Hervé Fischer

La relève des dieux
Éric Paquin


Interprète original de l'aventure humaine, Hervé Fischer critique les mythes fondamentaux de la culture occidentale et en appelle à une mythologie visant le "réenchantement du monde". Le tout basé sur la réconciliation avec la nature et sur une nouvelle éthique planétaire "hyperhumaniste".

Dans votre dernier livre, Nous serons des dieux, vous prétendez que les monothéismes sont non seulement une "erreur de civilisation" mais qu'ils constituent "l'une des pires catastrophes idéologiques de l'histoire humaine". Qu'entendez-vous par là?
"Quand on compare la façon simple et naturaliste dont nous pourrions interpréter le monde à l'énorme dispositif imaginaire qui a été inventé en Occident, avec Jéhovah, Dieu et puis Allah, on ne peut que constater à quel point nous nous sommes enfargés collectivement dans un misérabilisme masochiste, et ce, pendant plusieurs millénaires. Je crois qu'effectivement, nous n'avons pas eu de chance, parce que transformer la misère et la souffrance en illusion de rédemption et en bonheur dans l'après-vie, c'est le pire imaginaire où l'on puisse s'enfermer, c'est une sorte de maladie mentale collective."
Vous juxtaposez par ailleurs le "misérabilisme religieux" et le "misérabilisme psychanalytique".
"La psychanalyse est une déclinaison du misérabilisme judéo-chrétien. Freud - qui était pourtant juif, et qui ne croyait normalement pas au péché originel - s'est comporté en bon catholique viennois en substituant à ce mythe une sorte de maladie mentale génétique avec laquelle nous naîtrions tous parce que nous sommes l'enfant de nos parents, que nous avons un OEdipe, des traumatismes, etc. Au lieu de nous donner un espoir pour changer le monde, la psychanalyse freudienne tente de nous adapter au monde tel qu'il est en nous faisant tourner la cuillère
dans tous nos miasmes, dans cette sorte de musée des horreurs que serait notre inconscient. On n'est pas obligé d'être aussi misérabiliste."
Tout en affichant votre athéisme, vous manifestez une sorte de nostalgie du polythéisme...
"Les polythéismes étaient des sécrétions imaginaires aussi farfelues que les monothéismes, mais ils avaient le mérite de la diversité culturelle et biologique. Le monothéisme est une dictature: Dieu connaît nos gestes et nos pensées les plus intimes, il nie la nature qu'il a créée et nous invite à mépriser notre corps. Les polythéismes étaient beaucoup plus tolérants, ils célébraient la nature, ils avaient une diversité de pensée. Chez les Grecs, il y a la victoire de l'homme sur les dieux (avec Prométhée) tandis que dans les monothéismes, il y a la victoire définitive de Dieu sur les hommes."
Vous vous définissez donc comme un matérialiste, pas au sens consumériste ou capitaliste du terme, mais au sens philosophique. Vous dites qu'il nous faut forger une nouvelle alliance avec la nature...
"À partir du moment où je ne suis plus déiste, je suis forcément matérialiste. Il n'y a pas de troisième choix! Je suis fait de matière et d'énergie, exactement comme un oiseau, comme une roche. Je suis un enfant de cette terre, fait des mêmes matériaux. Si je suis matérialiste, c'est de façon naturaliste et très spinoziste: dans cette nature, je jouis d'un niveau de conscience plus élevé que la roche et l'arbre et, à partir de ce moment-là, je sais que j'ai une aventure extraordinaire qui s'offre à moi et que je dois assumer."
Est-ce pour cela que vous rejetez même le bouddhisme, qui n'est pourtant pas une religion?
"Je déteste le bouddhisme autant que le monothéisme, parce que le bouddhisme est un refus de la vie. Il te dit: pour ne pas souffrir, ne vis pas, échappe-toi dans une incorporalité à travers le yoga et la méditation, pour mourir avant d'être mort, et là tu vas être heureux! Je n'accepte pas cette logique. De toute façon, un jour je vais être mort, alors pendant que je vis, je veux vraiment explorer cette vie. C'est une aventure qui nous est offerte une seule fois."
Cette philosophie propose pourtant un idéal de sagesse...
"La sagesse comme aventure personnelle. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la sagesse collective. À quoi me sert d'être un sage qui écrit des livres et qui vit dans sa caverne, qui échappe à toutes les horreurs collectives et qui n'est sage que pour lui-même? Nous avons une obligation de nous engager pour que cette sagesse devienne une maturité collective. Actuellement, nous sommes dans une situation très dangereuse parce que nous avons une humanité qui a un pouvoir technoscientifique de plus en plus énorme, tandis que la maturité de son cerveau n'a pas beaucoup évolué de l'homme de Cro-Magnon jusqu'à George W. Bush. Nous devons augmenter notre niveau d'éducation, de maturité psychique, de maîtrise de notre comportement, de nos idées, de nos émotions..."
Vous dites en effet - c'est la thèse à la base de votre livre - qu'il faut prendre rien de moins que la relève des dieux...
"Comme êtres humains, nous devons assumer le rôle que nous déléguions autrefois si pieusement à Dieu. Nous ne pouvons plus simplement être les exécutants, nous devons nous-mêmes décider où s'en va l'espèce humaine. Nous sommes déjà en train de devenir des dieux, mais nous n'avons des dieux que l'éclair de Zeus. Nous n'avons pas fait de progrès par rapport à la psychologie de Zeus, de Vénus ou de Bacchus. Ou bien la nature va se débarrasser de nous parce que nous menaçons dangereusement la planète, ou bien nous allons être capables de muter anthropologiquement, au niveau de notre cerveau, dans le sens d'une amélioration."
À l'humanisme traditionnel, vous opposez ainsi un "hyperhumanisme" qui serait en train de se construire.
"La notion d'hyperhumanisme m'est tout d'abord venue de la notion des hyperliens. Dans la navigation sur Internet, on va de lien en lien. C'est l'idée voulant que nous soyons unis les uns aux autres par des liens que l'on retrouvait déjà chez Confucius et qui est la base de la morale laïque. Il faut remplacer la notion humaniste du salut individuel, religieux, que l'on achète avec la prière et la charité, par un hyperhumanisme basé sur la solidarité des liens. Je ne peux pas être humaniste et m'en vanter lorsque quelqu'un d'autre sur la planète n'a pas d'argent pour soigner sa malaria ou son sida. La notion d'hyperhumanisme revient à dire que nous sommes sur le même bateau, nécessairement solidaires pour assurer le salut de l'espèce humaine."
Comment peut-on, concrètement, parvenir à cet hyperhumanisme?
"Même si ce n'est qu'une action limitée que chacun peut faire, la conscience planétaire altermondialiste d'aujourd'hui me paraît être un rassemblement à travers la distance, les pays, les cultures, de beaucoup de gens qui sont confiants dans leur pouvoir de changer les choses. D'ailleurs, on ne peut être à la fois altermondialiste et pessimiste. Les altermondialistes sont en même temps absolument conscients des horreurs du monde actuel, optimistes et engagés. Je fais partie de ceux-là."
Nous serons des dieux
d'Hervé Fischer
VLB éditeur, collection "Gestations"
2006, 280 p.

Hervé Fischer a dit...

L'entrevue - Faut-il devenir des dieux ?
Une évidence, selon Hervé Fischer

Antoine Robitaille
Édition du lundi 8 mai 2006

Mots clés : Québec (province), Livre, hervé fischer, nous serons des dieux

«Il est stupide de croire en Dieu», écrit assez carrément Hervé Fischer, dans son dernier livre, Nous serons des dieux (VLB), qu'il présente comme un «petit traité de métaphysique de la vie». Un livre en forme de missile personnel contre toutes les religions, voire transcendances.


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Un instant ! «Dieu est mort», non ? On le sait depuis Nietzsche au moins, sinon avant lui, dans les écrits de l'abbé Meslier et de Julien Offray de La Mettrie (comme le rappelle Fischer lui-même dans son livre). Et en lisant le pamphlet anti-religion de Fischer, une phrase de Chesterton m'est revenue en mémoire : «Ce n'est pas faire preuve de courage que de s'en prendre à des choses séculaires ou désuètes, pas plus que de provoquer sa grand-mère. L'homme réellement courageux est celui qui brave les tyrannies jeunes comme le matin et les superstitions fraîches comme les premières fleurs.»

Alors, manque-t-il de courage, notre artiste-écrivain ? Non. S'en prendre aux religions, à leurs «mythes», n'équivaut plus, dans notre monde, à «provoquer sa grand-mère». Les enquêtes d'opinion, fait-il remarquer, montrent très clairement que plus de 80 % des populations des pays développés croient en une forme de dieu. Et les intégrismes sont en forte croissance. Tout cela révolte Fischer, qui écrit : «Relevez la tête, foules en adoration devant des dieux inexistants ! Cessez de vous agenouiller devant vos propres peurs, de flagorner vos propres chimères, comme des courtisans d'illusions. C'est vous seuls que vous frappez en battant votre coulpe !»

Hervé Fischer prétend pratiquer la «mythanalyse» une «méthode» de sa création visant à déconstruire les mythes et à s'en affranchir. Et dans ce dernier livre, qui n'a rien de facile, il raconte ce qu'il présente comme une «guérison personnelle», ouvrant la porte sur son récit personnel. «Disons que, jusqu'à présent, j'avais évité de m'impliquer personnellement dans mes livres. Mais toute théorie, toute philosophie est aussi un récit, un roman familial, a-t-on pu dire.» Né en France en pleine guerre, en 1941, Fischer lève le voile, dans Nous serons des dieux, sur son drame familial; il raconte les névroses dans lesquelles a baigné son enfance, il parle des souffrances de sa mère. Ce qui n'est pas sans lien avec sa dénonciation des religions par lesquelles, estime-t-il, «les hommes se sont mis à croire que la souffrance était une épreuve nécessaire pour qu'ils soient sauvés».

Et le continent de ses origines ? «L'Europe transpire la souffrance comme des murs humides le salpêtre, et il me semble qu'elle s'y délecte à son insu», écrit-il. Ayant déménagé en Amérique du nord, au Québec, il y a quelque 30 ans, il prend aisément ses distances envers les deux continents : «Sur une rive, une accumulation harcelante d'empêchements d'être, sur l'autre, une accumulation optimiste d'avoirs.»

L'homme debout

Il y a le couple Europe et Amérique. Mais l'Occident a deux pôles plus anciens encore, Athènes et Jérusalem. «L'homme debout», d'un côté, est grec et fait face aux dieux, qui se fie à son expérience, à sa raison, qui philosophe. De l'autre côté, c'est «l'homme à genoux», celui de la chrétienté, celui de la révélation. Facile de prédire quel camp Fischer choisit. «Ça m'a pris 60 ans pour vraiment expliciter pour moi-même cette pensée-là, explique Fischer. C'est clair que ce que je choisis, c'est non pas l'homme qui domine dieu, mais l'homme qui s'assume en tant qu'homme et qui sera lui-même un dieu.»

Choix tranché, qui conduit Fischer à confier une étrange nostalgie pour le polythéisme, «beaucoup plus convivial» à son dire et à proclamer des dénonciations radicales aux allures un peu «soixante-huitardes», à la Raoul Vaneigem : «Je choisis le visage grec. Et je crois que ça a été une catastrophe de civilisation d'avoir donné trop d'importance en Occident au misérabilisme monothéiste.»

Or, dans ses «6000 ans d'existence», affirme-t-il, la civilisation chinoise n'a pas sombré dans cette «erreur monothéiste» : «La civilisation chinoise a remarquablement su s'épargner ce genre de déisme tragique, notamment grâce à Confucius et à Lao-Tseu, en promouvant plutôt l'idée d'une harmonie universelle et d'une morale civile qui devait en réfléchir l'ordre.» Autrement dit, «d'autres visions du monde étaient possibles». Ainsi, pour Fischer, il faut apprendre à «penser notre destinée humaine en dehors de toute transcendance».

L'artificiel est naturel

La question de la technique, de ce que l'homme fabrique, s'impose donc ici.

En anglais, on condamne souvent une ambition technique trop grande avec l'expression «to play god», «se prendre pour Dieu». Fischer dit qu'il y a, sous-jacente à cette expression, une idée à jeter aux orties. Une distinction entre le naturel et l'artificiel, aussi, dont il faut se débarrasser. Il n'y a pas, d'un côté, la nature, créée par dieu, et, de l'autre, l'univers technique, création de l'humain. Pourquoi dit-on que les BPC sont de l'ordre de l'artificiel, alors que le miel des abeilles est «naturel» ? C'est, dans les deux cas, des produits... d'animaux. «Au fond, ce que je dis, c'est que la technoscience fait partie de la nature. Le silicium est aussi un élément de la nature extrêmement répandu. Il n'est donc pas artificiel par rapport au carbone, par exemple.»

Fischer rejette les critiques de la technique comme celle d'Heidegger, selon qui elle est une sorte de filtre déformant entre nous et le monde. On pourrait croire que sa technophilie le conduit à une position «posthumaniste», cette idéologie nouvelle qui souhaite que l'être humain se fasse muter : d'homo sapiens, il deviendrait alors «techno sapiens», «robo sapiens», «cyborg» ou quoi encore. Chose certaine, un être plus fort, plus intelligent, à l'espérance de vie quasi illimitée, qui opte pour la forme même qu'il souhaite prendre. Fischer, «posthumaniste» ? La question vaut la peine d'être posée : après tout, en pleine euphorie des premières années d'Internet, Fischer, alors président du Marché international du multimédia (MIM), écrivait dans La Presse que la plupart d'entre nous, devant la révolution numérique, demeuraient malheureusement «fixés sur notre tradition humaniste». Dans Libération, début 2000, il se faisait apôtre du «zapping», qui inaugurait selon lui «une nouvelle structure mentale du siècle à venir».

Mais non, donnant parfois l'impression de brûler ce qu'il a adoré, Fischer rejette le posthumanisme avec une violence extrême. Il parle de ces «fabulations, aussi naïves que vertigineuses», de «pensées barbares». Usant d'un autre concept (qu'il multiplie dans son livre), il déclare que nous devrions aspirer plutôt à devenir des «hyperhumains». Nous sommes de la matière, comme le reste du monde. Mais nous sommes la nature rendue consciente d'elle-même. Notre apport, notre «valeur ajoutée», peut être noble : «Il y a quelque chose que nous ne retrouvons pas dans la nature, c'est l'idée de justice. La nature est fondamentalement indifférente à la justice, à l'équité, à la compassion, à cette valeur que nous avons développée, que nous devrions développer, nous, en tant qu'espèce humaine», dit Fischer.

Être hyperhumain, ce serait réaliser l'idée de justice, alors que le posthumain, ce surhumain, serait foncièrement antidémocratique. «Nous ne sommes pas encore des dieux, mais, comme dieu n'existe pas, il va bien falloir que nous assumions la place», conclut Fischer.

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Nous serons des dieux, VLB, collection Gestations, 2006, 280 pages.