tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

mardi, août 06, 2019

Le prix Chimère d'argent remis à Orazio Maria Valastro


Prix international Chimère d'Argent au sociologue Orazio Maria Valastro
Aux Ateliers de l'imaginaire autobiographique, le projet d'animation sociale et culturelle crée et dirigé par le sociologue Orazio Maria Valastro, a été remis le prestigieux prix international Chimère d'Argent 2019.
L'Académie d'Art Étrusque, en collaboration avec la présidence du conseil municipal de la ville de Catane, a décerné les prix de la dix-neuvième édition le 12 juillet dans la salle du Conseil du Palais des Éléphants.
Après les salutations de Salvo Pogliese, maire de Catane, Giuseppe Castiglione, président du conseil municipal, et Carmen Arena, présidente de l'Académie d'Arts Étrusque, ont été remis les renommés prix. Giuseppe Adernò, doyen et journaliste, a introduit la remise des prix. Marraine de l'événement Barbara Mirabella, assesseur à l'éducation et à l'égalité des chances de la municipalité de Catane. Anastasia Di Stefano a dirigé la cérémonie sous la coordination technique d'Anna Maria Mio.
Parmi les lauréats dans la section associations le sociologue Orazio Maria Valastro, président de l’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche », pour avoir conjugué engagement civil et bénévole en donnant vie aux Ateliers de l’imaginaire autobiographique qui tendent à évoquer la mémoire et l’imaginaire sicilien tout en valorisant le patrimoine culturel immatériel.
Un extrait de l'intervention du sociologue Orazio Maria Valastro lors de la remise du prix : « Ce prix, et votre attention, nous encouragent à poursuivre nos activités pour concrétiser le rêve et les valeurs à l'origine de notre engagement. La chimère, symbole de force et de créativité, est cette figure mythique qui rend possible la rencontre des contraires, et je redécouvre ici la valeur d’un chemin pédagogique, comparée aux contrastes qui nous divisent, dans la possibilité de créer des espaces de rencontre entretenant la capacité de faire preuve de compréhension et relation. De plus, l'argent, symbole alchimique de sagesse intérieure et conscience, étaye l'image de l'alchimiste des mots, car c'est à travers les mots justes qu'il est possible d’élaborer une pensée sensible qui donne un sens à l'expérience vive des femmes et des hommes, pour l'accueillir et reconnaître les valeurs bénéfiques pour les relations humaines et notre humanité ».
L’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche »
Fondée en 2005 par le Sociologue Orazio Maria Valastro, inscrite au registre général des organisations de volontariat de la région sicilienne dans la section socioculturelle-éducative.
Le partage d'une pédagogie de la mémoire et de l'imaginaire, et d'une éthique de l'écoute sensible de soi et de l'autre, constituent les valeurs fondatrices de l’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche ». Les Ateliers de l'imaginaire autobiographique sont structurés en différentes activités éducatives complémentaires : les éditions annuelles des ateliers d'écriture autobiographique et biographique ; les rencontres thématiques de lectures autobiographiques consacrées à l'écoute sensible de soi et des autres ; conférences, séminaires d'études et formation.
Thrinakìa, le prix international d'écritures autobiographiques, biographiques et poétiques, dédiées à la Sicile, désormais à sa cinquième édition, présente cinq sections. 1) Autobiographies : le récit d'une vie vécue en Sicile. 2) Récits autobiographiques : le récit d'une expérience de vie significative vécue en Sicile. 3) Journaux de voyage : la narration d'une expérience de voyage en Sicile. 4) Biographies : le récit de l'histoire de vie d'une personne ayant vécu en Sicile. 5) Poésies : une composition en vers ayant pour titre «L'Île», dédiée à Thrinakìa.
Enfin, à partir des activités de l’Organisation de Volontariat « Les Étoiles dans la poche » sont nées les Archives de la mémoire et de l’imaginaire sicilien, ayant pour vocation devenir des archives vivantes, le cœur d'un patrimoine culturel immatériel associé au réseau européen de collections d’archives et de journaux intimes EDAC - European Diary Archives and Collection.
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Premio internazionale Chimera d’Argento al Sociologo Orazio Maria Valastro
Gli Ateliers dell’immaginario autobiografico, il progetto di animazione sociale e culturale creato e diretto dal sociologo Orazio Maria Valastro, hanno ricevuto il prestigioso riconoscimento del Premio Internazionale Chimera d’Argento 2019.
L’Accademia d’Arte Etrusca, in collaborazione con la Presidenza del Consiglio Comunale della Città di Catania, ha assegnato i riconoscimenti della XIX edizione del premio venerdì 12 luglio, presso l’Aula Consiliare del Palazzo degli Elefanti in Piazza Duomo.
Dopo i saluti del dott. Salvo Pogliese, Sindaco di Catania, del dott. Giuseppe Castiglione, Presidente del Consiglio Comunale, e di Carmen Arena, Presidente dell’Accademia d’Arte Etrusca, sono stati assegnati i prestigiosi riconoscimenti. Ha introdotto la premiazione il prof. Giuseppe Adernò, preside e giornalista. Madrina della manifestazione la dott.ssa Barbara Mirabella, Assessore alla Pubblica Istruzione e alle Pari Opportunità del Comune di Catania. La cerimonia è stata condotta dalla dott.ssa Anastasia Di Stefano, con il coordinamento tecnico della dott.ssa Anna Maria Mio.
Tra i premiati il sociologo Orazio Maria Valastro, presidente dell’OdV Le Stelle in Tasca, nella sezione associazioni, per aver coniugato impegno civile e volontariato dando vita agli Ateliers dell’immaginario autobiografico che tendono al recupero della memoria e dell’immaginario siciliano, valorizzando il patrimonio culturale immateriale.
«Questo premio e la vostra attenzione ci incoraggiano a proseguire le nostre attività per rendere concreti il sogno e i valori che sono all'origine del nostro impegno. La chimera simbolo di forza e creatività, è quella figura mitica che rende possibile l’incontro degli opposti, e qui ritrovo la valenza di un percorso pedagogico che rispetto alla contrapposizione che divide e ci divide, possa invece creare degli spazi d’incontro che alimentino la capacità di dimostrare comprensione e relazione. L’argento, inoltre, simbolo alchemico della saggezza interiore e della consapevolezza, enfatizza l’immagine dell’alchimista della parola, perché è attraverso le parole giuste che è possibile elaborare un pensiero sensibile che dia senso all’esperienza viva delle donne e degli uomini, per accoglierla e riconoscere quei valori che sono benefici alle relazioni umane e alla nostra stessa umanità» (Orazio Maria Valastro).
L'Organizzazione di Volontariato Le Stelle in Tasca
L’OdV Le Stelle in Tasca è stata fondata nel 2005 ed è iscritta nel Registro generale OdV della Regione Siciliana nella sezione socio culturale educativa.
La condivisione di una pedagogia della memoria e dell’immaginario, e un’etica dell’ascolto sensibile di sé e dell’altro, costituiscono i valori fondativi dell’OdV Le Stelle in Tasca. Gli Ateliers dell’immaginario autobiografico sono strutturati in differenti attività educative complementari: le edizioni annuali dei laboratori di scrittura autobiografica e biografica; gli incontri tematici di letture autobiografiche dedicate all’ascolto sensibile di sé e dell’altro; convegni, seminari di studio e formazione.
Thrinakìa, il nostro premio internazionale di scritture autobiografiche, biografiche e poetiche dedicate alla Sicilia, giunto alla quinta edizione, è articolato in cinque sezioni: 1) Autobiografie – la narrazione della propria vita trascorsa in Sicilia; 2) Racconti autobiografici – il racconto di un’esperienza significativa di vita vissuta in Sicilia; 3) Diari di viaggio – la narrazione di un’esperienza di viaggio in Sicilia; 4) Biografie – il racconto della storia di vita di una persona vissuta in Sicilia; 5) Poesie – un componimento in versi dal titolo “L’Isola”, dedicato a Thrinakìa.
Dalle attività dell’OdV Le Stelle in Tasca è infine nato l’Archivio della memoria e dell’immaginario siciliano, con la vocazione di diventare un archivio vivente, cuore pulsante del nostro patrimonio culturale immateriale, associato alla rete europea di archivi e collezioni di diari EDAC – European Diary Archives and Collection.

"intelligence collective augmentée"


lundi, août 05, 2019

L'importance des explorations mytyhanalytiques d'Orazio Maria Valastro

Qui est Orazio Maria Valastro ?



Sociologue, chercheur indépendant, formateur et consultant en autobiographie, spécialisé dans l'imaginaire de l'écriture autobiographique, il est né à Catane en 1962, où il réside actuellement, après avoir vécu en France pendant plusieurs années. Il a étudié la sociologie en France, a obtenu son diplôme de maîtrise à la Sorbonne, à l'Université Paris Descartes, et son doctorat de recherche à l'Université Paul Valéry. Il s'est perfectionné en Théorie et analyse qualitative dans la recherche sociale, à l’Université La Sapienza de Rome. Il a fondé et dirige en qualité de directeur scientifique M@GM@ Revue internationale en Sciences Humaines et Sociales, et les Cahiers de M@GM@ édités par Aracne de Rome. Dirige les Ateliers de l'Imaginaire Autobiographique de l'Organisation de Volontariat Les Étoiles dans la poche, et il a crée Thrinakìa, le prix international d'écritures autobiographiques, biographiques et poétiques, dédiées à la Sicile. Affilié à la Société Internationale de Mythanalyse (Montréal, Québec-Canada), ses recherches portent principalement sur la pratique contemporaine de l'écriture autobiographique, sur l'imaginaire dans l'écriture de soi, et l'imaginaire de la mémoire collective et des patrimoines culturels immatériels, étudiés comme expression privilégiée pour comprendre les relations humaines et la société.
Vous pouvez le joindre à: presidente@analisiqualitativa.com


Orazio Maria Valastro vient de publier les Actes du colloque Mythanalyse de l'insularité qu'il avait organisé en mai, 2018 à Catane, Sicile: 

Le sommaire et les articles sont en ligne dans la version électronique de la revue au lien suivant.

Je lui adresse mes félicitations et sincères remerciements.

dimanche, juillet 28, 2019

Hygiène de la philosophie










https://artphilosophique.blogspot.com/2019/07/pour-une-table-rase-philosophique.html

mercredi, juillet 17, 2019

Pour une table rase philosophique


Il est difficile de prétendre ignorer l'histoire et les grands textes de la philosophie pour s'y engager à son tour comme sur un terrain à défricher. Je n'aurais pas cette naïveté. Mais j'ai fait aussi l'expérience assidue de centaines de lectures considérées comme majeures parmi lesquelles tout nouveau philosophe se trouve inéluctablement appelé à choisir les fondements de sa propre voie. La pression est si grande qu'elle semble naturelle. Et de fait, chacun se constitue un panier de quelques idées fondamentales, marxistes, structuralistes, phénoménologiques ou autres, comme des pierres qu'il mêle au mur de base de sa propre construction, s'il y prétend. 
J'ai moi-même ainsi retenu des lectures choisies de Confucius, Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche, Sartre dont le granit m'a semblé consistant. 
Mais force est aussi de constater que ce patchwork philosophique avec lequel on s'arrange pour concevoir une tourelle, un couloir, un étage, quelques salles où se sentir en bon accord, ne permettent pas d'échapper au malaise philosophique. Ce sont des arrangements dont on se réclame, non sans un certain plaisir de lucidité, mais en gardant pleinement conscience du non aboutissement de l'élan de liberté de penser qui nous habite. Tous ces charabias subtils, ces jeux de langage érudits, dans lesquels se perdre comme dans des sables mouvants, qui ont souvent constitué les systèmes sophistiqués de pièges de ces grands philosophes, ont certes généré de savantes thèses, des vocations et des carrières universitaires. Ils ont été aussi des enjeux de pouvoir institutionnels et éditoriaux, auxquels les esprits libres ont rarement eu la force de résister. Je me suis senti bien seul à Normale Sup pour rejeter les terrorismes d'Althusser, Derrida, Lacan, le pouvoir des structuralistes et des linguistes qui m'auraient les uns comme les autres castré. Et cela m'a valu d'être mis à la porte de cette grande institution, dont Jean Giraudoux écrivit un jour: "Si l'École Normale Supérieure est une des rares écoles de l'État dont les élèves soient en civil, elle passe cependant pour leur donner un uniforme à vie, qui est l'esprit normalien."*
Claude Monet rêvait de pouvoir fermer les yeux sur le réel,  pour les réouvrir innocemment, dans un état premier, libéré de toute habitude visuelle et pression culturelle, et ainsi retrouver une vision originelle de la nature.
Je n'éprouve pas d'autre désir que lui du point de vue philosophique. Toute idée de réunir à ma manière les idées connues auxquelles j'adhère le moins mal,  pour ajouter mes propres éléments de maçonnerie, me semble médiocre, comme un pis-aller, sans conviction profonde. 
Et de même que j'ai ressenti au début des années 1970 la nécessité d'une "hygiène de l'art"  qui s'est traduite par "la déchirure des oeuvres d'art" pour instaurer ma propre liberté de pensée et de création, de même, aujourd'hui, j'éprouve la nécessité de refonder ma liberté philosophique, libre des idées qui mont précédé, pour penser notre rapport au monde sur de nouvelles bases, qui me semblent n'avoir jamais été considérées avec détermination par mes prédécesseurs. 
Repoussant toute approche idéaliste, matérialiste, structuraliste ou autre, je choisis mes pierres de fondation, que j'appelle mes postulats d'évidence personnelle:

Tout ce qui est réel est fabulatrice. Tout ce qui est fabulatoire est réel.
Le monde n'est pas une représentation, mais une fabulation.
La gestation de cette fabulation est biologique.
Je ne peux cependant nier la réalité du monde dans lequel je suis immergé: la souffrance et l'éthique planétaire m'obligent à en constater la dure réalité et à m'y engager, non pas comme un rêveur, mais comme un homme d'action. 

Je ne dis pas que je ne retrouve pas sur mon chemin des idées de Confucius, de Spinoza, de Schopenhauer, de Nietzsche, qui m'ont séduit par le passé, mais ce sont des rencontres transversales qui me rassurent. Je ne marche pas dans leurs pas. Eux-mêmes n'ont-ils pas été des philosophes conscients de leur lucidité? 
Comment oser philosopher sans cette liberté, aussi naïve puisse-t-elle être, aussi illusoire que le voeu de Monet, ou que ma déclaration d'hygiène de l'art de 1971, mais qui me permit d'avancer dans ma propre création?
C'est bien ainsi que j'ai été capable de prétendre peu à peu, depuis 50 ans maintenant, avec trop de timidité intellectuelle face à l'indifférence ou au rejet des institutions universitaires et éditoriales, je me le reproche aujourd'hui, que la mythanalyse serait mon chemin, aussi naïf qu'il ait pu paraître aux autres et évident à moi-même.
Le temps est donc venu, avec l'âge, de parachever cet édifice lentement construit et d'en charpenter la toiture. Après la publication de L'Âge de l'humanisme, qui va en exposer la morale planétaire - son engagement le plus important - je dois donc m'y consacrer le plus obstinément, c'est à dire avec mon énergie la plus résolue.

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* Jean Giraudoux, Oeuvres littéraires diverses, Grasset, 1958, p.537.

Pour une table rase philosophique

Il est difficile de prétendre ignorer l'histoire et les grands textes de la philosophie pour s'y engager à son tour comme sur un terrain à défricher. Je n'aurais pas cette naïveté. Mais j'ai fait aussi l'expérience assidue de centaines de lectures considérées comme majeures parmi lesquelles tout nouveau philosophe se trouve inéluctablement appelé à choisir les fondements de sa propre voie. La pression est si grande qu'elle semble naturelle. Et de fait, chacun se constitue un panier de quelques idées fondamentales, marxistes, structuralistes, phénoménologiques ou autres, comme des pierres qu'il mêle au mur de base de sa propre construction, s'il y prétend. 
J'ai moi-même ainsi retenu des lectures choisies de Confucius, Spinoza, Schopenhauer, Nietzsche, Sartre dont le granit m'a semblé consistant. 
Mais force est aussi de constater que ce patchwork philosophique avec lequel on s'arrange pour concevoir une tourelle, un couloir, un étage, quelques salles où se sentir en bon accord, ne permettent pas d'échapper au malaise philosophique. Ce sont des arrangements dont on se réclame, non sans un certain plaisir de lucidité, mais en gardant pleinement conscience du non aboutissement de l'élan de liberté de penser qui nous habite. Tous ces charabias subtils, ces jeux de langage érudits, dans lesquels se perdre comme dans des sables mouvants, qui ont souvent constitué les systèmes sophistiqués de pièges de ces grands philosophes, ont certes généré de savantes thèses, des vocations et des carrières universitaires. Ils ont été aussi des enjeux de pouvoir institutionnels et éditoriaux, auxquels les esprits libres ont rarement eu la force de résister. Je me suis senti bien seul à Normale Sup pour rejeter les terrorismes d'Althusser, Derrida, Lacan, le pouvoir des structuralistes et des linguistes qui m'auraient les uns comme les autres castré. Et cela m'a valu d'être mis à la porte de cette grande institution, dont Jean Giraudoux écrivit un jour: "Si l'École Normale Supérieure est une des rares écoles de l'État dont les élèves soient en civil, elle passe cependant pour leur donner un uniforme à vie, qui est l'esprit normalien."*
Claude Monet rêvait de pouvoir fermer les yeux sur le réel,  pour les réouvrir innocemment, dans un état premier, libéré de toute habitude visuelle et pression culturelle, et ainsi retrouver une vision originelle de la nature.
Je n'éprouve pas d'autre désir que lui du point de vue philosophique. Toute idée de réunir à ma manière les idées connues auxquelles j'adhère le moins mal,  pour ajouter mes propres éléments de maçonnerie, me semble médiocre, comme un pis-aller, sans conviction profonde. 
Et de même que j'ai ressenti au début des années 1970 la nécessité d'une "hygiène de l'art"  qui s'est traduite par "la déchirure des oeuvres d'art" pour instaurer ma propre liberté de pensée et de création, de même, aujourd'hui, j'éprouve la nécessité de refonder ma liberté philosophique, libre des idées qui mont précédé, pour penser notre rapport au monde sur de nouvelles bases, qui me semblent n'avoir jamais été considérées avec détermination par mes prédécesseurs. 
Repoussant toute approche idéaliste, matérialiste, structuraliste ou autre, je choisis mes pierres de fondation, que j'appelle mes postulats d'évidence personnelle:

Tout ce qui est réel est fabulatrice. Tout ce qui est fabulatoire est réel.
Le monde n'est pas une représentation, mais une fabulation.
La gestation de cette fabulation est biologique.
Je ne peux cependant nier la réalité du monde dans lequel je suis immergé: la souffrance et l'éthique planétaire m'obligent à en constater la dure réalité et à m'y engager, non pas comme un rêveur, mais comme un homme d'action. 

Je ne dis pas que je ne retrouve pas sur mon chemin des idées de Confucius, de Spinoza, de Schopenhauer, de Nietzsche, qui m'ont séduit par le passé, mais ce sont des rencontres transversales qui me rassurent. Je ne marche pas dans leurs pas. Eux-mêmes n'ont-ils pas été des philosophes conscients de leur lucidité? 
Comment oser philosopher sans cette liberté, aussi naïve puisse-t-elle être, aussi illusoire que le voeu de Monet, ou que ma déclaration d'hygiène de l'art de 1971, mais qui me permit d'avancer dans ma propre création?
C'est bien ainsi que j'ai été capable de prétendre peu à peu, depuis 50 ans maintenant, avec trop de timidité intellectuelle face à l'indifférence ou au rejet des institutions universitaires et éditoriales, je me le reproche aujourd'hui, que la mythanalyse serait mon chemin, aussi naïf qu'il ait pu paraître aux autres et évident à moi-même.
Le temps est donc venu, avec l'âge, de parachever cet édifice lentement construit et d'en charpenter la toiture. Après la publication de L'Âge de l'humanisme, qui va en exposer la morale planétaire - son engagement le plus important - je dois donc m'y consacrer le plus obstinément, c'est à dire avec mon énergie la plus résolue.

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* Jean Giraudoux, Oeuvres littéraires diverses, Grasset, 1958, p.537.

mardi, juin 04, 2019

Le langage est fabulatoire - diversité des langues et des cultures



Même si les dictionnaires de langues étrangères nous rendent la vie plus facile, force est d'admettre que les mêmes mots dans les différentes langues, même s'il désignent les mêmes objets, les mêmes jours de la semaine, les mêmes animaux, ne renvoient pas aux mêmes idées, aux mêmes actions, aux mêmes imaginaires. D'ailleurs, ce ne sont pas les mêmes mots. Leur prononciation varie grandement d'une culture à une autre, leur étymologie fait image diversement. Et cela est vrai non seulement pour la diversité des langues et des cultures, mais aussi, comme la phénoménologie le montre, pour la diversité des individus. 
Pourquoi? Parce que notre rapport au monde est toujours imaginaire, ou, comme j'aime le dire en mythanalyse, fabulatoire. Le langage parle de nous autant que du monde que nous disons extérieur, et qui ne l'est pas vraiment. 

lundi, juin 03, 2019

Et pourquoi pas la pensée post-planétaire, tant qu'à oser conceptualiser!

La pensée post-planétaire






Tandis que la préhistoire hante de plus en plus notre culture actuelle,* on nous parle aussi beaucoup ces temps-ci de trans- et de posthumanisme, de post-histoire, de post-rationalisme, de post-vérité, de post-démocratie... et en effet la science-fiction nous accoutume à cet environnement cinématographique. Nous envoyons des sondes spatiales vers les autres planètes du système solaire,  nous préparons très concrètement des expéditions sur Mars. Nous découvrons des exo-planètes. Alors pourquoi pas voir émerger aussi une pensée post-planétaire. Et pourquoi pas, tant qu'à faire, une pensée exo-planétaire. 
Mais, ce qui nous fait encore le plus défaut, c'est manifestement de penser ce que deviendra la planète Terre lorsque nous serons tous devenus (au moins les riches nantis) des transhumains et des post humains. Quelle sera la relation que développeront ces anthropoïdes d'un nouveau genre avec la vieille nature naturelle, avec les animaux, les végétaux de notre planète, puis avec les minéraux des autres planètes sans vie. 
Sur Terre, sans doute, à supposer que notre planète survive aux entreprises humaines, n'y-aura-t-il alors plus d'oiseaux, ni de fleurs pour poser des questions métaphysiques aux cyborgs. Le problème sera réglé. D'autant plus qu'il n'y aura plus de pensée humaine. Seulement l'intelligence artificielle, qui saura résoudre toutes ces questions hypothétiques et créer des décors agréables aux circuits électroniques et aux humains quantiques que nous serons devenus. 
Quant aux humanoïdes qui auront migré sur Mars et autres planètes plus attirantes que la Terre, ils auront assurément fort à faire pour ne pas tomber en panne et n'auront de pensée post-planétaire que strictement technologique. 
La Terre est peut-être une vallée de larmes obsolète, mais la pensée post-planétaire risque fort d'être tout simplement cauchemado-pragmatique. Bel avenir post-planétaire en perspective, qui mériterait une pensée philosophique aigüe. La "pensée post-planétaire": un beau titre de livre aux éditions Vrin, librairie philosophie, Paris, qui auront alors déménagé leur siège social de La place de la Sorbonne au Square postsolaire de la Silicon Valley. 


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* Voir l'exposition "Préhistoire: une énigme moderne" au Centre Pompidou, mai-septembre 32019.

vendredi, mai 10, 2019

"L'intelligence collective" n'existe pas.





Les gourous du numérique  vantent à satiété "l'intelligence collective", comme si nous nous branchions sur un nuage intelligent, une sorte d'atmosphère entourant la Terre où s'hybrideraient nos réseaux neuronaux et les réseaux numériques. Ils sont nombreux, ces hyper-intelligents à décliner cette bêtise.   
Je ne doute pas que la bêtise collective existe. Cependant, au-delà de cette formule ordinaire, quand on parle d’intelligences, le propos est plus ambitieux et exigeant. Le mieux serait d’écrire au pluriel : intelligences partagées ou intelligences connectées.

mardi, mai 07, 2019

Stanislas Dehaene: la plasticité du cerveau

Stanislas Dehaene, Apprendre, éd. Odile Jacob, 2018.

Stanislas Dehaene étudie ce qu'il appelle "l'encodage" du cerveau.
"Lorsque l'apprentissage se prolonge, l'anatomie même du cerveau finit par s'altérer." (p.1444)
- La plasticité du cerveau diminue avec l'âge et "c'est parce que nos circuits se figent que nous gardons toute notre vie une trace synaptique inconsciente de certains apprentissages précoces." (p.164). 
Il parle négativement d'altérations des circuits synaptiques, alors que ce qui est en jeu, c'est la gestation normale, que ce soit celle des circuits qui s'adaptent en fonction de la vie quotidienne (ce qu'il appelle l'apprentissage du "cerveau statistique") ou  des expériences "sensibles", bonnes ou traumatisantes. Mieux dit: c'est la gestation des circuits synaptiques fabulatoires du nouveau-né, alors qu'il ne peut qu'imaginer sans concept son propre corps et le monde dans lequel il est immergé, en fonction de ses sensations et émotions. 

dimanche, mai 05, 2019

Construire une théorie scientifique est comme écrire un roman


Ecrire un livre est comme écrire un opéra, construire une maison.

dimanche, janvier 13, 2019

Nous pensons avec des images


nous pensons avec des images et des liens familiers

La question n’est pas de savoir si nous pensons avec des mots ou avant les mots (Derrida, Lacan, etc.) Nous croyons penser abstraitement, mais nous pensons avec les métaphores des mots-images tant dans nos démarches pratiques que conceptuelles. La fonctionnalité des alphabets idéographiques, comme le chinois, nous le confirme. Nos fabulations sont générées avant le langage (comme le démontre le stade de l’infans).
Et notre logique, notre syntaxe ont été générées par nos liens familiaux, depuis le stade du carré parental, orchestrés par les structures de notre société d’appartenance (l’autre), qui peut être indivise et tribale, conjugale, de castes, de classes, de masse (ce qui fait varier le carré parental et les mythes qu’il génère).


mercredi, décembre 19, 2018

Le bestiaire de la mythanalyse

BESTIAIRE DE LA MYTHANALYSE


Après le stade fœtal, dès lorsqu’il est accouché et que le monde naît à lui, l’enfant doit affronter le stade du chaos. Pris dans l’entrelacs et la dynamique du carré parental, c’est imaginairement que l’in-fans (celui qui ne parle pas) découvre le monde, le père, cet inconnu, et l’autre (la société et ses rituels). Il ressent d’abord son impuissance et sa soumission qu’il n’oubliera jamais (le stade de la tortue sur le dos). Puis il apprend à distinguer son corps de son univers proche : le stade de l’ourson. Au bout d’un an, il l’explore et apprend à l’objectiver avec des mots : le stade du pingouin, avant de déclarer lors de sa puberté sa singularité en s’opposant au monde : le stade du homard. Au stade du papillon, il fait sa mue  et butine jusqu’à rejoindre l’essaim social du stade adulte. Avec la maturité, dans notre société contemporaine grâce à la multiplication des hyperliens numériques, vient le stade de la conscience augmentée. Ces stades successifs s’inscrivent comme des matrices  fabulatoires dans notre mémoire inconsciente qui changent dramatiquement notre négociation avec le monde au fil des temps de la vie.

BESTIARY OF MYTHANALYSIS

After the foetal stage, as soon he gets born and feels the world appear to him, the child faces the stage of chaos. Twisted in the dynamic of the stage of the parental square, the in-fans (who does not speak) discovers the world solely by imagination, including a new actor, the father, and the other (society and its rituals). His feelings are mainly powerlessness and dependency, which he will never forget (the stage of the turtle on its back). He will later learn to distinguish his body from its close universe: the stage of the teddy bear. After one year, he starts exploring and naming it as objects with words: the stage of the penguin. Puberty calls him to declare his singularity by opposing the world: the stage of the lobster. Then, at the stage of the butterfly, he metamorphoses, flies gathering experiences and joins the swarm of the adult stage. Later, thanks to maturity and in today’s society to the multiplication of digital hyperlinks, emerge the stage of the augmented consciousness. These successive stages of development of our fabulatory faculties settle in matrix layers in our unconscious memory and change dramatically our negotiation with the world along the timeline of our life. 

Un album de dix sérigraphies numérotées à 60 exemplaires, réalisées en 2018 à partir des dix peintures originales (acrylique sur toile). Format 13'x18'. (photos Laurence Honorat)


Le stade foetal

Le stade du chaos
Le stade du carréparental


Le stade de la tortue sur le dos

Le stade de l'ourson

Le stade du pingouin

Le stade du homard

Le stade du papillon

Le stade adulte



Le stade de la conscience augmentée





Autoanalyse mythanalytique



Toute ma vie j'ai cauchemardé, au point de redouter de m'endormir le soir. Je ne me fais aucune illusion: je cauchemarderai jusqu'à ma mort. Et au-delà de ma mort, je cauchemarderai que je suis vivant. Pourquoi?
Il est difficile de suivre Freud dans son vocabulaire de déchiffrage des rêves comme s'il s'agissait de rébus, tout étant selon lui sexuel. Et il y tenait mordicus. Mais ces séquences hétéroclites et brisées, que rêves et cauchemars enchaînent, nous viennent nécessairement de notre mémoire inconsciente, éventuellement réinterprétées, mais souvent aussi assez factuelles pour nous paraître réelles dans notre sommeil. Elles s'enchaîneraient par associations d'idées entre elles et avec des faits de la vie réelle récente ou ancienne.
Freud pensait avoir observé en écoutant ses patients lui raconter leurs rêves, que les effets se présentaient toujours avant leurs apparentes causes dans le déroulement de nos rêves. Il est permis d'en douter, mais la question de la syntaxe qui commande ces suites de séquences demeure incontournable. Et personne ne sait répondre à cette question. Certes, on préfère considérer avec Freud et Lacan une logique qu'une chronologie de l'inconscient: "La valeur de l'inconscient se révèle dès lors avant tout logique." Mais Michel Neyraut souligne plutôt qu'il faut "étendre le champ de l'incertitude" tant ces logiques peuvent varier.* 
Il paraît qu'on fait tantôt des rêves agréables, par exemple érotiques, tantôt des rêves désagréables. Cela tient-il à une mémoire inconsciente plus ou moins heureuse? Dans ce cas, la mienne serait d'un genre épouvantable. Et il est vrai que ma recherche mythanalytique m'est venue de la peur de l'imaginaire, du noir, des voleurs, des frayeurs qui ont marqué mon enfance et dont je cherchais à me libérer. J'ai voulu en percer les ténèbres pour m'en affranchir. J'y suis parvenu pour le jour, mais demeurent les cauchemars qui hantent mes nuits. J'ai observé que je me perds souvent dans des villes que je crois connaître, incapable de retrouver mon chemin, me heurtant sans cesse à toutes sortes d'obstacles improbables, ce qui me semble relever d'une insécurité persistante. Comment en venir à bout aujourd'hui, à 77 ans? Je ne sais. Demeure cet échec. Il met sans doute en jeu une insécurité affective d'enfance, qui a été en effet très intense, profonde parfois comme un abîme. De cela je me souviens encore très bien et très douloureusement. Tant par rapport à ma mère qu'à mon père et surtout par rapport à la nuit. Mais cette insécurité n'était-elle pas ordinaire à cette époque, où les relations intergénérationnelles demeuraient distantes? Pourquoi cela est-il devenu si dramatique pour moi? Pourquoi dois-je sans cesse encore lutter contre d'incessantes angoisses? Est-ce un héritage génétique des mes deux parents qui avaient connu de grands malheurs et qui étaient, comme je le demeure, maladivement angoissés?
Toute auto-analyse est difficile. Mais il est probable que ce que je n'ai jamais surmonté ce que j'appelle le stade du chaos. Peut-être parce que nous étions à Paris en 1941, en pleine guerre, et à cause des drames familiaux qui avaient précédé ma naissance et créé tant de morbidité autour de moi ? Tous mes souvenirs me disent que je me suis toujours senti seul, abandonné à moi-même, dans un environnement chaotique, jusqu'au delà de la puberté, jusqu'au moment de mon premier amour. Donc terriblement longtemps. Mais je croyais cette situation normale, quasi banale et il n'y avait là, de fait, rien de si exceptionnel qui puisse expliquer que je passe encore mes nuits à cauchemarder dans la vieillesse. 
Le développement des stades successifs d'émergence et de transformation de nos facultés fabulatoires évoque un parcours du combattant. Mais il semble que chaque nouveau stade ne contribue pas à surmonter le ou les stades précédents. Il y aurait plutôt dans notre mémoire inconsciente une accumulation des ces modes fabulatoires, comme des couches sédimentaires qui s'ajoutent, de sorte que la nostalgie du stade fœtal demeurerait active à l'âge adulte tout autant que les angoisses du stade du chaos, que les frustrations d'impuissance du stade de la tortue, que la curiosité constructive des stades de l'ourson et du pingouin, que la rébellion du stade du homard, que le travail d'intégration sociale du stade adulte, même et jusqu'au stade de la conscience augmentée qui demeure sourdement travaillé par tous les éléments psychiques des stades accomplis, tout en accédant à plus de recul et de possible sérénité, alors même que le regard enraciné dans la vie se tourne plus paisiblement vers la mort, sans surmonter nécessairement l'anxiété qu'inspire ce compte à rebours  de la vie.
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*Michel Neyraut, Les logiques de l'inconscient, Hachette Littérature, Paris, 1978.

mardi, décembre 18, 2018

Ma vie


Toute ma vie professionnelle s'est construite autour de cette question, qui résumait mes quêtes antérieures, que j'ai formulée à l'âge de 30 ans exactement, en octobre 1971, sur un panneau de signalisation en tôle émaillée: 


ART - AVEZ-VOUS QUELQUE CHSE À DÉCLARER?

Ma question était à la fois sociologique et mythanalytique. Sociologique parce que ce panneau de "douane culturelle" renvoyait à des clivages sociologiques au moment où émergeait en force l'avant-gardisme élitiste que je critiquais. Mythanalytique, parce que le mythe de l'art était alors déjà pour moi le mythe le plus significatif de notre rapport au monde du point de vue de la création et de l'interprétation que nous en construisons. 
Depuis, j'ai travaillé à construire une théorie et une pratique de l'art sociologique qui sont devenues aussi une pratique mythanalytique, comme en témoignent mes innombrables performances sociologiques successives dans divers groupes sociaux, grâce aux quelles j'ai pu maîtriser ma névrose d'enfant et sur la base des quelles j'ai pu construire la théorie de la mythanalyse que je propose de plus en plus publiquement. 
Je n'avais pas en tête un projet aussi clair que le compte rendu que j'en formule aujourd'hui. J'étais plutôt confronté à mes incertitudes, ma solitude, mes angoisses existentielles et je progressais sans en avoir vraiment conscience. Je ne savais pas bien comment assumer cette double activité théorique et pratique, que ni le milieu artistique, ni le milieu intellectuel, encore moins universitaire, n'étaient disposés à reconnaître. C'était par moment  - à de nombreuses et longues reprises, décourageant; parfois un petit signal de reconnaissance me relançait dans mon activisme incessant. J'ai essayé dans les années 1980-90 d'en faire mon deuil, en vain. J'y ai finalement consacré ma vie. 
Mais avec le recul du temps, aujourd'hui, à 77 ans, 47 ans plus tard, je prends pleinement conscience de l'unité de cette démarche. L'art sociologique a été ma pratique artistique, mais aussi mon analyse mythanalytique. Et la théorie de la mythanalyse que j'ai ainsi construite, était donc inséparable de ma démarche artistique. L'une a été la base de l'autre et réciproquement. J'ai passé ma vie à répondre à ma question originelle sur l'art : ces quelques mots sur tôle émaillée!
Cette question inscrite sur ce panneau de signalisation routière a donc été la plus fondamentale, la plus importante, la plus persistante de ma vie. Elle embrassait toutes les autres. Elle exigeait réponse. Il est étonnant pour moi de découvrir si tardivement qu'elle résumait ma question existentielle individuelle, sociale, théorique et pratique. Elle a commandé toutes mes questions secondaires. Elle a commandé ma vie. 
Bien sûr, il est impensable que j'y réponde pleinement. Mais je sais qu'elle a constitué l'unité de ma vie, de ma démarche artistique et théorique, l'une appelant l'autre, nourrissant l'autre et réciproquement. Au moins, cela est-il aujourd'hui devenu clair pour moi.
Et j'ai même eu le bonheur d'y fonder mon exigence éthique dans l'utopie de l'hyperhumanisme et de l'éthique planétaire qui en résulte. J'ai donc le sentiment d'avoir complété l'édifice. Mon essai sur l'hyper humanisme est aujourd'hui écrit et attend une réponse d'éditeur. 
Reste à aboutir dans la rédaction de ma théorie de la mythanalyse. Ce travail commencé lui aussi dans les années 1970 est très avancé, mais il progresse encore chaque jour et je ne sais pas le temps qu'il me faudra encore pour le juger suffisamment abouti et le soumette à un éditeur. Cela fera sans doute alors quelque cinquante ans que j'y réfléchis et que je le rédige selon diverses séquences. Je veux juste espérer que je pourrai vivre encore suffisamment d'années pour le compléter.

dimanche, décembre 16, 2018

Mythanalyse et sexualité freudienne




Freud a considéré que le moteur de l'inconscient est la sexualité. Adler a préféré attribuer ce rôle central à l'agressivité, Jung aux archétypes et René Girard à la violence (encore que Girard ne se positionne autrement, pas tant en psychanalyste que d'une certaine manière en mythanalyste.
De Freud nous retenons aussi qu'il a distingué des stades dans le développement de la sexualité: le stade de la sexualité orale, puis le stade oral tardif, le stade sadique-anal, le stade du complexe d'Oedipe, la période de latence, la puberté auto-érotisante, etc.
La mythanalyse, telle que je l'ai développée, a retenu ces séquences de stades, que j'ai empruntés à Piaget, mais certainement aussi à Freud. Cependant, le moteur que j'ai mis en scène n'est aucun de ceux choisis par les analystes que j'évoquais précédemment. La mythanalyse ne repose pas sur le développement de la sexualité, ni des pulsions d'agressivité ou de violence, mais sur notre rapport fabulatoire au monde, qui évolue selon notre développement biologique.
Ce développement inclue évidemment des pulsions sexuelles, agressives, des stades d'impuissance, de latence, de rébellion, d'intégration au corps social, de violence, etc. Mais aucun de ces moteurs ne prend durablement le dessus, aucun n'a de pouvoir dominant ou exclusif.
Autrement dit, la mythanalyse n'exclue pas plus la sexualité, dont le rôle majeur est indéniable, que la rébellion du homard ou l'intégration du papillon au corps social, mais ne retient aucun facteur dominant.
Il serait cependant intéressant d'examiner de plus près le rôle de la sexualité dans les stades successifs que considère la mythanalyse. Je devrai donc y revenir.


jeudi, décembre 13, 2018








« En quête de mythanalyse », colloque international d'étude autour de la théorie mythanalytique qui a eu lieu le 23 octobre 2017 à l'Université Paris Descartes, c'est aussi le titre d'un numéro électronique et d'un volume de la collection des cahiers de la revue M@GM@, publiés sous la direction d'Hervé Fischer[1]. Dans le cadre de l'anniversaire des 15 ans de M@GM@ nous avons programmé une série de colloques et séminaires[2], dont les actes publiés dans ce numéro de la revue, et dans les numéros à venir, sont une manière de célébrer cet anniversaire reliant tous ces événements, les associés et les collaborateurs de la revue, les chercheurs universitaires et indépendants de différents pays et disciplines, autour d'un champ d'étude commun.

Le titre que nous avons adopté pour ce numéro de la revue M@GM@ publiant les actes du colloque international de Paris, « L'exigence d'actualité de la mythanalyse », est celui de l'article d'ouverture d'Hervé Fischer. Nous retrouvons dans cet article les motivations de fond qui ont présidé aux choix du thème du colloque, réfléchir sur l'exigence sociologique d'un engagement envers les valeurs humains et ses défis au sein de la société. J'ai une profonde estime pour Hervé Fischer, ayant intégré dans sa pensée et dans sa pratique une conception de la mythanalyse allant à l'encontre de cette exigence d'engagement. Et j'ai le sentiment que nous partageons tous, depuis cette rencontre générative d'échanges d'énergies créatives, à différents niveaux, la responsabilité de ne pas voir ou montrer la société telle qu'elle est, mais de s'engager à examiner l'actualité des valeurs favorables ou nuisibles à la vie et à l'existence humaine, pour concevoir la société telle que pourrait être.

Dans mon article je m'interroge sur l'exigence d'actualité de la mythanalyse à partir de mes activités de chercheur indépendant, formateur et consultant autobiographique[3], apportant un regard adogmatique sur la pratique contemporaine de l'écriture autobiographique, sur l'imaginaire dans l'écriture de soi, l'imaginaire de la mémoire collective et du patrimoine culturel immatériel, étudiés et pratiqués comme expression privilégiées pour comprendre les relations humaines et la société. L'art en train de se faire, l'art scripturaire en tant qu'écriture autobiographique contemporaine, c'est après tout la possibilité de pratiquer l'art d'aimer la vie, sollicités par l'exigence de se mettre en quête de soi et de sens, par le désir de fabuler notre présence et raconter le monde qui nous entoure.

L'écriture autobiographique au fil du temps et de l'espace
Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
(Charles Baudelaire, L'ennemi, Les Fleurs du mal)

Et les sirènes racontent... la traversée des mers et des océans

Écrire son autobiographie c'est s'enfanter soi-même. L'écriture est une mère bienveillante, de par sa fonction générative : en sortant de son ventre elle nous met au monde, et par le biais de son nouveau regard sur nous-mêmes, nous nous reconnaissons comme des êtres accouchés une deuxième fois dans le monde. Une nouvelle naissance sous le signe d'une métanoïa ponctuée par la recherche d'un temps subjectif, résistant au temps horizontal et objectif des événements de notre histoire de vie, et d'un temps impersonnel, une perte de soi moyennant un dépassement d’état d’esprit.

Renaître à soi et au monde par l'écriture en tant que corps autobiographique, sollicite une herméneutique du monde qui vient à nous, qu'il se donne à nous et il nous est donné. Le mystère de la naissance regagne soudain le temps que nous avons vécu et le temps que nous avons à vivre, étayant une mélancolie source de l’écriture par le sentiment d’incomplétude de soi et le désir de s'épanouir dans une nouvelle présence poétique avec soi-même, les autres et le monde.

L'imagination fabulatrice activée par le mystère du naître pour mourir, le temps dévore la vie comme le dieu Saturne dévore ses enfants venus au monde, et le désir de comprendre le monde tout en récréant son étrangeté, foisonne une multiplicité de télémachies contemporaines, des récits de soi en quête de narrations pour raconter le monde qui nous invitent à vivre. Les narrations mythiques ne sont plus focalisées sur un temps des origines, dans l'espace de l'écriture autobiographique engagent un temps du destin collectif, du devenir commun.

Nous n'assistons pas à l'engloutissement de la faculté de fabuler des femmes et des hommes, dans la prolifération de l'écriture des histoires de vie s'accomplit une pensée sensible, inoculant sensibilité à la pensée et sens au sensible, pour raconter l'expérience humaine quotidienne et le monde qui l'entoure. L'écriture autobiographique organise la mise en récit d'un temps personnel et un temps impersonnel, par rapport à un espace intérieur et un espace cosmique. L'élan à retrouver soi-même et le sens de la relation avec nous-mêmes, les autres et le monde, et la vocation de la fonction de l'imaginaire de relier les êtres et les mondes, anime une nouvelle sacralité du temps et de l'espace humain.

Ces fabulations humaines ne sont pas simplement, en dernier ressort, des représentation dressée contre le temps, et dans l’insubordination aux souffrances humaines nous pouvons y déceler une dissidence poétique sacrée, incontestablement contradictoire et inéluctablement désavouée, néanmoins porteuse d'espérances dans la narration d'un monde reliant les uns et les autres au sens d'un devenir enfanté par une infidélité nécessaire au vécu, dans l'espoir de raconter une  nouvelle présence de soi dans le monde.

Nous sommes de nombreuses petites îles capables de construire des ponts, de traverser les mers et les océans qui nous séparent, parfois on réussit à regarder avec les yeux d'une sirène au delà de nous-mêmes, et raconter avec ses mots un monde indépendant de valeurs nocives à notre devenir, héraut de valeurs bénéfiques à notre humanité.

Du floutage de la finitude du temps... au sein des espaces enveloppes

C'est quand le sens d'une vie, le sens du tout et de la vie, devient l'objet de notre pensée, que nous sommes placés dans une sorte de distanciation, condition indispensable pour soutenir un processus de compréhension en tant que séparation temporelle entre les processus mentaux et leur reconnaissance, entre la genèse de la pensée et le travail réflexif de l'esprit. À partir de la reconnaissance de cette distanciation nous pouvons voyager en dehors du flux de l'existence, et choisir de nous plonger dans un temps et un espace données ou radicalement nouveaux de notre histoire de vie.

La narration de soi n'est pas inéluctable soumise aux nécessités causales du temps, à sa finitude étayant l'incomplétude de la condition humaine, et c'est dans la spatialisation du temps qu'elle découvre la forme à priori de la créativité de l'esprit et de la connaissance du monde. L'expérience de l'espace est ainsi vécue comme une sorte d'enveloppe qui nous entoure, et nous accorde une conscience profonde de la discontinuité et du changement que nous éprouvons au fil du temps. Ces enveloppes ce sont ceux dans lesquels l'expérience de la vie a été faite à des moments différents.

Ce que la narration de soi raconte et représente, ce sont ainsi des morceaux épars de soi et des autres, des agissements différents réalisés dans des espaces différents, exhortant à générer un changement de conscience soutenu par le désir de se réunifier. Ce sentiment est soutenu par la création dans l'écriture de soi, fonction unificatrice de ces états de l'âme dont nous faisons l'expérience et qui nous caractérisent comme étant des êtres relationnels, en relation avec les autres et les choses du monde. Nous sommes des femmes et des hommes en relation avec tout ce qu'entourent nos enveloppes au sein desquels nous aimerions être atteints.

Le temps qui passe génère de l'oubli et la mémoire est sollicitée par cette présence à l'écart de notre conscience, sauvegardée dans des méandres dérobés, s'essayant à l'évoquer par la pensée sous forme d'images. Au fil du temps les enveloppes dans lesquelles s'inscrit notre parcours biographique vont produire aussi de l'engorgement dans la mémoire, évoqué par le contraste avec lequel notre vécu expérientiel prend forme, par ce que nous avons déjà vu, fait et souffert, et ce que nous n'avons pas encore vu, fait et souffert. Cette dynamique entre l'ici et ce qui n'est pas encore, entre ce que nous avons souffert et nous devons encore éprouver, entre un ici et un ailleurs, sape le flux chronologique de temps.

Des multiples temporalités en jeu... plonger dans un magma poétique

L'expérience de l'écriture autobiographique nous révèle des moments d'épiphanie façonnant un espace herméneutique, esquissant un parcours d'interprétation du sens pas encore exploré de notre histoire de vie. Chaque plongée dans une partie de notre histoire biographique nous permet de vivre l'expérience du temps d'une manière différente, d'accéder au bon moment avec le dieu Kaïros, cet espace propice qui permet à quelque chose de spécial de se produire.

Conciliant l'opposition entre un temps linéaire et irréversible, celui du dieu Chronos, et un temps éternel et cosmique, celui du dieu Aïon, nous allons découvrir une nouvelle dimension spatio-temporelle dans laquelle se produit un événement extraordinaire. Dans cette suspension intentionnelle de la conscience, quittant la conscience ordinaire de l'existence, s'étaye une possibilité créatrice et l’origine d’une intuition sans précédent, l’origine et le début d’un processus de réflexion sur soi de l’être humain.

Par ce tissage depuis l'extérieur du flux de la vie, de l'histoire d'une vie pénétrée par les autres et le monde, nous fabulons la co-émergence de soi et du monde dans l'intuition et la compréhension d'un chemin de vie, dans une nouvelle présence de soi à soi-même, aux autres et aux choses du monde.

Temporalités de la mémoire collective... un processus cyclique existentiel

Nous pouvons repenser et élaborer de manière critique l'expérience contemporaine de l'écriture autobiographique, sectionner ces mémoires collectives en successions temporelles et de sens, les structurer et classifier, mais l'expérience vive n'est pas rationnellement et scientifiquement régie par le principe de la continuité historique. Continuité historique et existentielle ne sont pas équivalentes. D'autre part, les souvenirs apportent avec eux la mémoire et l'oubli, la reconnaissance et la négation, et sont socialement reconstruit et recomposés de manière consciente, en les reliant aux besoins du présent pour garantir l’harmonie et l’identité existentielle.

Notre mémoire collective elle n'est pas, à la lumière de tout cela, le produit d'un processus cumulatif mais plutôt le produit d'un processus cyclique, en mutation permanente et constante, qui se déroule dans l'interaction entre les individus et la collectivité. Les sociétés occidentales étant engagées dans un processus dynamique d’élaboration de la richesse immatérielle et fragile du patrimoine culturel, reliant nécessairement les générations passées, présentes et futures, et il faut de ce fait repenser la valeur des écritures autobiographique contemporaines en tant que mémoire collective.

Tout en reconnaissant la valeur des vies et de l'humanité qu'elles représentent, ces mémoires collectives sont une hérédité significative, actuelle et vivante, nous racontant le monde qui nous entoure. Il est certain aussi que la séduction de l'autre comme forme de plaisir et la nécessité de bâtir une image personnelle attractive, nous surplombent et nous éloignent de l'opportunité de faire l'expérience d'une écoute sensible de soi et de l'autre par l'écriture autobiographique. La multiplicité d'écritures témoignent, toutefois, d'un travail de nature esthétique et éthique, balisant des dimensions hétérogènes, sociales et culturelles, interpersonnelles et intrapsychiques, et d'un effort considérable de raconter le monde et la vie par une nouvelle présence poétique souffrante de l'impermanence de l'existence se transformant sans cesse en joie de vivre.

Comment allons-nous raconter le monde aux générations futures? Ces mémoires collectives sont notre patrimoine culturel immatériel, un héritage mémoriel et symbolique que nous allons sauvegarder étayant un imaginaire soumis ou émancipé aux mythes, aux représentations et valeurs néfastes ou bienfaisant, sombres ou plein d'espoir pour les relations humaines. Nous sommes ainsi des sentinelles mythanalytiques, guettant un patrimoine culturel vital se constituant en tant que mémoire de toute une société, dépositaire de ses valeurs culturelles, pouvant enrayer les cauchemars de notre histoire.





[1] « En quête de mythanalyse » a été publié sous la direction d'Hervé Fischer en version électronique à accès libre (M@GM@ Revue Internationale en Sciences Humaines et Sociales, vol.12, n.3, septembre-décembre 2014, Lien Internet) et dans la collection Les Cahiers de M@GM@ (vol.8, Rome, Aracne Editrice, 2017, Lien Internet).
C'est le 23 octobre 2017 qui a eu lieu à Paris, à l'Université Paris Descartes, « En quête de mythanalyse », le Colloque international d'étude autour de la théorie mythanalytique, sous la direction d'Hervé Fischer et Orazio Maria Valastro, organisé par le Séminaire Franco Brésilien - Laboratoire d'éthique Médicale et Médecine Légale - Université Paris Descartes, M@GM@ Revue Internationale en Sciences Humaines et Sociales, et la Société Internationale de Mythanalyse - Montréal (Québec), en collaboration avec l'Institut Charles Cros - Création Formation Recherche - Paris.
[2] « Sociologie, mythe et imaginaire » Séminaire d'étude sous la direction de Luigi Caramiello et Orazio Maria Valastro, Département de Sciences Sociales, Université des Études de Naple Frédéric II, M@GM@ Revue Internationale en Sciences Humaines et Sociales, 17 novembre 2017.
« Mythanalyse de l'insularité » Colloque International en Sciences Humaines et Sociales sous la direction d'Orazio Maria Valastro et Hervé Fischer. Organisé par M@GM@ Revue internationale en sciences humaines et sociales, Société Internationale de Mythanalyse - Montréal (Québec), Thrinakìa - Prix international d’écritures autobiographiques, biographiques et poétiques dédiées à la Sicile, OdV Les étoiles en poche. Avec le parrainage de l’Université des Études de Catane. En collaboration avec le Département de Sciences Humanistes - Université des Études de Catane, l'Assessorat pour la Culture de la ville de Catane, les Bibliothèques Réunies Civique et A. Ursino Recupero, l'Institut Français de Palerme - Ambassade de France en Italie, l'Alliance Française de la ville de Catane, le Lycée Artistique d’État Emilio Greco. Département de Sciences Humanistes - Université des Études de Catane, 21-22 mai 2018.
[3] J'ai fondée en 2005 l'Organisation de Volontariat Les étoiles dans la poche (Le Stelle in Tasca, Catane, Lien Internet) et je dirige les Ateliers de l'imaginaire autobiographique, un projet d’animation sociale et culturelle conjuguant une pédagogie de la mémoire et de l’imaginaire, et une éthique de l’écoute sensible de soi et de l’autre. Depuis, j'accompagne chaque année des groupes de personnes à faire l'expérience de la narration et de l'écriture de soi, avec le soutient de volontaires autobiographes et la collaboration d'institutions publiques et éducatives. Plusieurs éditions annuelles d'ateliers expérientiels sont proposés (Laboratoire citoyen d'écritures autobiographiques, L'imaginaire dans l'écriture de soi, Chercheurs de mémoires), réalisant aussi des rencontres de lecture de textes autobiographiques (Nautilus, rencontre d'écoute et lecture de soi et de l'autre). En 2012 j'ai crée Thrinakìa, un prix international d'écritures autobiographiques, biographiques et poétiques dédiées à la Sicile. Le patrimoine culturel immatériel de l'OdV Les étoiles dans la poche, réuni aujourd'hui les écritures autobiographiques au sein de l'Archive de la mémoire et de l'imaginaire sicilien, et il est associé à l'EDAC - European Diary Archives and Collections - Lien Internet, le réseau européen d'archives d'écritures autobiographiques.