tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

lundi, juin 13, 2011

Mythanalyse du capitalisme (4): le capitalisme remplace le déisme


Je reviens aujourd'hui à la mythanalyse du capitalisme, à laquelle j'ai consacré trois textes déjà en février 2009. Je soulignais, reprenant les analyses de Max Weber sur l"éthique protestante et l'esprit du capitalisme", à quel point l'évolution de la fonction sociale de l'art confirmait sa thèse. Nous soulignions que la symbolique de l'art, originellement magique et religieuse était passée au service de la puissance terrestre et de la richesse, au point où elle incitait désormais de riches financiers à devenir collectionneurs et tendait à légitimer leur réussite. Et ces rois du capitalisme ne manquent pas, avant de mourir, de léguer leurs collections à des musées et fondations publiques en mémoire de leur succès sur terre, comme jadis ils faisaient dons à l'Église de biens importants pour garantir leur accession au paradis.
Max Weber a montré comment le capitalisme a été identifié au protestantisme bourgeois, notamment anglo-saxon.
Nous pouvons sans doute aller plus loin et affirmer qu'après avoir été associé au déisme, et en avoir tiré paradoxalement une légitimité religieuse à nos yeux étrange, le capitalisme tend à le remplacer aujourd'hui, tant l'argent et l'économie sont devenues une nouvelle religion. Un religion désormais quasi planétaire depuis la chute du communisme, tant en Chine, en Inde, en Afrique qu'en Occident.
Il est très suspect que la religion ait pu être ainsi associée si étroitement à la puissance et à l'enrichissement dans notre histoire. Marx a dénoncé ce cynisme de l'idéologie dominante avec la vigueur qu'il méritait.
Le capitalisme a repris aussi du déisme cette violence doucereuse et cet esprit de conquête qui en ont assuré l'empire pendant des siècles.
Et nos comportements mêmes s'en ressentent, jusque dans nos vie quotidiennes. Banques et musées sont passés à la religion capitaliste et nous conditionnent lorsque nous y entrons, comme jadis lorsque nous allions à l'église.
Il demeure que la religion du capitalisme fait bon ménage aussi bien avec le déisme traditionnel et la pratique religieuse qu'avec l'athéisme. Il est vrai que le capitalisme conjugue historiquement, comme l'a montré Max Weber, piété religieuse et pragmatisme d'affaires. Déisme et capitalisme sont aussi sujets tous deux à de grandes dérives imaginaires et à des luttes de pouvoir territoriales.

dimanche, juin 12, 2011

Mythanalyse des masses sociales





Il convient de parler au pluriel des masses sociales, car elles peuvent se former et se déplacer simultanément au sein d'une même société, et entrer alors inévitablement dans un conflit qui assurera la victoire de l'une et éliminera l'autre; ou varier significativement dans leur gestation et leur profil d'une société à une autre.
On devrait aussi se demander si, à la différence des foules, les masses sont visibles. Si nous avons vraiment conscience de faire partie d'une masse - et si oui, de quelle masse et qui vise quoi?
Les masses existent-elles? La question se pose dans nos sociétés du Nord, où coexistent des deux forces, celle d'un individualisme exacerbé, et celle d'une conscience de masse. Comment ces deux pôles sont-ils compatibles? Comment s'articulent-ils? Sont-ils liés? Nous voyons bien que dans les sociétés très organiquement liées, comme les sociétés japonaise ou chinoise ou russe ancienne. dans les sociétés qu'on appelle collectivistes, l'individualisme ne compte guère par rapport à la soumission au groupe.
Sans doute pouvons-nous caractériser les sociétés occidentales de classes moyennes comme un cas particulier qu'on appellera "sociétés hyperindividualistes de masse". C'est un paradoxe, mais probablement pas une contradiction, l'intégration forte à la masse permettant sans danger d'éclatement une marge bien réelle de pseudo liberté individuelle. Je peux librement choisir de boire du Coca plutôt que du Pepsi, de manger du pain biologique ou industriel, d'aller en vacances à la mer ou à la montagne, voire d'être homo ou hétérosexuel. Le système de masse, soutenu par ses médias, son système de gestion, de consommation, de contrôle, est assez puissant pour programmer ces choix et les offrir sans que la coquille se fracture.
La question est alors de savoir qui génère, contrôle, oriente ces masses, qui, une fois en mouvement, peuvent devenir très puissantes. Le fascisme, le maoïsme, le communisme ont su maîtriser cette dynamique. La masse devient alors redoutable, elle dévore tout obstacle sur son passage, comme un énorme insecte, comme le cloporte de Kafka.
Le concept de masse sociale, en temps plus normal, disons démocratique, correspond-il à la réalité? Est-il un pôle imaginaire de notre conscience? Une peur? Ou une réalité qu'on peut décrire et mesurer?
L'imaginaire du concept de masse s'enracine dans quel mythe? Celui de la fusion organique? Celui de l'unité sociale dans laquelle se réfugie l'individu effrayé par la conscience de sa propre liberté? Répond-il à la peur des fils qui se rassemblent soudain dans l'ombre et sous l'autorité absolue du père? Lorsqu'on observe les traits de caractère de personnages comme Staline, Mao, Hitler, Mussolini, Franco, on découvre que ces leaders ont été créés, soutenus, adulés par des humains en quête d'un chef capable de les protéger contre leurs peurs, contre la misère réelle, contre les boucs émissaires (les méchants juifs, socialistes, républicains, homosexuels, gitans, etc.) Bref, contre la peur de l'Autre, du différent.
On croit être capable d'analyser le phénomène des masses fascistes. Hannah Arendt a clairement décrit le dispositif, basé sur le ressentiment du faible.
Mais dans le cas des démocraties marchandes - je préfère ce terme à celui de démocratie bourgeoise ou de classe moyenne, car il est beaucoup moins confus, pouvons-nous parler de masses démocratiques? Masses des fils qui ne se réclament pas de la protection d'un père?
Une masse peut-elle s'autogérer? Je ne le crois pas. La figure du père tout puissant semble être la clef de voûte de tout phénomène de masse. Nous, les fils libertaire, nous devrions donc redouter toute idée de masse sociale.
Question à reprendre et à approfondir, car elle touche certainement à une clé du système social actuel.

samedi, juin 11, 2011

Mythanalyse du Moi (4)


Pourtant, rien n'est simple... La schizophrénie est sans doute un paramètre normal de la "personnalité de base ", comme l'appelait Abram Kardiner. La diversité, voire les contradictions entre les rôles sociaux que chacun doit assumer, combinées avec les contradictions entre les contextes réels, entre le réel et le numérique, entre l'inconscient et le Surmoi, contribuent sans doute à faire de nous des agrégats que nous apprenons à unifier jusqu'à un certain point. L'équilibre de cette dynamique complexe assure tout à la fois que nous ne succombions pas à la maladie mentale, mais aussi que nous transformions cette fragilité en richesse psychique créatrice et capacité d'adaptation et de divergence.
La structure élémentaire du carré parental constitue dès la naissance un système sous tension, comportant des pôles, des contraintes et des paramètres diversifiés, voire contradictoires, par rapport auxquels le nouveau-né apprend à tenir le gouvernail. Forces convergentes et centrifuges sont le ressort même de la dynamique du Moi.

vendredi, juin 10, 2011

Mythanalyse du Moi (3)


Le Surmoi nous invite cependant à plus de modestie. Il est vrai que nous gardons la conscience de notre fragilité humaine. Il est vrai, surtout, que le style, ça compte. "Le style est l'homme même" a dit le célèbre naturaliste Buffon, qui a beaucoup écrit sur notre évolution.

jeudi, juin 09, 2011

Mythanalyse du Moi (2)


Le Surmoi freudien est une construction sociale, que chacun est amené par les logiques de situation à édifier, en plus dur, du fait des modèles, des systèmes de valeur en place, des déterminismes liés aux rôles sociaux auxquels il doit se conformer. Ce Surmoi est formaté par l'Autre du carré parental: la société. Cette édifice a de la rigidité, celle d'une fragile citadelle, qui se veut plus forte que n'est le Moi. Le Surmoi rationalise, s'intègre dans les systèmes, cherche l'adaptation et l'efficacité. Chacun tient ses bretelles.

mercredi, juin 08, 2011

La mythanalyse du moi



Chacun rassemble l'agrégat d'impressions confuses qu'il a de lui-même, incluant ses contradictions, ses illusions, ses efforts, ses défauts, sans même pouvoir prendre en compte ses taches aveugles, pour construire une structure, comme on édifie une maison avec des matériaux disparates mais nécessaires, et souvent complémentaires. Cela prend une vie pour édifier, sans que jamais on puisse voir vraiment l'édifice. Puis ce sera l'oubli, ou bien les esquisses des autres.
Le buste de marbre semble surmonter l'impossibilité et définir définitivement celui que l'on a tenté d'être. En pierre dure, et noble, voire en bronze, mais seulement une apparence visuelle. Sartre nous proposait une vision existentialiste quasiment factuelle de nous. Nous sommes ce que nous faisons. On s'embourbe dans l'introspection et la psychanalyse. Et la mythanalyse ne déchiffre que l'écho des imaginaires sociaux qui sont en nous et nous déterminnt. Peut-être l'identité est-elle un mythe, au sens d'un imaginaire social de nous même, basé sur des stéréotypes et des aspirations à des modèles sociaux que nous ne sommes pas. Le fameux MOI, et ses déclinaisons freudiennes ou lacaniennes demeure un idealtype ou un fantasme, autant défini par ce que l'on est pas que parce qu'on voudrait être ou tente de déchiffrer de soi.
Le moi est décidément un objet de réflexion difficile, parce que c'est non seulement une construction incertaine, mais aussi une perception confuse.
Je suis un autre. J'échappe sans cesse à toute tentative d'arrêt sur image ou de captation fixe, claire et distincte. Comment pouvons-nous vivre ainsi dans le flou de nous-même? Nietzsche répondrait que s'il n'en était pas ainsi, nous serions déjà morts, sans mouvement, sans changement, sans marge de liberté, sans vie. Mais il n'est pas vrai qu'on sache enfin d'un homme mort qui il était. L'obscurité s'épaissit au contraire. Et chacun projette sur lui ses propres fantasmes.

lundi, juin 06, 2011

Qu'est-ce qu'un simulacre?


Un simulacre peut tenir à la virtuosité du peintre ou du programmeur numérique, ou à un effet d'optique (mirage), mais il est surtout un effet de notre imaginaire, qui voit ce qui n'existe pas et nous le fait croire pleinement réel. Des philosophes de l'illusionnisme nous ont déjà suggéré que tout le réel n'est qu'un simulacre. Platon déjà, dans le mythe de la caverne, opposait les illusions de nos perceptions à la réalité des idées pures. Le film Matrix nous affirme la même chose, avec un pouvoir numérique difficile à contourner.
Nous savons que notre perception du réel est limitée et qu'un fichier numérique peut nous montrer l'invisible à l'oeil nu d'une galaxie ou d'une bactérie.
Difficile d'échapper au relativisme. Le simulacre peut être immobile ou encore plus changeant que le réel.
C'est la souffrance qui est sans doute le critère le plus indéniable du réel. Il faut dit-on se mordre pour être sûr d'exister. Et la souffrance des exploités, des malades, des torturés ne peut être niée au nom du relativisme. Un simulacre peut nous faire terriblement peur, mais pas nous faire souffrir dans notre chair comme la violence faite aux démunis, aux enfants.
Il y a des limites à nier la réalité au nom du relativisme. C'est l'éthique, plus que la métaphysique ou que l'ontologie, qui garantit la réalité de l'existence.
Pourquoi aimons-nous jouer aux simulacres? Goût du pouvoir? Relativisme? Cela tient surtout à la puissance de l'imaginaire, qui nous fait voir plus que les perceptions de nos sens? Le désir et la peur voient plus que les yeux, entendent plus que les oreilles!
Décidément, on ne peut nier l'existence du réel, mais pas davantage le pouvoir de l'imagination de le travestir ou de l'imiter. La phénoménologie nous dit à juste titre que notre image du monde dépend autant de nous que de la réalité qu'on dit "en soi" (encore une autre représentation imaginaire!)

dimanche, juin 05, 2011

Théorie et pratique de la mythanalyse



Apprendre à détecter les mythes dans le magma des imaginaires sociaux, comme le métal avec un aimant dans le foisonnement des communications et des cultures, les identifier, en s'aidant du thésaurus de la mythologie ancienne. Les suivre à travers leurs mutations, métamorphoses, leur mort et leur apparition. Les articuler, vérifier leur cohérence avec la théorie de la mythanalyse et notamment par rapport au carré parental, ou changer la théorie, les expliquer, montrer leur impact social et sur les inconscients individuels. Voilà ce que tente la mythanalyse.
L'un des domaines les plus significatifs aujourd'hui de notre évolution et des plus riches en mythes quasiment au premier degré, c'est bien le numérique.

samedi, juin 04, 2011

Courir après Dieu


Si vous n'êtes pas de ceux qui sont panthéistes athées, courez-vous après votre âme et après Dieu? Sachez bien que l'imagination n'est pas toujours une vertu.

vendredi, juin 03, 2011

Panthéiste athée


Lorsqu'on a compris que l'homme fait intégralement et exclusivement partie de la nature, qu'il est ni plus, ni moins, qu'un animal évolué, et qu'on ne cesse d'être surpris par la créativité et la puissance de la nature, il est "naturel" de se déclarer panthéiste. Spinoza l'a magistralement exposé dans sa philosophie matérialiste. Mais j'ai remarqué qu'il faut aussitôt ajouter: panthéiste athée. Faute de quoi on nous voit à genoux devant une statue de femme, genre déesse de la Nature, et lui offrant des fleurs dans un rituel champêtre.
C'est ainsi: nous avons identifié la nature à une déesse mère, en souvenir de notre état de nouveau-né dans le carré parental. Et nous lui accouplons un dieu le père, moins visible, mais plus autoritaire, voire coléreux.

jeudi, juin 02, 2011

Le tweet de Dieu


Dieu sait tout de nous, nos prières, nos blasphèmes et mêmes nos pensées, mais il nous oppose son silence absolu, sauf à Moïse et à ses prophètes, à ses saints et à ceux qui ont la foi et imaginent communiquer avec lui.
On comprend qu'il se réfugie dans son silence. Nous autres, nous devons répondre sans cesse aux appels du téléphone portable, aux courriels, aux textos, cela devient infernal.
Et nous avons lassé Dieu; il nous a quitté sans cérémonie, sans autre avertissement qu'un tweet, un seul, que seuls les athées ont entendu.

mardi, mai 31, 2011

Danser avec la mort, art sociologique


Lors de l’évènement social imaginaire "La calle Adonde llega? - Où va la rue ?" en 1983 au Museo de Arte Moderno de Mexico, il s'agissait de questionner la population sur son image de la société mexicaine, ainsi que sur la fonction sociale du musée. Avec le collectif d'artistes qui s'impliqua généreusement et très talentueusement dans cet évènement d'art sociologique, parmi les très nombreuses activités, je n'oublierai jamais cette rencontre et cette danse avec la mort, personnifiée par une actrice.
Le thème de la mort est évidemment tabou. Dans la culture mexicaine, il existe une familiarité remarquable des gens avec ce thème. A la Toussaint, c'est la fête avec des crânes et toutes sortes de représentations symboliques de la mort en sucre coloré. Une sorte d'exorcisme collectif de cette menace si présente dans la vie mexicaine, du fait de la violence et du sous-développement. Une volonté compensatoire aussi de fêter le plaisir de la vie tant qu'on l'a. Et pour moi, né dans une autre société, européenne, le frisson de danser avec celle qui peut m'emporter par surprise et sans mon consentement. En France, au Canada, à l'inverse du Mexique, on tend à cacher, nier, oublier la menace de la mort. Deux attitudes sociales opposées, révélatrices de deux imaginaires fort différents. La mort est un évènement culturel autant et plus que physiologique. Et il semble que plus on cache la menace de la mort, plus elle fait peur. La peur de l'invisible est manifestement plus grande que celle de ce que l'on voit.
L'imaginaire est beaucoup plus puissant que le réel, l'invisible que le visible. Et il en est de même dans le cas du désir. C'est aussi pourquoi le bonheur, lorsqu'il est là, visible et disponible, excite moins que son désir.
L'intensité des émotions est plus grande dans la peur et dans le désir, que dans la réalité de ce qu'ils évoquent. Une grande leçon de psychologie humaine, qui explique aussi l'importance de l'imaginaire dans le réel et de la mythanalyse pour l'élucider, et si éventuellement nous en libérer.
hf

lundi, mai 30, 2011

L'hypnose cathodique


Peut-on parler d'hypnose, alors que l'internaute est certes fasciné par l'écran au point d'en oublier parfois le monde réel pendant des heures? Est-il sous contrôle de l'écran hypnotiseur ? Absorbé, dépendant, esclave manipulable? Obéissant aux ordres du logiciel? Soumis aux procédures et rituels qui lui sont imposés? Prêt à faire des confidences intimes en suivant les suggestions des médiaux sociaux tels que Facebook? Contraint de répondre quasiment en temps réel aux messages qu'il reçoit? Désemparé si la connnection s'interrompt? Et impatient de retomber sous l'emprise de son hypnotiseur dès qu'il en est libéré?
Bien sûr, toute image en mouvement, y compris celle du feu, ou celle de l'écran de cinéma peut exercer ce pouvoir. Il ne faut pas abuser de la comparaison. Mais la tendance à l'hypnose cathodique est incontestablement fréquente. Et l'interactivité de l'esprit et des mains sur le clavier ajoute àau pouvoir de domination du numérique sur l'esprit de l'internaute.
Reste à se demander quel mécanisme, magnétisme ou chimie psychiques opèrent dans l'hypnose.
hf

dimanche, mai 29, 2011

Le cinquième élément premier: le numérique


On a beaucoup écrit et interprété à propos des quatre éléments: l'eau, l'air, la terre, le feu. On les appelle "premiers", car ils semblent irréductibles les uns aux autres et composer tout ce qui existe. Les mythologies abondent en récits sur ces thèmes. Bachelard en a évoqué la poétique, les imaginaires, les relations.
Il est temps de porter aussi notre attention sur un cinquième et nouvel élément de notre cosmogonie. Le numérique n'est pas un qualitatif qui s'ajoute et se combine avec les quatre éléments premiers. On peut certes parler de l'eau numérique , voire de l'air numérique. Mais évidemment pas du feu numérique, ni de la terre numérique. Les métaphores aquatiques du numérique sont fréquentes. L'imaginaire de l'élévation, de l'esprit, de la noosphère, la religiosité rapprochent le numérique de l'air et inspire aussi des métaphores et des interprétations.
Mais pas le feu, qui est emblématique d'un âge précédent de l'humanité, comme le numérique l'est devenu de l'âge qui émerge aujourd'hui.
Quant à la terre, elle est manifestement son opposé dans notre imaginaire.
Je propose donc de considérer le numérique comme un cinquième élément premier, nouveau et transformateur de notre alchimie humaine. Comme les précédents, il appelle l'attention de la mythanalyse. Nous voyons bien qu'il est déjà mythifié.
hf

samedi, mai 28, 2011

Art et mythanalyse


Deux démarches liées, pour moi inséparables.

vendredi, mai 27, 2011

Bons et mauvais mythes


Nous avons inventé de bons et de mauvais mythes. Et les mythes sont souvent ambivalents. Ainsi pouvons-nous donner du même mythe une interprétation positive ou nocive. Par exemple, il y a un bon et un mauvais usage du mythe du progrès ou du bonheur, voire de la création.
Nous considérons comme nocifs des mythes qui nous aliènent, comme les mythes religieux, et toutes les superstitions qu'ils suscitent.
Le mythe de Sisyphe nous apparaît comme un mythe plus porteur de persévérance humaniste que de désespoir. Le mythe de la Tour de Babel a été interprété négativement par les exégètes chrétiens, alors qu'il peut aujourd'hui être interprété positivement comme le mythe fondateur de notre diversité culturelle, porteur de notre désir d'élévation, de construction de l'humanité. Le mythe d'Adam et Ève est aussi nocif que débile.
Les mythes sont comme les bactéries, nécessaires, omniprésents et selon les cas bénéfiques ou funestes. Nous ne saurions nous passer d'une pensée mythique. Tout notre langage lui-même est métaphorique et mythique. L'important est donc de choisir ses mythes et de construire des interprétations bénéfiques, porteuses d'espoir et de volonté. Il ne faut pas hésiter à lutter contre l'influence de mythes nocifs et à en inventer des positifs.
C'est en ce sens que la mythanalyse est non seulement une tentative de lucidité, mais aussi une possible thérapie sociale.

jeudi, mai 26, 2011

Une mythanalyse de la paix?


Les mythologies anciennes débordent de récits de combats, de violence et de guerre, comme si Thanatos était un profond instinct humain ou un grand principe explicatif de nos dérapages et folies meurtrières. Au point ou il faut nécessairement opposer la violence à la violence pour y mettre fin, comme on allume un contre-feu pour limiter des incendies de forêt devenus incontrôlables.
Les dieux de la guerre sont nombreux, tel Mars. Ses demi-dieux et héros sont innombrables et célèbres. Bien qu'on parle de la paix de Dieu, la paix est plutôt incarnée par des figures féminines, mais on connaît mal les déesses de la paix, Eireen chez les Grecs et Pax chez les Romains.
Il existe certes une constellation forte de mythes qui asssocient l'amour, l'harmonie, le bien, le bonheur. Et la paix constitue une condition sine qua non de la réalisation des autres, mais la paix est une sorte d'état par défaut, de non-guerre, auquel nous aspirions pour la plupart comme au plus précieux des biens.
La paix, il est vrai, par nature, ne donne pas lieu à de grands récits mémorables. Son image est plutôt fade. En ce sens, la paix est à peine un mythe.
Une mythanalyse de la paix est certes encore à explorer, mais il est de la plus grande importance pour l'avancement de la mythanalyse de comprendre à quel point un mythe est avant tout un grand récit, plus que la figure centrale elle-même de ce récit. Il ne faut pas s'en étonner: c'est le récit qui explique l'origine ou la fin de notre monde, pas l'icône.
C'est la Bible ou les récits mythologiques grecs qui nous proposent des explications, et non pas Dieu ou Zeus eux-mêmes.Beaucoup disent même que Dieu lui-même est inconnaissable. Il ne saurait donc rien expliquer. C'est la saga de ses actes qui en constitue le mythe et nous nous donne des clés explicatives.

mercredi, mai 25, 2011

Le mythe de la mort


L'évolution de la nature se fonde sur des cycles où la mort n'est qu'une anecdote locale. C'est ce que nous enseigne l'observation de la végétation et des autres espèces vivantes. La mort recycle et la vie poursuit son foisonnement créatif. Il saute aux yeux que la nature est création et célébration omniprésente de la vie; nous ne devrions donc pas lui reprocher la mort, ni celle des feuilles mortes, ni la nôtre, si elle survient avec le grand âge. Je ne parle évidemment pas ici du drame des accidents mortels qui interrompent la saison normale d'une vie entière.
Les êtres humains divergent sur ce point de la nature à laquelle ils appartiennent pourtant corps et âme. Nous prétendons ne pas être heureux, nous nous déclarons pessimistes, nous nous plaignons de cette "vallée de misère", mais peu nombreux sont ceux qui se suicident. Nous avons terriblement peur de la mort, soit parce qu'elle nous prive de notre bien le plus précieux - la vie -, soit parce que nous avons peur de souffrir avant, pendant et après - et de faire souffrir nos proches.
Et nous avons inventé toutes sortes d'histoires farfelues de survie des esprits après la mort du corps. Nos mythologies en regorgent. Cela semblerait apaiser nos craintes personnelles et la tristesse de la séparation avec ceux de nos proches qui sont morts. Des mythologies-béquilles pour ne pas nous confronter à la réalité matérielle.
Pour celui qui se veut athée, la mort est finale pour lui individuellement. Il retourne à la matière, à la poussière d'étoiles dont il est fait. S'il est un athée heureux, il souhaitera donc retarder le plus possible l'issue fatale, mais il ne doit pas redouter la mort pour lui, lorsqu'elle survient. Son retour à la terre est naturel. Il a profité d'un instant cosmique et apporté une petite contribution à l'évolution de la nature et de l'humanité qui en fait partie.
Nous rêvons cependant d'éternité, cette éternité dont nous avons doté les dieux que nous avons inventés. Les mythes de la mort et de l'éternité sont frères jumeaux. Pourtant, l'éternité, qui n'a pas de fin, ne devrait pas non plus avoir de début. Si elle doit commencer pour chacun de nous avec notre mort, il faut bien que nous ayons été quelque part avant de naître. La croyance en la métempsychose est donc logique. Pour garantir l'éternité, elle nie la mort et l'interprète, de même que la naissance, comme une migration de l'âme. Et pour rester logique et introduire une récompense pour les bons, cette vision bouddhiste a donc créé une hiérarchie des corps. Un homme bon renaîtra dans un corps noble et un méchant dans celui d'un ver de terre. Les raffinements de notre pauvre logique humaine sont aussi pitoyables que la plupart de nos mythologies.
Une bonne question: le progrès existe-t-il dans l'histoire de nos mythologies? Certes, le progrès lui-même est un mythe fondamental. Un bon mythe. Rideau pour aujourd'hui. Mais nous reviendrons voir la pièce demain pour mieux la déchiffrer.
hf

lundi, mai 23, 2011

Magie du XXIe siècle


Religions, mythes, magie, sorcellerie, superstition: voilà la part faible et manifestement inévitable de l'esprit humain. Elle a des effets pervers parfois épouvantables. Bien sûr, elle tire sa force de nos peurs et de nos désirs. On a démontré plus d'une fois que le placebo peut guérir aussi, à l'égal des molécules chimiques dont use la pharmacopée. C'est la foi qui sauve, dit-on. Et bien des maux, comme des remèdes, sont psychosomatiques.
Le numérique est un psychotrope. je le dis souvent. Et cette vertu - ou cette drogue - ne viennent pas du code binaire, ni des gadgets électroniques, mais de la psyché humaine, de nos inconscientes machines à désirer. Le numérique, du fait de sa puissance instrumentale, est devenu la magie et la sorcellerie du XXIe siècle, habitée des mêmes désirs et peurs archaïques qui nous gouvernent depuis toujours. Le numérique secrète une émotivité, une technosentimentalité qui ne cessent de nous surprendre et de nous manipuler.
Le médecin est encore pour nous souvent un sorcier, ses médicaments de la magie. Quel ne sera pas le pouvoir du médecin numérique, ou de l'ordinateur médecin! Le mythe du pouvoir surnaturel s'incarnera au complet. Nous projetons dans nos inventions les pouvoirs dont nous rêvons et les peurs qui nous font cauchemarder. Et nous en usons en conséquence. C'est CyberProméthée, notre instinct de puissance, qui nous gouverne et pour lequel nous fabriquons tous ces instruments de soumission et de pouvoir.
hf

dimanche, mai 22, 2011

Mythanalyse de l'absolu


Le rêve de l'absolu n'est ni visualisable, ni conceptualisable, ni même imaginable. Il est évidemment compensatoire du relativisme dans lequel nous avons conscience de vivre. L'absolu en métaphysique ou en théologie fait partie de cette constellation qui compte aussi le néant et l'infini, et qui semble, comme la "matière noire" en astrophysique, être nécessaire à l'équilibre de notre rapport à l'univers. Nous avons déjà traité de la mythanalyse des limites et aussi de celle des liens, dont l'absolu serait le symétrique ou le contraire. Les humains ont donné le nom de Dieu à cet absolu. De la mythanalyse de Dieu, nous avons aussi déjà traité (dans l'ouvrage collectif "Heureux sans dieu", édition vlb, 2010). Cette famille de concepts n'est pas si large qu'on le pense communément. Il y a le rapport du nouveau-né à la mère et au père dans cette évocation d'un absolu. Les images de la mère et du père étaient du moins identifiées à un pouvoir absolu de vie et de mort dans la conscience de l'enfant. Le roi Soleil prétendait incarner ce pouvoir absolu sur ses sujets légitimement. Les dictateurs en usent de même, en recourant plutôt à la force qu'au droit divin des rois. Souhaitons donc que cette idée d'absolu demeure théorique. Et qu'on garde le droit d'en rire!
hf

samedi, mai 21, 2011

Le calendrier des grandes peurs


Aujourd'hui 21 Mai 2011 est selon une secte de fondamentalistes chrétiens le jour de la fin du monde. Nous avons vu à la télévision ces ingénus distribuer dans les rues depuis quelques jours des pamphlets d'avertissement, des tee-shirts et autre gadgets apocalyptiques. De savants calculs basés sur des interprétations de la Bible avaient déjà permis d'annoncer ce cataclysme final en 1994. Puis ce fut la grande peur de l'An 2000, moins primitive que celle de l'An 1000, mais cette fois numérique.
Pourquoi nourrir ces grandes peurs, ces prédictions obscures de Nostradamus et autres prophètes de malheur? La vie réelle n'est-elle pas déjà assez difficile pour qu'on en rajoute? Ou est-ce le désir d'en finir et d'avoir la récompense promise aux âmes pieuses? Il est vrai que les cataclysmes naturels et humains sont nombreux. Thanatos nous hante-t-il? Et la numérologie a-t-elle gardé son pouvoir magico-religieux?
Une mythanalyse des grandes peurs est encore à écrire. Elle devra expliquer le mythe biblique de l'apocalypse ( qu'on retrouve aussi dans d'autres mythologies), celui des nombres et des calendriers eux aussi magico-religieux, et notre conscience malheureuse du mal, du péché dans lequel nous tombons. Et pourquoi avons-nous cru aux Enfers que nos prêcheurs chrétiens ont inventé pour nous aider à vivre pieusement? Toutes les religions n'ont pas usé de ce subterfuge. La religion juive s'en passe très bien. Et pourtant elle est généralement plus fondamentaliste que la catholique.
Un beau sujet pour la mélopée dramatisante du Situation Room de la chaine de télévision CNN!
("L'an 2000", peinture acrylique sur toile, 2000)

vendredi, mai 20, 2011

Mythanalyse des flux (2)


(peinture acrylique sur toile, 2007)

jeudi, mai 19, 2011

mythanalyse du progrès

Lors de la Révolution française et de la déchristianisation qui s'en suivit, le Progrès s'est constitué comme un mythe du Bien construit par les hommes et remplaçant le Bien relevant de Dieu. Les récits biographiques et les chronologies ont alors été remplacés par le mythe de l'Histoire, c'est-à-dire de la réalisation du Progrès par l'Homme et non plus par Dieu. Ce sont évidemment les mythes prométhéens de l'Homme créateur qui ont remplacé les mythes bibliques de l'homme soumis à Dieu. On est quasiment étonné que cette métamorphose mythique ait pu être si rapide et symétrique. En fait, les mythes prométhéens étaient antérieurs dans l'histoire de l'Occident aux mythes bibliques et ils ont perduré, voire cohabité avec les mythes bibliques, tantôt s'y opposant, tantôt s'y hybridant.
J'ai analysé en détail cette question dans "L'Histoire de l'art est terminée" (Balland, Paris, 1981), et l'ai reprise dans "Nous serons des dieux" (vlb, 2006).
Le progrès, tel que nous le concevons aujourd'hui, n'est donc ni un effet de la Providence divine, ni un programme inscrit dans les lois de la nature, mais l'affirmation d'une volonté humaine - donc une croyance humaine à sa possibilité, voire à sa nécessité. C'est à nous qu'il appartient de le penser et de le construire. Voilà une vision pas mal plus intéressante! Mais il serait donc naïf de croire à son automatisme. Nous pouvons aussi régresser. Et cela s'est terriblement vu. Cela s'observe tous les jours. Nous retrouvons ici le mythe de Sisyphe, qui remet sur ses épaules chaque matin la lourde tâche du Progrès et recommence à escalader la montagne. Nous voulons croire que le rocher ne retombe pas toujours aussi bas que la veille. Le progrès est un effort individuel et collectif de tous les instants, qui exige persévérance et optimisme.
Les pilules pour le progrès, ce sont, selon les jours, celles qui sont amères et qu'il nous faut bien avaler malgré nous; ou les vitamines du progrès, un placebo dont nous avons bien besoin pour persévérer!Il faut y croire pour qu'il arrive.
hf

mercredi, mai 18, 2011

mardi, mai 17, 2011

Définition de la mythanalyse?


La mythanalyse tente de repérer et de déchiffrer les mythes qui déterminent les imaginaires sociaux d'aujourd'hui. La théorie mythanalytique met en évidence la structure élémentaire du carré parental - le père, la mère, le nouveau-né, l'autre (la société) - pour expliquer le rôle des mythes dans la structuration de notre image du monde et de nous-mêmes, et l'émergence des idéologies dominantes. Se situant à proximité de la psychanalyse, de la sociologie et de l'histoire, elle s'en différencie pourtant nettement, du fait que la psychanalyse explore les biographies et les inconscients individuels, que la sociologie ne sait pas expliquer la gestation des imaginaires collectifs, et qu'à la différence de la mythologie, qui traite de l'histoire des mythes anciens, la mythanalyse s'intéresse aux mythes contemporains. Elle postule que les sociétés actuelles nourrissent autant de mythes que les sociétés anciennes.
Les mythes naissent, meurent et se transforment. Chaque société hérite d'une constellation mythique et opte selon son histoire pour des mythes fondateurs de son passé, de son présent ou de son futur. Si possible, elle se doit de choisir ceux qui légitiment les valeurs qui lui seront le plus bénéfiques. En ce sens, la mythanalyse fait oeuvre de lucidité critique et éventuellement de thérapie collective.

lundi, mai 16, 2011

Plusieurs big bang? Une rencontre avec Ilya Prigogine

Ilya Prigogine, Prix Nobel de physique, l'auteur célèbre de "La Nouvelle Alliance", avait accepté en 1994 ma proposition de venir à Montréal et à Québec comme invité d'honneur du Festival Téléscience que je dirigeais depuis 1990. Et il y donna deux conférences sur l'astrophysique. Il insistait sur la flèche du temps dans l'évolution de l'univers et s'opposait donc aux thèses de Stephen Hawking. Dans des conversations privées il m'exposa son hypothèse de plusieurs big bang dans l'histoire de l'univers, qui aurait pu connaître ainsi des cycles. On pouvait même imaginer que coexistent plusieurs univers, au-delà du nôtre, voire une infinité d'univers, connaissant chacun des cycles de big bang, comme il y a des étoiles qui naissent et d'autres qui meurent. C'est en fait ce que je pense.
Mais nous avons bien du mal à penser le multiple. Nous avons institué le monothéisme et nous imaginons un seul big bang, sur le modèle du père géniteur unique. Il y a là déjà de quoi occuper notre esprit au-delà de ses limites.
Mais c'est une pensée simpliste. Nous avons découvert progressivement qu'il y a plusieurs planètes, plusieurs étoiles solaires, plusieurs galaxies. Pourquoi pas plusieurs univers?
Notre esprit est dominé par la structure élémentaire du carré parental. C'est vrai dans une société basée sur la famille monoparentale. Mais nous avons connu des sociétés indivises, où la notion de père unique est élargie à la famille et au clan. L'oncle maternel y prend parfois plus d'autorité que le père biologique. Cela aussi, la mythanalyse le souligne, car elle fait la part de la sociologie dans son interprétation de la structure élémentaire familiale.
hf

dimanche, mai 15, 2011

mythanalyse des flux: on ne se baigne jamais deux fois dans le même numérique


Nous pensons l'énergie et même la matière comme des flux. Dans le couple énergie/matière, tout est flux corpusculaire, ondulatoire. La vie s'écoule, comme le temps, comme l'eau. La vie naît dans les liquides, les gaz, les vent, les cyclones. Les masses en fusion que recouvre la croûte terrestre s'épanchent, se répandent. Les rivières, comme la respiration établissent l'équilibre de leurs flux. Héraclite soulignait qu'on ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve. Tout change, même lorsque le fleuve semble demeurer le même. La pérennité n'est que la lenteur du changement. La révolution son paroxysme.
Le corps est un système de flux, de liquides et d'énergies agrégés. Les flux ont leurs liens, physiques, chimiques, électriques. L'eau bombe au-dessus du verre plein, avant de se répandre. La roche se cristallise. L'évolution même de la nature se conçoit comme un flux, où la flèche du temps ne revient jamais sur son parcours. Il en est de même de l'extension de l'univers.
Mais on ne peut concevoir les flux sans les liens qui les organisent. Nous pensons par couples: matière/énergie, flux/liens, comme la conception de la vie, qui demeure la structure élémentaire de notre métaphore pensante.
Le numérique n'échappe pas à la métaphore des flux, du liquide et des liens.
On ne se baigne jamais deux fois dans le même numérique.

samedi, mai 14, 2011

L'affectivité des médias sociaux


Nous reproduisons dans les médias sociaux les mêmes comportements émotifs et utilitaires générés par le carré parental: affectivité, émotion, sentiments, mais aussi demande nourricière, frustration, exigence, hostilité, espoir et déception,libido, érotisme, haine, et pulsion de pouvoir.
Voilà la face obscure du rideau sur le devant duquel est brodée, en lettres lumineuses, la bannière : Nous avons beaucoup d'amis!

vendredi, mai 13, 2011

Les mythes que l'on choisit

La vie a le sens qu'on lui donne. Il faut donc choisir les mythes porteurs de sens. Le pessimisme implique la résignation, un sentiment d'impuissance, qui conduit au cynisme, au défaitisme ou à la jouissance immédiate. Choisir un mythe porteur de futur et d'accomplissement, un mythe qui inspire une croyance optimiste dans notre capacité de changer le monde, c'est choisir le sens que l'on décide de donner à la vie et à l'univers.
Il faut choisir ses mythes, sans fatalisme. Il y a de bons et de mauvais mythes.

jeudi, mai 12, 2011

Mexique


En 1982 avec El Santo, champion vedette de la lucha libre au Mexique, lors du lancement de mon enquête sur la société mexicaine. Art sociologique, une enquête développée en 1983 avec le Museo de arte moderno de Mexico sous le titre Où va la rue?

mercredi, mai 11, 2011

Les deux pôles de la pensée 2


(peinture acrylique sur toile, 2007)

mardi, mai 10, 2011

Les deux pôles de la pensée


La pensée linéaire et sa divergence en arabesque (souterraine). L'une gère, organise, dirige, logiquement, autoritairement; l'autre est fragile, intuitive, créatrice, risquée, marginale, discontinue" Elle changera le cours de l'histoire.

lundi, mai 09, 2011

Le mythe de l'avant-garde


Pourquoi cette course obsessionnelle vers la nouveauté quotidienne qui s'est emparée des artistes occidentaux dans les années 1960-1970? L'avant-gardisme est devenu la mesure et la légitimité de toute chose. Il n'y a pourtant pas de progrès en art.
(Performance dans la salle d'attente de la Gare Terminus de Lyon-Les Brotteaux, en 1979. Les trains arrivent, se succédant, mais repartent sur les rails qui les ont amenés.)

dimanche, mai 08, 2011

La calle ¿ A dónde llega?


Qu'est-ce que la société mexicaine?
Evénement social imaginaire réalisé en 1982-1983 au Museo de arte moderno de Mexico, sur le thème de l'imaginaire social et des mythes mexicains. Publié en 1984 aux éditions Arte y Ediciones, Mexico.
(Affiche d'une conférence débat qui a suivi à l'Ecole nationale des arts décoratifs.)

vendredi, mai 06, 2011

Kunst à la Documenta de Kassel, 1982: art et mythe

100 interventions de signalisation imaginaire en ville à Kassel (Allemagne), lors de la Documenta 7 de 1982, Sur cette photo, devant le Fredericianum

jeudi, mai 05, 2011

Le nombril d'Adam


La peinture religieuse représente toujours Adam avec un nombril, comme s'il était né d'une mère humaine. Michel-Ange, le peignant dans la Chapelle Sixtine, ne manque pas à la règle. Pourtant, le créateur divin ne le porta pas neuf mois dans ses entrailles. Un ami parisien, d'une grande culture scientifique aussi bien qu'artistique, m'en fit un jour la remarque.
Représentant le code-barre d'Adam, mon premier ancêtre, comme il se doit, je lui ai donc placé au bon endroit un petit pansement cache-nombril, par respect pour la sainte parole biblique. La papauté n'avait-elle pas mis des caches-sexe aux saints de ce vénérable lieu? Il serait plus orthodoxe d'oublier cette idée d'un cordon ombilical, qui aurait lié ce premier homme avec Dieu. Dans la Chapelle Sixtine Michel-Ange a plutôt représenté la création d'Adam par le divin doigt.
(peinture acrylique sur toile, 2010, collection Jean-Michel Arnold)

mercredi, mai 04, 2011

La vierge à l'enfant

Réécrire dans le langage actuel l'anthropomorphisme de notre théologie chrétienne. Peinture acrylique sur toile, 2000.

mardi, mai 03, 2011

Pensée en arabesque, variation

Autre variation, acrylique sur toile, 2007.

lundi, mai 02, 2011

Variations de la pensée en arabesque

Quatre variations - quatre peintures acryliques sur toile, 2007.

dimanche, mai 01, 2011

La pensée en arabesque

L'autoritarisme de la pensée linéaire, vectorielle, masculine, phallique s'oppose à la pensée en arabesque, toute en courbes féminines, en exploration flexible qui lie des points sensibles. La cascade linéaire va au plus court, sans déroger, liant le pareil au même exclusivement, tandis que la pensée en arabesque prend son temps, revient sur ses pas, tournoie, cherche l'imprévu dans le creux, intègre l'hétérogène.
Ce sont deux pôles de la pensée que nous combinons ou alternons, dans une posture masculine-féminine face au monde. Ces deux modes de pensée renvoient aux deux figures du père et de la mère dans le carré parental qui constitue notre structure élémentaire d'interprétation du monde. C'est leur combinaison qui est féconde, comme dans la biologie de la vie.
hf

samedi, avril 30, 2011

Le corps sociologique

Gina Pane et Michel Journiac s'accordaient à souligner la dimension sociologique de l'art corporel, dont ils ont été les principaux représentants en France dans les années 1970. Il est vrai que François Pluchart, critique d'art engagé personnellement dans l'art corporel et fondateur du magazine ARTITUDES tendait à penser de même. Il a d'ailleurs soutenu avec beaucoup de détermination l'art sociologique. Nous voici donc ici, en 1974, chez lui à Saint-Jeannet, où il nous avait réunis pour débattre des liens que nous pourrions développer entre nos deux mouvements. J'étais très ouvert à l'idée. Cependant nous nous sommes rapprochés, souvent rencontrés, mais sans fusionner, préférant notre liberté d'action aux stratégies de pouvoir du micro milieu.
Il demeure que Gina Pane et Michel Journiac, à la différence de beaucoup d'autres artistes de l'art corporel aux Etats-Unis et en Europe, considéraient le corps comme un matériau social, intime et biographique, certes, mais surdéterminé par la culture et l'idéologie collectives. Et c'est pour cette raison qu'ils en firent aussi un matériau d'expression, dont nous pouvions partager socialement le langage, même selon ses inflexions les plus individualistes.
Le carré parental qui constitue la structure élémentaire de nos identités, est bâti sur les liens entre l'individu naissant, la mère, le père et l'autre - c'est-à-dire le langage social, comme l'a souligné Lacan. Art sociologique et art corporel étaient donc fondamentalement liés, encore plus liés que nous n'en avions conscience à l'époque. Et c'est pour cela, pour cette raison théorique, que je regrette aujourd'hui de n'avoir pas insisté pour nous rapprocher davantage. hf

vendredi, avril 29, 2011

Père et fille



Lors d'une signalisation imaginaire à Angoulême en 1980, j'ai multiplié dans la haute ville les écriteaux "Père" (flèche directionnelle) et "Fille" (rectangle), en les accolant souvent aux panneaux existants "Paris" et Angoulême", pour suggérer une projection du rapport familial "Père"/"Fille" sur les relations entre la capitale et une ville régionale de France.
Dans les grands carrefours routiers en bas de la ville, des panneaux isolés "Père" ont immanquablement été lus par des chauffeurs de gros camions de fruits et légumes se dirigeant vers la capitale comme l'indication à suivre pour rejoindre Paris. Comme ces panneaux "Père" conduisaient en fait vers la haute vielle ville d'Angoulême, ces poids-lourds ont rapidement bloqué les petites rues anciennes, créant un désordre inextricable. La police appelée au secours pour remettre les camions dans la bonne direction, eut beaucoup de mal à comprendre la cause et à remédier aux effets pervers de cette petite expérience pratique de mythanalyse.
hf

jeudi, avril 28, 2011

Art et mythe

Devant la façade du Museum Fredericianum où se tient régulièrement la Documenta de Kassel, en Allemagne, cet écriteau triangulaire jaune avec masque et gants de protection rappelle que l'art et les mythes sont une matière dangereuse, qu'on ne saurait manipuler sans protection. A vrai dire, ce sont les mythes, par leur puissance, qui peuvent être les plus redoutables et pernicieux, ou bénéfiques. L'art est puissant et il peut lui aussi changer le monde. Mais rarement en mal.
En cette années 1982, j'avais installé une cinquantaine de panneaux de ce type dans la ville de Kassel et organisé avec Klaus Staeck, Richard Martel et Horst Wegman un atelier franco-québéco-allemand sur l'engagement politique de l'art, qui se tenait précisément dans le grenier du musée, derrière ce fronton néoclassique.
hf

mercredi, avril 27, 2011

La divergence

Pourquoi ce besoin fondamental d'échapper à la permanence, à la stabilité, à la sécurité physique et mentale, et d'opter pour la divergence, son incertitude, ses risques physiques et mentaux. Qu'en espère-t-on de plus? Faut-il que nous ayons une si forte frustration au coeur même de notre condition humaine? C'est ce que j'ai tenté de démontrer dans CyberProméthée et dans La société sur le divan, éléments de mythanalyse.
La divergence est emblématique de notre instinct de puissance sur le monde. Présente au sein même des mécanismes d'évolution de la nature, elle est devenue le moteur, le symbole de notre évolution humaine, qui repose beaucoup plus sur la divergence que sur la simple adaptation.
C'est la divergence qui creuse l'écart entre l'animal humain et les autres espèces vivantes, beaucoup plus inertes et lentes que nous dans leur évolution.
L'homme diverge parce qu'il n'est jamais satisfait. Il veut du nouveau, plus de puissance. Tel est le troisième instinct. Freud à l'époque où il a vécu, n'aurait pas dû se limiter à Éros et Thanatos. Prométhée compte autant qu'Éros et plus que Thanatos.

mardi, avril 26, 2011

L'humanité


Ainsi soient-ils! (Acrylique sur toile, MNAV, Montevideo, Uruguay, 2004).

vendredi, avril 22, 2011

les sociétés ludiques

Nous vivons dans la société de l'information et du divertissement. Du moins est-ce ce qu'on raconte dans les pays riches, ceux où les industries du jeu vidéo et d'Hollywood ont beaucoup de succès, où Disneyland est en compétition avec Las Vegas. Et c'est en effet aux Etats-Unis, pas dans les pays pauvres, que sont nées les crises économiques et financières de 2000, puis de 2008. Nous serions enfin dans des sociétés ludiques... Des sociétés où l'on s'amuse dans l'irresponsabilité absolue des jeux électroniques où l'on peut tuer gratuitement sur écran cathodique, et parfois dans les écoles aussi ou dans les réunions publiques.
L'économie numérique s'est crue en apesanteur financière et sociale. Elle a largué les amarres qui la retenaient au réel et développé ses propres logiques ludiques. Les bourses internationales sont devenus de grands casinos où les spéculateurs jouent avec des jetons, des consoles et des robots calculateurs en temps accéléré.Le jeu serait devenu le meilleur moyen de gagner vite de l'argent: un véritable métier.Un travail stressant...
Nous avons connu depuis une dizaine d'années de plus en plus de cas graves de propagation du virus de l'économie imaginaire à l'échelle internationale. La souche origine cette fois des États-Unis. Elle s'est rapidement développée sous l'effet combiné de l'abus de déréglementation publique, du numérique et de la concupiscence humaine, qui ont régné sans retenue dans les salles de jeu des grandes Bourses américaines. Mais les banques européennes ont manifestement adopté elles aussi des pratiques à risque, qui ont favorisé la multiplication du virus à grande échelle. Il n'existe pas encore de vaccin et la recherche pour endiguer cette épidémie mondiale se heurte au refus évident des spéculateurs de changer leurs comportements et d'avaler les pilules que voudraient leur prescrire plusieurs gouvernements.
On pense confier ce dossier à l'Organisation mondiale de la santé, qui a su faire preuve de la plus grande énergie face à la grippe N1H1, sans céder ni à la panique, ni à la corruption.
Hervé Fischer

mercredi, avril 13, 2011

la mémoire iconise

La mémoire est certes une fonction vitale basique - nécessaire à la survie, comme on le constate dans la maladie d'Alzheimer -, mais elle est aussi le constant catalyseur de l'imaginaire, tant individuel que collectif. Elle est la clé qui donne un accès permanent aux mythes qui structurent notre organisation sociale, nos peurs, nos désirs, et les projets qui nous situent dans le monde. En quelque sorte, la mémoire joue un rôle nourricier incessant de notre psyché profonde autant que de notre énergie active à la surface des choses. Notre intégration bio-culturelle dans le processus éducatif parental et social où nous nous développons nous donne le sentiment qu'il y a deux mémoires: l'innée et l'acquise. Il est évident que le petit mammifère qui à peine né cherche la téton de sa mère n'en a pas encore la mémoire acquise, mais l'instinct biologique. Mais ce sont ensuite ses parents qui lui apprendront à se nourrir par l'exemple de leur propre comportement.
La mémoire est culturelle, sociale, collective autant qu'individuelle. Et nous pouvons observer qu'elle recherche des connexions neuronales, les sélectionne, les filtre, puis en condense ou iconise le contenu. Pour assurer son efficacité et nous permettre d'agir ou de réagir rapidement, il est nécessaire qu'elle structure et simplifie le magma de nos souvenirs, qu'elle en hiérarchise les éléments, qu'elle en organise les liens selon des associations utiles ou narratives, qu'elle crée des récits - des mythologies comme celle de l'Olympe ou de la Bible -, qu'elle personnifie ou hypostasie des comportements, des valeurs, des explications, des références selon lesquelles nous pouvons organiser les choses et notre rapport aux choses.
Et c'est pour cela que j'insiste constamment sur l'importance des icônes; pas seulement dans la religion bizantine ou dans la publicité, mais beaucoup plus généralement dans notre fonctionnement mental, dans notre vie quotidienne autant que dans nos élaborations littéraires, artistiques, philosophiques ou scientifiques. L'iconisation nous donne les briques de toute édification mentale. Mais bien plus encore: elle nous en impose les acteurs, les deus ex machina auxquels nous attribuons l'efficace de la Nature, de l'Economie, de la Fatalité, des causes, des idées, des concepts, des images, des dieux ou des chefs politiques, militaires, des stars de la culture, etc. Et c'est pour cela que la mythanalyse recherche dans le carré parental les structures élémentaires de l'imaginaire: le père, la mère, puis l'autre (la société)sont les premières causes de toute chose dans la cosmogonie infantile).
Le substrat de la pensée est iconique. Tout art est iconique. Je l'ai souligné dans "L'avenir de l'art", j'explore les icônes de l'âge du numérique dans ma peinture, dans le tweet art et dans la tweet philosophie. Il s'agit pour moi d'éclairer les icônes, de les montrer, non pour s'agenouiller devant elles, mais pour les démystifier.
hf

mardi, avril 12, 2011

le futur

Le futur est toujours dans le lointain. Mais il est une projection du présent. Même s'il est déterminé par le désir de changement, on voudrait que le futur ne perde pas la mémoire du passé. Penser le futur, c'est donc avant tout penser le présent, en s'y résignant ou en s'en distançant. Le futur colle au présent.
Et il est pétri de tristesse. Soit celle des tenants du "no future", qui sont désespérés, soit celle des insatisfaits du présent qui aspirent au changement. Mais au paradis terrestre, il n'y avait pas non plus de futur. Le bonheur, lorsqu'il est là, ne pense pas au changement, si ce n'est comme une menace de sa perte. L'ivre-mort qui chante en joyeuse compagnie ne pense pas à la mort, pas même au lendemain qui déchantera. C'est la conscience du malheur et de l'inachèvement qui inspire la pensée du futur. A quoi pensaient donc Adam et Ève en croquant la pomme? Au futur? Étaient-ils donc si frustrés ou insatisfaits de leur paradis éternel? La mythanalyse du futur nous renvoie-t-elle aujourd'hui à un désir de retour dans ce paradis originel? Ou dans un meilleur paradis?
hf

vendredi, avril 01, 2011

tweet philosphie

Bien entendu, on ne saurait dire que penser vite, c'est penser mieux! Le philosophe n'est pas un logiciel de Microsoft. La méditation se doit, bien au contraire, de prendre son temps. Alors comment justifier la valeur de la tweet philosophie? Penser en 140 caractères, est-ce une vertu philosophique? Voilà sans aucun doute un exercice difficile, mais qui n'exclut pas, bien au contraire, d'y avoir pensé longtemps avant de s'exprimer. La formule synthétique a ses vertus!
Le tweet philosophique n'est pas de la pensée rapide, superficielle et immédiate. Sa deuxième vertu est plutôt la rapidité et la facilité de diffusion, qui n'implique aucunement la vitesse de la pensée, ni de la formulation.
Alors pourquoi exclure la pensée philosophique de ce média électronique si efficace et stimulant? Aucune vertu philosophique ne le justifie.
En outre, il est important que la philosophie s'intéresse à l'age du numérique, à ses enjeux, ses structures et ses valeurs, sans la frilosité qui semble dominer. C'est pour ces raisons et pour l'efficacité symbolique du geste, que j'ai lancé la tweet philosophie. Actuellement, en ce mois de mars 2011, alors que nous célébrons le cinquième anniversaire de la création de twitter, on nous annonce 145 millions d'usagers de ce média à 145 caractères. Voilà un self média bref et puissant!
Hervé Fischer