tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.
mercredi, juin 15, 2011
L'artiste et l'ordre du monde
Admettons qu'il existe un principe d'organisation dans la nature. Nous n'avons aucune prise sur cet ordre que nous déchiffrons, à l’échelle astrophysique aussi bien que microbiologique, mais nous sommes capables de le détruire sur notre planète en y créant le chaos ou en modifiant les écosystèmes. L'artiste l'explore, comme le scientifique, bien que selon des modalités différentes. L'artiste le déchiffre, le célèbre, en propose des variations, classique, impressionniste, fauviste, cubiste, etc. Il construit donc culturellement notre perception de cet ordre, incluant son idéologie, sa symbolique, son espace-temps.
On pourrait dire que l'artiste déchiffre, célèbre, critique, détruit, reconstruit cet ordre du monde, du moins l'interprétation que nous en avons.
Et il en est de même pour l'ordre social, qui est étroitement liée à notre image du monde. L'artiste célèbre, critique, détruit, reconstruit l'ordre social. L'artiste du XXIe siècle le questionne. Il aborde les débats philosophiques de valeurs, de sens, d'éthique.
Le fils respecte, questionne, critique l'ordre du père et plus généralement l'ordre du carré parental.
mardi, juin 14, 2011
Technosentimentalité
Étrange paradoxe que ces émotions qui nous envahissent face à une machine, ou a fortiori lorsque nous sommes aux commandes, que ce soit une voiture puissante, un écran d'ordinateur, un robot. Manifestement, c'est la puissance de la technologie que nous avons nous-mêmes créée, qui nous touche. Cette puissance prométhéenne met en équation notre fragilité, les dangers auxquels nous nous exposons, et notre propre dépassement. Comment nier alors que la technoscience soit désormais au coeur de notre culture, de notre humanisme. Elle s'y exprime par les émotions profondes que nous ressentons, par la beauté du design, par le son, le mouvement, elle catalyse des dispositifs narratifs et d'échanges humains dans lesquels nous nous imbriquons, comme dans la lecture d'un roman. Elle nous imagine! La technoscience n'est aucunement froide et rébarbative comme on le dit, comme nous avons appris à le penser dans de mauvais cours scolaires. Avec la technoscience, nous sommes à la crête la plus fine, la plus nerveuse, la plus étonnante de notre propre pouvoir de création du monde. C'est ce mythe même qui nous lance son défi.
lundi, juin 13, 2011
Mythanalyse du capitalisme (4): le capitalisme remplace le déisme
Je reviens aujourd'hui à la mythanalyse du capitalisme, à laquelle j'ai consacré trois textes déjà en février 2009. Je soulignais, reprenant les analyses de Max Weber sur l"éthique protestante et l'esprit du capitalisme", à quel point l'évolution de la fonction sociale de l'art confirmait sa thèse. Nous soulignions que la symbolique de l'art, originellement magique et religieuse était passée au service de la puissance terrestre et de la richesse, au point où elle incitait désormais de riches financiers à devenir collectionneurs et tendait à légitimer leur réussite. Et ces rois du capitalisme ne manquent pas, avant de mourir, de léguer leurs collections à des musées et fondations publiques en mémoire de leur succès sur terre, comme jadis ils faisaient dons à l'Église de biens importants pour garantir leur accession au paradis.
Max Weber a montré comment le capitalisme a été identifié au protestantisme bourgeois, notamment anglo-saxon.
Nous pouvons sans doute aller plus loin et affirmer qu'après avoir été associé au déisme, et en avoir tiré paradoxalement une légitimité religieuse à nos yeux étrange, le capitalisme tend à le remplacer aujourd'hui, tant l'argent et l'économie sont devenues une nouvelle religion. Un religion désormais quasi planétaire depuis la chute du communisme, tant en Chine, en Inde, en Afrique qu'en Occident.
Il est très suspect que la religion ait pu être ainsi associée si étroitement à la puissance et à l'enrichissement dans notre histoire. Marx a dénoncé ce cynisme de l'idéologie dominante avec la vigueur qu'il méritait.
Le capitalisme a repris aussi du déisme cette violence doucereuse et cet esprit de conquête qui en ont assuré l'empire pendant des siècles.
Et nos comportements mêmes s'en ressentent, jusque dans nos vie quotidiennes. Banques et musées sont passés à la religion capitaliste et nous conditionnent lorsque nous y entrons, comme jadis lorsque nous allions à l'église.
Il demeure que la religion du capitalisme fait bon ménage aussi bien avec le déisme traditionnel et la pratique religieuse qu'avec l'athéisme. Il est vrai que le capitalisme conjugue historiquement, comme l'a montré Max Weber, piété religieuse et pragmatisme d'affaires. Déisme et capitalisme sont aussi sujets tous deux à de grandes dérives imaginaires et à des luttes de pouvoir territoriales.
dimanche, juin 12, 2011
Mythanalyse des masses sociales
Il convient de parler au pluriel des masses sociales, car elles peuvent se former et se déplacer simultanément au sein d'une même société, et entrer alors inévitablement dans un conflit qui assurera la victoire de l'une et éliminera l'autre; ou varier significativement dans leur gestation et leur profil d'une société à une autre.
On devrait aussi se demander si, à la différence des foules, les masses sont visibles. Si nous avons vraiment conscience de faire partie d'une masse - et si oui, de quelle masse et qui vise quoi?
Les masses existent-elles? La question se pose dans nos sociétés du Nord, où coexistent des deux forces, celle d'un individualisme exacerbé, et celle d'une conscience de masse. Comment ces deux pôles sont-ils compatibles? Comment s'articulent-ils? Sont-ils liés? Nous voyons bien que dans les sociétés très organiquement liées, comme les sociétés japonaise ou chinoise ou russe ancienne. dans les sociétés qu'on appelle collectivistes, l'individualisme ne compte guère par rapport à la soumission au groupe.
Sans doute pouvons-nous caractériser les sociétés occidentales de classes moyennes comme un cas particulier qu'on appellera "sociétés hyperindividualistes de masse". C'est un paradoxe, mais probablement pas une contradiction, l'intégration forte à la masse permettant sans danger d'éclatement une marge bien réelle de pseudo liberté individuelle. Je peux librement choisir de boire du Coca plutôt que du Pepsi, de manger du pain biologique ou industriel, d'aller en vacances à la mer ou à la montagne, voire d'être homo ou hétérosexuel. Le système de masse, soutenu par ses médias, son système de gestion, de consommation, de contrôle, est assez puissant pour programmer ces choix et les offrir sans que la coquille se fracture.
La question est alors de savoir qui génère, contrôle, oriente ces masses, qui, une fois en mouvement, peuvent devenir très puissantes. Le fascisme, le maoïsme, le communisme ont su maîtriser cette dynamique. La masse devient alors redoutable, elle dévore tout obstacle sur son passage, comme un énorme insecte, comme le cloporte de Kafka.
Le concept de masse sociale, en temps plus normal, disons démocratique, correspond-il à la réalité? Est-il un pôle imaginaire de notre conscience? Une peur? Ou une réalité qu'on peut décrire et mesurer?
L'imaginaire du concept de masse s'enracine dans quel mythe? Celui de la fusion organique? Celui de l'unité sociale dans laquelle se réfugie l'individu effrayé par la conscience de sa propre liberté? Répond-il à la peur des fils qui se rassemblent soudain dans l'ombre et sous l'autorité absolue du père? Lorsqu'on observe les traits de caractère de personnages comme Staline, Mao, Hitler, Mussolini, Franco, on découvre que ces leaders ont été créés, soutenus, adulés par des humains en quête d'un chef capable de les protéger contre leurs peurs, contre la misère réelle, contre les boucs émissaires (les méchants juifs, socialistes, républicains, homosexuels, gitans, etc.) Bref, contre la peur de l'Autre, du différent.
On croit être capable d'analyser le phénomène des masses fascistes. Hannah Arendt a clairement décrit le dispositif, basé sur le ressentiment du faible.
Mais dans le cas des démocraties marchandes - je préfère ce terme à celui de démocratie bourgeoise ou de classe moyenne, car il est beaucoup moins confus, pouvons-nous parler de masses démocratiques? Masses des fils qui ne se réclament pas de la protection d'un père?
Une masse peut-elle s'autogérer? Je ne le crois pas. La figure du père tout puissant semble être la clef de voûte de tout phénomène de masse. Nous, les fils libertaire, nous devrions donc redouter toute idée de masse sociale.
Question à reprendre et à approfondir, car elle touche certainement à une clé du système social actuel.
samedi, juin 11, 2011
Mythanalyse du Moi (4)
Pourtant, rien n'est simple... La schizophrénie est sans doute un paramètre normal de la "personnalité de base ", comme l'appelait Abram Kardiner. La diversité, voire les contradictions entre les rôles sociaux que chacun doit assumer, combinées avec les contradictions entre les contextes réels, entre le réel et le numérique, entre l'inconscient et le Surmoi, contribuent sans doute à faire de nous des agrégats que nous apprenons à unifier jusqu'à un certain point. L'équilibre de cette dynamique complexe assure tout à la fois que nous ne succombions pas à la maladie mentale, mais aussi que nous transformions cette fragilité en richesse psychique créatrice et capacité d'adaptation et de divergence.
La structure élémentaire du carré parental constitue dès la naissance un système sous tension, comportant des pôles, des contraintes et des paramètres diversifiés, voire contradictoires, par rapport auxquels le nouveau-né apprend à tenir le gouvernail. Forces convergentes et centrifuges sont le ressort même de la dynamique du Moi.
vendredi, juin 10, 2011
Mythanalyse du Moi (3)
Le Surmoi nous invite cependant à plus de modestie. Il est vrai que nous gardons la conscience de notre fragilité humaine. Il est vrai, surtout, que le style, ça compte. "Le style est l'homme même" a dit le célèbre naturaliste Buffon, qui a beaucoup écrit sur notre évolution.
jeudi, juin 09, 2011
Mythanalyse du Moi (2)
Le Surmoi freudien est une construction sociale, que chacun est amené par les logiques de situation à édifier, en plus dur, du fait des modèles, des systèmes de valeur en place, des déterminismes liés aux rôles sociaux auxquels il doit se conformer. Ce Surmoi est formaté par l'Autre du carré parental: la société. Cette édifice a de la rigidité, celle d'une fragile citadelle, qui se veut plus forte que n'est le Moi. Le Surmoi rationalise, s'intègre dans les systèmes, cherche l'adaptation et l'efficacité. Chacun tient ses bretelles.
mercredi, juin 08, 2011
La mythanalyse du moi
Chacun rassemble l'agrégat d'impressions confuses qu'il a de lui-même, incluant ses contradictions, ses illusions, ses efforts, ses défauts, sans même pouvoir prendre en compte ses taches aveugles, pour construire une structure, comme on édifie une maison avec des matériaux disparates mais nécessaires, et souvent complémentaires. Cela prend une vie pour édifier, sans que jamais on puisse voir vraiment l'édifice. Puis ce sera l'oubli, ou bien les esquisses des autres.
Le buste de marbre semble surmonter l'impossibilité et définir définitivement celui que l'on a tenté d'être. En pierre dure, et noble, voire en bronze, mais seulement une apparence visuelle. Sartre nous proposait une vision existentialiste quasiment factuelle de nous. Nous sommes ce que nous faisons. On s'embourbe dans l'introspection et la psychanalyse. Et la mythanalyse ne déchiffre que l'écho des imaginaires sociaux qui sont en nous et nous déterminnt. Peut-être l'identité est-elle un mythe, au sens d'un imaginaire social de nous même, basé sur des stéréotypes et des aspirations à des modèles sociaux que nous ne sommes pas. Le fameux MOI, et ses déclinaisons freudiennes ou lacaniennes demeure un idealtype ou un fantasme, autant défini par ce que l'on est pas que parce qu'on voudrait être ou tente de déchiffrer de soi.
Le moi est décidément un objet de réflexion difficile, parce que c'est non seulement une construction incertaine, mais aussi une perception confuse.
Je suis un autre. J'échappe sans cesse à toute tentative d'arrêt sur image ou de captation fixe, claire et distincte. Comment pouvons-nous vivre ainsi dans le flou de nous-même? Nietzsche répondrait que s'il n'en était pas ainsi, nous serions déjà morts, sans mouvement, sans changement, sans marge de liberté, sans vie. Mais il n'est pas vrai qu'on sache enfin d'un homme mort qui il était. L'obscurité s'épaissit au contraire. Et chacun projette sur lui ses propres fantasmes.
lundi, juin 06, 2011
Qu'est-ce qu'un simulacre?
Un simulacre peut tenir à la virtuosité du peintre ou du programmeur numérique, ou à un effet d'optique (mirage), mais il est surtout un effet de notre imaginaire, qui voit ce qui n'existe pas et nous le fait croire pleinement réel. Des philosophes de l'illusionnisme nous ont déjà suggéré que tout le réel n'est qu'un simulacre. Platon déjà, dans le mythe de la caverne, opposait les illusions de nos perceptions à la réalité des idées pures. Le film Matrix nous affirme la même chose, avec un pouvoir numérique difficile à contourner.
Nous savons que notre perception du réel est limitée et qu'un fichier numérique peut nous montrer l'invisible à l'oeil nu d'une galaxie ou d'une bactérie.
Difficile d'échapper au relativisme. Le simulacre peut être immobile ou encore plus changeant que le réel.
C'est la souffrance qui est sans doute le critère le plus indéniable du réel. Il faut dit-on se mordre pour être sûr d'exister. Et la souffrance des exploités, des malades, des torturés ne peut être niée au nom du relativisme. Un simulacre peut nous faire terriblement peur, mais pas nous faire souffrir dans notre chair comme la violence faite aux démunis, aux enfants.
Il y a des limites à nier la réalité au nom du relativisme. C'est l'éthique, plus que la métaphysique ou que l'ontologie, qui garantit la réalité de l'existence.
Pourquoi aimons-nous jouer aux simulacres? Goût du pouvoir? Relativisme? Cela tient surtout à la puissance de l'imaginaire, qui nous fait voir plus que les perceptions de nos sens? Le désir et la peur voient plus que les yeux, entendent plus que les oreilles!
Décidément, on ne peut nier l'existence du réel, mais pas davantage le pouvoir de l'imagination de le travestir ou de l'imiter. La phénoménologie nous dit à juste titre que notre image du monde dépend autant de nous que de la réalité qu'on dit "en soi" (encore une autre représentation imaginaire!)
dimanche, juin 05, 2011
Théorie et pratique de la mythanalyse
Apprendre à détecter les mythes dans le magma des imaginaires sociaux, comme le métal avec un aimant dans le foisonnement des communications et des cultures, les identifier, en s'aidant du thésaurus de la mythologie ancienne. Les suivre à travers leurs mutations, métamorphoses, leur mort et leur apparition. Les articuler, vérifier leur cohérence avec la théorie de la mythanalyse et notamment par rapport au carré parental, ou changer la théorie, les expliquer, montrer leur impact social et sur les inconscients individuels. Voilà ce que tente la mythanalyse.
L'un des domaines les plus significatifs aujourd'hui de notre évolution et des plus riches en mythes quasiment au premier degré, c'est bien le numérique.
samedi, juin 04, 2011
Courir après Dieu
Si vous n'êtes pas de ceux qui sont panthéistes athées, courez-vous après votre âme et après Dieu? Sachez bien que l'imagination n'est pas toujours une vertu.
vendredi, juin 03, 2011
Panthéiste athée
Lorsqu'on a compris que l'homme fait intégralement et exclusivement partie de la nature, qu'il est ni plus, ni moins, qu'un animal évolué, et qu'on ne cesse d'être surpris par la créativité et la puissance de la nature, il est "naturel" de se déclarer panthéiste. Spinoza l'a magistralement exposé dans sa philosophie matérialiste. Mais j'ai remarqué qu'il faut aussitôt ajouter: panthéiste athée. Faute de quoi on nous voit à genoux devant une statue de femme, genre déesse de la Nature, et lui offrant des fleurs dans un rituel champêtre.
C'est ainsi: nous avons identifié la nature à une déesse mère, en souvenir de notre état de nouveau-né dans le carré parental. Et nous lui accouplons un dieu le père, moins visible, mais plus autoritaire, voire coléreux.
jeudi, juin 02, 2011
Le tweet de Dieu
Dieu sait tout de nous, nos prières, nos blasphèmes et mêmes nos pensées, mais il nous oppose son silence absolu, sauf à Moïse et à ses prophètes, à ses saints et à ceux qui ont la foi et imaginent communiquer avec lui.
On comprend qu'il se réfugie dans son silence. Nous autres, nous devons répondre sans cesse aux appels du téléphone portable, aux courriels, aux textos, cela devient infernal.
Et nous avons lassé Dieu; il nous a quitté sans cérémonie, sans autre avertissement qu'un tweet, un seul, que seuls les athées ont entendu.
mardi, mai 31, 2011
Danser avec la mort, art sociologique
Lors de l’évènement social imaginaire "La calle Adonde llega? - Où va la rue ?" en 1983 au Museo de Arte Moderno de Mexico, il s'agissait de questionner la population sur son image de la société mexicaine, ainsi que sur la fonction sociale du musée. Avec le collectif d'artistes qui s'impliqua généreusement et très talentueusement dans cet évènement d'art sociologique, parmi les très nombreuses activités, je n'oublierai jamais cette rencontre et cette danse avec la mort, personnifiée par une actrice.
Le thème de la mort est évidemment tabou. Dans la culture mexicaine, il existe une familiarité remarquable des gens avec ce thème. A la Toussaint, c'est la fête avec des crânes et toutes sortes de représentations symboliques de la mort en sucre coloré. Une sorte d'exorcisme collectif de cette menace si présente dans la vie mexicaine, du fait de la violence et du sous-développement. Une volonté compensatoire aussi de fêter le plaisir de la vie tant qu'on l'a. Et pour moi, né dans une autre société, européenne, le frisson de danser avec celle qui peut m'emporter par surprise et sans mon consentement. En France, au Canada, à l'inverse du Mexique, on tend à cacher, nier, oublier la menace de la mort. Deux attitudes sociales opposées, révélatrices de deux imaginaires fort différents. La mort est un évènement culturel autant et plus que physiologique. Et il semble que plus on cache la menace de la mort, plus elle fait peur. La peur de l'invisible est manifestement plus grande que celle de ce que l'on voit.
L'imaginaire est beaucoup plus puissant que le réel, l'invisible que le visible. Et il en est de même dans le cas du désir. C'est aussi pourquoi le bonheur, lorsqu'il est là, visible et disponible, excite moins que son désir.
L'intensité des émotions est plus grande dans la peur et dans le désir, que dans la réalité de ce qu'ils évoquent. Une grande leçon de psychologie humaine, qui explique aussi l'importance de l'imaginaire dans le réel et de la mythanalyse pour l'élucider, et si éventuellement nous en libérer.
hf
lundi, mai 30, 2011
L'hypnose cathodique
Peut-on parler d'hypnose, alors que l'internaute est certes fasciné par l'écran au point d'en oublier parfois le monde réel pendant des heures? Est-il sous contrôle de l'écran hypnotiseur ? Absorbé, dépendant, esclave manipulable? Obéissant aux ordres du logiciel? Soumis aux procédures et rituels qui lui sont imposés? Prêt à faire des confidences intimes en suivant les suggestions des médiaux sociaux tels que Facebook? Contraint de répondre quasiment en temps réel aux messages qu'il reçoit? Désemparé si la connnection s'interrompt? Et impatient de retomber sous l'emprise de son hypnotiseur dès qu'il en est libéré?
Bien sûr, toute image en mouvement, y compris celle du feu, ou celle de l'écran de cinéma peut exercer ce pouvoir. Il ne faut pas abuser de la comparaison. Mais la tendance à l'hypnose cathodique est incontestablement fréquente. Et l'interactivité de l'esprit et des mains sur le clavier ajoute àau pouvoir de domination du numérique sur l'esprit de l'internaute.
Reste à se demander quel mécanisme, magnétisme ou chimie psychiques opèrent dans l'hypnose.
hf
dimanche, mai 29, 2011
Le cinquième élément premier: le numérique
On a beaucoup écrit et interprété à propos des quatre éléments: l'eau, l'air, la terre, le feu. On les appelle "premiers", car ils semblent irréductibles les uns aux autres et composer tout ce qui existe. Les mythologies abondent en récits sur ces thèmes. Bachelard en a évoqué la poétique, les imaginaires, les relations.
Il est temps de porter aussi notre attention sur un cinquième et nouvel élément de notre cosmogonie. Le numérique n'est pas un qualitatif qui s'ajoute et se combine avec les quatre éléments premiers. On peut certes parler de l'eau numérique , voire de l'air numérique. Mais évidemment pas du feu numérique, ni de la terre numérique. Les métaphores aquatiques du numérique sont fréquentes. L'imaginaire de l'élévation, de l'esprit, de la noosphère, la religiosité rapprochent le numérique de l'air et inspire aussi des métaphores et des interprétations.
Mais pas le feu, qui est emblématique d'un âge précédent de l'humanité, comme le numérique l'est devenu de l'âge qui émerge aujourd'hui.
Quant à la terre, elle est manifestement son opposé dans notre imaginaire.
Je propose donc de considérer le numérique comme un cinquième élément premier, nouveau et transformateur de notre alchimie humaine. Comme les précédents, il appelle l'attention de la mythanalyse. Nous voyons bien qu'il est déjà mythifié.
hf
samedi, mai 28, 2011
vendredi, mai 27, 2011
Bons et mauvais mythes
Nous avons inventé de bons et de mauvais mythes. Et les mythes sont souvent ambivalents. Ainsi pouvons-nous donner du même mythe une interprétation positive ou nocive. Par exemple, il y a un bon et un mauvais usage du mythe du progrès ou du bonheur, voire de la création.
Nous considérons comme nocifs des mythes qui nous aliènent, comme les mythes religieux, et toutes les superstitions qu'ils suscitent.
Le mythe de Sisyphe nous apparaît comme un mythe plus porteur de persévérance humaniste que de désespoir. Le mythe de la Tour de Babel a été interprété négativement par les exégètes chrétiens, alors qu'il peut aujourd'hui être interprété positivement comme le mythe fondateur de notre diversité culturelle, porteur de notre désir d'élévation, de construction de l'humanité. Le mythe d'Adam et Ève est aussi nocif que débile.
Les mythes sont comme les bactéries, nécessaires, omniprésents et selon les cas bénéfiques ou funestes. Nous ne saurions nous passer d'une pensée mythique. Tout notre langage lui-même est métaphorique et mythique. L'important est donc de choisir ses mythes et de construire des interprétations bénéfiques, porteuses d'espoir et de volonté. Il ne faut pas hésiter à lutter contre l'influence de mythes nocifs et à en inventer des positifs.
C'est en ce sens que la mythanalyse est non seulement une tentative de lucidité, mais aussi une possible thérapie sociale.
jeudi, mai 26, 2011
Une mythanalyse de la paix?
Les mythologies anciennes débordent de récits de combats, de violence et de guerre, comme si Thanatos était un profond instinct humain ou un grand principe explicatif de nos dérapages et folies meurtrières. Au point ou il faut nécessairement opposer la violence à la violence pour y mettre fin, comme on allume un contre-feu pour limiter des incendies de forêt devenus incontrôlables.
Les dieux de la guerre sont nombreux, tel Mars. Ses demi-dieux et héros sont innombrables et célèbres. Bien qu'on parle de la paix de Dieu, la paix est plutôt incarnée par des figures féminines, mais on connaît mal les déesses de la paix, Eireen chez les Grecs et Pax chez les Romains.
Il existe certes une constellation forte de mythes qui asssocient l'amour, l'harmonie, le bien, le bonheur. Et la paix constitue une condition sine qua non de la réalisation des autres, mais la paix est une sorte d'état par défaut, de non-guerre, auquel nous aspirions pour la plupart comme au plus précieux des biens.
La paix, il est vrai, par nature, ne donne pas lieu à de grands récits mémorables. Son image est plutôt fade. En ce sens, la paix est à peine un mythe.
Une mythanalyse de la paix est certes encore à explorer, mais il est de la plus grande importance pour l'avancement de la mythanalyse de comprendre à quel point un mythe est avant tout un grand récit, plus que la figure centrale elle-même de ce récit. Il ne faut pas s'en étonner: c'est le récit qui explique l'origine ou la fin de notre monde, pas l'icône.
C'est la Bible ou les récits mythologiques grecs qui nous proposent des explications, et non pas Dieu ou Zeus eux-mêmes.Beaucoup disent même que Dieu lui-même est inconnaissable. Il ne saurait donc rien expliquer. C'est la saga de ses actes qui en constitue le mythe et nous nous donne des clés explicatives.
mercredi, mai 25, 2011
Le mythe de la mort
L'évolution de la nature se fonde sur des cycles où la mort n'est qu'une anecdote locale. C'est ce que nous enseigne l'observation de la végétation et des autres espèces vivantes. La mort recycle et la vie poursuit son foisonnement créatif. Il saute aux yeux que la nature est création et célébration omniprésente de la vie; nous ne devrions donc pas lui reprocher la mort, ni celle des feuilles mortes, ni la nôtre, si elle survient avec le grand âge. Je ne parle évidemment pas ici du drame des accidents mortels qui interrompent la saison normale d'une vie entière.
Les êtres humains divergent sur ce point de la nature à laquelle ils appartiennent pourtant corps et âme. Nous prétendons ne pas être heureux, nous nous déclarons pessimistes, nous nous plaignons de cette "vallée de misère", mais peu nombreux sont ceux qui se suicident. Nous avons terriblement peur de la mort, soit parce qu'elle nous prive de notre bien le plus précieux - la vie -, soit parce que nous avons peur de souffrir avant, pendant et après - et de faire souffrir nos proches.
Et nous avons inventé toutes sortes d'histoires farfelues de survie des esprits après la mort du corps. Nos mythologies en regorgent. Cela semblerait apaiser nos craintes personnelles et la tristesse de la séparation avec ceux de nos proches qui sont morts. Des mythologies-béquilles pour ne pas nous confronter à la réalité matérielle.
Pour celui qui se veut athée, la mort est finale pour lui individuellement. Il retourne à la matière, à la poussière d'étoiles dont il est fait. S'il est un athée heureux, il souhaitera donc retarder le plus possible l'issue fatale, mais il ne doit pas redouter la mort pour lui, lorsqu'elle survient. Son retour à la terre est naturel. Il a profité d'un instant cosmique et apporté une petite contribution à l'évolution de la nature et de l'humanité qui en fait partie.
Nous rêvons cependant d'éternité, cette éternité dont nous avons doté les dieux que nous avons inventés. Les mythes de la mort et de l'éternité sont frères jumeaux. Pourtant, l'éternité, qui n'a pas de fin, ne devrait pas non plus avoir de début. Si elle doit commencer pour chacun de nous avec notre mort, il faut bien que nous ayons été quelque part avant de naître. La croyance en la métempsychose est donc logique. Pour garantir l'éternité, elle nie la mort et l'interprète, de même que la naissance, comme une migration de l'âme. Et pour rester logique et introduire une récompense pour les bons, cette vision bouddhiste a donc créé une hiérarchie des corps. Un homme bon renaîtra dans un corps noble et un méchant dans celui d'un ver de terre. Les raffinements de notre pauvre logique humaine sont aussi pitoyables que la plupart de nos mythologies.
Une bonne question: le progrès existe-t-il dans l'histoire de nos mythologies? Certes, le progrès lui-même est un mythe fondamental. Un bon mythe. Rideau pour aujourd'hui. Mais nous reviendrons voir la pièce demain pour mieux la déchiffrer.
hf
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