tout ce qui est réel est fabulatoire, tout ce qui est fabulatoire est réel, mais il faut savoir choisir ses fabulations et éviter les hallucinations.

jeudi, juin 09, 2011

Mythanalyse du Moi (2)


Le Surmoi freudien est une construction sociale, que chacun est amené par les logiques de situation à édifier, en plus dur, du fait des modèles, des systèmes de valeur en place, des déterminismes liés aux rôles sociaux auxquels il doit se conformer. Ce Surmoi est formaté par l'Autre du carré parental: la société. Cette édifice a de la rigidité, celle d'une fragile citadelle, qui se veut plus forte que n'est le Moi. Le Surmoi rationalise, s'intègre dans les systèmes, cherche l'adaptation et l'efficacité. Chacun tient ses bretelles.

mercredi, juin 08, 2011

La mythanalyse du moi



Chacun rassemble l'agrégat d'impressions confuses qu'il a de lui-même, incluant ses contradictions, ses illusions, ses efforts, ses défauts, sans même pouvoir prendre en compte ses taches aveugles, pour construire une structure, comme on édifie une maison avec des matériaux disparates mais nécessaires, et souvent complémentaires. Cela prend une vie pour édifier, sans que jamais on puisse voir vraiment l'édifice. Puis ce sera l'oubli, ou bien les esquisses des autres.
Le buste de marbre semble surmonter l'impossibilité et définir définitivement celui que l'on a tenté d'être. En pierre dure, et noble, voire en bronze, mais seulement une apparence visuelle. Sartre nous proposait une vision existentialiste quasiment factuelle de nous. Nous sommes ce que nous faisons. On s'embourbe dans l'introspection et la psychanalyse. Et la mythanalyse ne déchiffre que l'écho des imaginaires sociaux qui sont en nous et nous déterminnt. Peut-être l'identité est-elle un mythe, au sens d'un imaginaire social de nous même, basé sur des stéréotypes et des aspirations à des modèles sociaux que nous ne sommes pas. Le fameux MOI, et ses déclinaisons freudiennes ou lacaniennes demeure un idealtype ou un fantasme, autant défini par ce que l'on est pas que parce qu'on voudrait être ou tente de déchiffrer de soi.
Le moi est décidément un objet de réflexion difficile, parce que c'est non seulement une construction incertaine, mais aussi une perception confuse.
Je suis un autre. J'échappe sans cesse à toute tentative d'arrêt sur image ou de captation fixe, claire et distincte. Comment pouvons-nous vivre ainsi dans le flou de nous-même? Nietzsche répondrait que s'il n'en était pas ainsi, nous serions déjà morts, sans mouvement, sans changement, sans marge de liberté, sans vie. Mais il n'est pas vrai qu'on sache enfin d'un homme mort qui il était. L'obscurité s'épaissit au contraire. Et chacun projette sur lui ses propres fantasmes.

lundi, juin 06, 2011

Qu'est-ce qu'un simulacre?


Un simulacre peut tenir à la virtuosité du peintre ou du programmeur numérique, ou à un effet d'optique (mirage), mais il est surtout un effet de notre imaginaire, qui voit ce qui n'existe pas et nous le fait croire pleinement réel. Des philosophes de l'illusionnisme nous ont déjà suggéré que tout le réel n'est qu'un simulacre. Platon déjà, dans le mythe de la caverne, opposait les illusions de nos perceptions à la réalité des idées pures. Le film Matrix nous affirme la même chose, avec un pouvoir numérique difficile à contourner.
Nous savons que notre perception du réel est limitée et qu'un fichier numérique peut nous montrer l'invisible à l'oeil nu d'une galaxie ou d'une bactérie.
Difficile d'échapper au relativisme. Le simulacre peut être immobile ou encore plus changeant que le réel.
C'est la souffrance qui est sans doute le critère le plus indéniable du réel. Il faut dit-on se mordre pour être sûr d'exister. Et la souffrance des exploités, des malades, des torturés ne peut être niée au nom du relativisme. Un simulacre peut nous faire terriblement peur, mais pas nous faire souffrir dans notre chair comme la violence faite aux démunis, aux enfants.
Il y a des limites à nier la réalité au nom du relativisme. C'est l'éthique, plus que la métaphysique ou que l'ontologie, qui garantit la réalité de l'existence.
Pourquoi aimons-nous jouer aux simulacres? Goût du pouvoir? Relativisme? Cela tient surtout à la puissance de l'imaginaire, qui nous fait voir plus que les perceptions de nos sens? Le désir et la peur voient plus que les yeux, entendent plus que les oreilles!
Décidément, on ne peut nier l'existence du réel, mais pas davantage le pouvoir de l'imagination de le travestir ou de l'imiter. La phénoménologie nous dit à juste titre que notre image du monde dépend autant de nous que de la réalité qu'on dit "en soi" (encore une autre représentation imaginaire!)

dimanche, juin 05, 2011

Théorie et pratique de la mythanalyse



Apprendre à détecter les mythes dans le magma des imaginaires sociaux, comme le métal avec un aimant dans le foisonnement des communications et des cultures, les identifier, en s'aidant du thésaurus de la mythologie ancienne. Les suivre à travers leurs mutations, métamorphoses, leur mort et leur apparition. Les articuler, vérifier leur cohérence avec la théorie de la mythanalyse et notamment par rapport au carré parental, ou changer la théorie, les expliquer, montrer leur impact social et sur les inconscients individuels. Voilà ce que tente la mythanalyse.
L'un des domaines les plus significatifs aujourd'hui de notre évolution et des plus riches en mythes quasiment au premier degré, c'est bien le numérique.

samedi, juin 04, 2011

Courir après Dieu


Si vous n'êtes pas de ceux qui sont panthéistes athées, courez-vous après votre âme et après Dieu? Sachez bien que l'imagination n'est pas toujours une vertu.

vendredi, juin 03, 2011

Panthéiste athée


Lorsqu'on a compris que l'homme fait intégralement et exclusivement partie de la nature, qu'il est ni plus, ni moins, qu'un animal évolué, et qu'on ne cesse d'être surpris par la créativité et la puissance de la nature, il est "naturel" de se déclarer panthéiste. Spinoza l'a magistralement exposé dans sa philosophie matérialiste. Mais j'ai remarqué qu'il faut aussitôt ajouter: panthéiste athée. Faute de quoi on nous voit à genoux devant une statue de femme, genre déesse de la Nature, et lui offrant des fleurs dans un rituel champêtre.
C'est ainsi: nous avons identifié la nature à une déesse mère, en souvenir de notre état de nouveau-né dans le carré parental. Et nous lui accouplons un dieu le père, moins visible, mais plus autoritaire, voire coléreux.

jeudi, juin 02, 2011

Le tweet de Dieu


Dieu sait tout de nous, nos prières, nos blasphèmes et mêmes nos pensées, mais il nous oppose son silence absolu, sauf à Moïse et à ses prophètes, à ses saints et à ceux qui ont la foi et imaginent communiquer avec lui.
On comprend qu'il se réfugie dans son silence. Nous autres, nous devons répondre sans cesse aux appels du téléphone portable, aux courriels, aux textos, cela devient infernal.
Et nous avons lassé Dieu; il nous a quitté sans cérémonie, sans autre avertissement qu'un tweet, un seul, que seuls les athées ont entendu.

mardi, mai 31, 2011

Danser avec la mort, art sociologique


Lors de l’évènement social imaginaire "La calle Adonde llega? - Où va la rue ?" en 1983 au Museo de Arte Moderno de Mexico, il s'agissait de questionner la population sur son image de la société mexicaine, ainsi que sur la fonction sociale du musée. Avec le collectif d'artistes qui s'impliqua généreusement et très talentueusement dans cet évènement d'art sociologique, parmi les très nombreuses activités, je n'oublierai jamais cette rencontre et cette danse avec la mort, personnifiée par une actrice.
Le thème de la mort est évidemment tabou. Dans la culture mexicaine, il existe une familiarité remarquable des gens avec ce thème. A la Toussaint, c'est la fête avec des crânes et toutes sortes de représentations symboliques de la mort en sucre coloré. Une sorte d'exorcisme collectif de cette menace si présente dans la vie mexicaine, du fait de la violence et du sous-développement. Une volonté compensatoire aussi de fêter le plaisir de la vie tant qu'on l'a. Et pour moi, né dans une autre société, européenne, le frisson de danser avec celle qui peut m'emporter par surprise et sans mon consentement. En France, au Canada, à l'inverse du Mexique, on tend à cacher, nier, oublier la menace de la mort. Deux attitudes sociales opposées, révélatrices de deux imaginaires fort différents. La mort est un évènement culturel autant et plus que physiologique. Et il semble que plus on cache la menace de la mort, plus elle fait peur. La peur de l'invisible est manifestement plus grande que celle de ce que l'on voit.
L'imaginaire est beaucoup plus puissant que le réel, l'invisible que le visible. Et il en est de même dans le cas du désir. C'est aussi pourquoi le bonheur, lorsqu'il est là, visible et disponible, excite moins que son désir.
L'intensité des émotions est plus grande dans la peur et dans le désir, que dans la réalité de ce qu'ils évoquent. Une grande leçon de psychologie humaine, qui explique aussi l'importance de l'imaginaire dans le réel et de la mythanalyse pour l'élucider, et si éventuellement nous en libérer.
hf

lundi, mai 30, 2011

L'hypnose cathodique


Peut-on parler d'hypnose, alors que l'internaute est certes fasciné par l'écran au point d'en oublier parfois le monde réel pendant des heures? Est-il sous contrôle de l'écran hypnotiseur ? Absorbé, dépendant, esclave manipulable? Obéissant aux ordres du logiciel? Soumis aux procédures et rituels qui lui sont imposés? Prêt à faire des confidences intimes en suivant les suggestions des médiaux sociaux tels que Facebook? Contraint de répondre quasiment en temps réel aux messages qu'il reçoit? Désemparé si la connnection s'interrompt? Et impatient de retomber sous l'emprise de son hypnotiseur dès qu'il en est libéré?
Bien sûr, toute image en mouvement, y compris celle du feu, ou celle de l'écran de cinéma peut exercer ce pouvoir. Il ne faut pas abuser de la comparaison. Mais la tendance à l'hypnose cathodique est incontestablement fréquente. Et l'interactivité de l'esprit et des mains sur le clavier ajoute àau pouvoir de domination du numérique sur l'esprit de l'internaute.
Reste à se demander quel mécanisme, magnétisme ou chimie psychiques opèrent dans l'hypnose.
hf

dimanche, mai 29, 2011

Le cinquième élément premier: le numérique


On a beaucoup écrit et interprété à propos des quatre éléments: l'eau, l'air, la terre, le feu. On les appelle "premiers", car ils semblent irréductibles les uns aux autres et composer tout ce qui existe. Les mythologies abondent en récits sur ces thèmes. Bachelard en a évoqué la poétique, les imaginaires, les relations.
Il est temps de porter aussi notre attention sur un cinquième et nouvel élément de notre cosmogonie. Le numérique n'est pas un qualitatif qui s'ajoute et se combine avec les quatre éléments premiers. On peut certes parler de l'eau numérique , voire de l'air numérique. Mais évidemment pas du feu numérique, ni de la terre numérique. Les métaphores aquatiques du numérique sont fréquentes. L'imaginaire de l'élévation, de l'esprit, de la noosphère, la religiosité rapprochent le numérique de l'air et inspire aussi des métaphores et des interprétations.
Mais pas le feu, qui est emblématique d'un âge précédent de l'humanité, comme le numérique l'est devenu de l'âge qui émerge aujourd'hui.
Quant à la terre, elle est manifestement son opposé dans notre imaginaire.
Je propose donc de considérer le numérique comme un cinquième élément premier, nouveau et transformateur de notre alchimie humaine. Comme les précédents, il appelle l'attention de la mythanalyse. Nous voyons bien qu'il est déjà mythifié.
hf

samedi, mai 28, 2011

Art et mythanalyse


Deux démarches liées, pour moi inséparables.

vendredi, mai 27, 2011

Bons et mauvais mythes


Nous avons inventé de bons et de mauvais mythes. Et les mythes sont souvent ambivalents. Ainsi pouvons-nous donner du même mythe une interprétation positive ou nocive. Par exemple, il y a un bon et un mauvais usage du mythe du progrès ou du bonheur, voire de la création.
Nous considérons comme nocifs des mythes qui nous aliènent, comme les mythes religieux, et toutes les superstitions qu'ils suscitent.
Le mythe de Sisyphe nous apparaît comme un mythe plus porteur de persévérance humaniste que de désespoir. Le mythe de la Tour de Babel a été interprété négativement par les exégètes chrétiens, alors qu'il peut aujourd'hui être interprété positivement comme le mythe fondateur de notre diversité culturelle, porteur de notre désir d'élévation, de construction de l'humanité. Le mythe d'Adam et Ève est aussi nocif que débile.
Les mythes sont comme les bactéries, nécessaires, omniprésents et selon les cas bénéfiques ou funestes. Nous ne saurions nous passer d'une pensée mythique. Tout notre langage lui-même est métaphorique et mythique. L'important est donc de choisir ses mythes et de construire des interprétations bénéfiques, porteuses d'espoir et de volonté. Il ne faut pas hésiter à lutter contre l'influence de mythes nocifs et à en inventer des positifs.
C'est en ce sens que la mythanalyse est non seulement une tentative de lucidité, mais aussi une possible thérapie sociale.

jeudi, mai 26, 2011

Une mythanalyse de la paix?


Les mythologies anciennes débordent de récits de combats, de violence et de guerre, comme si Thanatos était un profond instinct humain ou un grand principe explicatif de nos dérapages et folies meurtrières. Au point ou il faut nécessairement opposer la violence à la violence pour y mettre fin, comme on allume un contre-feu pour limiter des incendies de forêt devenus incontrôlables.
Les dieux de la guerre sont nombreux, tel Mars. Ses demi-dieux et héros sont innombrables et célèbres. Bien qu'on parle de la paix de Dieu, la paix est plutôt incarnée par des figures féminines, mais on connaît mal les déesses de la paix, Eireen chez les Grecs et Pax chez les Romains.
Il existe certes une constellation forte de mythes qui asssocient l'amour, l'harmonie, le bien, le bonheur. Et la paix constitue une condition sine qua non de la réalisation des autres, mais la paix est une sorte d'état par défaut, de non-guerre, auquel nous aspirions pour la plupart comme au plus précieux des biens.
La paix, il est vrai, par nature, ne donne pas lieu à de grands récits mémorables. Son image est plutôt fade. En ce sens, la paix est à peine un mythe.
Une mythanalyse de la paix est certes encore à explorer, mais il est de la plus grande importance pour l'avancement de la mythanalyse de comprendre à quel point un mythe est avant tout un grand récit, plus que la figure centrale elle-même de ce récit. Il ne faut pas s'en étonner: c'est le récit qui explique l'origine ou la fin de notre monde, pas l'icône.
C'est la Bible ou les récits mythologiques grecs qui nous proposent des explications, et non pas Dieu ou Zeus eux-mêmes.Beaucoup disent même que Dieu lui-même est inconnaissable. Il ne saurait donc rien expliquer. C'est la saga de ses actes qui en constitue le mythe et nous nous donne des clés explicatives.

mercredi, mai 25, 2011

Le mythe de la mort


L'évolution de la nature se fonde sur des cycles où la mort n'est qu'une anecdote locale. C'est ce que nous enseigne l'observation de la végétation et des autres espèces vivantes. La mort recycle et la vie poursuit son foisonnement créatif. Il saute aux yeux que la nature est création et célébration omniprésente de la vie; nous ne devrions donc pas lui reprocher la mort, ni celle des feuilles mortes, ni la nôtre, si elle survient avec le grand âge. Je ne parle évidemment pas ici du drame des accidents mortels qui interrompent la saison normale d'une vie entière.
Les êtres humains divergent sur ce point de la nature à laquelle ils appartiennent pourtant corps et âme. Nous prétendons ne pas être heureux, nous nous déclarons pessimistes, nous nous plaignons de cette "vallée de misère", mais peu nombreux sont ceux qui se suicident. Nous avons terriblement peur de la mort, soit parce qu'elle nous prive de notre bien le plus précieux - la vie -, soit parce que nous avons peur de souffrir avant, pendant et après - et de faire souffrir nos proches.
Et nous avons inventé toutes sortes d'histoires farfelues de survie des esprits après la mort du corps. Nos mythologies en regorgent. Cela semblerait apaiser nos craintes personnelles et la tristesse de la séparation avec ceux de nos proches qui sont morts. Des mythologies-béquilles pour ne pas nous confronter à la réalité matérielle.
Pour celui qui se veut athée, la mort est finale pour lui individuellement. Il retourne à la matière, à la poussière d'étoiles dont il est fait. S'il est un athée heureux, il souhaitera donc retarder le plus possible l'issue fatale, mais il ne doit pas redouter la mort pour lui, lorsqu'elle survient. Son retour à la terre est naturel. Il a profité d'un instant cosmique et apporté une petite contribution à l'évolution de la nature et de l'humanité qui en fait partie.
Nous rêvons cependant d'éternité, cette éternité dont nous avons doté les dieux que nous avons inventés. Les mythes de la mort et de l'éternité sont frères jumeaux. Pourtant, l'éternité, qui n'a pas de fin, ne devrait pas non plus avoir de début. Si elle doit commencer pour chacun de nous avec notre mort, il faut bien que nous ayons été quelque part avant de naître. La croyance en la métempsychose est donc logique. Pour garantir l'éternité, elle nie la mort et l'interprète, de même que la naissance, comme une migration de l'âme. Et pour rester logique et introduire une récompense pour les bons, cette vision bouddhiste a donc créé une hiérarchie des corps. Un homme bon renaîtra dans un corps noble et un méchant dans celui d'un ver de terre. Les raffinements de notre pauvre logique humaine sont aussi pitoyables que la plupart de nos mythologies.
Une bonne question: le progrès existe-t-il dans l'histoire de nos mythologies? Certes, le progrès lui-même est un mythe fondamental. Un bon mythe. Rideau pour aujourd'hui. Mais nous reviendrons voir la pièce demain pour mieux la déchiffrer.
hf

lundi, mai 23, 2011

Magie du XXIe siècle


Religions, mythes, magie, sorcellerie, superstition: voilà la part faible et manifestement inévitable de l'esprit humain. Elle a des effets pervers parfois épouvantables. Bien sûr, elle tire sa force de nos peurs et de nos désirs. On a démontré plus d'une fois que le placebo peut guérir aussi, à l'égal des molécules chimiques dont use la pharmacopée. C'est la foi qui sauve, dit-on. Et bien des maux, comme des remèdes, sont psychosomatiques.
Le numérique est un psychotrope. je le dis souvent. Et cette vertu - ou cette drogue - ne viennent pas du code binaire, ni des gadgets électroniques, mais de la psyché humaine, de nos inconscientes machines à désirer. Le numérique, du fait de sa puissance instrumentale, est devenu la magie et la sorcellerie du XXIe siècle, habitée des mêmes désirs et peurs archaïques qui nous gouvernent depuis toujours. Le numérique secrète une émotivité, une technosentimentalité qui ne cessent de nous surprendre et de nous manipuler.
Le médecin est encore pour nous souvent un sorcier, ses médicaments de la magie. Quel ne sera pas le pouvoir du médecin numérique, ou de l'ordinateur médecin! Le mythe du pouvoir surnaturel s'incarnera au complet. Nous projetons dans nos inventions les pouvoirs dont nous rêvons et les peurs qui nous font cauchemarder. Et nous en usons en conséquence. C'est CyberProméthée, notre instinct de puissance, qui nous gouverne et pour lequel nous fabriquons tous ces instruments de soumission et de pouvoir.
hf

dimanche, mai 22, 2011

Mythanalyse de l'absolu


Le rêve de l'absolu n'est ni visualisable, ni conceptualisable, ni même imaginable. Il est évidemment compensatoire du relativisme dans lequel nous avons conscience de vivre. L'absolu en métaphysique ou en théologie fait partie de cette constellation qui compte aussi le néant et l'infini, et qui semble, comme la "matière noire" en astrophysique, être nécessaire à l'équilibre de notre rapport à l'univers. Nous avons déjà traité de la mythanalyse des limites et aussi de celle des liens, dont l'absolu serait le symétrique ou le contraire. Les humains ont donné le nom de Dieu à cet absolu. De la mythanalyse de Dieu, nous avons aussi déjà traité (dans l'ouvrage collectif "Heureux sans dieu", édition vlb, 2010). Cette famille de concepts n'est pas si large qu'on le pense communément. Il y a le rapport du nouveau-né à la mère et au père dans cette évocation d'un absolu. Les images de la mère et du père étaient du moins identifiées à un pouvoir absolu de vie et de mort dans la conscience de l'enfant. Le roi Soleil prétendait incarner ce pouvoir absolu sur ses sujets légitimement. Les dictateurs en usent de même, en recourant plutôt à la force qu'au droit divin des rois. Souhaitons donc que cette idée d'absolu demeure théorique. Et qu'on garde le droit d'en rire!
hf

samedi, mai 21, 2011

Le calendrier des grandes peurs


Aujourd'hui 21 Mai 2011 est selon une secte de fondamentalistes chrétiens le jour de la fin du monde. Nous avons vu à la télévision ces ingénus distribuer dans les rues depuis quelques jours des pamphlets d'avertissement, des tee-shirts et autre gadgets apocalyptiques. De savants calculs basés sur des interprétations de la Bible avaient déjà permis d'annoncer ce cataclysme final en 1994. Puis ce fut la grande peur de l'An 2000, moins primitive que celle de l'An 1000, mais cette fois numérique.
Pourquoi nourrir ces grandes peurs, ces prédictions obscures de Nostradamus et autres prophètes de malheur? La vie réelle n'est-elle pas déjà assez difficile pour qu'on en rajoute? Ou est-ce le désir d'en finir et d'avoir la récompense promise aux âmes pieuses? Il est vrai que les cataclysmes naturels et humains sont nombreux. Thanatos nous hante-t-il? Et la numérologie a-t-elle gardé son pouvoir magico-religieux?
Une mythanalyse des grandes peurs est encore à écrire. Elle devra expliquer le mythe biblique de l'apocalypse ( qu'on retrouve aussi dans d'autres mythologies), celui des nombres et des calendriers eux aussi magico-religieux, et notre conscience malheureuse du mal, du péché dans lequel nous tombons. Et pourquoi avons-nous cru aux Enfers que nos prêcheurs chrétiens ont inventé pour nous aider à vivre pieusement? Toutes les religions n'ont pas usé de ce subterfuge. La religion juive s'en passe très bien. Et pourtant elle est généralement plus fondamentaliste que la catholique.
Un beau sujet pour la mélopée dramatisante du Situation Room de la chaine de télévision CNN!
("L'an 2000", peinture acrylique sur toile, 2000)

vendredi, mai 20, 2011

Mythanalyse des flux (2)


(peinture acrylique sur toile, 2007)

jeudi, mai 19, 2011

mythanalyse du progrès

Lors de la Révolution française et de la déchristianisation qui s'en suivit, le Progrès s'est constitué comme un mythe du Bien construit par les hommes et remplaçant le Bien relevant de Dieu. Les récits biographiques et les chronologies ont alors été remplacés par le mythe de l'Histoire, c'est-à-dire de la réalisation du Progrès par l'Homme et non plus par Dieu. Ce sont évidemment les mythes prométhéens de l'Homme créateur qui ont remplacé les mythes bibliques de l'homme soumis à Dieu. On est quasiment étonné que cette métamorphose mythique ait pu être si rapide et symétrique. En fait, les mythes prométhéens étaient antérieurs dans l'histoire de l'Occident aux mythes bibliques et ils ont perduré, voire cohabité avec les mythes bibliques, tantôt s'y opposant, tantôt s'y hybridant.
J'ai analysé en détail cette question dans "L'Histoire de l'art est terminée" (Balland, Paris, 1981), et l'ai reprise dans "Nous serons des dieux" (vlb, 2006).
Le progrès, tel que nous le concevons aujourd'hui, n'est donc ni un effet de la Providence divine, ni un programme inscrit dans les lois de la nature, mais l'affirmation d'une volonté humaine - donc une croyance humaine à sa possibilité, voire à sa nécessité. C'est à nous qu'il appartient de le penser et de le construire. Voilà une vision pas mal plus intéressante! Mais il serait donc naïf de croire à son automatisme. Nous pouvons aussi régresser. Et cela s'est terriblement vu. Cela s'observe tous les jours. Nous retrouvons ici le mythe de Sisyphe, qui remet sur ses épaules chaque matin la lourde tâche du Progrès et recommence à escalader la montagne. Nous voulons croire que le rocher ne retombe pas toujours aussi bas que la veille. Le progrès est un effort individuel et collectif de tous les instants, qui exige persévérance et optimisme.
Les pilules pour le progrès, ce sont, selon les jours, celles qui sont amères et qu'il nous faut bien avaler malgré nous; ou les vitamines du progrès, un placebo dont nous avons bien besoin pour persévérer!Il faut y croire pour qu'il arrive.
hf

mercredi, mai 18, 2011